A Toulouse, les crises s’accumulent au sein de l’« hôpital social » Joseph-Ducuing
Cet établissement du centre-ville a élu une nouvelle présidente à la tête de son conseil d’administration pour tenter de mettre fin à une situation délétère, qui a entraîné des départs de soignants et la fermeture d’un service.
Par Philippe Gagnebet(Toulouse, correspondant)Publié hier à 05h56
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Un nouveau bureau et une nouvelle présidente du conseil d’administration ont été élus, jeudi 6 janvier, pour tenter d’endiguer les crises qui s’accumulent au sein de l’hôpital Joseph-Ducuing de Toulouse. Situé rive gauche, dans le quartier Saint-Cyprien, au cœur de la ville, et classé en « secteur 1 », il est le seul établissement toulousain à appliquer les tarifs de convention fixés par la Sécurité sociale sans pratiquer de dépassements d’honoraires.
Doté de 171 lits, il abrite une dizaine de services (oncologie, urgences, maternité, chirurgie…) et se trouve secoué depuis 2017 par plusieurs démissions, fermetures de services et crises managériales. En 2019, après une grève d’un mois des urgences, neuf médecins sur onze avaient démissionné, mettant au grand jour des conflits larvés. Le 17 décembre 2021, la direction, nommée en 2018, a fermé le secteur de la médecine interne, le seul de l’hôpital à dégager un excédent sur un budget total de 55 millions d’euros, après plusieurs départs.
« Une politique violente »
L’établissement, qui évolue sous statut associatif privé, revendique son approche sociale et s’est également fait connaître pour sa maternité pratiquant les accouchements sans douleur, son service de vaccination et de traitement du VIH, ainsi que pour ses formations d’infirmiers à domicile. Selon Jean Le Grusse, pneumologue et président démissionnaire de la commission médicale d’établissement (CME), « tous les médecins et personnels venaient travailler à Ducuing pour prendre part à une certaine forme d’utopie sociale. Depuis 2018, ils cassent tout ».Cette même année, après plusieurs intérimaires, Eric Fallet est nommé directeur. Rapidement, « ils ont externalisé le travail des agents de service hospitalier, puis celui du laboratoire, puis ont vendu les bijoux de famille », affirme M. Le Grusse.
Créé en octobre 1944 par des médecins et des unités de combattants espagnols des Forces françaises de l’intérieur (FFI), l’hôpital Varsovie soignait initialement les républicains espagnols fuyant la guerre d’Espagne. C’est ce qui construira sa réputation d’« utopie sociale ». Le Parti communiste est alors très présent au sein du conseil d’administration et du fonctionnement.
Après le « clash » aux urgences en 2019, la direction a recruté dans la hâte. Avec des échecs : un médecin urgentiste a été condamné pour des faits d’attouchements sexuels, une autre n’était en réalité pas inscrite au Conseil de l’ordre et un chirurgien plastique a été recruté pour « des milliers d’euros par mois alors qu’il ne possédait pas les compétences », s’indigne Marie-Josée Ferro-Collados, addictologue et actuelle élue CGT.
En septembre 2021, l’ancien chef de service de médecine, Francis Gaches, a été licencié, entraînant avec lui le départ de trois autres médecins. Tous travaillaient dans l’établissement depuis plus de vingt ans. Pour Stéphane Aczel, médecin honoraire retraité, « la nouvelle direction tente de redresser les comptes par une politique absurde et violente. Il serait souhaitable que le nouveau conseil d’administration prenne des mesures fortes en changeant de directeur ».
L’ARS surveille la situation
Claudine Regourd, élue présidente cette semaine, va devoir régler cette situation tendue. Cette ancienne employée de la SNCF, vice-présidente depuis des années, n’a pas donné suite aux demandes d’entretien du Monde, tout comme la direction de l’hôpital, qui se refuse à réagir.
Dans le milieu hospitalier toulousain, la situation inquiète. Vincent Bounes, directeur du SAMU 31 et vice-président du conseil régional, se dit « très embêté d’une situation très compliquée et d’énormes tensions qui mettent à mal la continuité des soins, en période de Covid de surcroît ». L’hôpital Joseph-Ducuing travaille, en effet, en collaboration avec d’autres établissements publics et privés de la ville, pour l’accueil aux urgences mais également pour les IRM ou scanner partagés.
La situation est scrutée par l’agence régionale de santé Occitanie, qui, par l’intermédiaire de son directeur général adjoint, Jean-Jacques Morfoisse, se dit « très attentive à l’évolution de Ducuing, qui par sa position géographique, ses valeurs et son histoire doit construire une nouvelle stratégie d’alliances et surmonter ses difficultés managériales ».
Philippe Gagnebet(Toulouse, correspondant)