Le nombre de patients en réanimation se stabilise autour de 3 800, mais les admissions en médecine augmentent, tout comme l’absentéisme provoqué par les soignants contaminés.

PLANÈTE

CORONAVIRUS ET PANDÉMIE DE COVID-19

Covid-19 : Moins de patients en réanimation, mais une pression constante… la situation paradoxale des hôpitaux en France

Le nombre de patients en réanimation se stabilise autour de 3 800, mais les admissions en médecine augmentent, tout comme l’absentéisme provoqué par les soignants contaminés.

Par Camille Stromboni

Publié le 24 janvier 2022 à 04h32 – Mis à jour le 24 janvier 2022 à 16h51

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/01/24/l-hopital-face-a-la-vague-omicron-chaque-jour-il-faut-trouver-des-solutions-miracles_6110685_3244.html

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A l’hôpital universitaire de Strasbourg, le 13 janvier 2022. JEAN-FRANCOIS BADIAS / AP

Ce sont des numéros d’équilibrisme rejoués chaque jour. Mercredi 19 janvier, le chirurgien en orthopédie pédiatrique Jean-Luc Jouve a enfin pu programmer pour le lendemain « une colonne vertébrale », à savoir l’opération de l’un de ses jeunes patients. Une urgence non vitale, mais avec un risque de paralysie sévère si l’on tarde trop… Tout ne tient néanmoins qu’à un fil.

« Les réanimateurs m’ont dit que c’était bon, à condition qu’ils ne fassent aucune admission supplémentaire pendant la nuit et que sinon, il faudrait annuler », rapporte le médecin marseillais, à la tête de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Un tel acte chirurgical nécessite en effet qu’un lit de réanimation reste libre, au cas où. Heureusement pour cette fois, la nuit sera clémente et l’opération aura bien lieu.

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A Marseille, la tension sur les réanimations, due aux arrivées de malades atteints du Covid-19, baisse depuis une dizaine de jours. La reprogrammation des opérations d’autres patients a ainsi commencé de manière « fragile et fluctuante », précise le responsable, qui tente avec ses collègues de se glisser dans le moindre interstice libéré par l’épidémie, alors que la liste d’attente des patients à opérer ne cesse de s’allonger. Depuis le 20 décembre 2021, l’activité des blocs opératoires, hors urgences, était quasiment à l’arrêt dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Les hôpitaux se retrouvent aujourd’hui dans une situation paradoxale. Si des lueurs d’espoir apparaissent avec l’arrêt de l’envolée du nombre de patients en réanimation, stabilisé autour d’un plateau haut de 3 800 patients atteints du Covid-19 au niveau national, avec une décrue qui semble enclenchée dans plusieurs régions, la pression reste plus forte que jamais, après deux ans de crise sanitaire. Les hospitalisations dans les services de médecine, qui accueillent les malades aux formes les moins graves, continuent, elles, à progresser, avec 28 515 patients au 22 janvier. Et une difficulté supplémentaire vient complexifier l’équation : les arrêts maladie pour Covid-19 des personnels, avec un variant Omicron du SARS-CoV-2 qui décime les équipes.

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L’espoir d’un pic épidémique proche se dissipe

A l’AP-HM, le taux d’absentéisme chez les personnels dits non médicaux (infirmiers, aides-soignants, administratifs, etc.) a explosé, passant d’environ 12 % en 2021 à 17 % depuis début janvier. Au 21 janvier, 589 soignants étaient positifs au Covid-19, un chiffre qui ne cesse de progresser. « Quand on dit qu’il y a moins de pression sur l’hôpital, c’est faux. Il y en a autant, elle est juste différente, estime Patrick Goldstein, patron du SAMU et du pôle urgences du CHU de Lille. Nous avons une énorme activité, Covid et non-Covid, qui se heurte à de nombreux personnels absents. »

« Nous avons percé tous les plafonds »

La directrice du centre hospitalier de Metz-Thionville, Marie-Odile Saillard appelle cela « l’effet ciseaux ». La réanimation se trouve bien moins touchée que lors de la première vague qui a déferlé dans la région en février 2020. Et pourtant… « Nous n’avons jamais eu autant de patients hospitalisés, nous avons percé tous les plafonds, souligne la responsable. Dans le même temps, nous avons beaucoup de personnels malades, donc nous sommes dans l’impossibilité de faire tourner la machine hospitalière à plein régime. »

Avec 25 personnes de plus déclarés positives chaque jour dans l’établissement, les compteurs de l’absentéisme sont montés à 12 % chez les personnels paramédicaux, contre 9 % habituellement. Même niveau atteint chez les médecins, dont 3 % sont en temps normal concernés par des arrêts maladie. « C’est très compliqué, en ce moment, d’encadrer nos plateaux techniques et nos lits », résume-t-elle.

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Un membre du personnel médical, dans le service des urgences de l’hôpital Saint-Camille à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), le 21 janvier 2022. JULIEN DE ROSA / AFP

Le phénomène se confirme à l’échelle nationale. Selon les chiffres communiqués au Monde par la direction générale de l’offre de soins, portant sur un échantillon de 126 établissements, une hausse de l’absentéisme de deux points par rapport au taux habituel apparaît sur la période du 5 décembre 2021 au 9 janvier 2022, « liée à la diffusion rapide du variant Omicron ».

Des absences qui pèsent d’autant plus lourdement que l’hôpital souffre déjà d’un manque cruel de soignants. « Notre marge de manœuvre est faible, de nombreux lits sont fermés depuis septembre, faute d’infirmiers pour les ouvrir », rappelle le docteur Thierry Godeau. Dans son établissement, à La Rochelle, impossible de « pousser les murs » pour accueillir la cinquantaine de patients atteints du Covid-19 hospitalisés autrement qu’en réaffectant vingt lits de chirurgie vers la médecine.

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A la veille des fêtes, des hôpitaux sur la « corde raide »

« On tient, mais au prix de réorganisations qui impactent les autres patients et de déprogrammations d’opérations, devenues notre seule variable d’ajustement. C’est un vrai problème. » Selon une enquête menée auprès d’un échantillon d’établissements par le médecin, qui préside la conférence des présidents de commission médicale d’établissement de centres hospitaliers, les trois quarts d’entre eux se déclarent touchés par des déprogrammations en chirurgie.

2,5 millions d’heures supplémentaires en 2021

En médecine aussi, les conséquences n’ont rien d’anodin. « Les personnels sont concentrés sur les secteurs Covid, tout le reste est réduit à peau de chagrin », témoigne une praticienne d’un établissement francilien, qui souhaite conserver l’anonymat. Dans son service de médecine interne, où près de 30 % des lits sont fermés, faute de personnels infirmiers suffisants depuis la rentrée, deux médecins sur trois sont désormais affiliés à l’unité Covid-19. Cinq lits ont aussi dû être donnés aux confrères de gastro-entérologie et d’orthopédie, obligés de laisser la place au secteur Covid-19, installé à leur étage. « Chaque jour, il faut trouver des solutions miracles pour avoir des places pour nos urgences, décrit-elle. On est obligé de faire sortir nos patients plus tôt… »

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L’hôpital au point de rupture : une crise qui vient de loin

A l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), un sommet inédit a été atteint avec 2 581 nouveaux cas positifs chez les personnels la semaine du 3 janvier, soit dix fois plus qu’un mois plus tôt. Le taux d’absentéisme dans les rangs des soignants est monté jusqu’à 11,85 %, contre 7 % en moyenne en temps normal. « Nous espérons désormais avoir passé le pic », indique Vannessa Fage-Moreel, directrice des ressources humaines, qui comptabilisait 1 940 nouveaux cas positifs la semaine du 10 janvier. Le nombre de clusters, incluant soignants et patients, continue néanmoins à progresser, avec 191 « foyers épidémiques actifs » au 20 janvier.

A Paris comme ailleurs, ce sont avant tout les heures supplémentaires des personnels restants qui permettent de maintenir l’offre de soins. Leur nombre est passé de 2 millions en 2020, à 2,5 millions en 2021 à l’AP-HP. Les dépenses d’intérim y ont aussi plus que doublé en 2021.

« Tous les jours, pour maintenir nos lits ouverts, c’est la quadrature du cercle », témoigne Djillali Annane, patron de la réanimation à l’hôpital de Garches (AP-HP). Dans son service, impossible de fonctionner sans faire appel aux personnels positifs au Covid-19 mais asymptomatiques. « Nous avons un tiers des médecins contaminés, donc s’ils ne travaillent plus, on ferme quasiment le service, dit le réanimateur. Nous prenons déjà des gardes supplémentaires, mais nous n’avons plus aucune réserve. » Ces médecins reviennent dans des conditions très strictes concernant les gestes barrières, avec des masques FFP2 et en s’occupant uniquement des malades en secteur Covid-19.

Rappel des soignants contaminés

Le sujet est sensible. Cette « dérogation à l’éviction » des soignants positifs est autorisée dans les textes réglementaires « à titre exceptionnel », « en cas de risque avéré et immédiat portant sur la sécurité des patients » ou « sur la continuité d’accompagnement et de prise en charge ». Dans les rangs des directions d’établissements comme sur le terrain, on l’assure : elle n’est utilisée que de manière « très marginale ».

Aux Hospices civils de Lyon, le retour de soignants asymptomatiques concerne ainsi 10 à 20 professionnels par semaine, sur 24 000 au total, selon la direction de l’établissement. « Ces mesures sont prises lorsque aucune alternative n’est possible pour remplacer l’agent à l’instant T », précise-t-on. Selon les directives ministérielles, ils ne doivent présenter aucun « signe d’excrétion virale comme la toux et les éternuements » et être « prioritairement affectés à des activités ne nécessitant pas le contact avec des patients à risque de forme grave de Covid-19 ».

« On est tellement sous tension que si un collègue était asymptomatique, nous le ferions venir », confirme Jean-Michel Doppler, cadre de soins en réanimation au centre hospitalier de Colmar, qui doit déjà rappeler de nombreux personnels en congés. « Nos infirmières tombent les unes après les autres », souligne-t-il. Lundi 17 janvier a été la pire journée du responsable : sept personnes de l’équipe, sur trente, ont été arrêtées. Toutes symptomatiques.

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A l’hôpital Nord de Marseille : « La sélection, on l’opère depuis plusieurs jours »

Ici comme ailleurs, aux absences pour arrêt maladie s’ajoutent les effets de l’épidémie à l’école, avec les enfants à garder du jour au lendemain ou à faire tester. « On doit sans arrêt trouver des solutions de remplacement au pied levé, décrit Sabine Valera, infirmière à l’hôpital Nord de Marseille. Il faut s’adapter à ceux qui ne peuvent prendre leur service à l’heure, c’est une charge de travail de plus pour les autres, avec des vacations à rallonge ou un patient de plus à prendre en charge. » Avec une question : comment tenir dans la durée, alors que plusieurs médecins s’attendent à passer l’hiver sous la pression d’Omicron ?

Camille Stromboni

« Covid : comment la France est devenue la championne d’Europe des contaminations »

Date de publication : 26 janvier 2022
Le Parisien La Croix
C’est ce que titre Le Parisien, qui indique que « rapporté à la population, le nombre de cas quotidiens en France se situe juste après celui du Danemark ; mais en valeur absolue, l’Hexagone est le premier. Virus qu’on laisse filer, écoles pas assez protégées, relâchement général mais aussi spectre de BA.2, une sous-lignée d’Omicron… voici les principales hypothèses pour l’expliquer ».
Florence Méréo note ainsi qu’« au lieu d’un pic, le cours de l’épidémie de Covid a pris la forme d’une fusée pulvérisant record sur record, avec ce mardi soir plus d’un demi-million de nouveaux cas en 24 heures. Du jamais-vu. En moyenne, plus de 360.000 sont actuellement détectés chaque jour. Si l’on s’en tient à cette donnée brute, l’Hexagone est même la triste championne d’Europe des contaminations ».
La journaliste précise qu’« avec plus de 5300 nouveaux cas par jour par million d’habitants, notre pays redescend à la deuxième marche du podium, derrière le Danemark et ses 6550 cas mais loin devant l’Italie et ses 2800 cas ».

« S’il est vrai que la France est l’un des pays qui testent le plus, débusquant mathématiquement davantage d’infections, cela ne suffit pas à justifier l’envolée des cas. Le tsunami Omicron a tant déferlé qu’il représente aujourd’hui 96% des contaminations en France »,
relève-t-elle.
Jonathan Roux, docteur en épidémiologie à l’École des hautes études de la santé publique (EHESP) de Rennes, remarque que « l’Allemagne ou par exemple l’Autriche ont pris des mesures restrictives fortes et précoces contre le variant Delta, avant la saturation de leurs hôpitaux. Cette anticipation leur permet aujourd’hui d’affronter plus sereinement la vague Omicron.
En France, on a misé très fortement sur la vaccination, moins sur les restrictions. On a de fait laissé davantage filer le virus. C’est un risque dit acceptable car le système de soins pouvait tenir ».
Le Pr Antoine Flahault, épidémiologiste, observe quant à lui que « si l’on s’en tient à la mortalité, les pays les plus performants sont ceux qui ont été les plus réactifs dans leur prise de décisions. La Norvège compte 27 décès pour 100.000 habitants, l’Allemagne environ 140, la France 193, le Royaume-Uni 231 ».
Jonathan Roux ajoute que « les cas explosent chez les enfants mais aussi chez les 30-40 ans, ça semble confirmer l’idée d’une contamination enfant-parent ».
Florence Méréo relève ainsi que « 1000 enfants et adolescents […] sont hospitalisés avec un diagnostic Covid ». Denis Malvy, professeur en infectiologie, note que « ça peut paraître un chiffre parmi tant d’autres, mais nous médecins, nous les voyons ces petits et certains sont en réanimation. […] Aérons ! Mettons des capteurs de CO2 partout où c’est possible ! Rappelons que la vaccination des enfants ne sert pas qu’à protéger leurs grands-parents ».
Jonathan Roux remarque que « le côté comportement est difficile à mesurer. Mais on voit bien un relâchement des gestes barrière », tandis qu’
Antoine Flahault observe :
« Peut-être que la France, comme le Danemark, est en train de connaître une nouvelle vague avec BA.2 ».
La Croix titre pour sa part : « Vague Omicron : le pic épidémique se fait attendre ».
Le journal relève aussi que « la France tarde à passer le pic de la vague épidémique liée au variant Omicron. Les contaminations continuent d’augmenter, certaines régions étant probablement en plein pic épidémique. L’apparition d’un sous-variant est par ailleurs surveillée par les scientifiques ».
La Croix explique qu’« alors que le pic de la vague épidémique liée au variant Omicron était prévu pour mi-janvier, le nombre de contaminations en France ne cesse d’augmenter. Le 21 janvier, on dénombrait plus de 350.000 cas positifs quotidiens en moyenne sur les 7 derniers jours. Les hospitalisations continuent elles aussi de croître, même si le nombre d’entrées en réanimation diminue : en moyenne, 289 admissions quotidiennes, soit une baisse de 9% par rapport à la semaine précédente. Cette situation contrastée se comprend mieux au travers des évolutions régionales ».
Yannick Simonin, virologue et enseignant-chercheur à l’université de Montpellier, remarque qu’« on est sûrement en train de passer des pics épidémiques dans plusieurs régions. Omicron n’est pas arrivé partout en France au même moment, par exemple l’Île-de-France a été touchée bien plus rapidement que le sud de la France ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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