La fausse main tendue de Zemmour aux musulmans.

Election présidentielle 2022 : la fausse main tendue par Eric Zemmour aux musulmans

S’il est élu, il sera « le président des Français de confession musulmane », assure le candidat d’extrême droite, une rhétorique apparemment nouvelle. Mais il leur demande de « renoncer à la pratique de l’islam », religion qu’il cible toujours comme « l’ennemi ».

Par Publié aujourd’hui à 05h15, mis à jour à 09h11

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Lors du premier meeting de campagne présidentielle d’Eric Zemmour, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 5 décembre 2021.
Lors du premier meeting de campagne présidentielle d’Eric Zemmour, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 5 décembre 2021.  AGNES DHERBEYS / MYOP POUR «  LE MONDE »

Comment Eric Zemmour mène-t-il sa « reconquête » contre l’islam, deuxième religion de France, tout en mordant sur la droite républicaine ? Condamné deux fois pour provocation à la discrimination raciale et à la haine religieuse, le candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle tâche d’afficher des gages d’ouverture et d’éviter de nouvelles poursuites judiciaires. « Je tends la main aux musulmans qui veulent devenir nos frères », a-t-il lancé en meeting à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 5 décembre, comme il l’a fait en précampagne cet automne. Le 30 novembre, jour de sa déclaration de candidature, il avait assuré sur TF1 qu’il « serait évidemment le président des Français de confession musulmane ». Une rhétorique d’apparence nouvelle.

En réalité, Eric Zemmour n’a pas varié d’un pouce. « C’est simple à comprendre, j’estime que l’islam est incompatible avec la France et la République. J’ai déjà expliqué ça mille fois », s’impatientait le polémiste fin septembre, sur LCI. Il l’a en effet maintes fois dit et écrit, en cohérence avec ce qu’il développait dans Un quinquennat pour rien (Albin Michel, 2016) : « Il ne peut y avoir d’islam de France ; il peut seulement y avoir une France islamique. »L’essayiste nationaliste considère que l’islam n’est pas qu’une religion, mais « une nation, une loi et une civilisation ». Il répète presque à chaque interview que « c’est un code juridique et politique ».

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Il ne fait aucune différence entre la religion musulmane et ses dérives radicales. Islam et islamisme, « c’est la même chose », affirme-t-il le 30 novembre, sur TF1. Dans ses écrits, il dénonce comme erroné et périlleux le « mythe du musulman arraché à son déterminisme ethnique et religieux » ; à ses yeux, « le musulman est un homme politique qui s’ignore » et qui porterait en lui la violence. Pour ces pratiquants, prétendait-il en conférence à Perpignan en 2019, « il faut appliquer les textes, donc il faut nous égorger, c’est un vrai problème. Grâce à Dieu, tous les musulmans ne nous égorgent pas, mais alors ils n’appliquent pas leurs textes. »

Contraire au principe de laïcité

Le candidat Zemmour use à présent d’une formule, d’abord dans un riche entretien au mensuel réactionnaire Causeur, en novembre, puis sur TF1 : « Je distingue l’islam et les musulmans ». Objectif : détacher les croyants du culte. Et les obliger à « choisir entre la France et l’islam », comme il le disait déjà à Causeur en 2017.null

Il appelle ainsi très sérieusement au « 20 heures », devant 7,2 millions de téléspectateurs, « tous les musulmans à s’assimiler et à renoncer à la pratique de l’islam »« Ils peuvent très bien vivre leur religion comme une spiritualité », jugeait-il sur LCI en septembre, et « séparer le temporel du spirituel ». « Une gifle en plein visage », lui réplique le ministre de l’économie Bruno Le Maire, lors d’un débat le 9 décembre sur France 2« Je leur tends la main », maintient Eric Zemmour.

Concrètement, ce projet revient à abroger le principe de laïcité tel qu’issu de la loi du 9 décembre 1905, qui prévoit la non-immixtion de l’Etat dans les affaires cultuelles et l’égalité entre les cultes. Eric Zemmour réduit la laïcité à « la discrétion dans l’espace public » pour les musulmans, appelés à « christianiser » leur religion, tandis qu’il proclame la « hiérarchie culturelle » et « un droit d’aînesse » pour les catholiques. « La France sans le catholicisme n’existe pas. Il y a eu les Lumières, et patati et patata, mais s’il n’y a pas l’Eglise, il n’y a pas la France », justifiait en juin le polémiste réactionnaire devant le Mouvement conservateur (ex-Sens commun), rallié depuis à sa campagne.

Didier Leschi, ancien chef du bureau central des cultes, président de l’Institut européen en sciences des religions à l’Ecole pratique des hautes études et auteur de Misère(s) de l’islam de France (Le Cerf, 2017), y voit « l’inversion de notre tradition républicaine, qui est la séparation des Eglises et de l’Etat, mais qui est aussi l’exercice public du culteLe culte est l’organisation matérielle de la croyance. Eric Zemmour veut interdire aux musulmans l’exercice de leur religion, ou les dissuader de l’exercer. Il n’y a que les dictatures qui ont fait cela. Staline empêchait les populations d’aller à l’église ou de pratiquer la circoncision. »

« Oui, l’assimilation est exigeante », a martelé Eric Zemmour à Villepinte, déclenchant de vigoureux « Vive la France » d’une foule d’où émergeaient des drapeaux corses et normands. Cette « assimilation » passe, selon lui, par l’interdiction de choisir un prénom hors du calendrier chrétien ou de porter un voile. « Zemmour essentialise les musulmans, comme si tout croyant avait pour ambition cachée de tuer son voisin, pointe le préfet Leschi. Donc il leur demande d’accepter un statut de sous-citoyens. C’est une sorte d’apartheid en fonction de la foi. »

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Selon le candidat qui se réclame de la France plus que de la République, cette rupture avec le droit constitutionnel et la tradition républicaine serait exigée par une « guerre de civilisation » à l’œuvre entre l’Islam et l’Occident. La même guerre se déroulerait depuis quatorze siècles, a-t-il développé lors d’une conférence à Toulon en septembre, « quand les côtes méditerranéennes étaient victimes des razzias arabes » et que « le monde musulman était à nos portes ». Mais« quand Bonaparte écrasait les Mamelouks en Egypte, exaltait-il, c’était le monde musulman qui était à ses pieds ».

L’immigration visée

Ceux qui acceptent l’islam dans le cadre de la République sont, accuse-t-il dans Un quinquennat pour rien« nos pacifistes d’aujourd’hui et nos collabos de demain ». L’unité nationale exigerait même la désignation d’un bouc émissaire : « Si nous voulons nous arracher à notre destin funeste de victime de l’histoire, de foules sentimentales éplorées qui se complaisent dans la complainte larmoyante, nous devons reforger dans l’adversité un peuple français, écrit-il. Et désigner l’ennemi : l’islam. »

Ce discours anti-islam est pour lui indissociable de celui, aux relents xénophobes, qui vise l’immigration arabo-musulmane. Désigné comme le « barbaresque de retour sur notre sol », « le jeune Arabe est l’homme d’avant la civilisation », osait-il dans Le Premier Sexe(Denoël, 2006), tandis qu’il assénait à la « convention de la droite », en 2019, que « le vitalisme africain a un drapeau tout trouvé, l’islam ». Acquis aux thèses identitaires sur la « colonisation inversée », le polémiste affirme que les Blancs sont de nouveaux « Indiens d’Amérique » et que la France aurait cédé des « concessions étrangères » au monde musulman.

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Officiellement, Eric Zemmour ne reprend pas le mot « remigration », qui désigne le rêve de l’extrême droite identitaire de chasser des millions de musulmans de l’Hexagone. En 2014, interrogé par le quotidien italien Corriere della Sera, il avait toutefois répondu : « Je sais, c’est irréaliste, mais l’histoire est surprenante. » Il en a ouvert la voie à Villepinte sous la forme d’un exil volontaire. Qu’adviendrait-il « pour ceux qui refusent » l’assimilation qu’il imagine ? « Notre porte est grande ouverte », a lancé Eric Zemmour, acclamé, devant son slogan soudain inquiétant : « Impossible n’est pas français ».

Ivanne Trippenbach

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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