« Contre les déserts médicaux, il faut refonder le contrat entre la nation et nos médecins »
TRIBUNE
Guillaume Garot
Député (PS) de Mayenne
Le député socialiste Guillaume Garot propose, dans une tribune au « Monde », trois mesures concrètes pour améliorer l’accès aux soins des Français, dont la mise en place d’un « conventionnement sélectif », qui empêcherait les médecins de s’installer dans les zones déjà suffisamment dotées.
Publié aujourd’hui à 05h00 Temps de Lecture 3 min.
Tribune. Urgences fermées la nuit, territoires sans médecins : jamais la situation n’a été aussi critique pour des millions de Français, privés de présence médicale. Et jamais elle ne s’est dégradée aussi vite, creusant les inégalités d’accès aux soins entre les départements et, donc, entre les Français. Notre système de santé, à l’hôpital comme en libéral, craque de toutes parts.
Les solutions qui ont été conçues depuis des années n’ont pas produit les effets attendus. Et comment pourrait-il en être autrement, lorsque des lits ont été supprimés par dizaines de milliers dans les hôpitaux – sous tous les gouvernements –, lorsque les conditions de travail usent les vocations les mieux chevillées et lorsque les politiques, pour garantir la présence médicale libérale dans les territoires sous-dotés, se sont limitées à des incitations financières aussi peu efficaces que coûteuses pour l’Etat et les collectivités ?
L’élection présidentielle doit être le moment de refonder le contrat entre la nation, ses médecins et ses soignants.
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Posons le constat : dans le pays de la Sécurité sociale pour tous, les inégalités d’accès aux soins ne sont plus supportables. Pour les 10 % des Français habitant les territoires les moins bien dotés, il faut en moyenne onze jours pour obtenir un rendez-vous chez le généraliste, et cent quatre-vingt-neuf jours chez l’ophtalmologiste. A la condition que le médecin accepte de nouveaux patients, lorsque le vôtre est parti à la retraite sans être remplacé… Cette moyenne masque donc une autre réalité : celle du renoncement aux soins, et des Français sans médecin traitant. Ils sont légion.
Non seulement la France a perdu près de 7 000 généralistes libéraux depuis dix ans, mais elle a aussi laissé se constituer des concentrations dans certains territoires, et des déserts dans d’autres. Face à l’urgence, rien ne sera possible sans de nouvelles règles pour l’installation des médecins, comme il en existe d’ailleurs pour d’autres professionnels de santé, à l’exemple des pharmaciens. Là est le cœur du sujet : des médecins mieux présents et mieux répartis, c’est une pression qui s’allège sur les urgences, et des conditions de travail qui s’améliorent pour tous les soignants.
Encourager les jeunes ruraux et des quartiers à faire médecine
Il n’y a pas de solution miracle, mais un ensemble d’actions qui devront être articulées entre elles, à court et à plus long terme. Avançons des pistes nouvelles.
D’abord, le « conventionnement sélectif » : dans les zones les plus largement dotées en présence médicale, l’Assurance-maladie n’agréera l’installation d’un nouveau médecin qu’au départ d’un autre. L’objectif est de stopper l’aggravation des inégalités.
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Ensuite, une obligation d’exercice temporaire dans les zones sous-denses pour les nouveaux médecins. Elle concernerait les étudiants en dernière année d’internat et serait prolongée durant les deux années suivant l’obtention du diplôme. Au total trois années, selon des modes d’exercice souples : libéral, salarié ou en temps partagé entre l’hôpital et le cabinet, pour permettre le travail en équipe.
Enfin, la préparation des futures générations de médecins, qui devront être issues de tous les territoires et tous les milieux sociaux. Trop de jeunes de familles populaires s’interdisent d’embrasser la carrière médicale et ses études longues, coûteuses, loin du domicile. La fin annoncée du numerus clausus, qui limitait le nombre de médecins formés chaque année, ne répond pas à cette réalité sociale. Or, l’attache territoriale est un déterminant de l’installation. Permettons ainsi chaque année à des lycéens de territoires ruraux ou de nos quartiers de choisir ces études, en passant contrat avec eux : une bourse permettant de financer son autonomie contre un engagement à exercer là où on aura besoin d’eux, dans leur région d’origine.
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La crise sanitaire a révélé l’engagement sans faille des médecins et des soignants, et les limites d’un système aujourd’hui au bord de l’implosion. Les mesures d’hier ne suffiront pas à répondre aux urgences d’aujourd’hui et aux défis de demain.
Ce sont des actions nouvelles d’ampleur qui doivent voir le jour : mettons-les en débat public, pour que les Français puissent réellement choisir l’orientation de la politique de santé et d’accès aux soins qu’ils souhaitent pour notre pays. Il y va de notre cohésion sociale et de l’avenir de nos territoires. Il y va de la crédibilité de la politique, pour apporter la preuve de son efficacité à réparer des injustices et à améliorer la vie de tous. Enjeux majeurs, loin des dangereuses obsessions du débat médiatique actuel !
Guillaume Garot est député (PS) de Mayenne, ancien ministre délégué chargé de l’agroalimentaire (2012-2014) et ancien maire de Laval (2008-2012)
Guillaume Garot(Député (PS) de Mayenne)