Covid-19 et « anticorps facilitants » : les vaccins aggravent-ils les infections au coronavirus ?
De nombreux antivax affirment que les vaccins facilitent l’infection. Ce phénomène immunologique a déjà été observé avec le vaccin contre la dengue. Pour ce qui concerne le Covid-19, les cas sont en revanche très rares et n’ont pas été confirmés.
Par Gary DagornPublié hier à 17h07, mis à jour hier à 18h58
Temps de Lecture 6 min.

Après la désinformation sur les nanoparticules, sur la mortalité et les effets indésirables, sur les phases d’essai ou le lien avec les AVC, les opposants aux vaccins contre le Covid-19 continuent à diffuser de nouveaux arguments trompeurs.
Le dernier en date concerne un mécanisme immunitaire rare mais déjà observé avec certains vaccins: la facilitation de l’infection par les anticorps. Depuis qu’ils en ont découvert l’existence, des antivaccins affirment que les vaccins contre le Covid-19 non seulement ne protègent pas leurs hôtes, mais aggraveraient leur état de santé, ce qui expliquerait, selon eux, la vague inédite de contaminations en Europe. Mais ces affirmations ne reposent sur aucune observation scientifique.
Que sont les anticorps facilitants ?
Les anticorps facilitants sont des anticorps qui, au lieu de neutraliser le virus, vont faciliter sa réplication et, donc, l’infection de nouvelles cellules. Ils ne sont pas différents des anticorps neutralisants habituellement fabriqués par le système immunitaire humain. Une fois produits par les lymphocytes B, les anticorps vont repérer les coronavirus présents à proximité et s’y lier physiquement, en s’attachant à leur protéine de surface (le spicule, ou la protéine spike). Rien d’anormal, jusque-là. Ces anticorps recrutent alors des cellules immunitaires qui vont venir phagocyter le virus pour le détruire.
En se liant au virus, les anticorps ont pour fonction de « recruter » des cellules immunitaires, lesquelles viendront détruire le virus
Classiquement, les anticorps liés à un virus s’« arriment » à un macrophage via le récepteur (appelé FcγR) de celui-ci, le macrophage « avale » et « digère » le tout (ce sont les phases d’endocytose et de lyse). Mais, dans le cas d’une infection facilitée par les anticorps, au moment de l’endocytose, la liaison chimique neutralisante entre les anticorps et le virion peut se révéler fragile et « casser » ; le virion « s’échappe » alors et peut ensuite infecter le macrophage, dans lequel il se réplique, comme dans un cheval de Troie.
L’infection peut aussi être facilitée par une réaction immunitaire excessive due aux anticorps. En se liant au virus, ceux-ci ont pour fonction de « recruter » des cellules immunitaires, lesquelles viendront détruire le virus. Mais ce recrutement provoque parfois une réaction en chaîne des cellules immunitaires et une inflammation extrême qui va se retourner contre l’organisme. Les pathogènes respiratoires sont souvent à l’origine de cette voie d’activation.
Les facilitations d’infection par anticorps surviennent principalement lors d’une deuxième infection virale, chez des sujets déjà infectés mais qui rencontrent une souche différente du premier virus qu’ils ont croisé. L’exposition à un virus quasi identique mais dont les protéines de surface sont différentes affaiblit la capacité neutralisante des anticorps.
Des cas d’infections postérieures facilitées ont été documentés pour certains coronavirus humains, dont le SARS-CoV-1, le virus responsable de la pandémie de SRAS en 2003. Mais la grande majorité des cas connus concerne le virus de la dengue.
L’exemple du Dengvaxia aux Philippines
Ces infections facilitées peuvent se révéler dangereuses et déséquilibrer la balance bénéfices-risques d’un vaccin au point d’en annuler l’autorisation de mise sur le marché. C’est ce qui s’est passé pour le vaccin contre la dengue (Dengvaxia) développé par Sanofi-Pasteur. Il a été suspendu en décembre 2017 aux Philippines, après que le laboratoire a prévenu le gouvernement que les enfants n’ayant jamais été infectés par la maladie risquaient d’être particulièrement à risque s’ils croisaient le virus après la vaccination, au lieu d’être protégés par celle-ci. Le virus de la dengue a cinq sérotypes différents, et il est courant qu’une seconde infection naturelle par un sérotype différent du premier provoque une infection plus sérieuse en raison d’anticorps trop peu neutralisants. C’est ce mécanisme qui a été observé avec Dengvaxia.
Récit : Effets indésirables vaccinaux : retour sur des alertes historiques, confirmées ou non
Le bilan de l’affaire n’est pas aisé à établir. Dix-neuf morts de la dengue chez des mineurs vaccinés ont été enregistrés, sans que le lien avec le vaccin ait été médicalement établi. Les autorités philippines, qui ont engagé des poursuites judiciaires contre Sanofi, disent enquêter sur plus de six cents morts que le vaccin aurait directement provoquées. Toutefois, le chiffre, les méthodes et les explications techniques avancés par les autorités n’ont pas convaincu la communauté médicale philippine ni les experts de la dengue.
Occasionnellement, des infections ont été facilitées par des vaccins ciblant d’autres virus :
- Certains anciens vaccins contre la rougeole utilisant une version inactivée du virus provoquaient parfois une infection plus sérieuse après vaccination. Ils ne sont plus utilisés et ont été remplacés par ceux utilisant une version atténuée mais vivante du virus.
- Un vaccin développé dans les années 1960 contre le virus respiratoire syncytial, la cause la plus courante d’infection pulmonaire chez les nourrissons, posait les mêmes problèmes avec le virus inactivé. Son développement a été arrêté et n’a jamais abouti.
Les rares facilitations d’infection par anticorps signalées dans l’histoire de la vaccinologie ont le plus souvent été causées par des vaccins à virus inactivés, voire atténués, comme dans le cas de Dengvaxia.
Qu’en est-il pour le Covid-19 et ses vaccins ?
Des infections facilitées ont déjà été suspectéesdans certains cas de Covid-19. Des travaux récents d’une équipe chinoise publiés dans la revue Viruses en décembre 2021 ont montré in vitro des traces d’infections facilitées dans des sérums de patients convalescents. Le cas d’un Américain de 25 ans infecté deux fois en deux mois par deux variants du SARS-CoV-2, avec une infection plus sévère la seconde fois, a été décrit en octobre 2020 dans The Lancet. Une charge virale plus élevée ou un virus plus virulent peut expliquer la sévérité clinique de la seconde infection, mais les auteurs n’excluent pas qu’il ait pu s’agir d’une infection facilitée par les anticorps.
Le risque de déclencher des infections facilitées chez les populations vaccinées a été un sujet de discussion dans la communauté scientifique lors de la phase de développement des vaccins actuels, au début de 2020. Les chercheurs ont voulu minimiser les risques en ciblant le plus spécifiquement possible la protéine du spicule du SARS-CoV-2, de manière à ce que l’activité neutralisante des anticorps fabriqués reste suffisante pour éviter les facilitations d’infection. Les données issues des essais cliniques des deux vaccins à ARN messager de Pfizer-BioNTech et de Moderna publiées à l’automne 2020 n’indiquent d’ailleurs aucun cas d’infection facilitée par la vaccination.
Les cas décrits dans la littérature médicale restent très rares, et un tel mécanisme n’a pas été observé dans les infections au SARS-CoV-2 ou parmi la population vaccinée. Une seule publication, datée de septembre 2021, diverge du relatif consensus existant, mais elle ne rapporte que des observations indirectes qui ne prouvent rien et ne convainquent pas la communauté des immunologistes. Elle n’a été reprise par aucune autre étude et n’est citée sur les réseaux sociaux que par les antivaccins.
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Si les vaccins contre le Covid-19 ou les contaminations par le SARS-CoV-2 facilitaient et aggravaient des infections ultérieures, la surveillance pharmacologique et la communauté scientifique l’auraient déjà observé et documenté, même à une faible fréquence. Or ce n’est pas le cas. Au contraire, toutes les données accumulées en vie réelle sur les vaccins actuels montrent un important niveau de protection contre les formes graves de la maladie.
En France, les données de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, qui croisent les données hospitalières avec celles sur le statut vaccinal, indiquent que les vaccinés sont largement sous-représentés parmi les formes graves : à population égale, ils sont neuf fois moins présents que les non-vaccinés et quatorze fois moins admis en soins critiques que ceux-ci. Les vaccinés avec rappel le sont, eux, encore moins. Ce décalage énorme entre les vaccinés et les non-vaccinés parmi les formes graves ou mortelles du Covid-19 a également été observé aux Etats-Unis dès novembre 2021, mais aussi en Suisse, au Chili, ou en Angleterre.
Hypothèse Raoult : la vaccination pourrait favoriser la contamination

Paris, le jeudi 13 janvier 2022
– Le Professeur Didier Raoult a créé une nouvelle polémique scientifique en déclarant que la vaccination contre la Covid-19 pouvait favoriser la contamination.
On doit le reconnaitre, on s’ennuierait quelque peu sans le Professeur Didier Raoult. Avec sa manière d’asséner des affirmations et d’aller à contre-courant de la majorité de ses collègues, le virologue marseillais a l’art de déclencher les polémiques. Ces derniers jours, le directeur de l’IHU de Marseille a lancé un nouveau débat en critiquant la vaccination à la télévision et à la radio. Le Pr Raoult estime que la vaccination a un intérêt collectif limité (du fait de la faible dangerosité du virus pour les populations jeunes) mais il considère que le vaccin pourrait favoriser les contaminations. Voilà, si cela était vérifié, qui pourrait remettre en cause l’intégralité de notre politique vaccinale et de lutte contre l’épidémie.
Les pays vaccinés sont les pays avec le plus de contaminations…détectées
Dans son raisonnement, Didier Raoult part d’abord d’un constat : « ce sont les pays dans lesquels on a fait le plus de vaccins qui ont le plus de cas » affirmait-il vendredi soir sur le plateau de l’émission « Touche pas à Mon Poste ». Un constat difficile à nier : les pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord, où plus de 70 % de la population est double vacciné, connaissent depuis un mois environ des chiffres de contamination record, dus au variant Omicron. Au Portugal par exemple, où 90 % de la population est double vacciné (le taux de vaccination le plus élevé au monde), on compte actuellement 40 000 contaminations par jour, soit quatre fois plus qu’il y a un an, quand presque personne n’était vacciné.
Mais association n’est évidemment pas corrélation. Ce nombre important de contaminations détectées s’explique également par le dépistage : les pays qui vaccinent massivement sont généralement aussi ceux qui testent massivement (car ce sont les pays riches). S’il y a en apparence beaucoup moins de contaminations en Afrique qu’en Europe, c’est sans doute parce que les pays africains n’ont pour la plupart ni la volonté ni les capacités logistiques de dépister leur population. De plus, il est possible qu’à la marge les personnes vaccinées changent leur comportement et respectent moins les gestes barrières, ce qui pourrait favoriser la contamination.
Malgré ces biais, le Pr Raoult semble considérer comme possible le lien entre vaccination et contamination et avance une explication : la vaccination pourrait favoriser l’apparition d’anticorps facilitants dans les semaines qui suivent l’administration du vaccin. Comme souvent, le chercheur marseillais semble s’appuyer plus sur des constatations faites à l’IHU que sur une étude rigoureuse. Selon lui, « une proportion importante des vaccinés qui sont testés positifs à l’IHU de Marseille le seraient dans un intervalle de temps court après une dose de vaccin », mais n’apporte pas plus de précisions.
Qu’est-ce que la facilitation d’une infection par des anticorps ?
Longtemps controversé, le phénomène de facilitation d’une infection par des anticorps (Antibody-dependant enhancement ou ADE) a été observé dans les années 2010 pour plusieurs maladies comme la dengue et un phénomène similaire est suspectée avec le VIH. Concernant la Covid-19, plusieurs études ont émis l’hypothèse que l’apparition d’anticorps facilitants était possible avec des cas de réinfections plus sévères que l’infection originelle.
Le phénomène évoqué par Didier Raoult ne serait pas une facilitation par l’infection naturelle (IADE) mais une facilitation induite par la vaccination (VADE). Un tel phénomène a pu être observé avec la vaccination contre la dengue. En 2016-2017, la vaccination des enfants philippins contre cette maladie tropicale a tourné à la catastrophe, une quinzaine d’entre eux ayant semble-il été tué par une infection aggravée par le vaccin. Plus intéressant encore peut-être, une aggravation de l’infection due à la vaccination a été observée chez des animaux vaccinés avec des vaccins anti-coronavirus à l’essai.
Pour valider l’hypothèse du Professeur Raoult, il serait donc nécessaire d’étudier le sérum de personnes vaccinées atteintes du Covid-19, pour tenter d’y détecter, dans les jours qui suivent l’immunisation, des anticorps facilitants. En l’absence de telles études, la plupart des scientifiques se montrent beaucoup plus prudent que le Pr Raoult sur l’éventuelle facilitation de la contamination par la vaccination.
Si l’effet des vaccins contre la contamination reste donc très incertain (les scientifiques et les politiques qui affirmaient que ces vaccins diminuaient drastiquement la contamination ont été démentis), son efficacité contre les formes graves est en revanche acquise. Plus un pays a une couverture vaccinale forte (notamment chez les personnes âgées), moins il compte de sujets hospitalisés et de décès et les non-vaccinés sont majoritaires parmi les formes graves.
Nicolas Barbet
Facilitation de l’infection par la vaccination Covid : une hypothèse intéressante…Sans fondement à ce jour ! [Interview]

Interview du Pr Vincent Maréchal, Professeur de Virologie à Sorbonne Université, directeur du Groupe d’Intérêt Scientifique Obépine
La semaine passée, le Pr Didier Raoult alimentait une nouvelle fois le débat en suggérant que la vaccination contre la Covid-19 pourrait favoriser la contamination. Pour expliquer cette hypothèse paradoxale le patron de l’IHU de Marseille s’appuyait sur le mécanisme de facilitation induite par la vaccination. Pour permettre à ses lecteurs d’appréhender cette énième polémique et cette étrangeté immunologique, le JIM a interrogé le virologue Vincent Marechal qui dirige également le réseau Obépine de détection du SARS-CoV-2 dans les eaux usées.
JIM.fr : En quoi consiste le phénomène d’Antibody-dependent enhancement ?
Pr Maréchal : Ce phénomène qui peut apparaître soit après une infection naturelle (lADE : antibody-dependent enhancement), soit après une vaccination (VAED vaccine-associated enhanced disease) a été très bien décrit pour le virus de la dengue. Il existe 4 sérotypes différents du virus de la dengue, qui appartiennent au même groupe taxonomique.
On sait aujourd’hui que les formes graves de dengue sont, pour certaines, liées à des infections secondaires par un virus de la dengue d’un type différent que celui de l’infection primaire. C’est probablement ce qui a conduit à l’échec du vaccin de Sanofi contre cette maladie (le vaccin semblait sensibiliser les enfants à des chocs lié à la dengue lors d’une infection post-vaccinale). L’idée générale est que lorsque vous êtes immunisé pour la première fois par un virus (de dengue de type 1 par exemple) vous allez développer une réponse immunitaire et produire des anticorps qui neutraliseront les virus de ce type. Lorsque d’une ré-infection par un virus d’un autre sérotype, vous allez re-stimuler la production d’anticorps dirigés contre le virus de type 1. Mais si la distance antigénique entre les deux virus est suffisamment importante, les anticorps que vous allez produire ne vont pas pouvoir neutraliser le virus.
Un cheval de Troie
Ils vont néanmoins être capables de reconnaitre la particule virale et tel un cheval de Troie, la partie constante de l’anticorps (c’est-à-dire non celle qui reconnait la particule virale, mais l’autre extrémité de l’anticorps) va pouvoir rediriger le virus vers des cellules qui expriment un récepteur pour la partie constantes des anticorps (lymphocyte B, cellules dentritiques, monocytes, macrophages), sans être nécessairement les cibles naturelles du virus, et en faciliter l’infection. On se retrouve donc alors dans une situation, où les anticorps produits vont faciliter l’infection des cellules, l’anticorps jouant le rôle de clef pour faire entrer la particule virale dans les cellules, et donc aggraver l’infection. Ce phénomène peut également se produire avec les anticorps produits après une vaccination, lorsque l’antigène utilisé dans le vaccin est une protéine exprimée à la surface de la particule virale. Sanofi avait d’ailleurs anticipé ce problème puisque son vaccin était dirigé contre les 4 protéines de surface des 4 sérotypes de la dengue. Le problème, pour partie au moins, c’est que le système immunitaire ne produit pas une réponse équilibrée pour chacun des 4 sérotypes. Le deuxième volet de la réponse médiée par les anticorps qui pose problème relève d’un processus un peu différent qui serait un problème de réorientation de la réponse immunitaire. Les vaccins visent souvent à stimuler à la fois la production d’anticorps neutralisants mais également la réponse immunitaire Th1, qui est plutôt orientée vers l’élimination des pathogènes intra-cellulaires. On peut observer des phénomènes immuno-pathologiques post-vaccinaux qui seraient liés à une mauvaise orientation de cette réponse immunitaire, qui deviendrait une réponse de type Th 2 (impliqués dans les réponses allergiques) ou de type Th 17 (plutôt impliquée dans les maladies auto-immunes).
Cela veut dire que qualitativement on ne va pas stimuler les mêmes effecteurs de la réponse immunitaire, on va plutôt s’orienter vers une dérive de la réponse immunitaire qui ne s’oriente pas strictement vers la réponse antivirale. C’est un phénomène très complexe, que nous ne comprenons pas complétement. La composition des vaccins, la nature des adjuvants, pourrait permettre d’orienter la réponse immunitaire post-vaccinale. Les vaccins à ARNm orienteraient spontanément plutôt vers la réponse Th1, donc vers la bonne réponse immunitaire. Il existe d’autres phénomènes d’ADE au cours desquelles les anticorps antiviraux peuvent jouer un rôle dans l’activation des voies du complément.
JIM.fr : Quid de l’ADE et du VAED dans la Covid ?
Pr Maréchal : Ce n’est pas une question nouvelle dans la Covid. On s’est demandé dès le début de la pandémie si des personnes infectées par des coronavirus bénins pouvaient être susceptibles de développer ces ADE, et la question avait également posée pour les deux coronavirus hautement pathogènes chez l’Homme (virus du SRAS et du MERS) précédemment. Certains, et le Pr Raoult notamment, ont pu avancer que les pays où l’on vaccine le plus étaient également ceux qui enregistrent le plus de cas, sous entendant que lorsque l’on se vaccine il y a un risque accru de formes graves en raison de ce phénomène de VAED. Est-ce vrai ? Sur le plan épidémiologique, il n y a pas de sujet, c’est évidemment faux. Il apparaît en vie réelle que la vaccination apporte un bénéfice majeur pour lutter contre les formes graves de l’infection. En pratique, il y a une probabilité moins forte d’être hospitalisé et de faire une forme grave quand vous êtes vacciné que lorsque vous ne l’êtes pas. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’infections voire de reinfections par Omicron chez des personnes vaccinées, simplement parce que le virus circule à haut niveau et que les vaccins ne bloquent pas efficacement l’infection et la transmission. Mais ces patients souffrent de formes moins graves que les non vaccinés. Compte-tenu du nombre considérable de personnes vaccinées (et infectées) ou de cas de réinfections, avec des variants différents, des cas d’lADE ou de VAED existent peut-être, mais à une fréquence très faible. En tout cas, la presse scientifique ou médicale n’a pas rapporté de série qui laisse penser que le phénomène soit d’ampleur, s’il existe.
Pas de vérification épidémiologique
Il faudrait en outre comparer des populations similaires pour l’âge, les comorbidités, etc. Donc l’assertion qui consiste à dire qu’il y a plus de cas dans les pays qui vaccinent beaucoup en raison d’un phénomène de VAED n’est pas vérifiée sur le plan épidémiologique. Très prosaïquement, il y a un très grand nombre de gens infectés, voire réinfectés alors qu’ils ont bénéficié de trois doses de vaccin…Si un tel phénomène de VAED était à l’œuvre à l’heure actuelle on l’aurait largement décrit et observé, ce qui ne veut pas dire que la question soit sans intérêt ni qu’elle ait été éludée. Pour autant, comme nous l’avons vu, il existe bien des processus physiopathologiques qui sont liés au fait que la réponse immunitaire, qu’elle soit « naturelle » ou acquise par la vaccination, peut être perturbée par des processus virologiques et immunologiques qui relèvent de la facilitation par les anticorps.
Si des travaux antérieurs, dans plusieurs modèles animaux, ont posé la question d’une aggravation post-vaccinale avec le SARS-CoV-1, nous ne disposons d’aucune donnée permettant d’affirmer que ce processus existe chez l’Homme à l’occasion de la vaccination SARS-CoV-2. La question est donc d’intérêt, mais elle doit être documentée à la fois via le suivi des personnes vaccinées-infectées (ou ré-infectées) et dans les modèles animaux dont nous disposons.
JIM.fr : Certains avancent que ce phénomène de VAED interviendrait à dans les jours qui suivent la vaccination, qu’en pensez-vous ?
Pr Maréchal : Là, ça m’interpelle, parce que les phénomènes d’AED et de VAED interviennent plutôt lorsque les anticorps sont insuffisamment présents pour éliminer le virus mais suffisamment pour faciliter l’infection. Donc on s’attend plutôt à des phénomènes à distance de la vaccination…et donc pas au moment où vous êtes au pic de production d’anticorps. On peut supposer que des infections dans les jours qui suivent la vaccination pourraient davantage relever d’une exposition liée à un relâchement des comportements chez certaines personnes vaccinées. Là encore, on manque singulièrement de données scientifiques.ll y a même une hypothèse qui voudrait que les centres de vaccination – lieux clos et parfois densément peuplés – soient des lieux favorables à la contamination !
JIM.fr : Pourrait-on mener des études pour affirmer ou infirmer cette hypothèse au-delà de données observationnelles ?
Pr Maréchal : Oui, on peut mettre en évidence de façon relativement simple des anticorps facilitants chez des patients atteints de forme grave par exemple. Pour être très schématique : en observant à quel niveau de concentration les anticorps facilitent le virus plutôt qu’ils ne l’éliminent, en sachant que l’infection « normale », intervient via les cellules qui expriment le récepteur ACE2 quand « la facilitation » correspond, elle, à l’entrée du virus par l’intermédiaire de l’anticorps. Mais il faut toujours faire une différence entre ce qu’on peut faire en laboratoire (on peut à peu près tout faire en laboratoire !) et l’aggravation de l’état d’un patient qui serait consécutif à une ADE. Il me parait très difficile de corréler chez des malades la présence d’anticorps facilitants avec l’aggravation clinique, en l’état actuel de nos connaissances au moins.
JIM.fr : Que peut-on en conclure ?
Pr Maréchal : Aucune donnée médicale et épidémiologique ne vient confirmer l’hypothèse relayée par le Pr Raoult, qui est une hypothèse intéressante au demeurant et seules des données observationnelles et épidémiologiques pourraient véritablement confirmer ou infirmer cette thèse.
Il faut rester vigilant
Néanmoins, il faut rester vigilant et si pour l’instant rien dans la littérature scientifique ne vient confirmer cette hypothèse, cette question doit être surveillée avec les différentes vagues de variant.
Propos recueillis le 14 janvier 2022 par Frédéric Haroche.