Un traitement précoce par voie orale contre le Covid-19 pour les personnes à risque de forme grave disponible en pharmacie (Paxlovid de Pfizer)

Le Paxlovid de Pfizer, première pilule anti-Covid-19 disponible en pharmacie

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/01/22/feu-vert-pour-le-paxlovid-la-pilule-anti-covid-19-de-pfizer_6110510_1650684.html

Pour la première fois, la Haute Autorité de santé a autorisé un traitement précoce par voie orale contre le Covid-19 pour les personnes à risque de forme grave. Les nombreuses interactions avec d’autres médicaments pourraient limiter son usage. Par Sandrine Cabut et Pascale SantiPar Sandrine Cabut et Pascale SantiPar Sandrine Cabut et Pascale SantiAujourd’hui à 05h11, mis à jour à 11h07.Lecture 5 min.Article réservé aux abonnés

Fabrication de pilules antivirales Paxlovid, dans le laboratoire Pfizer de Fribourg (Allemagne), le 16 novembre 2021.
Fabrication de pilules antivirales Paxlovid, dans le laboratoire Pfizer de Fribourg (Allemagne), le 16 novembre 2021. PFIZER / AFP

Avant même l’aval des autorités de santé, le Paxlovid, la pilule anti-Covid de Pfizer, était déjà annoncé comme disponible dans les pharmacies françaises dès fin janvier. Présenté par son fabricant comme le médicament capable de changer la donne de la pandémie, cet antiviral a été autorisé vendredi 21 janvier par la Haute Autorité de santé (HAS) pour le traitement précoce des personnes à risque de forme grave de Covid-19 (ne nécessitant pas d’oxygénothérapie). Ce feu vert fait suite à un avis de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). L’agence européenne du médicament avait, elle, donné un avis provisoire favorable le 16 décembre 2021.

Le Paxlovid est le premier traitement accessible en villes, il pourra être prescrit par les médecins généralistes souligne la HAS, qui en liste précisément les indications. L’Etat français a déjà commandé 500 000 doses. De fait, sur le papier, des millions de personnes sont potentiellement concernées. Ce sont « les patients adultes sévèrement immunodéprimés ou présentant une pathologie à très haut risque de forme grave – en particulier cancers en cours de traitement, polypathologies, trisomie 21 ou certaines maladies rares, quels que soient leur âge et leur statut vaccinal ». Il est aussi destiné « aux patients au-delà de 65 ans présentant des facteurs de risques de développer des formes graves (diabète, obésité, insuffisance rénale chronique, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, insuffisance respiratoire…), en particulier lorsque ces personnes ne sont pas, ou pas complètement, vaccinées ».

Un médicament attendu, « pour patients à risque »

En pratique, le Paxlovid devra être pris pendant cinq jours (trois comprimés deux fois par jour), dès que possible après un test positif et au maximum dans les cinq jours suivant l’apparition des symptômes.

Dans le contexte actuel de prédominance du variant Omicron, ce médicament oral – le premier autorisé en France – était particulièrement attendu. « En l’absence d’anticorps monoclonaux efficaces dans cette indication, le Paxlovid pourrait être le seul traitement disponible pour prévenir l’évolution vers une forme grave chez les patients à risque infectés », pointe le conseil scientifique dans son dernier avis, rendu public le 20 janvier.

Y a-t-il un risque d’une utilisation plus large dans la population pour raccourcir la durée et l’intensité des symptômes, notamment chez les non-vaccinés ? « Le Paxlovid doit être réservé à des patients à risque, c’est uniquement dans ces populations que l’on a des études cliniques et donc des données sur le ratio bénéfice-risque. De la pédagogie sera nécessaire pour bien respecter les indications », met en garde Christelle Ratignier-Carbonneil, la directrice générale de l’ANSM.

Déjà disponible dans d’autres pays (Etats-Unis, Israël, Corée du Sud), le médicament de Pfizer a été approuvé principalement sur la base de résultats préliminaires d’un essai clinique montrant une réduction de 89 % du risque d’hospitalisation et de décès, quand il est débuté dans les trois jours suivant l’apparition des symptômes. Pendant les vingt-huit jours de suivi, environ 1 % des patients prenant du Paxlovid (6 sur 607) ont été hospitalisés, contre 6,6 % (41 sur 612) de ceux qui étaient sous placebo. Aucune mort n’est survenue dans le groupe traité.Lire aussi :Les pilules de Merck et Pfizer suscitent espoirs et interrogations

L’étude a porté sur des adultes non vaccinés infectés par le Covid-19, non hospitalisés, et à haut risque de développer une forme sévère. Des résultats similaires ont été observés chez ceux traités dans les cinq premiers jours, souligne Pfizer, qui précise aussi que son produit serait efficace sur différents variants, y compris Omicron. Les effets indésirables les plus fréquents signalés ont été des dysgueusies (altération du goût) et des troubles digestifs, diarrhée et vomissements. D’autres essais cliniques sont en cours, notamment chez des adultes sans surrisque d’évolution vers une maladie grave.

Le talon d’Achille du Paxlovid

Sur le plan chimique, il s’agit d’une association de nirmatrelvir (un antiviral inhibant la protéase, une des enzymes virales), et de ritonavir. Cette molécule, utilisée depuis longtemps dans la prise en charge du VIH et du VHC, sert surtout de « booster » ; elle permet de ralentir l’élimination du nirmatrelvir, et ainsi de prolonger ses effets. Mais ce mode d’action judicieux constitue aussi le talon d’Achille du Paxlovid : en inhibant de façon puissante une enzyme impliquée dans le métabolisme de nombreux médicaments, le ritonavir peut en effet augmenter leur concentration, au risque d’entraîner ainsi « des réactions graves ou de mettre en jeu le pronostic vital », précise la Société française de pharmacologie et de thérapeutique.

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Pour la HAS, qui détaille les molécules potentiellement concernées dans un document d’aide aux prescripteurs, « c’est au médecin d’apprécier avec son patient ces interactions. Si le traitement ne peut pas être interrompu, le patient ne pourra pas bénéficier du Paxlovid ». L’antiviral est également contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale sévère ou d’insuffisance hépatique sévère et pas recommandé pendant la grossesse.

Les risques élevés d’interactions médicamenteuses risquent en tout cas d’être un frein aux prescriptions. « A l’époque des premiers essais du ritonavir dans le VIH, dans les années 1990, cela a été une vraie complexité, mais nous avons su nous adapter, avec des sites Internet consacrés à cette problématique », se souvient l’infectiologue Gilles Pialoux, professeur à l’université Paris-Sorbonne.

« Il faudra être très vigilant »

« Ce médicament sera réservé aux personnes les plus fragiles, donc susceptibles de prendre plusieurs médicaments, il faudra donc être très vigilant », avertit aussi le professeur Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants, en citant notamment le risque avec « une des statines [médicament anticholestérol] les plus fréquemment prescrites ».

Olivier Saint-Lary insiste par ailleurs sur les connaissances encore limitées sur ce nouveau traitement. « Les données disponibles émanent pour l’instant uniquement de communiqués de presse, on n’a pas d’études revues par les pairs. De plus, cet essai a été fait chez des personnes non vaccinées, et sur le variant Delta », note-t-il.Ecouter aussi :

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Des données en vie réelle provenant d’Israël, où le médicament est utilisé depuis le début de janvier, confortent les résultats préliminaires. Plus de 90 % des patients traités (sur un total de 850) connaissent une amélioration significative des symptômes en trois jours, estime le prestataire de soins Maccabi, cité par le Jerusalem Post. Près d’un tiers auraient cependant subi des effets indésirables, ce qui a conduit 6 % à interrompre leur traitement.

Mis à jour le 05 janvier 2022 à 18h11

Sandrine Cabut et Pascale Santi

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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