Orpea ou le bal des hypocrites – Le groupe Korian à son tour – Billet du Dr Pradines

« Ce qui devrait surprendre, ce n’est pas le tumulte provoqué par les révélations sur Orpea, mais le silence assourdissant qui les a précédées »

CHRONIQUE

auteur

Stéphane Lauer

Editorialiste au « Monde »

« Les Fossoyeurs », l’enquête du journaliste Victor Castanet, suscite une vague d’indignations sur une situation pourtant connue mais que la société française a, jusqu’à présent, préféré faire semblant d’ignorer, souligne Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Publié aujourd’hui à 03h47, mis à jour à 09h22    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/02/07/ce-qui-devrait-surprendre-ce-n-est-pas-le-tumulte-provoque-par-les-revelations-sur-orpea-mais-le-silence-assourdissant-qui-les-a-precedees_6112590_3232.html

Chronique. Deux semaines après l’éclatement du scandale Orpea, un sentiment de malaise s’est installé dans l’opinion publique. Au-delà du tourbillon d’indignations provoqué par Les Fossoyeurs (Fayard, 400 pages, 22,90 euros), l’enquête du journaliste Victor Castanet, qui décrit par le menu les méthodes peu recommandables du groupe d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) afin de maximiser ses profits, il y a la matérialisation d’une situation largement connue, mais que la société française a, jusqu’à présent, préféré faire semblant d’ignorer.

Les extraits des « Fossoyeurs » : « Déjà, il y avait cette odeur de pisse terrible, dès l’entrée »

Voilà des années que les regards se détournent du sort réservé à nos aînés. Nous avions collectivement les moyens de savoir ce qui se tramait. Nous n’en avons rien fait, en laissant s’imposer une invisibilisation du vieillissement. A l’exception de quelques familles directement concernées et de professionnels dévoués qui avaient le sentiment qu’ils ne pouvaient plus exercer leur métier dans des conditions acceptables, les réactions se sont cantonnées à une forme de déterminisme, voire d’indifférence patiemment nourrie par le lobby de groupes comme Orpea, la lourdeur administrative des services publics et la procrastination des dirigeants politiques. Ce qui devrait surprendre, ce n’est pas le tumulte provoqué par ce livre, mais le silence assourdissant qui l’a précédé. Bienvenue au bal des hypocrites.

C’est Philippe Charrier, le nouveau PDG d’Orpea, qui l’a ouvert. « Nous sommes une société humaniste », tente aujourd’hui cet ancien de Procter & Gamble (Mr. Propre, Pampers, Ariel) pour éteindre l’incendie. Déjà président du conseil d’administration, il était censé veiller à la façon dont la société obtenait ses résultats. Est-il le mieux placé, aujourd’hui, pour faire la lumière sur un système qu’il a cautionné pendant quatre ans au cours desquels il n’a rien vu, rien entendu, rien dit ?

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Sur l’air de « la perfection n’est pas de ce monde », l’hypocrisie de M. Charrier n’a guère fait illusion auprès de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Excédée, sa présidente, Fadila Khattabi, a fini par mettre sèchement un terme à son audition du 2 février. « La représentation nationale est déçue par la qualité de vos réponses », a-t-elle conclu.

Variable d’ajustement

Hypocrisie encore de la part des investisseurs et du conseil d’administration, qui ne se sont pas beaucoup interrogés sur le modèle économique. Il ne faut pourtant pas être expert-comptable pour imaginer que les 6 % ou 7 % de rentabilité reposent, en partie, sur une masse salariale qui sert de variable d’ajustement, alors qu’elle devrait constituer le principal levier pour assurer la qualité des prestations.

Précarité endémique, taux de renouvellement du personnel élevé, astreintes payées au lance-pierre, représentation syndicale bridée : tout est bon pour réduire les coûts d’un poste qui compte pour près de 60 % du budget d’un Ehpad. Quand une activité affiche des taux d’accident du travail supérieurs à ceux du secteur du bâtiment, un absentéisme des plus élevés, une incapacité structurelle à recruter, le service rendu aux résidents ne peut que laisser à désirer. Que le secteur privé lucratif propose en moyenne des tarifs plus élevés de 40 % que le public avec 10 % à 15 % de personnel en moins n’est pas justifiable.

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La direction évoque des « erreurs humaines », qui seraient à l’origine des dérives. Mais quand le système de rémunération des responsables d’Ehpad est basé sur la culture du chiffre et de la standardisation des soins, il ne faut pas s’étonner que les « erreurs humaines » se multiplient.

Plus grave encore, les accusations de détournements de fonds publics. Malgré les difficultés à recruter le personnel, les dotations assurées par les agences régionales de santé (ARS) et les conseils départementaux étaient systématiquement consommées et les trop-perçus rarissimes. Une comptabilité qui n’a pas interrogé grand monde.

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La fête est finie

La Bourse a bien compris que la fête était finie. Le cours d’Orpea accuse une chute de plus de 60 % en quinze jours. Les investisseurs prennent conscience, sur le tard, que le modèle économique vole en éclats. Korian, le principal concurrent d’Orpea, est lui aussi durement sanctionné en Bourse. « Le financement des Ehpad va probablement être questionné par les pouvoirs publics », commente sobrement la société de Bourse Oddo. Quand son objectif de cours d’Orpea était à 115 euros, le « modèle » ne gênait personne. Après avoir soulevé le couvercle, la société vaudrait aujourd’hui deux fois moins…

L’affaire questionne aussi le rôle des agences de notation environnementales et sociales, qui, pendant des années, ont attribué à Orpea les meilleures évaluations du secteur avant de découvrir la lune. On parle souvent de « greenwashing », c’est-à-dire d’un marketing trompeur pour faire passer une entreprise pour écologiquement responsable. Mais quid du « socialwashing » ?

Hypocrisie toujours des ARS et des services départementaux, qui, pendant des années, se sont contentés d’une surveillance trop prévisible pour être efficace. Il a fallu attendre ce scandale pour que le gouvernement mandate une double enquête de l’inspection générale des affaires sociales et de celle des finances, alors que les dérives sont un secret de polichinelle dans le secteur, comme le montre l’avalanche de témoignages déclenchée par le scandale.

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Le pouvoir politique a également bonne mine de constater aujourd’hui les dysfonctionnements du système d’accompagnement du grand âge, alors que la loi de financement de la dépendance est repoussée de législature en législature et que les rapports sur l’urgence du problème s’empilent depuis des années.

Enfin, les cris d’orfraie d’aujourd’hui sont proportionnels à notre hypocrisie collective à reléguer le grand âge hors les murs de la société. Pourtant, nous sommes tous concernés par le tsunami démographique du vieillissement qui arrive. L’ignorer ne le rend pas moins inéluctable. Un seul chiffre devrait nous faire réfléchir : seulement de 5 % à 15 % des résidents en Ehpad y vont de leur plein gré.

Stéphane Lauer(Editorialiste au « Monde »)

Scandale dans les Ehpad : après Orpea, les établissements Korian visés eux aussi par des famillesDes dizaines de témoignages seraient aussi accablants pour les Ehpad du réseau Korian.

Des dizaines de témoignages seraient aussi accablants pour les Ehpad du réseau Korian. EPA – SEBASTIEN NOGIER

Santé

Publié le 07/02/2022 à 06:16

https://www.midilibre.fr/2022/02/06/scandale-dans-les-ehpad-apres-orpea-les-etablissements-korian-vises-eux-aussi-par-des-familles-10093127.php

Le géant du secteur Korian serait à son tour mis en cause par des familles de résidents. L’avocate Sarah Saldmann préparait une action en justice.

Le scandale dans les Ehpad Orpea va-t-il entraîner avec lui tout le secteur ? C’est en tout cas ce qui pourrait arriver avec la nouvelle procédure en justice de Sarah Saldmann.

L’avocate qui mène une action en justice contre Orpea va également lancer une nouvelle procédure visant cette fois Korian, le premier groupe privé français de maisons de retraite, a indiqué dimanche soir Le Parisien. Elle disposerait de « dizaines » de témoignages accablants contre le géant du secteur.

Ce dernier est également visé par une enquête d’Elise Lucet dans un futur numéro de Cash Investigation, prévu en mars prochain. Après l’annonce d’une émission sur le sujet, l’action Korian a immédiatement dévissé en bourse perdant près de 21%.

L’annonce d’un Cash Investigation après une enquête d’un an et demi n’aide pas les investisseurs à reprendre confiance dans ce genre de valeurs. Les investisseurs ne peuvent plus tenir ce genre de sociétés dans leurs portefeuilles, eu égard aux mauvaises nouvelles qui risquent de tomber. – Mikaël Jacoby, responsable du trading chez Oddo.

Action en justice : Orpea, mais pas uniquement

« Homicide involontaire, mise en danger délibérée de la vie d’autrui, violence par négligence, non-assistance à personne en danger » : ces motifs sont ceux, peut-être alourdis de nouveaux dans les prochaines semaines, de l’action collective que prépare l’avocate parisienne Sarah Saldmann. Une démarche qu’elle envisage « pour début mars, repoussée un tout petit peu si j’en ai plus (de victimes désireuses d’agir, NDLR) que prévu. »

Elle peut « à peine toucher à ma boîte mail, mon secrétariat est saturé d’appels » depuis que la jeune femme a partagé son intention de saisir la justice pour le compte de plusieurs familles de résidents de maisons gérées par Orpea. Certains de ces dossiers lui sont parvenus lors du premier confinement. Des plaignants qui « ne souhaitaient pas forcément porter plainte sur-le-champ », explique-t-elle, même si courrier recommandé ou dépôt d’une main courante avaient pu suivre. « Beaucoup pensaient que c’était perdu par avance ou qu’on leur proposerait des dommages-intérêts, ce n’est pas ce qu’ils cherchent. »

Plaintes simultanées

Les dénonciations du livre Les Fossoyeurs ont modifié la donne et conduit plusieurs de ces familles à sauter le pas, saisir la justice. Surtout, « le livre a agi en lanceur d’alerte », dit l’avocate, et libéré la parole, les demandes qu’elle reçoit depuis l’explosion de l’affaire Orpea dépassant le cadre de ce géant du secteur.

« Il y a une partie Orpea, Korian, notamment, certains courriers viennent de l’étranger, et une autre partie qui concerne des salariés qui jusque-là se taisaient par peur de perdre leur place ou de ne jamais en retrouver. »

Sarah Saldmann entend déposer simultanément une somme de plaintes individuelles apte à peser sur Orpea. Laquelle s’appliquerait face à de simples individus à « vous prendre de haut. Ils vous rient au nez, nient les faits, vous invitent à saisir la justice. » Cette fois, justement, ce sera le cas. Et aussi pour Korian.

Maltraitances dans les Ehpad: après Orpea, Korian à son tour mis en cause

Mis en ligne le 7/02/2022 à 13:08

https://www.liberation-champagne.fr/id339682/article/2022-02-07/maltraitances-dans-les-ehpad-apres-orpea-korian-son-tour-mis-en-cause

Korian est visé par une plainte collective pour « maltraitances ». 

Maltraitances dans les Ehpad: après Orpea, Korian à son tour mis en cause

Après le groupe Orpea, c’est au tour de Korian d’être dans la tourmente. L’avocate Sarah Saldmann à l’origine d’une première action collective visant Orpea, va en lancer une nouvelle contre le groupe Korian révèle Le Parisien.null

Elle aurait déjà reçu des dizaines de témoignages de familles dénonçant des faits de maltraitance au sein des établissements du géant français. « Toutes ces familles me demandent de les aider car ce qu’elles ont vécu, ce sont des situations qu’elles considèrent comme analogues à celles d’Orpea », témoigne maître Saldmann. 

Une enquête du magazine « Cash Investigation » est en cours sur les Ehpad privés. nullnullhttps://496c4a7356c0abe064e953732941f8e5.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html

La patronne de Korian défend le modèle privé

La patronne du groupe de maisons de retraite Korian, Sophie Boissard, a défendu ce lundi les Ehpad privés, en demandant à l’Etat un effort financier et une définition des normes de contrôle des établissements, dans une interview aux Echos.

« Notre système ne peut pas faire sans les Ehpad privés », a déclaré la directrice générale de Korian, dont le titre a dévissé en Bourse la semaine dernière dans la foulée de celui d’Orpea, mis en cause dans un livre.

« Il serait calamiteux qu’à la suite de la publication du livre de Victor Castanet (« Les Fossoyeurs »), on jette le bébé avec l’eau du bain », a dit Me Boissard, pour qui l’ouvrage « vise le système d’une entreprise en particulier », qu’on ne peut extrapoler à toutes les autres.

Elle a estimé que le secteur souffre d’un manque de financement public, avec dans le cas de Korian une dotation moyenne pour les soins et la dépendance de 60 euros par patient et par jour. C’est « effectivement insuffisant au regard des besoins de la grande dépendance » pour Me Boissard, qui met en regard pour les Pays-Bas une dotation de 200 euros.

Idéologie quand tu nous tiens !

https://covid-ehpad-ch-albi.over-blog.com/2022/02/ideologie-quand-tu-nous-tiens.html?utm_campaign=_ob_pushmail&utm_medium=_ob_notification&utm_source=_ob_email

6 Février 2022 Publié par Bernard Pradines

Idéologie quand tu nous tiens !

Extrait : « Au début de ma carrière, j’ai vendu des baskets chez Go Sport. Eh bien, gérer des personnes âgées en maison de retraite, c’est exactement comme vendre des baskets. »

Castanet, Victor. Les fossoyeurs : Révélations sur le système qui maltraite nos aînés (Documents) (French Edition) (p. 123). Fayard. Édition du Kindle.

Le nouveau scandale exposé par le livre « les Fossoyeurs »[1] n’est jamais qu’une énième péripétie d’un long chemin de croix constellé de révélations plus choquantes les unes que les autres. Elles se sont accumulées et multipliées depuis la dernière décade.

Incapables d’avoir pris correctement le virage du quasi tout domicile en famille de la première moitié du vingtième siècle vers la vie solitaire majoritaire à domicile ou collective en établissement, nous entendons le concert des pleureuses entonnant à nouveau le chant éploré de la culpabilité. Un tel accuse l’âgisme, l’autre l’indifférence à autrui ou l’abandon des anciens. D’autres, plus perspicaces quant aux mécanismes délétères, pointent la rentabilité ou pire, le profit réalisé sur le dos des personnes âgées vulnérables. Le constat est accablant : personnels sous-payés en nombre insuffisant fuyant une profession sinistrée, forcés à des glissements de tâches, à une mobilité incessante et surtout à porter le poids écrasant du travail mal fait donc la contrainte sur les résidents pour aller plus vite en besogne. Des familles mécontentes revendiquent depuis longtemps une participation formelle aux établissements qui leur est refusée, par exemple par l’absence de « conseil de la vie sociale » pourtant inscrit noir sur blanc dans la loi[2],[3]. Pire, d’autres familles sont indifférentes à la gestion de services dont elles se plaignent pourtant de la cherté, comme on le serait vis-à-vis d’un supermarché où seul nous importe le montant des étiquettes ! Des dispositifs tels que celui de la « personne qualifiée » censée faire valoir les droits des personnes hébergées sont confidentiels voire boudés et même ignorés[4]. La peur de leur saisine par crainte de rétorsion sur son parent âgé fera souvent le reste.

Se pose désormais la question de savoir s’il est acceptable, même du seul point de vue moral, que l’on puisse faire des profits plus ou moins mirifiques aux dépens des personnes âgées captives dans tous les sens du terme. Mieux, l’accompagnement du grand âge ne devrait-il pas être toujours non lucratif et sérieusement contrôlé selon des critères stricts définis par la loi et effectués par des organismes indépendants ?

Quand les idéologies du libre marché et du consumérisme se rencontrent dans le domaine humain, tout est à craindre ; nous y sommes ! C’est donc à un sursaut de citoyenneté, de démocratie participative et d’exigence de non-profit auquel nous devons procéder sans attendre.


[1] « Les Fossoyeurs, révélations sur le système qui maltraite non aînés » (Fayard, 400 pages, 22,90 euros) de Victor Castanet.

[2] Articles 10 à 12 de la LOI n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale.

[3] Décret n° 2005-1367 du 2 novembre 2005 portant modifications de certaines dispositions du code de l’action sociale et des familles (partie réglementaire) relatives au conseil de la vie sociale et aux autres formes de participation institués à l’article L. 311-6 du code de l’action sociale et des familles.

[4] Arrêté de nomination d’une personne qualifiée en juin 2020 : « toute personne prise en charge par un établissement ou service social ou médico-social, ou son représentant légal, peut faire appel à une personne qualifiée, en vue de l’aider à faire valoir ses droits ».

 #Actualité,  #EHPAD,  #éthique

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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