Pour la Cour des comptes, le très coûteux plan 1 jeune, 1 solution n’a eu qu’un résultat « inégal »
Son rapport annuel chiffre à environ 9,7 milliards d’euros les sommes engagées depuis juillet 2020 par l’Etat dans le but de soutenir l’emploi des moins de 25 ans.
Une débauche de moyens avec un résultat « inégal » à la clé. Dans son rapport annuel rendu public mercredi 16 février, la Cour des comptes estime qu’il faut « relativiser » le « succès » du plan 1 jeune, 1 solution, lancé en juillet 2020 par l’Etat dans le but de soutenir l’emploi des moins de 25 ans. La situation de cette catégorie de la population a, certes, été « préservée », voire améliorée, mais l’efficacité de certaines mesures pose question à l’aune des sommes dépensées, d’après la haute juridiction.
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Peu après le début de la récession liée à l’épidémie de Covid-19, le gouvernement a engagé un vaste programme, assorti de budgets colossaux, afin de conjurer la menace d’une génération de jeunes « sacrifiés » sur le marché du travail. « Sans équivalent dans les pays comparables », selon la Cour, cette action s’est appuyée sur « une large palette d’instruments », certains étant nouveaux et provisoires tandis que d’autres existaient déjà : instauration de primes en faveur des entreprises qui recrutent en CDI, en CDD longs ou sous le statut d’apprenti, relance des contrats aidés, augmentation des entrées en formation, recours accru à la « garantie jeunes », qui propose des mises en situation professionnelle, etc. Le coût total « avoisinerait in fine 9,7 milliards d’euros », cette estimation ne prenant pas en considération le prolongement jusqu’au 30 juin 2022 de subventions à l’embauche.
La question des « invisibles »
Une telle mobilisation semble avoir eu des retombées positives. Au troisième trimestre 2021, le taux de chômage des jeunes, comparé à son « niveau d’avant-crise », était en baisse de 1,2 point – tout en restant très élevé (20 % contre 8,1 % pour l’ensemble de la population active). De même, la proportion des 15-29 ans qui n’étaient ni en poste, ni en formation, ni inscrits dans un établissement d’enseignement, avait reculé de 0,8 point par rapport à la fin 2019, se situant à 11,6 %.
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Mais il faut se garder de tout triomphalisme, aux yeux de la Cour, qui pointe des carences ou des orientations discutables dans ce plan. Pour elle, il y a trop peu de réponses « à la question des “invisibles” », ces jeunes qui sont sortis de l’écran radar des institutions. La haute juridiction s’interroge également sur le retour en grâce des contrats aidés dans le secteur non marchand – un outil dont la valeur ajoutée est jugée peu probante, si l’on regarde les reprises d’activité qu’il déclenche.
En se fondant sur plusieurs études, le rapport conclut que l’incidence de 1 jeune, 1 solution demeure « difficile » à apprécier. Le nombre d’apprentis a beaucoup augmenté, mais cette tendance concerne « surtout » des diplômés du supérieur dont l’accès au marché du travail « n’est, le plus souvent, pas problématique ». La prime à l’embauche, elle, a joué en faveur des CDD longs et des CDI, mais au détriment du travail non salarié et des missions d’intérim, si bien qu’elle n’aurait pas influé sur le taux d’emploi global des moins de 25 ans. Quant à la garantie jeunes, ses « performances d’insertion (…) se sont dégradées pendant la crise ».
Dans sa réponse aux observations de la Cour, le premier ministre, Jean Castex, fait valoir que le développement de l’apprentissage après le bac « donne à cette voie de formation une meilleure visibilité ainsi qu’une meilleure image, contribuant ainsi à son essor dans tous les secteurs d’activité ». Le chef du gouvernement assure, par ailleurs, que la garantie jeunes « atteint (…) bien sa cible » : l’idée selon laquelle son « efficacité » se serait réduite « doit être fortement relativisée », poursuit M. Castex, car il est possible que les opportunités de stage dans le monde du travail aient piqué du nez, durant un temps, à cause « des périodes de confinement ou des effets de la crise ».
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Bertrand Bissuel