Cinquième vague de Covid-19 : les raisons d’espérer, celles de rester prudent
Le porte-parole du gouvernement se montre « optimiste » sur l’évolution de la pandémie. Pourtant, 300 000 cas sont dépistés chaque jour et les hôpitaux restent sous tension.
Par Romain Imbach à 20h16, mis à jour à 11h01.Lecture 6 min.
« Il y a des raisons d’être optimiste », a déclaré mardi 18 janvier le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sur CNews. Alors que le pic de la cinquième vague de Covid-19 que nous traversons n’est pas encore atteint, beaucoup disent apercevoir quelques signes d’espoir dans les indicateurs de suivi de l’épidémie : moindre « gravité » du variant Omicron qui est devenu largement majoritaire, baisse des entrées en soins critiques ou encore amorce de décrue dans certaines régions comme en Ile-de-France… Mais ces signaux positifs ne doivent pas éclipser des aspects toujours préoccupants de la pandémie.L’évolution de l’épidémie
Sur les contaminations
- Des indices laissent penser que cette vague pourrait bientôt atteindre son maximum
Avec 2 926 cas pour 100 000 habitants en moyenne au 13 janvier, le taux d’incidence a atteint des niveaux inédits depuis le début de la pandémie. Mais l’augmentation, vertigineuse depuis la fin de l’année, semble ralentir. « Le pic de la vague n’est pas encore atteint. On est toujours dans une dynamique de croissance de la circulation virale », mettait en garde Isabelle Parent, lors du point de presse hebdomadaire de Santé publique France, vendredi 14 janvier.La courbe montre un signe de ralentissement au cours de la semaine écoulée
Dans son avis du 13 janvier, le Conseil scientifique soulignait que le « pic de contaminations devrait être atteint à court terme ». Au niveau national, le nombre de nouveaux cas de Covid-19 détectés augmente toujours, mais la courbe montre un signe de ralentissement au cours de la semaine écoulée (du 10 au 16 janvier) avec une croissance de + 10,8 % par rapport à la semaine précédente, contre + 64,1 % entre les deux semaines précédentes. On recensait ainsi 278 129 nouveaux cas le 16 janvier, contre 296 097 le dimanche précédent.
Dans certaines régions particulièrement touchées par cette cinquième vague, comme l’Ile-de-France, la Corse ou Mayotte, le nombre de cas détectés est désormais en reflux. Dans la région parisienne, où le taux d’incidence a été le plus élevé du pays, ce dernier a commencé un reflux : il était à 4 044 pour 100 000 habitants la semaine du 3 au 9 janvier, contre 3 727 en moyenne pour la semaine écoulée (10 au 16 janvier).
- … mais la stratégie de test a beaucoup évolué
Le nombre de cas détectés dépend directement de la politique de tests. Ce sont jusqu’à 2,56 millions de personnes qui ont été testées en une seule journée – record atteint le 10 janvier –, provoquant un engorgement des laboratoires et de la base de données SI-Dep. Depuis, le nombre de tests antigéniques et PCR décroît.
Après un pic début janvier, le nombre de test en baisse
Nombre quotidien moyen de patients testés sur les sept derniers jours
Source : Géodes
Avec la rentrée scolaire, le taux de dépistage était en hausse de 26 % lors de la première semaine de janvier, particulièrement chez les 0-9 ans (+ 241 %) et chez les 10-19 ans (+ 87 %). Dans ces deux classes d’âge, les taux d’incidence du virus ont respectivement bondi de 132 % et 104 % au cours de la première semaine de l’année 2022.
La stratégie de dépistage a cependant évolué dès la semaine suivante, avec la fin du recours systématique à des tests antigéniques ou PCR pour les élèves cas contacts à l’école, remplacés par des autotests réalisés à la maison. Or les résultats ne sont pas intégrés au décompte officiel (et on peut supposer que les personnes ayant un autotest positif ne vont pas toutes faire le test RT-PCR ou antigénique de confirmation), ce qui a fait chuter le taux de dépistage chez les enfants.
Cette énième modification du protocole sanitaire à l’école n’explique pas à elle seule la baisse du nombre de tests, puisque celui-ci diminue dans toutes les catégories d’âge. Le taux de positivité – ratio du nombre de personnes positives sur le nombre de personnes testées –, croit quant à lui dans toutes les catégories d’âge.
Dans les hôpitaux
- Une légère décrue du nombre d’admissions quotidiennes en soins critiques…
Pour la première fois au cours de cette cinquièmevague, les admissions quotidiennes dans les services de soins critiques sont en recul de 5,7 % la semaine du 10 au 16 janvier (319,1 en moyenne quotidienne sur les sept derniers jours) par rapport à la semaine précédente (338,6) ; le nombre quotidien d’admissions est en baisse depuis six jours consécutifs.
- … mais des hôpitaux toujours très remplis
Le dernier bilan épidémiologique de SPF fait état d’une « hausse des nouvelles admissions à l’hôpital » qui « accentue sensiblement la tension sur la prise en charge hospitalière ».
Au 16 janvier, le nombre quotidien de nouvelles personnes admises à l’hôpital s’élève à 2 317 (en moyenne sur les sept derniers jours), contre 2 080 une semaine plus tôt (+ 11,4 %). La hausse du nombre d’hospitalisations se poursuit donc, et on compte 24 887 personnes hospitalisées au 16 janvier. Les régions les plus touchées sont l’Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
La tension hospitalière reste forte, avec près de 4 000 personnes hospitalisées en soins critiques en raison du Covid-19 dans toute la France au 16 janvier. A titre de comparaison, on comptait près de 5 000 patients en soins critiques au pic de la deuxième vague, près de 6 000 au pic de la troisième et près de 7 000 lors de la première.
Un niveau toujours élevé de patients en soins critiques
En France, au cours de la cinquième vague
Source : Géodes
Enfin, la mortalité liée à l’épidémie reste significative, avec une moyenne quotidienne de 218 décès pour la semaine du 10 au 16 janvier. On dénombre au total près de 9 000 décès liés à cette cinquième vague (8 842 depuis le 15 novembre 2021).
Sur les effets du variant Omicron
- Les données hospitalières semblent confirmer une moindre dangerosité d’Omicron
Santé publique France relève que « le ratio du nombre de cas hospitalisés, par rapport au nombre de cas symptomatiques, a fortement diminué en décembre 2021 ». Il était de 2 hospitalisations pour 100 cas la première semaine de janvier et la dernière semaine de 2021, contre 6 % au début de la 5e vague, 8 % lors de la 4e vague et 13 % lors de la 3e vague.
Dans sa note du 14 janvier, la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) estime, sur la base d’une modélisation à partir des données françaises, que les durées d’hospitalisation « semblent plus courtes pour le variant Omicron que pour le variant Delta ».
- … mais elles sont encore parcellaires
La Drees précise néanmoins que ces résultats « sont préliminaires. Ils gagneront à être complétés par de nouvelles données dans les semaines à venir ».
Sur la prédominance de ce nouveau variant
- Omicron est devenu ultra majoritaire
Santé publique France confirme dans son dernier bilan hebdomadaire la progression rapide de la diffusion du variant Omicron en France métropolitaine : la part des prélèvements ayant un résultat de criblage correspondant à une suspicion d’Omicron (délétion 69/70, substitution K417N, substitution S371L-S373P, substitution Q493R) s’élève à environ 95 % au 14 janvier (sur sept jours glissants), contre 75 % à la fin de décembre, et environ 10 % deux semaines plus tôt.Lire aussiCovid-19 : visualisez la part des variants du SARS-CoV-2 qui circulent en France
- … mais une remontée de Delta n’est pas exclue
Arnaud Fontanet, directeur de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur de Paris, mettait toutefois en garde sur France Inter, lundi 17 janvier :
« On est dans cette phase, qui était attendue, où le variant Omicron allait prendre le dessus sur Delta qui était le variant prédominant partout dans le monde. Il n’est pas dit que cet équilibre va rester là où il s’est installé aujourd’hui avec une très forte prédominance d’Omicron. Il n’est pas exclu que Delta remonte dans les semaines qui viennent. »
D’après les données publiées par la Drees, la part des cas de suspicions de variant Omicron (établie sur la base du criblage) est estimée à un peu plus de 30 % des admissions en soins critiques au cours de la semaine du 3 au 9 janvier 2022, contre près de 70 % pour Delta.
Du côté du Royaume-Uni, qui a deux semaines d’avance sur la France, les nouveaux cas détectés ont été divisés par deux entre le pic atteint au début de janvier et le 15 janvier. Le nombre de décès quotidiens commence, lui, à descendre seulement depuis la mi-janvier, à un niveau toujours élevé de 287 décès quotidiens en moyenne sur sept jours, alors que le pic (392) a été atteint le 12 janvier.Romain Imbach