« Se faire soigner devient de plus en plus compliqué pour une majorité de Français »
Date de publication : 11 janvier 2022

C’est ce que titre Le Parisien, qui annonce que « 74% des Français considèrent que le système de soins se détériore. Presque autant affirment avoir déjà dû renoncer à une consultation chez un médecin généraliste ou un spécialiste ».
Yves Leroy relaie ainsi les résultats de l’observatoire Ifop-Biogaran de la santé du quotidien : « 74% des Français considèrent que le système de santé s’est dégradé ces dernières années, contre 57% en 2007. À l’époque, un tiers des sondés percevaient même une amélioration, contre 9% actuellement ».
Jacques Battistoni, président du syndicat MG France, réagit : « C’est exact. On en est les témoins et observateurs privilégiés. On mesure les difficultés d’accès aux soins de nos concitoyens, mais aussi les difficultés d’accéder au système hospitalier, qui est à bout de souffle. Le point le plus visible concerne les soins du quotidien du fait du départ à la retraite de nombreux généralistes. Le recours à l’hôpital ne concerne qu’un patient sur cent chaque jour, les cabinets médicaux règlent la majorité des cas ».
Yves Leroy explique que « 70% affirment avoir au moins une fois dans leur vie renoncé à une consultation chez un médecin, dont 45% au cours des 2 dernières années. La moitié des Français (51%) affirment avoir dû se passer d’une consultation chez un généraliste, du fait de difficultés à décrocher un rendez-vous assez rapidement. Cette proportion a plus que doublé en 14 ans (23% à l’époque). […] Ces difficultés sont équitablement exprimées à Paris et en province, ainsi que dans les zones rurales ou urbaines ».
Le Dr Battistoni observe qu’« en matière de médecins, le pilotage est celui d’un paquebot et chaque coup de gouvernail se ressent 10 ans après. Ce qu’on vit actuellement est l’effet de l’évolution du numerus clausus. Des promotions des années 1970 qui comprenaient 7000 à 8000 médecins partent à la retraite et ne sont pas remplacées parce que le nombre de médecins formés par promotion était tombé jusqu’à 3000 dans les années 1990 à 2000. Mécaniquement, la situation va continuer de se dégrader pendant plusieurs années ».
Yves Leroy rappelle en effet qu’« un rapport de la Drees, l’organe statistique du ministère de la Santé, prévoyait en mars que les effectifs des médecins, toutes spécialités confondues, stables depuis 2012, diminueraient continuellement jusqu’en 2028, avant de ne retrouver leur niveau actuel qu’en 2035 ».
Patrick Gasser, président du syndicat de médecins spécialistes Avenir Spé, indique quant à lui qu’« on peut changer des choses. Les ophtalmos en ont fait la démonstration, en faisant drastiquement diminuer le délai moyen pour obtenir un rendez-vous, grâce au travail aidé avec les orthoptistes. D’autres spécialités peuvent le faire avec des infirmières en pratique avancée (aux compétences élargies) ».
« La réponse doit aussi être territoriale, pour que les soins spécialisés correspondent aux besoins des généralistes. Depuis 2 ou 3 ans, les spécialistes ont pris la dimension de la situation, en constatant que l’accès aux soins, notamment dans les régions rurales, était un vrai problème. On est en train de mettre en place des cabinets secondaires où les spécialistes se relaient, ce qui était impossible il y a dix ans », remarque le gastro-entérologue.
Le Parisien publie en outre un entretien avec Gérard Raymond, président de France Assos Santé, « principale fédération d’usagers du système de soins », qui « appelle à une réflexion approfondie et collégiale pour trouver des solutions au manque de médecins qui va s’accentuer jusqu’à la fin de la décennie ».
Le responsable déclare que « si on a été le meilleur système de santé du monde, aujourd’hui, c’est plus compliqué. On a incontestablement une offre de soins qui ne correspond plus aux attentes et aux besoins de la population et qui crée des tensions et des incompréhensions »
« Des reports d’actes hospitaliers sont faits en raison de la pandémie, mais il y a une réflexion à mener sur l’ensemble de notre système de soins. Cela concerne l’engorgement des urgences, mais aussi la désorganisation de l’offre de premier recours sur le territoire. Nous sommes dans une période de pénurie de professionnels de santé. On paie un numerus clausus […] fait au doigt mouillé depuis 40 ans », souligne-t-il.
Gérard Raymond remarque que « la chute du nombre de médecins va s’arrêter vers 2030. D’ici là, il faut avoir des idées, mieux se répartir les tâches, regarder les moyens modernes à disposition, faire de la médecine de groupe, avoir des rémunérations différentes. Nous souhaitons que la transformation du système de santé soit un axe prioritaire de la campagne électorale, parce qu’il devient extrêmement urgent de le refonder sur la solidarité et la répartition, avec une offre équivalente aux besoins de chacun d’entre nous ».