ublié le 11/02/2022
Evolution des carrières, « mission publique territoriale », rôle des patients… les propositions de l’Ordre des médecins pour bousculer la campagne présidentielle
Par Sandy Bonin le 10-02-2022

Alors que la campagne présidentielle peine à démarrer et que les programmes santé des candidats sont encore quasiment inexistants, le Conseil national de l’Ordre des médecins a dévoilé ses propositions « pour une transformation de notre système de santé ». Des idées organisées autour de sept axes et issues d’une grande consultation auprès de plus de 16.000 médecins.
https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/actualites/transformation-systeme-sante
Les deux réformes du système de santé survenues en 2016 et 2019 n’ont pas suffi. Pour le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, « une véritable transformation de notre système de santé s’impose ». « L’objectif fondamental est de garantir le principe d’égalité républicaine de l’accès aux soins », a commenté le Dr Bouet avant de présenter ses propositions dans le cadre de l’élection présidentielle.
« Pour garantir ce principe, il va falloir changer la vision de la démocratie sanitaire » a averti le président de l’Ordre. Il souhaite y inclure tous les acteurs, notamment les citoyens, professionnels, responsables politiques locaux, acteurs institutionnels pour « passer d’une démocratie de concertation à une démocratie de décision ». « L’accès aux soins est une mission commune qui doit être partagée par tous », juge le Dr Bouet. « Il faut rapprocher la prise de décision des territoires », abonde le Dr François Arnault, secrétaire général de l’Ordre.
Valoriser la présence des médecins dans les territoires en tension
Après avoir martelé que la coercition à l’installation n’est pas une option, l’Ordre propose de valoriser la présence des médecins et des autres professionnels de santé au sein des établissements publics et privés de territoire en tension pour un engagement d’au moins 5 ans. En contrepartie ces derniers bénéficieraient d’une forte valorisation salariale, indemnitaire ou conventionnelle, ou de droits à la retraite. Cet engagement pourrait également permettre l’acquisition de droits spécifiques à la retraite.
Grande nouveauté de cette campagne, l’Ordre propose la mise en œuvre d’une « mission publique territoriale » (MTP) qui permettrait la coopération entre usagers de la santé, professionnels de santé, médico-sociaux, établissements publics et privés, praticiens libéraux à partir d’un collectif et d’une coordination territoriale. L’Ordre souhaite ainsi inciter chaque médecin à adhérer à la MTP, dont les objectifs prioritaires sont de recenser les besoins de santé du territoire, d’en adapter les moyens en favorisant les coopérations et de prendre en compte les spécificités locales de santé publique.
« Inventer des mécanismes de rémunération »
Une rémunération MTP serait créée sous forme de forfait, accessible à tous les médecins (publics, salariés ou libéraux) ou membres de l’équipe de soins, garantissant la prise en charge coordonnée pour tous les patients en situation d’inégalités sociales ou de précarité. « Il faut inventer des mécanismes de rémunération », a commenté le président de l’Ordre.
La dimension du parcours de santé est un élément central du programme de l’Ordre. « Le propos n’est plus de dire qu’il faut fragmenter les compétences des professionnels, non il faut partager les compétences, mais tout cela doit être coordonné par le médecin », avance Patrick Bouet qui propose que les réunions de coordination soient rémunérées dans le cadre d’un nouveau forfait.
La professionnalisation du parcours universitaire est un autre point clé du programme de l’Ordre. « Le troisième cycle doit être professionnalisant et l’université doit être au cœur de son territoire », affirme le Dr Bouet qui propose de rendre effective la phase de consolidation pour l’ensemble des DES du 3e cycle des études médicales et notamment pour le DES de médecine générale. L’Ordre propose également de dynamiser la réforme du 3e cycle des études médicales en favorisant les lieux de stage en ville et en établissements hospitaliers privés, en les répartissant sur l’ensemble du pays, quelle que soit la spécialité, dans une perspective de professionnalisation au plus près du territoire.
Evolution dans les carrières
Permettre aux médecins plus de flexibilité dans leurs carrières est une demande forte des soignants. « Le temps d’un médecin qui passe toute sa carrière au même endroit » est révolu a estimé le Dr Bouet se citant lui-même en exemple. En effet, 88% des médecins de moins de 45 ans souhaitent pouvoir changer de mode d’exercice pendant leur parcours professionnel. « Il faut de la mixité, de la flexibilité et de l’évolution dans les carrières », a ajouté le président de l’Ordre précisant qu’il va « falloir mettre en œuvre des lissages en matière de droits sociaux et de rémunération ». « La formation continue doit reconnaître la plus-value apportée par le médecin dans la sécurité et la qualité des soins. Seul un investissement majeur dans les dispositifs de développement professionnel continu (DPC) et de recertification peut répondre à cette attente », a ajouté le Dr Bouet.
Grande oubliée de la politique de santé publique, l’Ordre insiste sur l’importance de la prévention. L’instance propose de définir une orientation prioritaire DPC spécifique à la prévention et de permettre à tout médecin un exercice partagé, dans le cadre de la médecine scolaire et de la médecine de santé au travail, de promouvoir la prévention universelle.
Adopter le numérique en santé au profit du patient est le dernier axe évoqué par l’instance ordinale. « Il y a encore beaucoup de progrès à faire. L’illectronisme touche 17% de la population et c’est un véritable frein à l’accès aux soins », a commenté le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Cnom.
Des médecins fiers mais inquiets sur l’état du système de santé

Paris, le vendredi 11 février 2022 – Dans le cadre du débat présidentiel, le Conseil de l’Ordre a interrogé les médecins sur leur état d’esprit et leur perception du système de santé.
Après deux ans de pandémie qui ont accaparé une grande partie de l’action politique, le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) espère bien faire de la santé l’un des enjeux de la prochaine élection présidentielle. Comme il l’avait fait lors du précédent scrutin, l’Ordre a donc consulté les médecins pour connaitre leurs sentiments après deux ans de pandémie et formuler des propositions sur la réforme du système de santé à l’intention des candidats. En octobre et novembre dernier, ce sont 16 800 médecins libéraux et hospitaliers, dont 1 355 internes, qui ont été interrogés.
Première information de ce sondage, les médecins sont, malgré les difficultés inhérentes à ce métier, à la fois heureux (83 %) et fiers (86 %) de l’exercer. Ils sont également 70 % à déclarer qu’ils embrasseraient la même carrière « si c’était à refaire », même s’ils ne sont que 54 % chez les internes. Un pourcentage un peu inquiétant pour l’avenir sans doute la conséquence de l’importante charge de travail et de la faible rémunération des médecins en herbe. La crise sanitaire a cependant quelque peu érodé ce sentiment de bien-être : si 55 % des médecins affirment s’être sentis utiles durant l’épidémie de Covid-19, 56 % ont ressenti de la lassitude et 50 % de l’anxiété du fait de la situation.
79 % des médecins pensent que le système de santé se dégrade
Quand on interroge les médecins sur les difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur profession, 80 % dénoncent une surcharge administrative. En conséquence, les soignants estiment manquer de temps, que ce soit pour soigner (80 %), se former (65 %) ou bien exercer leur rôle de prévention (62 %).
Un rejet de l’administration et de la bureaucratie qui s’est aggravé durant la crise sanitaire : seulement 35 % des médecins estiment que les Agences Régionales de Santé (ARS) ont bien géré la situation et la majorité d’entre eux estiment que l’Etat s’est montré défaillant dans la gestion de la crise sanitaire, à l’exception notable de la campagne de vaccination, dont l’organisation satisfait 64 % des praticiens.
Plus préoccupant, les médecins sont pessimistes quant à l’évolution de notre système de santé. Si une large majorité d’entre eux (75 %) le juge encore de qualité, ils sont 10 points de moins qu’en 2015. Surtout, 79 % des praticiens estiment que la situation s’est détériorée. Que faire alors pour éviter une dégradation irréversible du système français ? Les professionnels de santé sont partagés entre « réforme de profondeur » (44 %) et «simples aménagements » (52 %).
La santé oubliée de la campagne présidentielle
S’agissant de la désertification médicale, la limitation de la liberté d’installation (prônée par les candidats de gauche) est massivement rejetée, notamment par les médecins de moins de 35 ans (83 % d’entre eux s’y opposent), les professionnels de santé lui préférant l’incitation financière (envisagé par les candidats de droite et d’extrême-droite). En revanche, loin des clichés d’un corporatisme médical dominant, 72 % des répondeurs estiment souhaitable une « redéfinition des champs de compétence entre les professions de santé ».
De ces sentiments et revendications disparates, le CNOM a tenté de tirer des propositions soumises aux candidats à l’élection présidentielle pour « transformer notre système de santé ». Un projet de réforme du système de santé, basé sur 7 axes et qui s’articule notamment sur l’idée de donner plus d’autonomie aux médecins, de les libérer de la contrainte administrative et de modifier la gouvernance de la santé. Mais alors que la campagne présidentielle ne « démarre pas » de l’avis de la plupart des politologues et que les thèmes de l’immigration ou du pouvoir d’achat semblent plus prégnants, il n’est malheureusement pas sûr que ces propositions et les revendications des médecins viennent bouleverser le prochain scrutin.
Nicolas Barbet
« Nous allons tout faire pour que les médecins restent au cœur de la prise en charge » : les vœux du président de l’Ordre
Par Pauline Machard le 28-01-2022

En cette fin janvier 2022, après deux ans de lutte contre le Covid-19 et alors que les élections présidentielle et législatives se profilent, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, le Dr Patrick Bouet, a adressé ses vœux à la profession.
C’est masqué, et d’un ton solennel, que le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, le Dr Patrick Bouet, a adressé ses vœux à la profession, par le biais de la chaîne Youtube de l’instance, jeudi 27 janvier. “Bonne année. Que vos voeux se réalisent sur le plan personnel, sur le plan professionnel”, augure-t-il. Une formulation de bons vœux, à laquelle le médecin, qui termine son troisième mandat, se prête “pour la dernière fois en tant que président du Conseil national de l’Ordre des médecins”, glisse-t-il.
Saluant le fait que “chacun de vous, au quotidien, est engagé totalement dans cette lutte permanente [contre le Covid-19, NDLR] que nous menons depuis maintenant plus de deux ans”, le président du Cnom fait part de la position de l’instance face à “certains d’entre nous [qui] se sont éloignés de nos règles déontologiques, ont pris des libertés avec ce qui fait le fondamental de notre relation avec les patients”. “Nous serons vigilants à ce que ces dérives n’entraînent pas, pour l’ensemble de notre profession, une stigmatisation qui ne correspond pas à ce que la majorité d’entre vous faîtes au quotidien”, assure-t-il.
“Que la santé soit au premier plan”
Alors que l’année 2022 est déjà bien entamée et toujours placée sous le signe de la lutte contre le Covid-19, le Dr Patrick Bouet invite à “continuer nos efforts”. “Nous allons continuer de devoir nous engager, nous investir, être aux côtés de l’ensemble des Français pour leur apporter nos soins”, et ce dans des conditions, qui “restent des conditions difficiles, pour chacun d’entre nous, dans tous nos exercices, tant en ville qu’en établissements ou en structures médico-sociales”, reconnaît-il
« Le médecin n’est pas le bras armé de l’Etat » : la mise au point du président de l’Ordre
“Continuer nos efforts”, tel est le mot d’ordre. Et ce, dans “une année qui va être particulière, puisqu’elle sera une année électorale”. S’inscrivant dans cette perspective, il appelle de ses vœux à ce que “la santé soit au premier plan de ce que les candidats à la présidence de la République, les candidats aux élections législatives, vont dessiner comme projet pour la France”.
Et de s’engager : “Nous tiendrons notre place, en votre nom, dans cette campagne, pour forcer nos interlocuteurs à parler fondamentalement de l’avenir de notre système de santé”. “Nous allons tout faire pour que, politiquement, professionnellement, les médecins restent au cœur de la prise en charge des Français”, déclare-t-il notamment. Avant de conclure ainsi son allocution :“Nous allons tous ensemble imposer notre voix au débat qui va s’engager”.