Le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, appelle les Français à l’« autodiscipline » pour freiner la cinquième vague de Covid

Omicron menace « de nous retirer 1000 à 1500 infirmières » : le directeur de l’AP-HP craint une vague d’arrêts maladie

Par Aveline Marques le 31-12-2021

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Alors que le variant Omicron, plus contagieux, est désormais majoritaire en France, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s’attend à un mois de janvier particulièrement houleux. Car si ce nouveau variant, qui semble surtout générer des formes légères de Covid, n’engendrera pas forcément plus d’hospitalisations, il risque néanmoins de décimer les équipes soignantes.

« Nos collègues britanniques nous ont prévenus qu’avec Omicron, 25 % de leurs soignants avaient été arrêtés. Cela n’a plus rien à voir avec la première vague, où l’absentéisme avait augmenté de 3 points à 11 %« , s’inquiète Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, dans une interview accordée aux Echos. Moins sévère mais plus contagieux que le variant Delta, le variant Omicron « frappe déjà un grand nombre de nos soignants avec des formes légères, reflétant une incidence proche de celle de la population générale », note le directeur général. Résultat : « Le taux d’absentéisme augmente fortement, avec des arrêts maladie qui se multiplient et aucune équipe complète. »

Ce phénomène risque de s’ajouter à la pénurie de personnels, notamment infirmiers. « Un peu comme si Omicron menaçait de retirer 1.000 à 1.500 infirmiers de nos établissements – sachant qu’il en manque déjà autant », résume Martin Hirsch.

Maintien au travail possible si pas de toux ou éternuements

Dans ce contexte, se pose la question de continuer à faire travailler les soignants testés positifs. D’après les dernières recommandations du Haut Conseil de santé publique (HCSP), datées du 24 décembre dernier, « en cas de risque de rupture de la continuité de l’offre de soins », il est possible de « déroger à l’éviction d’un professionnel de santé infecté par le SARS-CoV-2 et asymptomatique, en l’absence d’alternative possible ». Dans une situation de tension « encore plus forte » « une dérogation supplémentaire pour les professionnels de santé pauci-symptomatiques, sans aucun symptôme respiratoire des voies aériennes supérieures à l’origine d’une forte excrétion virale à type de toux ou d’éternuements » peut être envisagée, tranche le HCSP.

Mais le maintien au travail « crée aussi de nouvelles difficultés, pour éviter les clusters et les contaminations nosocomiales qu’il faut prendre en compte », relève Martin Hirsch dans Les Echos. Quoi qu’il en soit, « ça va tanguer », prévient ce dernier.

[avec Les Échos.f

INTERVIEW

Martin Hirsch : « Chacun doit se considérer comme potentiellement contagieux au Covid »

https://www.lesechos.fr/economie-france/social/martin-hirsch-chacun-doit-se-considerer-comme-potentiellement-contagieux-au-covid-1375639

Le patron de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, le premier groupe hospitalier de France, vient d’ordonner de nouvelles déprogrammations massives d’opérations. Il lance un appel à la responsabilité au vu de la vitesse « vertigineuse » de circulation du Covid-19. Quelle que soit la sévérité d’Omicron, « ça va tanguer » à l’hôpital en janvier, assure-t-il, sans certitude sur la capacité à « éviter un débordement incontrôlé ».

Le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, appelle les Français à l'« autodiscipline » pour freiner la cinquième vague de Covid.
Le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, appelle les Français à l’« autodiscipline » pour freiner la cinquième vague de Covid. (JOEL SAGET/AFP)

Par Solveig GodeluckÉtienne LefebvrePublié le 30 déc. 2021 à 17:00Mis à jour le 31 déc. 2021 à 7:15

Quel est l’impact de la cinquième vague sur vos hôpitaux ?

Mercredi, avec le directeur médical de crise et le président de la commission médicale d’établissement, nous avons demandé des déprogrammations supplémentaires, en chirurgie comme en médecine, sauf indications vitales et transplantations. En Ile-de-France, 1.400 personnes ont été admises en hospitalisation conventionnelle en une semaine et 380 sont entrées en soins critiques.

Pour le 7 janvier, on prévoit de 2.100 à 2.450 patients en soins conventionnels. En soins critiques, on passerait de 700 aujourd’hui à une fourchette comprise entre 830 et 1.000.

Trois graphiques pour comprendre l’état de l’hôpital avant l’arrivée de la vague Omicronnull

C’est encore l’effet de Delta, qui continue à entraîner de nombreuses admissions. L’impact de ce variant est donc plutôt supérieur à ce que projetaient les modèles d’il y a quinze jours. Et la déprogrammation, c’est aussi pour prendre en charge les autres urgences que le Covid.

Y a-t-il beaucoup de patients vaccinés à l’hôpital ?

Sur 100 patients en réanimation, il y en a 12 qui sont complètement vaccinés, avec trois doses. Mais les trois quarts d’entre eux sont immunodéprimés. 75 % des patients en réanimation n’ont soit pas de vaccin, soit une seule dose.

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DOSSIER – La France face à la cinquième vague et au variant Omicron

Qu’est-ce qui va changer pour vous avec l’arrivée d’Omicron ?

Nous avons les mêmes incertitudes que les épidémiologistes de l’Institut Pasteur concernant le degré de sévérité de ce variant et la même certitude sur sa forte contagiosité. Nous constatons qu’il frappe déjà un grand nombre de nos soignants avec des formes légères, reflétant une incidence proche de celle de la population générale. Le taux d’absentéisme augmente fortement, avec des arrêts maladie qui se multiplient et aucune équipe complète. Nos collègues britanniques nous ont prévenus qu’avec Omicron, 25 % de leurs soignants avaient été arrêtés. Cela n’a plus rien à voir avec la première vague, où l’absentéisme avait augmenté de 3 points à 11 %.

C’est le phénomène majeur pour le mois de janvier. On démarre avec plus de postes vacants , un risque d’absences doublé par rapport au risque habituel. Un peu comme si Omicron menaçait de retirer 1.000 à 1.500 infirmiers de nos établissements – sachant qu’il en manque déjà autant.

Faut-il faire travailler les soignants testés positifs ?

C’est déjà le cas. A l’hôpital, nous avons une consigne ministérielle appuyée par le Haut Conseil de santé publique qui prévoit qu’en cas de pénurie de soignants, les soignants positifs mais asymptomatiques peuvent venir travailler.

Il faut les convaincre de le faire, ce qui n’est pas évident. D’autant plus que d’un variant à l’autre, les consignes changent, tantôt il faut se mettre en retrait, tantôt continuer à travailler, ce qui est déstabilisant pour les équipes. Le maintien au travail crée aussi de nouvelles difficultés, pour éviter les clusters et les contaminations nosocomiales qu’il faut prendre en compte.

Justement, au Royaume-Uni, un tiers des patients hospitalisés avec le Covid ont été admis pour une autre maladie. Combien de cas incidents chez nous ?

Dans les services de réanimation de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, la proportion de patients Covid incidents avoisine 10 %. En hospitalisation conventionnelle, c’est probablement beaucoup plus. L’organisation mise en place pour les vagues précédentes, avec des unités Covid distinctes, n’est plus adaptée à Omicron, car en testant les patients, la probabilité de découvrir des infections dites « fortuites » est à présent très élevée.null

Il suffit d’une réduction de 20 % des interactions sociales pour infléchir la courbe.

Quel est l’impact du retour des pathologies hivernales ?

On le voit dans l’augmentation des appels au Samu, 50 % plus élevés de ce qu’on avait la même semaine de l’année dernière, alors que le Covid ne pèse que 25 % du total. On a aussi beaucoup d’urgences hors Covid. L’épidémie de bronchiolite mobilise plutôt des réanimations pédiatriques, mais en réanimation adulte, l’activité est aussi très soutenue, avec des pathologies cardiaques, des bronchopathies classiques… De plus, on peut craindre une forte épidémie de grippe, car la campagne vaccinale a eu moins de succès cette année, y compris chez les soignants.

Est-ce que les gestes financiers récents envers les soignants peuvent améliorer la situation ?

L’impact incitatif est évident. La bonification de 100 % des heures supplémentaires joue sur la motivation, tout le monde nous le dit dans les services. Sans cela, les heures supplémentaires seraient moins acceptées, car c’est un effort.

Une prime de 100 euros par mois pour les infirmiers travaillant en soins critiques

On atteindra les 2,5 millions d’heures supplémentaires en 2021, soit 25 % d’heures en plus par rapport à 2020 qui était déjà une année exceptionnelle. De même, le rachat de congés a été souscrit par 20 % de nos agents, avec un tarif de 200 euros par jour pour une infirmière, au lieu de 130 euros habituellement.

Au vu des contraintes qui pèsent sur l’hôpital, est-ce que les mesures annoncées par le gouvernement vous paraissent suffisantes ?

A partir du moment où on fait le choix d’éviter le recours aux couvre-feux, au confinement et aux fermetures d’écoles, ce qu’on peut comprendre, alors le succès repose en grande partie sur le comportement et la responsabilité des uns et des autres. Quand on dit qu’ il faut télétravailler au moins trois à quatre jours par semaine , il vaut mieux l’appliquer strictement que de trouver de bons prétextes pour le contourner.

Au niveau vertigineux de circulation virale actuelle, chacun doit se considérer comme potentiellement contagieux. Les modèles sont clairs : il « suffit » d’une réduction de 20 % des interactions sociales pour infléchir la courbe. Cette autodiscipline est à la portée de chacun d’entre nous et peut avoir un impact collectif.

Vous pensez au réveillon

Pas seulement, ce message est valable pour le 31 décembre comme pour les quinze jours cruciaux qui arrivent. Le seuil des 200.000 cas positifs enregistrés en 24 heures a été franchi, ce qui est énorme, mais sous-estime encore la réalité du nombre de cas quotidiens, avec une incidence qui reste plus faible chez les plus de 65 ans. Si on peut éviter que cela grimpe dans cette tranche d’âge, on aura moins d’hospitalisations.

Les gestes barrières, c’est comme une ordonnance, à appliquer chaque heure et chaque jour.

Mais dans le même temps, l’exécutif devrait réduire les délais d’isolement, en particulier pour les cas contacts…

C’est la tendance dans tous les pays et cela peut apparaître comme un paradoxe. Il faut dire aux gens : « On a besoin de vous pour faire tourner les hôpitaux, les transports et les services indispensables », mais par ailleurs « vous êtes potentiellement contagieux ». D’où cette importance à juste titre ressassée du rappel vaccinal et des gestes barrières : masque, gel, distance, aération. C’est comme une ordonnance, à appliquer chaque heure et chaque jour.

DOSSIER – Restrictions sanitaires : ce qu’il faut savoir

Quand la vague Omicron va-t-elle arriver dans les hôpitaux ?

Difficile de prédire encore ce qui va se passer en janvier, compte tenu des incertitudes sur la balance contagiosité/sévérité. Il est possible d’avoir proportionnellement moins de patients lourds en réanimation qu’en hospitalisation conventionnelle que lors des vagues précédentes. C’est pourquoi nous scrutons chaque jour l’évolution à Londres et la part d’Omicron dans nos réanimations, encore marginale.

Il faut qu’on réussisse à atténuer l’onde de choc des formes légères chez le personnel, car même si notre espoir d’un taux moindre de formes sévères et d’une bonne protection vaccinale se réalise, nous savons que, toutes pathologies confondues, nous aurons un mois de janvier très chargé.

Craignez-vous d’être débordés ?

La première certitude, c’est que ça va tanguer. La deuxième certitude, c’est que déprogrammations et reports sont très inconfortables pour les patients comme pour les équipes. La troisième certitude, c’est qu’une fois de plus, il faudra aller au front, avec moins de peur qu’en première vague, mais plus de fatigue. La quatrième certitude, c’est que nous faisons tout pour éviter ce débordement incontrôlé que tout le monde redoute.

La participation des cliniques privées est-elle à la hauteur de la situation ?

En Ile-de-France, nous avons l’habitude de bien travailler ensemble et on est en train de régler les quelques frottements qu’on a pu avoir au début de cette vague. Notre vrai problème, c’est l’absence de médecine de ville, en particulier pendant les deux semaines de vacances. J’étais avec le Samu mercredi, il est impossible de faire venir un médecin à domicile en ce moment, et donc Samu et urgences sont sursollicitées, et parfois cela contraint à des hospitalisations qu’on pourrait éviter. Nous espérons que cela va revenir un peu à la normale la semaine prochaine.

L’hôpital a fait des efforts considérables pour sauver des vies et préserver l’économie, il faudra une reconnaissance de la Nation.

Après deux ans de crise Covid, quel message adresseriez-vous aux candidats à la présidentielle sur l’hôpital ?

Je ne vais pas me lancer dans des débats pour la présidentielle dans un tel contexte, qui impose de rester concentré sur les urgences du quotidien. Simplement, ce que les hospitaliers ressentent très fortement après ces deux années, c’est que tout le monde ne ressort pas de la même manière de la crise. L’hôpital a certes obtenu des gestes importants – avec le Ségur, notre masse salariale à l’AP-HP aura augmenté de 10 % en un an à effectifs globalement constants -, mais nous ne sommes pas comme ceux dont la valeur boursière a gagné 30 % ! On a enquillé vague sur vague, avec une grande angoisse pour l’avenir, quand certains secteurs économiques sortent enrichis de la crise.

L’hôpital a fait des efforts considérables pour sauver des vies et préserver l’économie, il faudra une reconnaissance de la Nation pour prendre les bonnes mesures afin de lui donner un avenir.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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