Covid-19 : face au variant Omicron, faut-il généraliser le port des masques FFP2 ?
Plusieurs pays européens ont rendu obligatoire le port de ces masques plus filtrants dans certains lieux clos. En France, les autorités sanitaires ne le recommandent pas pour le moment.
Par Romain GeoffroyPublié aujourd’hui à 05h31, mis à jour à 05h50
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Pour faire face au variant Omicron du SARS-CoV-2, faut-il élargir l’utilisation des masques de type FFP2, plus filtrants que les masques dits chirurgicaux ? En raison de la très grande contagiosité de ce variant, plusieurs pays européens ont généralisé le port de ces masques dans certains lieux.
Interpellé sur le sujet par des députés, mercredi 29 décembre, le ministre de la santé, Olivier Véran, a dit avoir demandé l’avis du Haut Conseil de santé publique « sur la question des masques FFP2, notamment des soignants, compte tenu de la très forte circulation du variant Omicron et de manière à éviter les paralysies dans certains services totalement essentiels ». A l’hôpital, le masque FFP2 est essentiellement utilisé dans les services accueillant de nombreux malades du Covid-19, en réanimation ou au bloc chirurgical.
Au départ réservés aux professionnels de la santé notamment, ces masques sont aujourd’hui vendus en pharmacies ou dans le commerce. Certaines personnes, à risques ou simplement plus inquiètes du virus, en portent déjà.
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Une meilleure capacité filtrante
Le FFP2 répond à la norme européenne EN 149 (équivalant aux normes N95 ou KN95 dans d’autres pays). Il protège les voies respiratoires contre les particules fines et toxiques, les poussières ou certains virus, et protège à la fois son porteur et son entourage.
Il a une capacité filtrante de 94 % des particules de 0,6 micromètre. L’un des avantages du FFP2, lorsqu’il est correctement mis, est d’englober l’intégralité du visage, du dessous des yeux jusqu’au menton, sans que l’air ne sorte ou pénètre par les bords du masque ou autour du nez. En effet, l’efficacité d’un masque dépend à la fois de sa filtration et de son ajustement sur le visage du porteur.
Le masque chirurgical – le plus répandu actuellement – a, lui, l’inconvénient de ne pas être hermétique. Assez lâche, il peut laisser passer de toutes petites gouttelettes, ou des aérosols, qui peuvent rester dans l’air lorsqu’un lieu est mal aéré. Il est par ailleurs conseillé de le changer toutes les quatre heures, contre huit pour un FFP2.
Une étude parue le 7 décembre dans la revue PNAS a confirmé l’efficacité des FFP2 pour protéger et se protéger contre du virus. Selon les chercheurs des universités de Göttingen (Allemagne) et de Cornell (Etats-Unis), si une personne non infectée par le SARS-CoV-2 porte un masque chirurgical lors d’une discussion avec une personne infectée non masquée à une distance d’1 m 50, le risque maximal d’infection atteint 90 % après trente minutes. Avec un masque FFP2, ce risque baisse à près de 20 %, même après une discussion d’une heure. Si les deux personnes portent un masque chirurgical, le risque maximal est inférieur à 30 %, même après une heure. Mais si les deux individus portent un masque FFP2 correctement ajusté, alors ce risque tombe à 0,4 % maximum.
Alors que la France a dépassé les 100 000 cas quotidiens en moyenne sur les sept derniers jours, certains pressent d’étendre l’usage de ces masques. La question devient d’autant plus grande que certains pays ont décidé de passer de l’obligation du port du masque chirurgical au FFP2. En Italie, depuis le 25 décembre, ce type de masques est obligatoire dans tous les transports publics, cinémas, musées, théâtres et stades. En Grèce, tous les lieux publics l’imposeront dès le 3 janvier, comme c’est déjà le cas en Autriche. En Allemagne, certains Länder comme la Bavière ou la Basse-Saxe (Nord), l’ont rendu obligatoire dans les transports ou les commerces.
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« Il ne faut pas en faire une solution miracle »
En France, les autorités sanitaires n’ont pour le moment pas franchi le pas. Dans son avis du 8 décembre, le Conseil scientifique estimait seulement que « les personnes les plus fragiles ou non vaccinées peuvent porter un masque de type FFP2 dès que cela est possible, avec toute la complexité néanmoins liée à cet usage ».
Dans une récente interview au Monde, l’épidémiologiste et biostatisticienne Dominique Costagliola qualifiait d’« indispensable » la généralisation du port du FFP2, « en particulier pour tous les soignants, mais aussi les enseignants et les personnes fragiles, immunodéprimées ».
« Attention à la fausse sensation de sécurité, il ne faut pas en faire une solution miracle qui conduirait à un relâchement des autres gestes barrières », nuance Pierre Parneix, médecin en santé publique et président de la Société française d’hygiène hospitalière. Il craint notamment que l’on jette le doute sur le masque chirurgical, tout de même efficace.
Comme M. Parneix, Pascal Crépey est plutôt réticent à l’idée d’une généralisation du FFP2 dans tous les lieux recevant du public. L’enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes considère que ce masque est trop contraignant pour être accepté et correctement porté par la population. « Quand il est bien porté et donc bien étanche, on peut facilement se sentir opprimé : on respire moins bien, on peut avoir envie de l’enlever à la longue. » M. Crépey redoute que le bénéfice du port d’un masque plus protecteur soit gommé par le risque que les gens « le portent sous le nez ou sous le menton ». Auquel cas, cela n’apporterait qu’un bénéfice incertain en matière de lutte contre l’épidémie.
Pour l’épidémiologiste, le FFP2 devrait être privilégié dans des contextes particuliers, comme lors de contact avec des personnes à risques ou lors de visites dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, par exemple. Des moments où l’on peut « faire un effort » même avec cette pièce inconfortable sur le nez.
L’autre inconvénient, et non des moindres, est le prix. Vendus entre 50 centimes et 1,50 euro l’unité, ces masques plus protecteurs coûtent jusqu’à six fois plus qu’un chirurgical. Une obligation pourrait conduire les plus précaires à réutiliser le même masque plusieurs jours, le rendant ainsi beaucoup moins protecteur. « Pour les populations qui en ont le plus besoin, le coût devrait être pris en charge », plaide d’ailleurs Dominique Costagliola.
La question des stocks
La dernière question qui se pose est celle des stocks. La France en aura-t-elle suffisamment en cas de forte demande ? Si au début de la pandémie, le pays était sous-équipé, les industriels français ont désormais la capacité de produire 100 millions d’unités par semaine, dont 20 % à 25 % de masques FFP2. Mais face à la concurrence asiatique, la production nationale a diminué de 90 % par rapport à fin 2020. Une demande qui pourrait évoluer puisque le gouvernement a récemment incité les autorités régionales de santé, qui pilotent les établissements hospitaliers sur leurs territoires, à acheter en France et en Europe leurs masques et gants de protection.
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En janvier 2021, la direction générale de la santé affirmait à LCI que Santé publique France avait en sa possession – en plus des stocks gérés par les établissements – 406 millions de masques FFP2, « soit 203 % du stock cible correspondant à trois semaines de crise épidémique ».