L’antienne des économies possibles a l’hôpital refait surface alors que par ailleurs on poursuit les déprogrammations !

L’hôpital pourrait faire des économies en s’organisant mieux »

Date de publication : 19 janvier 2022

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=34872b98e26d6a9ffd4685d6bdf1dca0&id_newsletter=16017&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=16017&from=newsletter

Le Figaro

Marie-Cécile Renault remarque dans Le Figaro qu’« alors que la France figure parmi les pays dépensant le plus au monde pour la santé (11% du PIB) et compte 1,2 million d’agents hospitaliers – en hausse de 35% (+ 312.000) de 1997 à 2020 -, les Français ont découvert avec la crise que le pays manquait d’infirmières… Ils ont même appris avec effarement que 35% du personnel à l’hôpital ne voit jamais de patients, alors que le personnel administratif ne représente que 24% en Allemagne ».


La journaliste note cependant que « ces chiffres sont à prendre avec précaution. Outre-Rhin, les hôpitaux sont presque tous hors du champ public, leurs effectifs ne sont pas comptés parmi les fonctionnaires, alors qu’ils sont bien souvent financés par l’argent des contribuables. En outre, si on enlève le personnel de restauration, de traitement du linge, de la sécurité, des services informatique et comptabilité, etc., il n’y aurait que 10% d’administratifs purs à l’hôpital français ».
« Pour autant, une partie de ces fonctions support pourraient être sous-traitées, si les syndicats – très attachés au statut de fonctionnaire – ne s’y opposaient pas »,
relève Marie-Cécile Renault.
François Ecalle, président de Fipeco, site d’informations sur les finances publiques, remarque ainsi que « l’externalisation permettrait probablement de payer moins cher. On peut aussi faire des économies sur les soignants, en s’organisant mieux au sein de l’hôpital et en se coordonnant mieux avec la ville ». Marie-Cécile Renault observe en effet qu’« un examen fait en ville est trop souvent refait quand le patient arrive à l’hôpital. Il y aurait près de 20% d’actes en doublon ».


Frédéric Bizard, économiste de la santé, déclare en outre : «On a des carrières emmurées dans l’hôpital, alors qu’il faudrait de la flexibilité permettant, par exemple, de faire un temps partiel public et un temps partiel privé. L’hôpital public ne fait que 20% d’ambulatoire (médecine et chirurgie), contre plus de 50% à l’étranger. Cela ne correspond pas aux besoins. L’avenir c’est d’être traité en ville, l’hôpital restant le lieu des grandes interventions, de la recherche, etc. ».


La journaliste ajoute que « la répartition des emplois hospitaliers ne correspond pas assez aux besoins : en 2019, il y avait 13,5 emplois publics hospitaliers pour 1000 habitants en Île-de-France… et 20,7 en Bourgogne-Franche-Comté. Soit un écart de plus de 53% ! ».
François Ecalle observe : « Contrairement à ce que croient les gens, on n’a pas fermé tant d’hôpitaux dans les zones rurales, et ils conservent des effectifs qui n’ont pas toujours grand-chose à faire, alors que dans les grandes villes la population a fortement augmenté ».

Revue de presse Mediscoop du 19-01-2022

« Opérations déprogrammées : quand le Covid fait d’autres victimes »

Date de publication : 19 janvier 2022

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=15da2de8851a0a5c38d9c03716b0a46a&midn=16017&from=newsletter

Le Parisien
La Croix

Florence Méréo note en effet dans Le Parisien que « partout en France, ce sont des milliers d’opérations et d’examens qui subissent le même sort : annulation, report. Certains patients en sont à leur troisième déprogrammation, parfois plus ».
« Beaucoup ne cachent plus leur désarroi et leur colère, rejetant la faute sur les non-vaccinés qui occupent très majoritairement les places en réanimation. Car, on a beau les étiqueter «non urgentes», les interventions se décalent dans le temps et empiètent sur la qualité de vie, quand ce n’est pas la vie tout court »,
remarque la journaliste.


Claude Rambaud, vice-présidente de France Assos santé, indique ainsi : « On sait par exemple que les retards de prise en charge des cancers vont causer des milliers de morts supplémentaires dans les années à venir. Il faut encore attendre pour connaître l’ampleur des dégâts, mais oui, il y a de quoi s’inquiéter ».


Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques, ajoute que « les services de diabétologie sont parmi les premiers à être impactés. Il y a un retard de prise en charge global pour les patients. On craint aussi une hausse des amputations à cause de plaies du pied qui ont pu s’aggraver ».


Florence Méréo précise que « la situation n’est pas nouvelle, ni signée Omicron. Cela fait près de 2 ans que les hôpitaux sont contraints de déprogrammer à tour de bras, pour réserver les lits et surtout du personnel dédié aux patients les plus gravement infectés. Rien qu’en 2020, il y a eu 2,3 millions de séjours en moins dans les établissements de santé. Mais cette fois, la donne est différente ».


Le Pr Hervé Fernandez, chef du service de gynécologie du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), « qui doit reporter des interventions contre l’endométriose, des prolapsus, des fibromes… », souligne : « Aujourd’hui, ce n’est plus tant la saturation des services par les malades Covid que le manque de soignants qui fait défaut ».


Le Dr Frédéric Sailhan, chirurgien orthopédiste à l’hôpital parisien Cochin, confirme : « Le problème chronique de manque de personnel existait avant l’épidémie, mais elle l’a accentuée. Il y a beaucoup de soignants qui sont malades. Mais aussi, et particulièrement depuis septembre, de nombreuses démissions d’infirmières qui partent travailler en ville, avec moins de contraintes ou dans les centres de vaccination plus rémunérateurs. Voire qui changent de métier. C’est une crise dans la crise ».


Jean-Claude Deharo, chef du service de cardiologie à l’hôpital marseillais de la Timone, déclare quant à lui que « cette vague met en avant un problème structurel. Il suffit d’une épidémie pour détruire les fondations de notre système de santé. Nos besoins en personnel soignant doivent être mieux dimensionnés ».


Le ministère de la Santé remarque qu’« avec le Ségur (un accord signé avec les acteurs du système de soin en 2020), l’hôpital a commencé à changer et il va continuer, en termes d’attractivité, de rémunération ou de formation ».


Le Parisien livre en outre des témoignages de patients, « entre colère, tristesse et inquiétude ». Il cite notamment Mélanie, maman de Sacha, 2 ans, expliquant : « Pour le préserver du Covid, les parents de Sacha ne le mettaient plus à la crèche depuis une semaine. Sa maman désinfectait «tout», y compris sa souris d’ordinateur, plusieurs fois par jour. Quant au papa, il dormait avec le masque ! ».
Mélanie indique : « On avait mis toutes les chances de notre côté. Si l’un d’entre nous était infecté, Sacha ne pouvait pas être opéré… ».
Le journal observe que « le coup est venu de l’extérieur. Au bout du fil, vendredi, la médecin était aussi contrariée que désolée ». Mélanie indique : « Quand elle m’a dit qu’elle devait déprogrammer l’intervention de mon fils, je me suis mise à pleurer. C’était comme recevoir un coup de massue ».
Le Parisien explique ainsi que « ce mercredi, le garçonnet de bientôt 2 ans ne passera pas au bloc. Né avec un hypospadias (une malformation du pénis), il devait poursuivre à Marseille la reconstruction de son urètre. Mais voilà, depuis le déclenchement du plan Blanc dans une cité phocéenne étouffée par le virus, seules les chirurgies urgentes ou vitales peuvent être pratiquées ».
La maman souligne : « Il a déjà eu deux opérations, avec une greffe de peau. Là, on lui avait détecté une fistule : il fait pipi par deux trous, parfois ça coule le long de sa jambe. Plus on attend, plus le risque d’agrandissement et d’infection est grand. […] Nos enfants sont les victimes des non-vaccinés qui occupent les lits et mobilisent les soignants. On les empêche d’être soignés ».
La Croix évoque aussi cette « vie entre parenthèses des patients «déprogrammés» ». Le journal note que « le retour des plans blancs dans les hôpitaux entraîne des reports d’opérations dites «non urgentes». Souvent annoncées au dernier moment, ces déprogrammations affectent le moral et parfois la santé des patients ».


Le quotidien explique que « fin décembre, le taux de déprogrammation oscillait entre 20 et 30%, selon la Conférence des présidents des commissions médicales d’établissement de CHU. En grande partie occupés à soigner les malades du Covid, les personnels ne sont plus assez nombreux pour assurer toutes les interventions. Tout comme les places en soins intensifs, indispensables après une chirurgie lourde ».


La Croix cite aussi patients et médecins, et relève que « selon l’UFC-Que choisir, qui a enquêté sur les reports d’opérations entre mars 2020 et mars 2021, le retard accumulé par les hôpitaux depuis le début de l’épidémie sera difficile à résorber. «39% des opérations prévues (durant cette période) n’avaient toujours pas eu lieu en avril 2021, dont 27% qui n’avaient fait l’objet d’aucune reprogrammation.» Au-delà de l’inconfort ou l’anxiété que cela peut générer, 20% des patients interrogés par l’association estiment que ce report a eu pour effet d’aggraver leur problème de santé .

2022

« « On le paiera cher » : le Pr Lantieri tire la sonnette d’alarme sur les opérations déprogrammées »

Date de publication : 19 janvier 2022

https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=a40e94541326b7d8913884b5a20445ef&midn=16017&from=newsletter

Le Parisien

Le Parisien publie un entretien avec le chirurgien Laurent Lantieri, qui « lance l’alerte : les conséquences des opérations annulées peuvent être graves pour les malades. Il appelle à réformer profondément le système de santé ».
Le journal observe : « Partout en France, des opérations sont reportées, qualifiées de « non vitales », « non urgentes »… ».
Le Pr Lantieri répond : « C’est faux ! Certaines ne sont peut-être pas vitales aujourd’hui, mais demain ? Si vous retardez de 15 jours une intervention de chirurgie pour un cancer du sein, à la fin de l’année, vous avez 1% de mortalité en plus. Si vous décalez de plusieurs mois l’opération d’une prothèse de hanche, vous n’avez plus le même patient. Certains ne peuvent plus marcher ni monter leurs escaliers, souffrent d’atrophie musculaire, ont perdu le goût de vivre. Se contenter de dire vital ou non, c’est regarder par le petit bout de la lorgnette. À force, on se retrouve face à des personnes qui étaient opérables mais ne le sont plus ».
Le chirurgien indique que « pendant la première vague, j’ai dû reporter plusieurs mastectomies préventives contre la survenue d’un cancer. Sur des femmes qui ne sont donc PAS malades. Eh bien, trois de ces patientes déprogrammées de mai à octobre ont développé leur cancer dans ce laps de temps, deux du sein, une de l’ovaire. On expose des malades non-Covid à des pertes de chance, à des retards de dépistage et de prise en charge ».
Laurent Lantieri ajoute que « la situation est telle que nous n’en sommes mêmes plus à déprogrammer. On ne programme tout simplement plus ! Tous les jours, on fait des choix entre deux malades. Un exemple : dans mon service, j’ai souvent des jeunes femmes de 22, 23 ans avec des cancers difficiles. Que dois-je faire : prévoir une intervention avec une solution élaborée et une reconstruction immédiate qui va prendre du temps pour une patiente ou des opérations plus simples qui vont bénéficier à plusieurs patientes plus âgées ? Ça s’appelle du tri ».
« De fait, oui. Il y a des pathologies que je ne traite plus du tout en ce moment, des neurofibromes par exemple. Je pense aussi à cette jeune femme avec une grave déformation de la face que je dois opérer depuis 2 ans et dont je repousse régulièrement l’intervention parce qu’elle sera très longue. Dans mon service, notre activité a baissé de 30 à 50%, c’est énorme. Ici comme ailleurs, on ne rattrapera jamais un tel retard »,
poursuit le spécialiste.
Il précise que « si on n’opère pas, c’est surtout parce qu’il manque du personnel. On est là face à un vrai problème de santé publique. […] Les soignants qui travaillent au bloc ne sont pas considérés à leur juste valeur, les salaires sont trop bas. On assiste à un départ massif d’infirmières. Le virus ne fait qu’exacerber une situation qui s’est installée dans nos hôpitaux depuis 25 ans, c’est-à-dire lorsque les objectifs de dépenses de sécurité sociale ont pris le pas sur les politiques de santé publique. Le mal est profond, le système déjà fragilisé est en train de s’effondrer. Il faut le réformer en profondeur ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire