Une vision des services publics après 2 ans de covid

« La proximité et l’accessibilité doivent guider l’ambition pour l’action publique »

TRIBUNE

Collectif

Après deux ans de Covid, des responsables des trois fonctions publiques, parmi lesquels France Burgy, Matthieu Girier, Johan Theuret, réunis au sein d’un nouveau club de réflexion donnent, dans une tribune au « Monde », leur vision des services publics.

Publié hier à 09h00, mis à jour hier à 17h34    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/02/05/la-proximite-et-l-accessibilite-doivent-guider-l-ambition-pour-l-action-publique_6112438_3232.html

Tribune. Notre pays vit au rythme d’une crise sanitaire mondiale depuis deux ans. Cette épreuve collective a mis sur le devant de la scène des millions de femmes et d’hommes jusqu’alors invisibilisés et qui pourtant jouent un rôle fondamental dans les écoles, les hôpitaux, les commissariats, les tribunaux, les services administratifs…

Ces services essentiels nous sont devenus tellement évidents et quotidiens que nous en oublions presque qu’ils relèvent de choix collectifs, et qu’ils n’ont rien d’immuable. Maintenir la cohésion, redistribuer les richesses, protéger des vies, déterminer des destins, réparer le vivant, garantir les droits, préparer l’avenir, telles sont les missions, hautement exigeantes, que nous leur assignons.

Selon un récent sondage de l’institut Kantar, si 73 % des Français saluent la capacité des services publics à assurer la continuité du service face au Covid, ils sont pourtant 39 % à les juger aujourd’hui moins accessibles et 33 % moins proches des usagers. La dématérialisation rapide et généralisée a pu aussi fragiliser les fonctions d’accompagnement et de médiation au cœur de la relation de service public, alors que 13 millions de nos concitoyens sont en difficulté avec le numérique.

Un véritable débat démocratique

L’élection présidentielle doit être l’occasion de débattre des projets politiques et de la place que les services publics y occupent. Chaque candidat sait que pour mettre en œuvre son programme, rien ne sera possible sans la mobilisation des administrations, des agents et des outils d’action publique, mais également de la société civile. Notre pays mérite pour cela un véritable débat démocratique

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Pourtant, l’approche gestionnaire et focalisée sur le seul indicateur de la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut français sature encore l’espace de discussion et de représentation. Les projets successifs de modernisation des années passées ont surtout cherché à « optimiser » les coûts directs et le nombre d’agents publics, parfois au détriment des principes fondateurs des services publics, souvent en générant des effets de bord, en pérennisant ou en important des politiques de ressources humaines et de management inadaptées.

Grâce à notre expérience d’agents publics exerçant dans différentes organisations, nous avons donc lancé le club de réflexion le Sens du service public.

Exemplarité écologique et sociale

Notre objectif ? Faire avancer dans l’ensemble des services publics l’égalité d’accès, l’exemplarité écologique et sociale de l’administration, et l’écoute démocratique des citoyens, en invitant dès maintenant à une administration plus humaine, qui prend soin des agents publics, des citoyens, du pays et de notre planète.

La proximité et l’accessibilité doivent ainsi guider l’ambition pour l’action publique, en levant les barrières physiques, techniques, géographiques, relationnelles, émotionnelles à l’accès effectif aux services publics, que le déploiement des maisons France services ne compense qu’imparfaitement.

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Un gel des fermetures de services publics doit être un préalable. Toute évolution des services publics doit se traduire par des mesures d’accompagnement, comme du transport à la demande. La possibilité pour tout citoyen de recourir à la présence humaine doit en outre être garantie dans des locaux accueillants, au téléphone ou sur le terrain.

Pour prendre le virage de la transformation écologique de nos sociétés, l’exemplarité de nos administrations doit être mieux garantie, par la réduction de leur empreinte carbone (bâtiments publics, trajets professionnels, sobriété numérique), et par l’institution d’une règle d’or d’endettement public vertueux pour sanctuariser des financements spécifiques.

Des administrations inclusives

La formation et la capacité d’initiative rendront également les agents publics acteurs de la lutte contre le changement climatique. Nos administrations doivent reprendre le contrôle en matière de commande publique et d’aides publiques aux entreprises grâce à des critères systématiques et vérifiés reposant sur l’impact des engagements. Les indicateurs de pilotage de nos administrations doivent eux aussi s’enrichir d’objectifs écologiques et sociaux.Lire aussi   Article réservé à nos abonnésCoronavirus : « Le surgissement des travailleurs invisibles »

Pour une société de la confiance, il nous faut enfin révolutionner les modes de relation avec les citoyens, par la simplification du langage et des modes de communication et la reconnaissance effective du rôle de la société civile dans nos services publics, à commencer par les associations et leurs bénévoles.

Les fonctions publiques doivent renouer avec leur promesse d’ascension sociale ; les obligations de nominations équilibrées femmes-hommes doivent être étendues sur tous les postes à responsabilité et la liste des métiers soumis à condition de nationalité doit être drastiquement limitée aux strictes missions régaliennes.

C’est à ces conditions que nous aurons des administrations plus inclusives et représentatives de la société française.

Liste des signataires, membres fondateurs du club de réflexion le Sens du service public : Emilie Agnoux, directrice générale adjointe de Grand Paris Sud-Est Avenir ; Léonore Belghiti, administratrice territoriale, ancienne sous-directrice à la solidarité à la Ville de Paris ; France Burgy, directrice générale des services du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) ; Laure de la Bretèche,ancienne secrétaire générale à la modernisation de l’action publique ; Delphine Cervelle, directrice générale des services de Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) ; Vincent Dubail, ingénieur d’Etat au ministère de la transition écologique et solidaire ; Françoise Fleurant-Angba, présidente de l’Association finances gestion évaluation des collectivités territoriales (Afigese-CT) ; Matthieu Girier, DRH du CHU de Bordeaux, président de l’Association pour le développement des ressources humaines des établissements sanitaires et sociaux (Adrhess) ; Ludovic Grousset, directeur général adjoint de la Métropole européenne de Lille ; Noam Leandri, secrétaire général de l’Agence de la transition écologique (Ademe) ; Francis Mangeonjean,président de l’Association française des directeurs de soins (AFDS) ; Alexis Masse, ancien élève de l’ENA et secrétaire confédéral CFDT ; Johan Theuret, directeur général adjoint de la Ville et Métropole de Rennes ; François Thomazeau, directeur général adjoint de l’université de Clermont-Auvergne ; Michel Yahiel, inspecteur général des affaires sociales.

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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