Emmerder les non-vaccinés », l’opération calculée du quasi-candidat Macron

Election présidentielle 2022 : « Emmerder les non-vaccinés », l’opération calculée du quasi-candidat Macron

Les déclarations polémiques du chef de l’Etat au « Parisien » n’ont rien d’un dérapage. En petit comité, il a lui-même théorisé la nécessité de cliver, avec deux objectifs principaux : mettre en lumière les incohérences de LR et installer la confrontation avec l’extrême droite.

Par Publié le 05 janvier 2022 à 21h02 – Mis à jour le 06 janvier 2022 à 10h56 

Temps de Lecture 5 min.

https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2022/article/2022/01/05/presidentielle-2022-emmerder-les-non-vaccines-l-operation-calculee-du-quasi-candidat-macron_6108332_6059010.html

Le président de la République Emmanuel Macron face aux lecteurs du « Parisien » au palais de l’Élysée, le 4 janvier 2022.
Le président de la République Emmanuel Macron face aux lecteurs du « Parisien » au palais de l’Élysée, le 4 janvier 2022.  ARNAUD JOURNOIS / PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Depuis plusieurs mois, un débat interne s’était installé chez ses partisans : Emmanuel Macron avait-il intérêt à mener campagne en conservant sa posture de « président rassembleur » ou devait-il jouer la carte de la radicalité et du clivage, comme en 2017 ? A trois mois de l’élection présidentielle, le locataire de l’Elysée a tranché, en optant pour une entrée en campagne fracassante.

« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout », a-t-il clamé dans un entretien au Parisien, publié mardi 4 janvier au soir. « Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen », a-t-il ajouté, confirmant au passage« avoir envie » de briguer un second mandat, lors du scrutin des 10 et 24 avril.

Un langage cru et un ton radicalement offensif, totalement à rebours de la posture que M. Macron avait jusque-là endossée, dans la période de précampagne. « Restons unis, bienveillants, solidaires », avait-il déclaré lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre, en se posant comme le garant de « l’unité » du pays. Quatre jours plus tard, changement total de registre. Le président rassembleur s’est subitement transformé en candidat diviseur. Plus question « d’apaisement » ni de reprendre son slogan de la « France unie ». Place au clivage, avec une attaque frontale contre une partie de la population.

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Accents provocateurs

« J’ai appris », avait-il pourtant déclaré le 15 décembre, sur TF1, en disant regretter les « petites phrases » polémiques qu’il a prononcées depuis son entrée à l’Elysée. « Dans certains de mes propos, j’ai blessé des gens », avait-il admis, en s’engageant à « ne pas le refaire ». Et à faire davantage preuve « d’indulgence » et « de respect pour chacun » à l’avenir. Le même a pourtant renoué avec ses accents provocateurs, ce qui a eu pour effet de déclencher un tollé dans l’opposition.

De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par Yannick Jadot, tous ses adversaires à la présidentielle ont sauté sur l’occasion pour condamner avec la plus grande force une « faute politique » et des propos « d’une violence inouïe », « indignes » de la fonction, de nature à « insulter »les non-vaccinés. « Emmanuel Macron dit avoir appris à aimer les Français, il aime surtout les mépriser », a cinglé le patron des sénateurs Les Républicains (LR), Bruno Retailleau.

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Les macronistes, eux, ont défendu la « franchise »du chef de l’Etat, en le présentant comme le porte-parole de « la majorité silencieuse ». « Ce qu’a dit le président de la République, je l’entends partout », a notamment déclaré le premier ministre, Jean Castex, mercredi, au Sénat, en faisant part de « l’exaspération des citoyens de se voir imposer des contraintes quand d’autres font le choix de s’en affranchir ». « La démocratie, ce n’est pas la tyrannie d’une minorité bruyante, qui dicterait nos politiques publiques ! », abonde la porte-parole de La République en marche (LRM), Aurore Bergé.

Assumée par sa garde rapprochée, la sortie polémique de M. Macron n’a rien d’un dérapage. Loin d’être des propos qui auraient échappé à son auteur, ils s’inscrivent plutôt dans une opération tactique totalement calculée, orchestrée directement par le « président-candidat », afin de déstabiliser ses principaux adversaires. En petit comité, le chef de l’Etat a lui-même théorisé la nécessité de cliver, avec deux objectifs principaux : mettre en lumière les incohérences de LR, qui oscille entre soutien et opposition au passe vaccinal ; installer la confrontation avec l’extrême droite, qui défend les antivax. Avec l’objectif de fragiliser les positions de Valérie Pécresse d’un côté, de Marine Le Pen et Eric Zemmour de l’autre.

Stratégie risquée

Convaincu que la campagne se fera essentiellement sur le thème de la gestion de la crise liée au Covid-19, M. Macron cherche à se présenter comme le chef de file des provaccins pour faire apparaître ses opposants comme davantage ambigus sur le sujet. « A la différence de Pécresse, lui a une ligne claire », répètent ses fidèles, qui applaudissent la manœuvre présidentielle visant autant à « radicaliser » le débat qu’à le « clarifier ». Les macronistes font le pari que la plupart des Français partagent sa ligne provaccination. Et que capitaliser sur le ras-le-bol ambiant contre les antivax lui permettra de solidifier son socle électoral, tout en étant le seul à pouvoir revendiquer le totem de la « responsabilité » dans le domaine sanitaire.

Une stratégie risquée, qui a déjà eu une première conséquence : retarder un peu plus l’examen, déjà mal engagé, du projet de loi sur le passe vaccinal à l’Assemblée nationale – les débats ayant été suspendus mardi soir à cause de l’ambiance électrique causée dans l’Hémicycle par les propos polémiques de M. Macron. Si le ton employé peut réactiver l’image d’arrogance, qui lui colle à la peau depuis le début du quinquennat, M. Macron fait grincer des dents dans son propre camp, en donnant l’impression d’utiliser une manœuvre « populiste », lorsqu’il montre du doigt une catégorie de la population à l’approche de la présidentielle.

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Dans la majorité, des députés ne cachent pas leur malaise, sous couvert d’anonymat, en se disant « très préoccupés » par « les mots » et « la stratégie du clivage » choisis, qui sont de nature à alimenter « l’hystérisation du débat ». Pile au moment où la nation a, au contraire, « besoin d’apaisement et de responsabilité », déplore un député LRM. Chez les macronistes, la phrase « un irresponsable n’est plus un citoyen » est considérée comme « la plus problématique », étant perçue comme « une déchéance de citoyenneté » à l’encontre de ceux qui ne sont pas vaccinés.

D’autant que ces propos surviennent dans un climat délétère, à la suite des menaces de mort et des violences, qui se sont multipliées, ces dernières semaines, contre les députés de la majorité de la part d’opposants au passe vaccinal. Sans parler de l’atmosphère également très tendue aux Antilles, où la contestation contre la vaccination s’envenime – le directeur du CHU de Guadeloupe a été frappé par des manifestants, mardi. M. Macron semble pourtant être conscient de la nécessité de ne pas aggraver la situation. Dans son entretien au Parisien, avant de lâcher ses phrases controversées, lui-même en convient : « Ma responsabilité, c’est que le pays ne se désunisse pas. »

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Alexandre Lemarié

EXÉCUTIF – PARTI PRIS

Face aux non-vaccinés, Emmanuel Macron invente la déchéance de citoyenneté

5 janvier 2022 | Par Ellen Salvi

En assumant d’« emmerder » les personnes non vaccinées, mais surtout en expliquant qu’« un irresponsable n’est plus un citoyen », le président de la République, garant de l’État de droit, commet une faute morale, institutionnelle et politique. Il hystérise le débat, divise la société et offre un nouveau souffle à ceux qu’il prétend combattre.

Des oppositions vent debout, une majorité contrainte de ressortir ses plus grandes pagaies et un débat parlementaire stoppé net en plein milieu de la nuit. Heureusement qu’Emmanuel Macron a « appris » de ses erreurs passées, comme il le confiait le 15 décembre, autrement, on n’ose imaginer ce que le président de la République aurait dit des personnes non vaccinées à peine trois semaines plus tard.

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« Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français, je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder ! Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie », a-t-il déclaré dans un entretien accordé au Parisien, allant même jusqu’à sortir du champ citoyen ceux qu’il qualifie d’« irresponsables ». Une « toute petite minorité » qui n’enfreint aucune loi, mais à qui le chef de l’État a décidé de rendre la vie impossible.

Fin 2019, à l’issue d’une année marquée par le mouvement des « gilets jaunes », Emmanuel Macron avait expliqué que « l’apaisement, toujours, doit primer sur l’affrontement »« Apaiser ne veut pas dire renoncer, avait-il ajouté, mais nous respecter dans nos désaccords. » La « stratégie », puisqu’il ose encore employer ce mot, choisie pour convaincre l’ensemble des Français·es de se faire vacciner est une brillante illustration du contraire.

Emmanuel Macron en Conseil de défense, le 27 décembre 2021. © Nicolas Tucat/Pool/AFP

C’est une bien curieuse idée de la politique de santé publique et de la politique tout court que défend ici le président de la République. Une politique clanique – pour reprendre l’expression du préfet de police de Paris Didier Lallement –, qui exclut plutôt qu’elle ne rassemble, qui violente plutôt qu’elle n’apaise, qui crispe plutôt qu’elle n’entraîne. Une politique vulgaire plutôt que vulgarisante.

Il ne s’agit pas d’une simple « petite phrase »ou même d’un « électrochoc salvateur », pour reprendre les mots du ministre chargé des relations avec le Parlement, Marc Fesneau, mais d’une faute morale, institutionnelle et politique. Car comme l’écrivait le conseil scientifique, en juillet 2021« même en situation d’urgence, l’adhésion de la population est une condition importante du succès de la réponse »« Convaincre plutôt que contraindre », dirait l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La brutalité et la punition sont les seuls arguments qu’Emmanuel Macron a trouvés pour gérer cette crise sanitaire. Ils signent l’échec d’un pouvoir qui n’a eu de cesse de louvoyer et de s’enorgueillir de lui-même. Un pouvoir qui plaide la « transparence » et la « concertation », tout en prenant ses décisions dans le huis clos du Conseil de défense et en les annonçant à la dernière minute afin de ménager ses effets de surprise – oui, nous en sommes encore là.

Macron a besoin d’ennemis pour mener ses politiques

Après « les gens qui ne sont rien » et son semblant de mea culpa ; les « Gaulois réfractaires » et son semblant de mea culpa ; le « pognon de dingue » et son semblant de mea culpa ; le « je traverse la rue » et son… ah non, on aurait pu s’attendre à une forme de lassitude parmi les soutiens du chef de l’État, contraints de ramer à chaque nouvelle trouvaille langagière de leur champion. Pourtant, dès potron-minet, certains avaient encore assez d’énergie pour défendre l’indéfendable.

Désormais rodés à l’exercice, ils ont bien évidemment ressorti la carte du « parler cash »– un classique du genre –, insisté sur la détermination du président de la République à sauver des vies et vanté son « courage politique » – Christophe Castaner était sur BFM-TV. Interrogé sur sa maîtrise, pour ne pas dire son art, de la formule blessante, le principal intéressé s’était déjà défendu en brandissant sa « volonté de transgresser, de bousculer, de ne pas céder à une forme de conformisme ».

Mardi soir, pendant que la formule d’Emmanuel Macron rayonnait sur la scène internationale – le journaliste de CNN Jim Acosta nous rappellera qu’« emmerder les non-vaccinés » se dit « to piss off the unvaccinated »en anglais –, son entourage, aidé par quelques éditorialistes zélés, assurait le service après-vente en expliquant qu’il ne faisait rien d’autre que « descendre dans l’arène pour protéger les Français ».À lire aussi« Emmerder » les non-vaccinés : l’Assemblée bloque sur les propos de Macron Emmanuel Macron, président de la discorde

Le chef de l’État a besoin d’ennemis pour mener ses politiques. Depuis le début du quinquennat, il construit sa stratégie en fonction de l’opinion publique, afin d’établir un rapport de force avec les voix contestataires, en divisant la société. Les cheminots, les corps intermédiaires, les « fainéants », les responsables associatifs, la presse, les oppositions, les gilets jaunes, les personnes non vaccinées… Nombreux sont ceux à en avoir fait les frais. Il aura suffi, pour cela, de marquer un désaccord.

Le président de la République est censé être le garant de l’État de droit, mais il n’a que le mot « devoirs » à la bouche – lesquels « valentavant les droits », selon sa lecture toute personnelle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Il distribue les bons et les mauvais points, pointe du doigt ceux qui ne peuvent prétendre, à ses yeux, au titre de citoyens, et invente une nouvelle forme de déchéance. « Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen », affirme-t-il dans les colonnes du Parisien.

Dans le même entretien, Emmanuel Macron balaie l’idée d’une obligation vaccinale en expliquant qu’il ne va tout de même pas « forcer des gens »« les emprisonner et puis les vacciner ». Mais en leur retirant leur citoyenneté, que fait-il sinon priver des millions de Français·es de leur liberté ? La question dépasse largement celle du vaccin et de la responsabilité de ceux qui s’y refusent. Elle touche nos fondamentaux, piétinés depuis cinq ans, sous couvert de sécurité et de défense des principes républicains d’abord, et de protection sanitaire aujourd’hui.

À quelques mois de la présidentielle, le chef de l’État lance sa campagne en plongeant dans l’hystérisation d’un débat public qui n’avait franchement pas besoin de cela. Au Parisien, il explique pourtant vouloir lutter contre « la montée des excès, en mettant plus de raison dans le débat collectif et moins de passions négatives ». Lui qui manie la provocation comme personne se pose en arbitre des élégances, fustigeant « une fascination du conflit, du clash, du sensationnel ». Et offre un nouveau souffle à ceux qu’il prétend combattre.

« Emmerder » les non-vaccinés : pour la presse étrangère, Emmanuel Macron « reprend certains codes des extrêmes »

Pour le « Guardian », même si le langage « grossier » du président français est susceptible de provoquer « une réaction extrême, voire violente, de la part des anti-vaccins », il s’agit bien d’un « calcul politique prudent ».

Le MondePublié le 05 janvier 2022 à 17h36, mis à jour hier à 13h44

https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/01/05/emmerder-les-non-vaccines-pour-la-presse-etrangere-emmanuel-macron-reprend-certains-codes-des-extremes_6108310_823448.html

Temps de Lecture 4 min. 

Dérapage verbal ou pur calcul politique ? Après avoir mis le feu aux poudres à l’Assemblée nationale, mardi 4 janvier, bloquant de nouveau les débats sur le passe vaccinal, les propos d’Emmanuel Macron dans un entretien avec les lecteurs du Parisien, disant vouloir « emmerder »les non-vaccinés jusqu’à les faire céder, enflamment à leur tour la presse étrangère.

« Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie », clame le président français dans cette interview. Et d’ajouter :

« Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen. »Lire aussi   Article réservé à nos abonnés  Covid-19 : l’offensive réfléchie d’Emmanuel Macron contre les non-vaccinés

Pour Il Tempo, ces mots crus, traduits en italien par un non moins vulgaire « Voglio farli inc… tutti » (« Les non-vaccinés, j’ai vraiment envie de leur casser les… »), relèvent moins d’une entrée calculée en campagne que de la fébrilité du président face à la cinquième vague de Covid-19 : « La guerre contre Omicron met également à rude épreuve les politiciens », écrit ainsi le quotidien conservateur italien, estimant que M. Macron« perd son sang froid » alors que la France a enregistré plus de 270 000 cas de Covid-19 en vingt-quatre heures mardi.

« Stratégie élitiste-populiste »

Ce n’est pas l’analyse du quotidien suisse Le Temps, pour qui Emmanuel Macron sait très bien ce qu’il fait : « Le président français choisit l’offensive et contribue à antagoniser le climat politique », y lit-on. « Avec en arrière plan sa conviction qu’il est, de toute façon, détesté par cette partie des électeurs. (…) Au fond, et comme cela s’était vu en 2017, Macron assume une stratégie élitiste-populiste, qui reprend dans le langage certains codes des extrêmes, en misant sur son bilan pour se présenter non comme un agitateur, mais comme un président qui répond aux attaques et veut surmonter les impasses, dont celle de la non-vaccination. Emmanuel Macron reste en cela fidèle à son autre slogan, en même temps. »

Contradiction entre ces propos jugés « insultants » et les récentes promesses d’apaisement

Plusieurs médias soulèvent la contradiction entre ces propos jugés « insultants » et les récentes promesses d’apaisement de la part du chef de l’Etat français. « Drôle de discours pour quelqu’un qui, il y a trois semaines, faisait ce mea culpa : “Il y a des mots qui peuvent blesser et je pense que ce n’est jamais bon, c’est même inacceptable, car le respect fait partie de la vie politique” », s’étonne ainsi le journal belge L’Echo. « Mi-décembre, Emmanuel Macron reconnaissait, dans un entretien diffusé par TF1 (…), avoir pu heurter des personnes avec ses saillies », rappelle également Le Temps. A ce moment-là, « il a cherché à projeter plus d’empathie »estime le Financial Times, selon lequel le quasi-candidat à sa réélection veut ainsi se montrer plus « combatif » aux yeux de l’électorat.

Le Temps remarque également que l’actuel locataire de l’Elysée est « coutumier des déclarations cinglantes, au risque de déclencher une vive polémique ». Le Financial Times se souvient de ces multiples remarques jugées « arrogantes » et « méprisantes » :

« Comme lorsqu’il a dit à un jardinier au chômage qu’il pouvait facilement lui trouver un emploi en traversant la rue ou lorsqu’il a critiqué le “pognon de dingue” dépensé par l’Etat pour des programmes de lutte contre la pauvreté. » 

L’Echo analyse ce retour des petites phrases dans la bouche du président : « Si ce type de langage pourrait lui attirer les faveurs des jeunes électeurs, il risque de choquer les plus âgés. » « Cette phrase va coller à la peau de Macron comme un sparadrap… dont vont bien se servir ses adversaires ! », glisse un spécialiste de la communication interrogé par nos confrères belges.

« Très peu sont susceptibles de voter pour Macron »

« Même si le langage est grossier et peut provoquer une réaction extrême, voire violente, de la part des anti-vaccins, les remarques du président semblent refléter un calcul politique prudent »juge pour sa part Jon Henley, correspondant du Guardian à Paris, traduisant « emmerder » par « to piss off » (« faire chier »), comme la plupart de ses confères anglophones. Car, poursuit-il, « les sondages montrent qu’une grande majorité d’électeurs français sont de plus en plus frustrés par la pandémie et soutiennent le passe vaccinal comme un moyen efficace d’y mettre fin – et parmi ceux qui s’y opposent, très peu sont susceptibles de voter pour Macron ».

La déclaration de M. Macron semble viser « à politiser encore plus le débat sur la vaccination, trois mois avant l’élection présidentielle française »juge également Euronews, qui y voit un clin d’œil à Georges Pompidou, qui, en 1966, alors qu’il était premier ministre, avait déclaré à propos de la bureaucratie qu’il était temps d’« arrêter d’emmerder les Français ». Il ne s’agirait donc pas d’un dérapage incontrôlé mais bien d’une petite phrase visant à imprimer les esprits, et à briser son image élitiste.

Le Monde

Voir aussi:

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/vaccin/video-envie-d-emmerder-les-non-vaccines-j-assume-totalement-declare-emmanuel-macron-apres-sa-declaration-controversee_4907985.html#xtor=CS2-765-%5Bautres%5D-

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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