L’hôpital public sous perfusion de médecins intérimaires »
Date de publication : 25 janvier 2022

Cécile Thibert remarque dans Le Figaro que « dans une France qui se débat avec ses déserts médicaux, les hôpitaux déboursent des fortunes pour payer des praticiens non titulaires afin de remplir leurs plannings. Une situation dommageable pour l’organisation des services et la qualité des soins, mais inextricable tant les soignants manquent… ».
La journaliste observe ainsi que « partout en France, des hôpitaux sont contraints de proposer des sommes exorbitantes afin de disposer d’assez de médecins et d’infirmiers pour assumer leur mission : la continuité des soins. Et si les fêtes de fin d’année exacerbent le phénomène, celui-ci n’est pas circonscrit à cette période.
Cécile Thibert note qu’« environ 30% des postes de médecin hospitalier sont vacants, selon le Centre national de gestion. Deux spécialités sont particulièrement concernées par l’intérim, l’anesthésie-réanimation et la médecine d’urgence. Viennent ensuite la gériatrie, la radiologie et la gynécologie-obstétrique ».
« Faute de trouver des médecins titulaires, certains hôpitaux ne fonctionnent désormais plus qu’avec des intérimaires payés au prix fort », poursuit-elle.
Cécile Thibert relève notamment qu’« à l’hôpital de Marmande, dans le Lot-et-Garonne, «nous devrions avoir 15 médecins dans l’équipe, nous avons 100% d’intérimaires», témoigne le Dr Laurent Maillard, chef du service des urgences de cet hôpital intercommunal qui vient de passer son vingtième Noël de garde à l’hôpital. Sans intérimaires, l’hôpital serait contraint de fermer son service d’urgences qui prend en charge 25.000 patients par an ».
La journaliste s’interroge : « Quelle est l’ampleur de ce phénomène ? Quel coût représente-t-il pour l’hôpital ? Dans un rapport rendu en 2013, Olivier Véran – à l’époque député socialiste – avait estimé que l’intérim était le mode d’exercice de 6000 médecins, pour un surcoût évalué à 500 millions d’euros pour l’hôpital public. Depuis, le compteur s’est affolé ».
Elle explique que « l’an dernier, la Cour des comptes a mis en lumière l’explosion du recours à l’intérim à travers plusieurs rapports. Le CHRU de Brest, hôpital public français qui dépense actuellement le plus en intérim médical, a vu ses coûts d’intérim passer de 1,7 million d’euros en 2015 à 6,5 millions en 2018. Soit une augmentation de 380% ! ».
« Idem au centre hospitalier de Parthenay, où le coût annuel de l’intérim médical a plus que doublé en quatre ans pour atteindre 2,5 millions d’euros en 2018. Selon la Cour des comptes, cela revient à rémunérer 20 médecins à temps plein alors qu’en pratique, seuls 6 travaillent. Mais tout ne va pas dans la poche des médecins : les agences d’intérim prennent de belles commissions », précise la journaliste.
Cécile Thibert ajoute que « le recours à l’intérim médical a d’autres inconvénients, notamment celui de fragiliser les équipes et de dégrader la qualité des soins. Il peut avoir «des conséquences sur la qualité des prises en charge, la probabilité de survenue d’événements indésirables graves étant plus forte», affirment les magistrats de la Cour des comptes. Et en cas de problème «la responsabilité est délicate à caractériser» ».
Les auteurs du rapport ajoutent qu’« il n’y a pas d’évaluation des intérimaires et aucun recours n’est possible en cas de rupture du contrat ou de non-observance de la mission confiée ».
Le Dr Maillard souligne pour sa part : « Dans l’intérim il y a de tout. Il y a d’excellents médecins et des gens qui ne sont là que pour se remplir les poches. Notre système médical ne peut pas s’appuyer que sur des intérimaires. Dès que vous avez un système qui repose sur des personnes qui n’ont aucune obligation vis-à-vis de l’établissement, vous vous mettez en situation de risque permanent ».
Cécile Thibert observe que « certains hôpitaux peinent encore plus que d’autres à attirer des médecins, en raison de leur situation géographique et de leurs conditions d’exercice. […] À cela s’ajoute le fait que les «petits» hôpitaux ont perdu des moyens techniques considérables ces dernières années, ce qui rend la tâche encore plus ardue ».
Le Dr Sauveur Meglio, urgentiste au centre hospitalier de Royan, note ainsi que « beaucoup ont vu leurs services spécialisés être supprimés. La nuit, nous sommes seuls au monde. Il faut réussir à stabiliser les patients en attendant leur transfert vers un plus gros hôpital en jouant tantôt le cardiologue, tantôt le réanimateur ou le neurologue. Ce sont des conditions parfois très difficiles qui n’attirent pas les médecins. […]
L’intérim n’est que le résultat de la destruction de l’hôpital public et de la dévalorisation du statut de praticien hospitalier ».
La journaliste conclut que « les soignants voient désormais s’approcher l’issue fatale : l’impossibilité de continuer à soigner dans des territoires où il n’y a pas d’alternative à l’intérim ».
Le Dr Frédéric Pain, médecin urgentiste et président de la commission médicale d’établissement du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres, à Parthenay, remarque : « Fin décembre, nous ne savions pas si nous allions pouvoir maintenir la maternité ouverte. On n’est plus dans la tension, on est déjà dans la rupture ».
L’hôpital public sous perfusion de médecins intérimaires
Par Cécile ThibertMis à jour hier à 18:35
https://www.lefigaro.fr/sciences/l-hopital-public-sous-perfusion-de-medecins-interimaires-20220124
ENQUÊTE – Dans une France qui se débat avec ses déserts médicaux, les hôpitaux déboursent des fortunes pour payer des praticiens non titulaires afin de remplir leurs plannings. Une situation dommageable pour l’organisation des services et la qualité des soins, mais inextricable tant les soignants manquent…
«Les enchères montent… 1000 euros la nuit ou la journée au lieu de 1000 à 1200 euros les 24 heures. La magie des fêtes de fin d’année!», souffle Émilie, médecin urgentiste, en voyant les annonces d’une agence d’intérim médical reçues dans sa boîte mail quelques jours avant le réveillon du Nouvel An. Pour espérer avoir un urgentiste la nuit du 31 décembre, le pôle de santé de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) a doublé le salaire habituellement proposé aux intérimaires. Au Centre hospitalier de Castres-Mazamet, on était prêt à débourser jusqu’à 2400 euros pour rémunérer la garde de 24 heures aux urgences. Soit environ la moitié du salaire net mensuel d’un praticien hospitalier à temps plein après dix ans de carrière.
À LIRE AUSSILa France toujours malade de ses déserts médicaux
Partout en France, des hôpitaux sont contraints de proposer des sommes exorbitantes afin de disposer d’assez de médecins et d’infirmiers pour assumer leur mission: la continuité des soins. Et si les fêtes de fin d’année exacerbent le phénomène, celui-ci n’est pas circonscrit…
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