Valérie Pécresse entre libéralisme et gaullisme social
A mesure que la candidate LR à l’élection présidentielle dévoile son programme économique, se dessine une doctrine politique qui, selon ses proches, doit permettre de concilier rigueur et solidarité.
Publié aujourd’hui à 03h24, mis à jour à 11h29
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Valérie Pécresse tient une réunion sur les services publics en milieu rural, à Cœur-de-Causse (Lot), le 19 janvier 2022. ULRICH LEBEUF / MYOP POUR « LE MONDE »
Il y en a certains, à droite, encore traumatisés par la séquence. Mars 2017, leur candidat, François Fillon est debout face à des soignants épuisés qui lui expliquent leur situation dans un Ehpad. A ceux qui veulent plus de moyens humains, le champion de la droite, que beaucoup voyaient déjà à l’Elysée, rétorque : « Vous voulez que je fasse de la dette supplémentaire ? » Une phrase qui a figé, pour les quelques semaines de campagne présidentielle qui restaient, l’image d’un homme qui ne proposait que du sang et des larmes à ses concitoyens. Et dont certains, à droite, demeurent persuadés qu’il s’agissait là, autant que les affaires, d’un catalyseur de la défaite.
Cinq ans plus tard, tout porte à croire que la candidate du parti Les Républicains (LR), Valérie Pécresse, a bien appris la leçon. Elle qui est régulièrement ramenée à une image libérale, pro-entreprise, qu’elle n’a d’ailleurs jamais reniée, ne cesse de faire des propositions sur les aides sociales ou de vanter des mesures pour augmenter le pouvoir d’achat ou les salaires.
Interpellée sur le plateau de BFM-TV, le 18 janvier, par une aide-soignante aux fins de mois difficiles, la candidate de la droite a dégainé la possibilité pour le salarié d’échanger des RTT contre des espèces sonnantes et trébuchantes. « Il y a beaucoup de RTT qui ne sont pas prises et beaucoup de Français qui préféreraient convertir leur temps libre en salaire aujourd’hui pour pouvoir gagner plus », a-t-elle expliqué, proposant de défiscaliser et d’exonérer de charges les sommes ainsi perçues. Une mesure très inspirée du fameux « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy, formule qui aurait, pour beaucoup, conféré la victoire au candidat de droite.
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En déplacement dans le Lot le lendemain, elle a proposé que les adultes handicapés puissent toucher la pension de réversion de leur dernier parent vivant durant toute leur vie. Dans Le Figaro, lundi 24 janvier, outre la très commentée mesure sur les successions, dont elle veut exonérer 95 % des Français, la candidate a proposé l’instauration d’une « allocation de 900 euros par an dès le premier enfant ». Mais aussi d’une augmentation de 15 % de cette prestation pour le deuxième et le troisième enfant. Une généralisation du taux zéro pour les primo-accédants à la propriété immobilière à tout le territoire (seules les zones en tension sont concernées aujourd’hui) ainsi qu’une hausse de 3 % de tous les salaires dès le mois de juillet 2022 ont aussi fait partie de ce qui ressemblait, dans cet entretien, à la hotte de la Mère Noël.
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« Libérer les énergies »
Valérie Pécresse n’a pas renoncé à son credo libéral. Elle qui dit vouloir « mettre de l’ordre dans la rue et dans les comptes » souhaite réduire les dépenses en dépit de tout ce qu’elle annonce. Mais aussi diminuer le nombre des fonctionnaires de 200 000 pour en embaucher 50 000 ailleurs dans des secteurs en tension comme l’hôpital. Elle souhaite par ailleurs aussi reporter l’âge de départ à la retraite à 65 ans, contre 62 ans aujourd’hui. Une réforme potentiellement explosive dans un pays où les travailleurs modestes ont une moindre espérance de vie. Révélateur d’une sorte d’« en même temps » social libéral, parfaitement assumé dans ses équipes, qui rejettent pourtant l’expression.
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Pour Patrick Stefanini, le directeur de campagne de la candidate LR, le projet « s’appuie sur un diagnostic politique puissant, lequel est l’une des colonnes vertébrales de Valérie Pécresse : ce pays est ligoté par les normes, les réglementations ». Tous les services publics, explique-t-il, « sont en crise, car ils n’arrivent plus à faire face, car ils n’ont pas d’autonomie ». Dans ce contexte, la candidate se propose de « libérer les énergies » afin d’aboutir à une situation favorable au pouvoir d’achat et aux entreprises. « C’est cela qui permet de concilier son inspiration libérale et son attachement au gaullisme social », décrypte M. Stefanini.
« Valérie Pécresse marche sur deux jambes. Elle a un projet libéral, c’est incontestable, elle l’assume totalement, mais elle est aussi sociale », abonde Vincent Chriqui, chargé du projet de la candidate au côté de Frédéric Lemoine. C’est, précise-t-il, en faisant des économies qu’une redistribution est possible. Le meilleur exemple, selon lui, étant la réforme des retraites qui devrait permettre, assure-t-il, d’éponger le déficit du régime mais aussi de financer des promesses comme les pensions minimales relevées au niveau du smic.
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Des partisans de Valérie Pécresse lors d’un meeting à Paris, le 11 décembre 2021. CHRISTOPHE ENA / AP
Citant le même exemple, le sénateur de Vendée Bruno Retailleau, qui ne fait pourtant pas partie de la frange dite « sociale » de LR, indique pour sa part qu’il ne « faut pas se condamner à parler de compétitivité sans parler de solidarité ». Pour lui, un des leviers de compétitivité est la cohésion sociale. Pour autant, dans cette logique, les comptes publics ne doivent pas être négligés, car ils permettent de financer le système social. « Ce sont les pays qui gèrent le mieux leurs finances publiques qui ont les plus faibles taux de chômage et où le taux de pauvreté est le plus bas », avance-t-il.
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« Discours de responsabilité »
Des arguments qui ressemblent furieusement à ce que proposait Emmanuel Macron pendant sa campagne de 2017. Le président de la République et ses équipes insistaient, à l’époque, sur la nécessité de maîtriser les dépenses afin, justement, de se créer des marges de manœuvre, et d’investir. Son mantra – « libérer protéger » – lors de sa réforme du droit du travail, lancée immédiatement après son élection, était d’ailleurs sémantiquement similaire à ce qu’évoquent les cadres de LR.
Une comparaison violemment rejetée par les équipes de campagne de Valérie Pécresse. « La vraie obsession que nous avons, c’est la justice. Dès lors que nous sommes justes, nous pouvons très bien assumer d’avoir des mesures de rigueur et des mesures de solidarité », vante le porte-parole, et député du Lot, Aurélien Pradié. Comprendre : Emmanuel Macron n’est pas juste.
« Le propre de la droite est de tenir un discours de responsabilité qui dit que si on veut une politique sociale, il faut être responsable dans les finances publiques », avance M. Chriqui, qui insiste sur l’augmentation des dépenses publiques sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, qui ne peut, selon lui, se justifier uniquement par la crise sanitaire. Dans le viseur de l’équipe de Valérie Pécresse, par exemple, il y a le chèque inflation, considéré comme une hypothèque sur l’avenir, car financé par de l’emprunt sans contrepartie pour les citoyens qui le touchent. Un message général, nuancé – trop peut-être – pour pouvoir s’imposer, en période de pandémie, dans le temps de cerveau disponible des Français.
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Auteur d’une « Histoire du gaullisme social », Pierre Manenti place les racines de ce mouvement de pensée dans le « catholicisme social » et la volonté du général de Gaulle de réconcilier le capital et le travail auprès des milieux ouvriers.
Propos recueillis par Solenn de Royer
Publié aujourd’hui à 10h28, mis à jour à 11h31
Conseiller politique de la ministre du logement, Emmanuelle Wargon, Pierre Manenti vient de publier Histoire du gaullisme social (Perrin, 2021), préfacé par Hervé Gaymard. Selon le normalien, également diplômé de Sciences Po Strasbourg, la candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, qui se présente à la fois comme libérale et « gaulliste sociale » joue avec le flou qui entoure aujourd’hui cette formule, pour envoyer des messages à un électorat dispersé. L’auteur tente de définir ce mouvement de pensée, qui irrigue encore aujourd’hui le débat public, et de retracer son histoire.
Quelle définition donnez-vous au gaullisme social ?
C’est l’idée qu’il y avait, derrière l’action et la pensée du général de Gaulle, une considération importante pour le monde ouvrier, une dimension sociale de l’action publique et un rôle social dévolu à l’Etat. A l’époque, il s’agissait aussi pour lui de s’adresser aux ouvriers, alors essentiellement communistes et socialistes. Le gaullisme social est ainsi né après la seconde guerre mondiale, quand le général a dirigé le gouvernement d’union nationale et de reconstruction du pays, puis quand il a créé le RPF [Rassemblement du peuple français], le tout premier parti gaulliste, en 1947.
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Quelles mesures sont issues du gaullisme social ?
Parmi les matérialisations de ce mouvement de pensée, on peut évoquer la participation des salariés à la gouvernance de l’entreprise et à sa réussite économique, notamment par l’intéressement. Il s’agit, plus largement, de repenser le rôle et la place du travailleur dans l’entreprise. Il y a aussi la transformation du modèle social. A la Libération, de Gaulle a été à l’origine des ordonnances sur la Sécurité sociale et de la nationalisation de plusieurs entreprises. Quand il est revenu au pouvoir en 1958, il a porté des réformes sociales sur les retraites, le statut des travailleurs indépendants ou encore la « participation », le grand concept au cœur du gaullisme social. Il avait lu un penseur du XIXe siècle, Frédéric Le Play, connu pour ses idées sur le progrès social. Dans l’idée de ce dernier, il n’y avait pas d’un côté le capitalisme avec les « gros sous » (selon la formule du Général) et de l’autre les travailleurs avec la force de leurs bras. Il affirmait au contraire que la réussite économique ne pouvait passer que par l’association entre capital et travail. Après la guerre, le général de Gaulle a porté ce discours de réconciliation du capital et du travail auprès des milieux ouvriers, et a pu compter sur le soutien de personnalités politiques, comme le député Jacques Baumel ou le futur ministre de l’emploi Yvon Morandat.
Qu’est devenu le gaullisme social après de Gaulle ?
Quand de Gaulle disparaît de la scène politique, différentes interprétations du gaullisme apparaissent, parce que le Général n’avait jamais voulu le définir. Pour certains, de Gaulle était un libéral, pour preuve son grand plan de libéralisation de l’économie (dit plan Pinay-Rueff), en 1959. Pour d’autres, le général de Gaulle s’inspirait, au contraire, d’idées de gauche, empruntées à des personnes rencontrées pendant l’aventure de la France libre et dans la Résistance. Je dirais pour ma part qu’il était surtout sensible à la question sociale parce que catholique. Le gaullisme social prend en effet et avant tout racine dans le catholicisme social, doctrine qui dit que lorsqu’on est chrétien, on l’est dans sa foi mais aussi dans la vie de la cité. A droite, Christian Poncelet, Philippe Dechartre ou encore Philippe Seguin, le dernier grand héros du gaullisme social, ont été les héritiers de cette tendance. D’autres gaullistes y ont même pris prétexte pour travailler avec la gauche, comme Jean Charbonnel, ministre du général de Gaulle, puis de Pompidou, qui a participé au programme commun de la gauche ! Cela montre que le projet gaulliste était avant tout un projet de dépassement politique, au-dessus des partis et du clivage droite-gauche.
Comment expliquez-vous que ce concept soit toujours en vogue aujourd’hui ? A-t-il encore une réalité ou est-ce désormais une formule galvaudée ?
Comme historien du gaullisme, j’éprouve un certain agacement à voir tous les matins et à toutes les sauces les gens se poser la question de ce qu’aurait fait le général de Gaulle, disparu depuis plus de cinquante ans, face à telle ou telle situation ! Le gaullisme nous a laissé de grandes orientations, mais il n’est pas une réponse à tous les problèmes du quotidien. En même temps, cela dit une chose enthousiasmante : le message politique du général de Gaulle – et du gaullisme – est encore d’une pleine vitalité et reste un horizon indépassable de la vie politique. Ce qui explique qu’aujourd’hui, beaucoup, à droite comme à gauche, se réclament de cet héritage. Les uns voyant le chef politique et la figure de la droite, les autres plutôt le chef de la Résistance, figure de rassemblement de tous les Français.
Comment ce mouvement a pesé, notamment à droite ?
A droite, Philippe Séguin en a été la dernière grande figure, dans les années 1990 et 2000. Toutefois, le séguinisme ne recouvre pas seulement le gaullisme social, mais aussi le souverainisme (après le référendum de Maastricht, en 1992). Le gaullisme social et le souverainisme se sont d’ailleurs tellement mélangés qu’on se demande aujourd’hui si l’un peut exister sans l’autre. Quoi qu’il en soit, Séguin a joué un rôle fondamental dans la vitalité de ce courant politique. Aujourd’hui, Jean Castex et Gérald Darmanin s’en revendiquent, alors qu’ils ont rejoint la Macronie. Chez Les Républicains, Michel Barnier, Xavier Bertrand, mais aussi Valérie Pécresse s’en réclament également. Ce qui montre l’importance capitale du gaullisme social dans la galaxie de la droite française.
A gauche aussi certains cherchent à s’en revendiquer. Arnaud Montebourg a ainsi lancé sa campagne avec le thème de la participation gaulliste. Il y a vingt ans, en 2002, Jean-Pierre Chevènement avait agrégé des soutiens de gauche et de droite avec un discours souverainiste, ralliant un grand nombre de gaullistes sociaux. Le gaullisme inspire donc à droite comme à gauche et continue de jouer un rôle majeur dans la vie politique française. Depuis peu, l’extrême droite cherche même à s’en prévaloir, ce qui est révoltant quand on sait que ces partis se sont construits aux antipodes du projet du général de Gaulle, en réunissant les ultras de l’Algérie française, des anciens pétainistes et miliciens. Cette « gaullomania » montre en tout cas le poids incroyable qu’a pris de Gaulle dans l’imaginaire politique français.
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La candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, se réclame à la fois d’un libéralisme assumé et du gaullisme social : est-ce compatible ?
Le gaullisme social s’est construit quand le général de Gaulle est revenu au pouvoir, en 1958, avec l’idée qu’il fallait réformer l’économie, mais qu’on ne pouvait pas laisser l’économie de marché fonctionner toute seule, qu’il fallait des amortisseurs et des garde-fous. Il voulait agir pour aider concrètement les Français, notamment ceux qui étaient en situation de précarité, parce qu’il avait été l’homme de la reconstruction après la seconde guerre mondiale et parce qu’il était sensible à leur situation. Il voulait aussi que l’Etat ait un rôle dans le fonctionnement de l’économie et intervienne pratiquement, y compris dans la vie des entreprises. Tout ceci est contradictoire avec l’ultralibéralisme dont certains se réclament à droite. Il y a une impossibilité de conjuguer les deux mots. Comme plus personne ne sait plus vraiment ce que ce terme de « gaullisme social » veut dire – il est devenu le synonyme d’une « droite équilibrée » ! –, Pécresse joue de l’ambiguïté pour s’adresser à un électorat dispersé, en essayant de faire une addition de termes qui ne peuvent pas être accolés.
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Comment jugez-vous le programme économique de Valérie Pécresse ? Qu’y a-t-il de « gaulliste social » dans ses propositions ?
Le gaullisme social, c’est à la fois une volonté de mieux répartir les richesses et le souci d’offrir un service public de qualité aux Français. Cela ne peut donc pas aller de pair avec l’idée de supprimer à tour de bras des emplois de fonctionnaires. Dans son programme économique, elle évoque toutefois la possibilité qu’une partie du capital des sociétés cotées soit détenue par les salariés et souhaite encourager l’intéressement, ce qui n’est donc pas sans lien avec les mesures voulues par le général de Gaulle en son temps.
La droite, aujourd’hui, est-elle capable de récupérer l’électorat populaire qu’avait su capter Jacques Chirac, en 1995, avec la « fracture sociale », et Nicolas Sarkozy, en 2007, avec son volontarisme politique et son « travailler plus pour gagner plus » ?
En 1995, c’est Philippe Séguin, grand instigateur de la droite populaire et sociale, qui fait gagner Jacques Chirac sur la fracture sociale, avec l’idée qu’il fallait recréer de la cohésion sociale dans un pays fracturé. En 2007, Nicolas Sarkozy a eu un discours sur la valeur travail et la volonté de parler aux ouvriers, en mentionnant leur pouvoir d’achat. Aujourd’hui, la droite de Valérie Pécresse est en peine sur ce discours de réconciliation sociale. Il s’agit pourtant d’un thème central de cette campagne présidentielle, au lendemain d’une crise sanitaire, devenue crise économique et sociale, où d’autres partis ont su faire vivre ce discours d’effort collectif et d’unité nationale – Emmanuel Macron en tête, avec son discours de dépassement des clivages et la dynamique du « quoi qu’il en coûte » pour n’abandonner personne au cœur de la crise.
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Le gaullisme social n’est-il pas avant tout la nostalgie d’un « Eden perdu » ? Est-il encore pertinent aujourd’hui ?
Le gaullisme social, et son omniprésence dans le paysage politique, est évidemment une nostalgie d’une époque révolue, époque d’unité politique derrière le général de Gaulle et de prospérité économique. Quand il revient au pouvoir en 1958, le général de Gaulle est soutenu par des gens de droite et de gauche, c’est la force de son mouvement qui dépasse les vieux clivages et les petites ententes. Dans son premier gouvernement, il invite des personnalités de gauche et de droite, avec pour objectif de transformer le pays durablement. Il y a donc la nostalgie de cette unité nationale, mais aussi celle d’une époque, les « trente glorieuses », marquée par une croissance économique, doublée de progrès social et sociétal. Chez de Gaulle, catholique et humaniste, il y avait cette conviction profonde qu’il fallait remettre l’humain au centre des débats publics. Quand on l’interrogeait sur le sens du combat politique, il répondait que « la seule querelle qui vaille est celle de l’homme ». Cela donne une certaine idée de la puissance du message politique du gaullisme et cela explique qu’il reste, aujourd’hui encore, un modèle pour de nombreux hommes et femmes politiques.
Solenn de Royer