Pour tenter de répondre par l’action à l’urgence de la situation (par un ancien de l’IGAS)
L’accès aux services de santé de nos concitoyens, leur sécurité sanitaire ne sont plus assurés aujourd’hui dans de nombreux endroits. L’accès devient aléatoire et la liste des hôpitaux contraints de fermer leur service d’urgence ne cesse de s’allonger. Les déprogrammations d’interventions ou de prises en charge, dans le cadre des plans blancs, renvoient les patients, soit à une perte de chances, soit à une attente qui deviendra, pour certains, insupportable avec le temps (prothèses de hanche ..), soit inexorablement vers un secteur privé d’hospitalisation (qui bénéficie de la même garantie de paiement de l’Assurance maladie que l’hôpital public, sans en assumer les contraintes). S’ajoute une difficulté supplémentaire pour l’accès aux soins des 3 millions de personnes ne disposant pas de mutuelles et qui doivent s’acquitter depuis le 1er janvier du forfait urgences qui double leur reste à charge (20€ contre 5 à 10 en moyenne auparavant)
Pour moi cette situation n’est plus tolérable, alors que l’hôpital public s’effondre sous nos yeux !!
De même du côté des soins primaires, les généralistes sont, pour nombre d’entre eux débordés, alors qu’on leur demande de faire fonctionner en plus des centres de vaccination. Il parait illusoire de ne vouloir s’appuyer que sur eux pour faire face à la pénurie actuelle de personnel médical et paramédical aux urgences.
La tentative de faire de l’hôpital un sujet majeur à mettre sur la place publique (via le RIP) a échoué, suite à la décision du Conseil constitutionnel en août 2021. A mon avis, il faut désormais plus que des paroles et des primes : il faut passer à l’action et demander, face à l’urgence nationale et à l’intérêt général, la réquisition des personnels et services du secteur privé d’hospitalisation. Ceci devrait se faire au niveau régional (ARS/Préfet), avec un minimum de concertation entre acteurs : ce peuvent être éventuellement des lits mis à disposition pour des patients COVID, mais surtout des personnels médicaux et paramédicaux appelés en renfort à l’hôpital public, pour y participer à l’accueil des patients et aux soins.
L’arsenal législatif (loi juillet 1938 et ordonnance du 7 janvier 1959) existe à ma connaissance pour être mis en œuvre immédiatement dès lors qu’il s’agit de l’urgence de la situation, de l’intérêt national pour répondre aux besoins du pays et de l’efficacité de l’action publique (voir Journal du droit administratif www.journal-du-droit-administratif.fr/?s=requisition). Nous ne sommes pas en guerre, certes, mais il s’agit quand même de mobiliser d’urgence toutes les ressources humaines et matérielles pour faire face à la situation dégradée de notre système de santé. On a là un vrai sujet de mobilisation et de cohésion nationale qui serait certainement plus efficace à très court terme que le passe vaccinal.
Au lieu de privatiser l’hôpital public, comme certains y incitent, il s’agirait au contraire de recréer provisoirement un grand service publicen y associant une partie des personnels du secteur d’hospitalisation privé à but lucratif, qui représente tout de même près de 100 000 infirmiers et 40 000 médecins libéraux et salariés (dont 7500 généralistes et anesthésistes-réanimateurs). La situation catastrophique de lapsychiatrie mériterait probablement une démarche du même type.
D’autres mesures immédiates pourraient être mises en œuvre, comme l’organisation d’une rentrée supplémentaire en école d’IDE et d’AS pour assurer la relève en matière de formation des personnels ; elle pourrait être assortie d’un effort sans précédent du financement de la promotion professionnelle, en y affectant par exemple la taxe sur les salaires que paient les hôpitaux (5% de leur budget).
Nous pourrions envisager dans plusieurs régions de saisir ARS et Préfets pour la mise en œuvre de ce plan d’urgence, en associant localement Présidents de CME, représentants de généralistes etc …
Qu’en pensez-vous ? Ma proposition est peut-être un peu folle, mais si nous ne tentons rien, c’est la désespérance qui gagnera tout le monde ….
Dominique Acker, IGAS honoraire
Commentaire Dr jean Scheffer:
Outre que j’approuve la proposition de Dominique Acker, je renouvelle pour solutionner en partie les déserts médicaux ma proposition d’un « Clinicat-Assistanat pour tous « , obligatoire pour tous les futurs généralistes et spécialistes de 3 ans, sous forme d’activité partagée entre Chu-Chg, Chg-PMI, Hôpitaux psy et CMP, Chg et centres de santé et maisons de santé …
« Vision Globale -Solution globale »: https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj