Un régime riche en légumineuses, céréales complètes et fruits et légumes, fait gagner plusieurs années de vie . 

Manger plus sainement peut permettre de gagner plus de 10 ans d’espérance de vie

Des chercheurs ont calculé qu’en optant à l’âge de 20 ans pour un régime riche en légumineuses, céréales complètes et fruits et légumes, le gain potentiel est de plusieurs années. 

Par Mathilde Gérard

Publié hier à 20h00, mis à jour à 10h28  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/02/08/manger-plus-sainement-peut-permettre-de-gagner-plusieurs-annees-d-esperance-de-vie_6112854_3244.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20220209-%5Bzone_edito_1_titre_4%5D&M_BT=53496897516380

Temps de Lecture 5 min. 

Composition de fruits à coque, légumineuses et céréales. La Courneuve, le 7 février 2022.
Composition de fruits à coque, légumineuses et céréales. La Courneuve, le 7 février 2022.  JULIE BALAGUÉ POUR « LE MONDE »

Le lien entre alimentation et santé n’est plus à prouver. Pour la première fois, des chercheurs ont quantifié comment différents changements alimentaires peuvent avoir un impact substantiel sur l’espérance de vie. Dans une étude publiée mardi 8 février dans la revue PLOS Medicine, une équipe de l’université de Bergen (Norvège) a établi qu’un « régime optimal » riche en légumineuses, céréales complètes, fruits à coque, et fruits et légumes, et pauvre en viande, pouvait faire gagner plus de dix ans d’espérance de vie à un individu nord-américain aujourd’hui âgé d’une vingtaine d’années (10,7 ans pour une femme, 13 ans pour un homme) par rapport à un régime alimentaire occidental moyen, où la consommation de féculents, produits laitiers et viande est plus importante.

Pour calculer cet impact, spectaculaire, les auteurs ont travaillé à partir de la base de données du Global Burden of Disease (GBD, la « charge mondiale des maladies »), un programme mondial de recherche en épidémiologie de l’Institute for Health Metrics and Evaluation à Seattle (Etats-Unis), auquel collaborent 7 000 chercheurs dans le monde. En 2019, les équipes du GBD avaient estimé qu’environ 11 millions de morts prématurées par an étaient attribuables à une mauvaise alimentation, soit un décès sur cinq, plus que le tabac (8 millions de morts par an). Les données du GBD ont été croisées avec d’autres méta-analyses, les plus complètes et récentes publiées sur chaque catégorie d’aliments, pour cette fois étudier, non pas l’impact sur la mortalité, mais le versant plus positif : comment l’alimentation peut faire gagner quelques années de vie.

Lire aussi *  Un décès sur cinq dans le monde dû à une mauvaise alimentation

« Notre idée de départ était d’étudier comment les changements de paramètres de notre alimentation peuvent affecter la santé et avoir des effets qui se combinent entre eux », explique Lars Thore Fadnes, professeur à l’école de santé publique de l’université de Bergen et premier auteur de l’étude. Selon ces résultats, le seul fait d’augmenter sa ration de légumineuses (pois chiches, fèves, lentilles, haricots, à 200 grammes par jour) permettrait de gagner un peu plus de deux ans d’espérance de vie à l’âge de 20 ans, tout comme le fait de manger plus de céréales complètes (riz complet, pain complet, etc.) et de fruits à coque (jusqu’à 25 grammes par jour, soit, par exemple, une poignée de noix). Les fruits et légumes doivent toujours rester les ingrédients principaux de l’alimentation, mais les équipes norvégiennes estiment que le déficit de consommation est moins important concernant ces derniers. Pour tous les changements opérés, les gains espérés sont un peu plus forts chez les hommes que chez les femmes.

Les effets de changements intermédiaires

Les chercheurs ont, par ailleurs, calculé que la suppression de la viande rouge et de la viande transformée de son assiette permettrait de gagner de 1,5 à 1,9 année d’espérance de vie pour un vingtenaire.

Outre l’impact d’un régime « optimal », l’équipe de Bergen a étudié les effets de changements intermédiaires, qualifiés de plus réalistes, qui montrent également un bénéfice notable. Opter pour un régime « intermédiaire », par exemple en portant les portions journalières de légumes secs à 100 grammes, de céréales complètes à 137 grammes, et en réduisant notamment la viande rouge à 50 grammes, permettrait un gain potentiel de 7 % sur l’espérance de vie à tout âge.

« L’existence d’un effet progressif est l’un des messages intéressants à retenir de cette étude : ce n’est pas tout ou rien, observe Mathilde Touvier, directrice de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN, Inserm-Inrae-CNAM-université Paris-XIII), qui n’a pas participé à ces travaux. Si on part d’une consommation de zéro fruit et légume, à chaque portion ajoutée, on a un bénéfice pour la santé. » De quoi encourager la population, dont le régime habituel est encore loin des recommandations officielles, à faire le premier pas. En France, la dernière enquête alimentaire de Santé publique France, menée en 2015 (enquête Esteban), a montré que 72 % des adultes ne mangeaient pas les cinq portions de fruits et légumes recommandées, que 87 % mangeaient moins de deux portions hebdomadaires de légumineuses et que 85 % ne mangeaient jamais de fruits à coque. Par ailleurs, 63 % mangent de la charcuterie au-delà des 150 grammes par semaine fixés comme limite de consommation par les autorités sanitaires.

« Il y a des changements relativement faciles à opérer, qui peuvent avoir des effets substantiels tout au long de la vie, poursuit Lars Thore Fadnes. Le plus tôt on opère ces changements, le mieux c’est. Mais lorsque l’on approche des 60 ou 70 ans, même si une partie du potentiel est perdue, il reste notable. » Changer d’assiette pour un régime optimal à 60 ans pourrait faire gagner jusqu’à huit ans d’espérance de vie. Si le changement a lieu à 80 ans, le gain espéré est de trois ans.

« Manger sainement coûte trop cher »

Pour que médecins et chercheurs dans le monde puissent se saisir de ces paramètres, les auteurs ont mis en ligne un outil calculateur permettant d’effectuer ses propres simulations. Ces données comportent toutefois des limites, l’espérance de vie pouvant être affectée par d’autres facteurs, comme les changements de comportement ou les progrès de la médecine. Par ailleurs, les chercheurs se sont concentrés sur trois zones géographiques pour lesquelles ils avaient des données les plus complètes : les Etats-Unis, l’Europe et la Chine. « Nos résultats sont assez homogènes pour ces trois zones, mais les résultats ne seraient probablement pas comparables dans des pays où il y a, par exemple, plus de maladies infectieuses, précise Lars Fadnes. Partout, les individus peuvent bénéficier du régime optimal. Mais dans les pays où l’insécurité alimentaire est forte, il ne s’agit pas tant de diminuer telle catégorie d’aliments que d’augmenter les rations. »

Pour Francesco Branca, directeur du département de nutrition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette étude permet une approche très utile, « en disséquant les différents éléments d’un changement alimentaire et en soulignant leur importance relative. Cela permet aux pouvoirs publics d’identifier sur quelles catégories de produits concentrer leur action et mettre en place des politiques ciblées, de prix ou de marketing ». A l’heure où la mise en place d’un étiquetage nutritionnel sur les emballages alimentaires à l’échelle de l’Union européenne suscite d’âpres débats, l’expert de l’OMS rappelle que « certains remettent en cause le concept même de régime sain, en sapant soixante-dix ans de connaissances scientifiques. Mais ce n’est pas parce que la science doit continuer à progresser qu’il ne faut pas prendre des mesures dès à présent ». 

Lire aussi   Quels sont les régimes alimentaires avec le plus faible impact climatique ?

Le prix reste, à ce jour, un frein majeur pour que la population ait globalement accès à une alimentation adéquate. « Manger sainement coûte trop cher », rappelle Francesco Branca. Dans leur rapport de juillet 2021 sur l’état de la sécurité alimentaire dans le monde, les agences des Nations unies ont calculé que trois milliards d’habitants sur Terre ne pouvaient se payer un régime alimentaire sain. L’enjeu de l’accessibilité économique est d’autant plus vif que ces régimes les plus sains sont reconnus comme étant aussi… les plus durables pour la planète.

Mathilde Gérard

*Un décès sur cinq dans le monde dû à une mauvaise alimentation

Une vaste étude internationale évalue l’impact sanitaire d’un régime alimentaire déséquilibré dans 195 pays. 

Par Paul Benkimoun et Mathilde Gérard Publié le 04 avril 2019 à 00h30 – Mis à jour le 04 avril 2019 à 12h06  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/04/un-deces-sur-cinq-dans-le-monde-du-a-une-mauvaise-alimentation_5445437_3244.html

Les quatre familles d'aliments : sucres lents, protéines, fruits et légumes.
Les quatre familles d’aliments : sucres lents, protéines, fruits et légumes.  MAXIMILIAN STOCK LTD / PHOTONONSTOP

Mal manger tue. En 2017, un total de 11 millions de décès dans le monde, soit un sur cinq, étaient attribuables à un mauvais régime alimentaire. C’est plus que le tabac (8 millions de morts chaque année). Aux premiers rangs des facteurs de risque figurent le sel, un apport insuffisant en céréales complètes et une ration quotidienne trop basse en fruits. Ce sont les conclusions d’une étude menée par 130 chercheurs réunis au sein du Global Burden of Disease (GBD, charge mondiale des maladies) par l’Institute of Health Metrics and Evaluation (IHME, Seattle) et que publie, mercredi 3 avril, l’hebdomadaire médical The Lancet.

Alors que les Nations unies ont lancé en 2016 une « décennie d’action pour la nutrition », ce vaste travail confirme la nécessité d’amplifier les efforts en matière de santé publique. « Cette étude est un signal d’alarme : à défaut d’adopter un régime sain, pour notre santé et pour l’environnement, nous n’irons pas très loin », avertit Francesco Branca, directeur du département de nutrition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’étude du GBD vient appuyer la prise en compte croissante des problématiques d’alimentation au niveau mondial. « Il y a une prise de conscience de plus en plus forte de l’impact de la nutrition sur les maladies chroniques, note Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, qui a participé aux travaux pour la France. La nutrition n’est plus une affaire de second rang, comme on pouvait l’entendre il y a une vingtaine d’années. »

Peu de données fiables sur la consommation de sel

Pour mener à bien cet imposant travail, les chercheurs avaient une triple tâche : constituer une base de données fiable et la plus large possible sur l’alimentation dans 195 pays ; distinguer les différentes consommations (sel, sucres, acides gras trans, fibres…), par excès ou par défaut, associées à un risque accru de maladie chronique et de décès ; enfin, évaluer pour chacune de ces manières de mal s’alimenter la part de maladies et de mortalité qui lui est attribuable, indépendamment des autres causes.

Le réseau du GBD a travaillé à partir de l’ensemble des études de qualité satisfaisante disponibles sur les consommations alimentaires, malgré les difficultés d’harmoniser les données émanant des 195 pays. Il a « également utilisé les enquêtes sur les dépenses des ménages, les chiffres de vente des denrées alimentaires et eu accès à des données non publiques de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture », comme l’explique au Monde Ashkan Afshin, de l’IHME et premier auteur de l’article.

La sélection des facteurs de risque s’est appuyée sur les relations de cause à effet établies entre le niveau de consommation d’un aliment ou d’un nutriment (sodium, calcium…) et une maladie donnée. « Pour chacun de ces composants alimentaires, nous avons retenu un seuil d’exposition à risque », précise Ashkan Afshin.

Lire aussi   Carences, rachitisme, obésité : les pays riches comme les pays pauvres sont concernés par la malnutrition

Ainsi un régime est considéré comme pauvre en fruit pour une ration de moins de 250 grammes par jour, pauvre en céréales complètes avec moins de 125 grammes quotidiens. Pour le niveau optimal de consommation de sel, la littérature scientifique fournit des valeurs variables. Les chercheurs ont retenu le seuil de 3g/j, avec une marge d’incertitude : peu de pays disposent de données fiables sur ce paramètre.

Ils ont ensuite évalué l’impact spécifique de quinze composants alimentaires sur la survenue de maladies et de décès. L’analyse globale fait apparaître le poids particulièrement élevé de certains facteurs de risque en termes de mortalité et de morbidité : une consommation de sel excessive (près de 3,2 millions de décès), un apport insuffisant en céréales complètes, en fruits ou en noix et graines (respectivement 3 millions, 2,4 millions et 2 millions de morts).

Les pays pauvres touchés par les carences alimentaires

L’étude, financé par la fondation Bill and Melinda Gates, montre qu’aucun pays dans le monde n’échappe à l’impact d’une mauvaise alimentation. Pas une seule des 21 grandes régions géographiques observées ne présentait en 2017 une consommation optimale de l’ensemble des quinze composants alimentaires étudiés, bien que certaines d’entre elles y parvenaient partiellement : l’Asie centrale pour les légumes, les pays riches de la zone Asie-Pacifique (Japon, Corée du Sud) pour les oméga 3, ou encore les Caraïbes, l’Asie du Sud et l’Afrique sub-saharienne pour les légumineuses.

INFOGRAPHIE LE MONDE

Si les carences alimentaires ne sont pas l’apanage des pays pauvres, ces derniers restent les plus durement touchés. L’impact des mauvais régimes y est ainsi beaucoup plus fort. Le taux de mortalité lié à l’alimentation est ainsi 10 fois plus important en Ouzbékistan (892 morts pour 100 000 habitants) qu’en Israël (89 pour 100 000), qui présente le taux le plus faible, suivi par la France, l’Espagne et le Japon.

Un « outil d’aiguillage » des actions de santé publique

« Nous nous attendions à une telle hiérarchie des risques, mais ce bilan permet de guider les actions de santé publique », note Mathilde Touvier. Pour la chercheuse, ce travail peut servir d’« outil d’aiguillage, dans un contexte où certaines mesures politiques sont contestées, comme par exemple la taxe soda mise en place dans plusieurs pays. »

L’un des principaux enseignements est l’impact sur la santé de la sous-consommation d’aliments sains (fruits et légumes, légumineuses, fruits à coques…). En 2017, il y a eu davantage de décès liés à un apport insuffisant en céréales complètes, fruits, noix et graines, que de morts associées à une consommation élevée d’aliments contenant des acides gras trans (présents dans les produits laitiers, les viennoiseries, les pizzas…), de boissons sucrées ou viandes rouges ou transformées.

« Il ne s’agit pas de forcer les gens à manger des aliments qu’ils n’aiment pas »

Les chercheurs estiment donc qu’en matière de politique de santé, il est plus efficace de promouvoir ces aliments bons pour la santé, plutôt que de stigmatiser d’autres types de consommations plus délétères. « La notion de plaisir doit être centrale, insiste la chercheuse britannique Corinna Hawkes, directrice du Centre for Food Policy de la City University London. Il ne s’agit pas de forcer les gens à manger des aliments qu’ils n’aiment pas, mais de donner le goût et le plaisir de consommer, à un prix accessible, des fruits et des céréales complètes notamment. »

Lire aussi   Le monde entier se ligue contre les mauvaises graisses

L’enquête du GBD apporte également la preuve de l’importance pour la santé d’une alimentation variée. Bien que le travail mené ne porte pas sur la sous-nutrition ou l’obésité, deux facettes de la malnutrition, Francesco Branca, de l’OMS, estime que la réponse aux crises alimentaires, qui affectent de façon aiguë plus de 100 millions de personnes dans le monde, selon un rapport de la FAO publié mardi 2 avril, ne peut porter seulement sur l’apport brut en calories, et qu’il faut veiller à maintenir dans toutes les régions une production suffisante en fruits et légumes.

Tout en agissant sur les prix : « Jusqu’à présent, les politiques se sont efforcées de convaincre les consommateurs de modifier leurs comportements alimentaires, mais nous devons travailler sur l’offre, relève M. Branca. Il faut que le modèle économique des systèmes alimentaires rende possible le choix d’une nourriture saine. »

Lire aussi  Le sucre, ce poison si désirable

L’équipe de GBD va prolonger ce travail, en collaboration avec l’OMS, en évaluant l’impact combiné de l’ensemble des problèmes de nutrition – malnutrition, surpoids et obésité, qualité de l’alimentation et sous-nutrition. Les résultats devraient être publiés à la fin 2019. « Nous devrions ainsi montrer comment certains pays supportent une double ou triple charge de maladies liées à ces problèmes », explique Ashkan Afshin, en évoquant des pays en développement.

Paul Benkimoun et  Mathilde GérardVoir les contributions

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire