L’Allemagne adopte de nouvelles restrictions pour faire face à Omicron
A partir du 15 janvier au plus tard, les clients des restaurants et des bars devront présenter un test négatif en plus d’un certificat de vaccination ou de guérison du Covid-19.
Par Thomas Wieder(Berlin, correspondant)Publié aujourd’hui à 10h21, mis à jour à 11h10
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Un passe vaccinal renforcé dans les bars et les restaurants : telle est la principale mesure annoncée par le chancelier allemand, Olaf Scholz, vendredi 7 janvier, dans un pays qui reste pour l’heure moins touché que le reste de l’Europe occidentale par la déferlante Omicron. A partir du 15 janvier au plus tard, les clients des restaurants et des bars devront présenter un test négatif en plus d’un certificat de vaccination ou de guérison (règle dite « 2G+ »). Seules les personnes ayant déjà reçu une dose de rappel seront exemptées de test (« 2G »). Pour les non-vaccinés, la situation ne change pas : comme c’est le cas depuis la fin de l’automne 2021, les commerces non essentiels ainsi que les lieux de loisirs et de culture leur resteront interdits, même s’ils ont été diagnostiqués négatifs après un test.Lire aussi Article réservé à nos abonnés Face à la vague Omicron, les pays européens serrent la vis
Prenant l’exemple sur d’autres pays, l’Allemagne va également alléger les règles d’isolement. Les personnes contaminées et leurs cas contacts pourront ainsi sortir de quarantaine au bout de dix jours au lieu de quatorze, une durée ramenée à sept jours en cas de présentation d’un test négatif. Une décision prise pour éviter de trop désorganiser l’activité du pays en cas de nouvelle flambée – attendue – des cas de Covid-19 en raison du variant Omicron. Et ce, alors que la moitié des seize Länder sont encore en vacances scolaires jusqu’au début de la semaine prochaine.
Eviter un scénario catastrophe
Selon le dernier bilan de l’institut de santé Robert-Koch, publié jeudi, Omicron serait désormais responsable de 44 % des contaminations en Allemagne. Ce taux, certes moins élevé que dans d’autres pays, comme la France, où il dépasse 80 %, progresse très rapidement. En particulier dans le nord du pays, qui avait été relativement épargné par la vague Delta de l’automne. Celle-ci, particulièrement violente outre-Rhin, avait surtout touché les régions de l’Est et du Sud, mettant le système hospitalier au bord de la saturation.
Aujourd’hui, les hôpitaux allemands sont dans une situation moins tendue : depuis début décembre, le nombre de patients atteints du Covid-19 dans les unités de soins intensifs est passé d’un peu moins de 5 000 à environ 3 700. Mais, avec la propagation du variant Omicron, ce répit risque de ne pas durer. Selon certains experts, le nombre de malades en soins critiques pourrait s’élever à 8 000 en mars. Ce serait du jamais-vu depuis le début de la pandémie en Allemagne.Lire aussi Article réservé à nos abonnés Le variant Omicron « va retarder la reprise » économique en zone euro, mais ne va « pas la faire dérailler »
Afin d’éviter un tel scénario catastrophe, Olaf Scholz a, une nouvelle fois, appelé ses concitoyens à se faire vacciner. « Le taux de vaccination des Allemands n’est pas assez élevé »,a-t-il déploré, jeudi, à l’issue d’une réunion avec les ministres-présidents des Länder. Selon l’institut Robert-Koch, 71,6 % de la population a reçu deux doses, ce qui place l’Allemagne derrière le Portugal, l’Espagne, l’Italie ou la France. Face à la presse, le nouveau chancelier a également répété qu’il était favorable à la vaccination obligatoire pour tous, se félicitant que cette position soit désormais partagée par les chefs des seize Länder du pays.
Réticences sur l’obligation vaccinale
La réalité est cependant plus compliquée. Le 30 novembre, une semaine avant de succéder officiellement à Angela Merkel, Olaf Scholz avait annoncé qu’un texte proposant la vaccination obligatoire contre le Covid-19 serait examiné par le Bundestag avant la fin de l’année pour une entrée en vigueur « début février ou début mars ».Or, cela n’a pas été le cas : à ce jour, aucun texte n’a encore été déposé, et le débat parlementaire ne devrait pas avoir lieu avant fin janvier.
Ce retard s’explique d’abord par les réticences que suscite le projet dans la coalition d’Olaf Scholz. Ni les sociaux-démocrates – sa propre famille politique – ni les écologistes ne sont totalement unis. Mais ce sont surtout les libéraux (FDP), la troisième composante de sa majorité, qui font de la résistance. « La protection de la santé est un bien précieux, mais le bien le plus précieux de notre Constitution, c’est la liberté », a affirmé, jeudi, leur chef de file, Christian Lindner, le ministre des finances, alors qu’une vingtaine de députés FDP (sur 92) ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre l’instauration de la vaccination obligatoire. « C’est bien que nous prenions un peu de temps », a ajouté M. Lindner, pour qui l’évolution de la situation sanitaire dans le contexte d’Omicron est encore trop incertaine pour imposer une mesure aussi drastique.
L’autre raison de cette prudence tient au climat qui règne actuellement dans le pays. Depuis la généralisation, à la fin de l’automne, de la règle des « 2G » – l’équivalent du passe vaccinal sur le point d’être instauré en France –, le mouvement antivax s’est radicalisé en Allemagne, avec la tenue de manifestations régulières, y compris dans de petites villes peu habituées à ce type de rassemblements, et une multiplication des menaces et des tentatives d’intimidation visant des élus de différents partis. Face à ce mouvement qui s’installe, Olaf Scholz pourrait choisir la stratégie de la confrontation. Pour l’heure, il privilégie une voie plus subtile : rendre la vie des non-vaccinés de plus en plus compliquée, sans aller pour autant jusqu’à les stigmatiser publiquement.
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Thomas Wieder(Berlin, correspondant