Scolarisation des enfants handicapés : Eric Zemmour déclenche un tollé avec ses propos sur l’« obsession de l’inclusion »
Le candidat d’extrême droite souhaite que les enfants en situation de handicap soient scolarisés dans des « établissements spécialisés », plutôt que dans les classes avec les autres élèves.
Le Monde avec AFPPublié le 15 janvier 2022 à 12h57 – Mis à jour le 15 janvier 2022 à 19h18
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Nouvelle polémique en marge d’un déplacement d’Eric Zemmour. Lors d’une rencontre avec des enseignants acquis à sa cause à Honnecourt-sur-Escaut (Nord) vendredi 14 janvier, le candidat d’extrême droite s’est déclaré favorable à l’accueil des enfants en situation de handicap dans des « établissements spécialisés, sauf pour les gens légèrement handicapés évidemment », plutôt que dans les classes avec les autres élèves.
« Pour le reste, oui, je pense que l’obsession de l’inclusion est une mauvaise manière faite aux autres enfants et à ces enfants-là qui sont, les pauvres, complètement dépassés par les autres enfants. Donc je pense qu’il faut des enseignants spécialisés qui s’en occupent », a-t-il estimé.Lire aussi De l’école à l’université, le difficile parcours des jeunes en situation de handicap
Demande d’excuses
La secrétaire d’Etat chargée du handicap, Sophie Cluzel, a fustigé samedi, sur Twitter, « une déclaration pitoyable ». « Très en colère » sur BFM-TV, elle a critiqué une « vision misérabiliste » et « excluante » du handicap. « Bien sûr que c’est compliqué, mais c’est vraiment l’honneur de la France de pouvoir scolariser ces enfants avec les autres, au milieu des autres », a-t-elle ajouté.null
Selon la ministre, 384 000 élèves en situation de handicap sont scolarisés dans des établissements « classiques », en augmentation de 20% par rapport à 2017, et 80 000 enfants et adolescents sont accueillis dans les instituts médico-éducatifs (IME) « spécialisés ».
Le chef de file des députés LR, Damien Abad, lui-même en situation de handicap, a dénoncé des propos « scandaleux » d’Eric Zemmour et une « ségrégation à tous les étages ». « Oui, nous devons avoir l’obsession de l’inclusion. Je demande des excuses publiques », a-t-il lancé sur Twitter.
La candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, a pour sa part jugé « impardonnable » de « s’attaquer aux enfants fragilisés par un handicap ». La figure de proue du parti Les Républicains, Valérie Pécresse, a embrayé en marge d’un déplacement en Grèce, fustigeant « la brutalité » des propos d’Eric Zemmour : « Mon projet, c’est plus d’inclusion pour les enfants fragiles. »
Même ton pour les candidats de gauche : « Il est comme toujours dans l’outrance, la violence et l’injure », a cinglé la désormais candidate déclarée Christiane Taubira, quand Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) dénonçait « une vision du monde opposée » à la sienne. Le communiste Fabien Roussel s’est dit « révulsé par la proposition » d’Eric Zemmour, ajoutant ne pas vouloir de « cette société d’apartheid ».
Les réactions ont également été vives dans le milieu associatif. Le président national de l’Association pour adultes et jeunes handicapés, Jean-Louis Garcia, s’est ému sur BFM-TV de ce qu’il considère être une « ségrégation », une « mise à part », tandis que la présidente de SOS-Autisme France, Olivia Cattan, s’est « indignée »de propos jugés « discriminatoires » et d’une « méconnaissance » du candidat Zemmour sur le sujet. Tous deux renvoient à la loi de 2005 qui garantit l’égalité des chances pour les enfants handicapés.
Le président de l’Association pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées, Matthieu Annereau, par ailleurs élu local La République en marche et non-voyant, a quant à lui estimé que « l’exclusion des 12 millions de personnes handicapées en France évoquée par M. Zemmour [était] profondément nauséabonde ».
« Prendre en compte les cas particuliers »
Eric Zemmour (Reconquête !) est revenu sur ses propos samedi matin :
« Bien sûr, il y a des cas où le fait de les mettre dans un établissement ordinaire est une bonne chose car ça leur permet de progresser, de se socialiser. Et puis il y a d’autres cas, réels, plus nombreux qu’on ne le dit où c’est une souffrance pour ces enfants [handicapés] (…). Ce que j’ai voulu dire, c’est que je ne veux pas que l’obsession de l’inclusion nous prive et nous conduise à négliger la nécessité d’établissements spécialisés. »
« Je pense que c’est une position idéologique, comme toujours, a-t-il précisé. On a décidé que c’était mieux de mettre tout le monde ensemble. Moi, je pense que non », « pas pour les mettre à l’écart mais pour s’en occuper mieux ». Sur Twitter, le candidat à la présidentielle a appelé à « prendre en compte les cas particuliers » de chaque enfant, avec des possibilités de « passerelles » entre « établissements spécialisés » et « ordinaires ».
M. Zemmour doit poursuivre samedi son périple dans l’Aisne à Villers-Cotterêts pour une visite du chantier du château, avant un déplacement à Château-Thierry.Lire aussi Article réservé à nos abonnés Le validisme, une analyse des rapports sociaux par le prisme du handicap
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