La France doit durcir sa stratégie contre le virus afin d’éviter une nouvelle saturation massive des hôpitaux (Antoine Flahault épidémiologiste – Genêve). 

Covid-19 : « Il faut endiguer la vague Delta avant que ne déferle la vague Omicron »

Pour l’épidémiologiste Antoine Flahault, l’exemple du Royaume-Uni, confronté à une explosion des contaminations, devrait inciter la France à durcir sa stratégie contre le virus afin d’éviter une nouvelle saturation massive des hôpitaux. 

Propos recueillis par Florence RosierPublié le 16 décembre 2021 à 11h07, mis à jour hier à 02h33  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/12/16/covid-19-il-faut-endiguer-la-vague-delta-avant-que-ne-deferle-la-vague-omicron_6106290_3244.html

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Le professeur Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève), à Paris, le 1er octobre 2021.
Le professeur Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève), à Paris, le 1er octobre 2021. GABRIELLE FERRANDI / CHAM

Le professeur Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève), s’inquiète de l’extrême transmissibilité du variant Omicron, dont le gouvernement français ne prend pas toute la mesure selon lui.

Les Britanniques sont confrontés à un « raz de marée » de nouvelles infections par le variant Omicron. Faut-il s’attendre à une flambée comparable en France ?

Ce nouveau variant, rappelons-le, reste un coronavirus de la famille du SARS-CoV-2. Cela signifie que toutes les mesures prises aujourd’hui contre le variant Delta sont efficaces contre Omicron – à quelques exceptions près, notamment pour certains traitements à base d’anticorps monoclonaux. Les propriétés du SARS-CoV-2 sont connues, notamment son extrême pouvoir de dispersion : une seule personne infectée peut en contaminer jusqu’à cent autres. C’est vrai pour les coronavirus, pour le SARS-CoV-2 en particulier, et plus encore pour son variant Omicron.

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Comment expliquer les différences de dissémination du virus entre le Royaume-Uni et la France ?

Lors de l’émergence d’un variant aussi contagieux, des différences notables peuvent être liées à l’apparition de clusters. En outre, le 19 juillet, le Royaume-Uni a adopté une stratégie diamétralement opposée à celle de la France, alors que les deux pays étaient confrontés au début d’une vague estivale liée au variant Delta. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, levait alors toutes les restrictions prises outre-Manche. Appuyé par ses conseillers scientifiques, il pariait sur une protection vaccinale suffisante de son pays pour contrer cette vague. A cette période, près de 70 % des Britanniques étaient vaccinés, contre moins de 60 % des Français.

A rebours de cette décision, le président de la République française, une semaine plus tôt, annonçait une nouvelle série de mesures de contrôle : obligation vaccinale pour les soignants, passe sanitaire étendu aux bars, restaurants et trains dès le mois d’août… Au fond, la chance des Français, paradoxalement, est qu’ils n’ont pas pu faire le même pari que les Britanniques cet été

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Pourquoi ce dernier s’est-il avéré, a posteriori, si hasardeux ?

Au Royaume-Uni, les contaminations par le variant Delta sont restées en plateau élevé tout l’été et n’ont quasiment pas cessé d’augmenter ensuite. L’incidence actuelle, outre-Manche, équivaut à notre pic actuel en France : au 14 décembre, 60 000 cas y ont été déclarés, contre 50 000 à 55 000 cas quotidiens en France (en moyenne lissée sur la semaine). Pour autant, il y a une grande différence. La vague dantesque liée au variant Omicron que les Britanniques subissent actuellement est venue se greffer sur une situation extrêmement tendue liée à Delta. La France, elle, a connu une vraie décroissance de l’épidémie à partir du 15 août, même si la cinquième vague y déferle depuis fin octobre. Mais celle-ci semble bientôt arriver à un pic, en termes de nouveaux cas.

Comment peut-on affirmer que cette cinquième vague a atteint un pic en France ?

Grâce au suivi du taux de reproduction effectif du virus, qui mesure son pouvoir de dissémination. Ce taux nous indique l’évolution à très court terme de l’épidémie. Le 9 décembre, il était de 1,42 en France [une personne infectée en contaminait 1,42 autre], déjà en baisse par rapport aux jours précédents, ce qui indiquait un léger ralentissement de la circulation virale. Il a ensuite baissé graduellement jusqu’à atteindre 1,1 le 14 décembre, et il est désormais inférieur à 1,1. C’est une bonne indication d’une reprise en main de la vague pandémique.

Reste une incertitude : ce taux va-t-il stagner autour de 1, et la courbe rester en plateau élevé, ou va-t-il passer au-dessous de 0,9, et la courbe enfin redescendre ? Avec un taux de 0,9, il faut un mois pour diviser de moitié le nombre de nouveaux cas quotidiens. Avec un taux de 0,7, il faut une semaine. En Autriche, par exemple, ce taux est aujourd’hui inférieur à 0,7. Ce pays a repris la main sur la vague pandémique, mais au prix d’un confinement généra

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Puisque le taux de reproduction du virus baisse, a-t-on réellement besoin de renforcer les mesures de restriction ?

Oui. Pour lutter contre le variant Delta, la France a globalement pris les bonnes décisions. Le problème avec Omicron, c’est son taux de reproduction de base (R0) [si on le laissait circuler librement, sans aucune mesure de restriction]. Son R0 est bien plus élevé que celui du variant Delta. Il est probablement supérieur à 10, alors que celui du variant Delta – déjà très contagieux – est compris entre 6 et 8. Cela signifie qu’il faut bien plus d’efforts pour le ramener durablement en dessous de 1. Tout l’enjeu est d’endiguer la vague Delta avant que ne déferle la vague Omicron. Si ce dernier venait s’ajouter à la vague Delta en France, comme cela s’est produit au Danemark et au Royaume-Uni, il arriverait alors sur un pic, la pire des situations vis-à-vis du risque de saturation des hôpitaux. Il faut donc contrôler au plus vite le variant Delta, en visant un taux de reproduction égal à 0,7 plutôt que 0,9. Sans efforts supplémentaires, cet objectif me paraît intenable.

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Les pouvoirs publics et les experts misent sur la campagne de rappel. Qu’en pensez-vous ?

Aujourd’hui, la troisième dose est la meilleure digue pour atténuer l’impact de la vague. Autant les deux premières doses de vaccins ne sont plus assez efficaces, après quelques mois, pour contrer l’afflux de nouveaux cas – elles diminuent certes le nombre d’hospitalisations et de décès, mais sans freiner suffisamment la transmission – autant la troisième dose enraye à la fois la transmission et la sévérité de la maladie. Déployer au plus vite cette campagne de rappel est absolument capital. Les Français le font avec volontarisme. Mais, à mon sens, il serait utile d’intégrer le rappel au passe sanitaire dès le 1er janvier 2022 pour tous les adultes. Cette intégration est aujourd’hui fixée au 15 janvier.

Quelles seraient pour vous les autres mesures à prendre en urgence ?

Une des meilleures options actuelles aurait été d’avancer les vacances scolaires. Ce n’était certainement pas l’intention du gouvernement français, qui a toujours voulu protéger les établissements scolaires, mais sans chercher à les sécuriser. Les Anglais ont beaucoup investi dans la ventilation des salles de classes et dans les dépistages systématiques des écoliers, mais pas les Français, ou très peu. Dans presque toute l’Europe, en réalité, les pouvoirs publics n’ont pas su ni voulu sécuriser les écoles, alors que depuis des mois, c’est une recommandation forte des scientifiques. De fait, les écoles restent un très haut lieu de transmission aujourd’hui, et le variant Omicron pourrait prendre racine dans cet environnement

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Ensuite, le télétravail devrait être rendu quasi obligatoire. C’est une forme de confinement, qui réduit les interactions sociales, donc les supercontaminations, notamment dans les salles de réunion, les open spaces et les cantines, hauts lieux de transmission. Et qui allège aussi les transports publics urbains.

Quid de cette mesure que les experts préconisent depuis longtemps : l’aération et la ventilation des espaces clos ?

La population ne va probablement pas s’équiper massivement et rapidement en capteurs de CO2 ni en purificateurs d’air. Mais ce que chacun peut faire, c’est ouvrir les fenêtres en grand. Bien sûr, c’est plus difficile en plein hiver. Mais aujourd’hui, c’est une des clés pour lutter contre ce virus, qui se transmet essentiellement par aérosols en milieu clos, dans les lieux bondés et mal ventilés. Aujourd’hui, un restaurant ou un bar qui ne peuvent pas assurer une ventilation efficace sont des lieux dangereux, à très haut risque de transmission.

Autre occasion sans doute favorable à la transmission d’Omicron : les longs trajets en train ou en car. Quand on voyage longtemps en transport public, on devrait porter un masque FFP2 et ne pas avoir le droit de l’ôter, sauf pour boire un verre d’eau rapidement, sous peine d’amende. Il faudrait une plus grande rigueur dans l’application de cette mesure.

Que pensez-vous de la vaccination des enfants, une question très débattue ?

La vaccination des plus de 5 ans me paraît être une urgence, pour plusieurs raisons. La première, c’est que, en vaccinant les enfants, on les protège d’abord. On ne les vaccine pas pour protéger les adultes. Le 1er décembre, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a publié un rapport, très bien documenté, sur la vaccination des enfants. Il décrit notamment une série allemande de 1 680 enfants hospitalisés ; parmi eux, 5 % ont été admis en soins intensifs et 0,8 % est décédé.

Parmi eux encore, 78 % n’avaient aucune comorbidité les exposant au risque de formes graves. Si celles-ci restent très rares chez l’enfant, elles existent malgré tout. Et il faut tenir compte du risque de Covid long. Pour ces raisons, il ne faut pas faire perdre de chance aux enfants puisqu’on dispose d’un vaccin déjà administré à plus de 5 millions d’enfants nord-américains, et qui s’est avéré très bien toléré et très efficace. Il y a aussi, bien sûr, les effets collatéraux positifs de la vaccination : une meilleure scolarité, moins de cas positifs à l’école et moins de jours de classe perdus, une protection contre le variant Omicron qui arrive.

Au final, êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

Les prédictions sont toujours très difficiles avec le SARS-CoV-2. Mais là, nous avons du mal à être très optimistes. L’extrême transmissibilité d’Omicron est inquiétante, et nous n’en prenons probablement pas toute la mesure. Les Britanniques sont en train de l’appréhender avec un peu d’effroi. En France, on croit volontiers que ce qui se passe outre-Manche ne nous arrivera pas. Mais ce variant est à nos portes. Pour autant, il n’y a pas de fatalité ! On ne se contamine pas en respirant quelques particules virales, mais en restant longtemps dans des lieux où l’on inhale un air vicié. Une des clés serait, encore une fois, une ventilation très efficace. Si nous ne parvenons pas à améliorer la qualité de l’air que nous respirons, nous allons tous nous contaminer avec Omicron.

Florence Rosier

Covid-19 : motifs impérieux, tests, vaccin… des restrictions qui varient selon les pays

A partir de samedi, la France oblige les voyageurs en provenance et à destination du Royaume-Uni à présenter un motif impérieux ; d’autres pays européens ont déjà réinstauré des restrictions. 

Par Romain ImbachPublié aujourd’hui à 07h00  

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Face à la diffusion rapide du variant Omicron au Royaume-Uni, la France réinstaure l’obligation de présenter un motif impérieux pour les voyages outre-Manche, à partir de samedi 18 décembre.

Concernant aussi bien les personnes vaccinées que non vaccinées, ces restrictions ne permettent pas de se déplacer pour raisons touristiques ou professionnelles. Toutefois, elles ne s’appliquent pas aux ressortissants français, leur conjoint ou leurs enfants, qui pourront toujours venir en France. La durée de validité des tests (PCR ou antigénique) à présenter à l’entrée en France a été réduite à vingt-quatre heures et un isolement (levé après quarante-huit heures au moins, sur justification d’un test négatif) est obligatoire.

Pour définir les règles de circulation des voyageurs, la France a établi une classification des pays par couleur – vert, orange et rouge – qui varie en fonction de la circulation du virus SARS-CoV-2 et de ses variants. Avec l’apparition d’Omicron, une nouvelle catégorie de pays, rouge écarlate, a été intégrée.

Des restrictions basées sur la circulation du virus et des variants en présence

Classification officielle au 16 décembre

Vigilance sur les conditions d’entrée dans un pays

Selon la couleur du pays, les modalités d’accès ou de départ du territoire nationalvarient, notamment en fonction du statut vaccinal du voyageur, et la liste des motifs impérieux se restreint. Par exemple, aucun motif impérieux n’est nécessaire pour quitter la France et se rendre dans un pays de l’Union européenne. Il faudra cependant être vigilant quant aux conditions d’entrée dans le pays de destination : l’Italie, l’Irlande, la Grèce ou le Portugal imposent la présentation du résultat négatif d’un test de la part des voyageurs européens pour entrer sur leur sol.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept, réunis jeudi à Bruxelles, ont souligné « l’importance d’une approche coordonnée sur la validité du certificat Covid-19 de l’UE », et souhaité que les restrictions décidées par chaque Etat ne « sapent pas le bon fonctionnement du marché intérieur ou n’entravent pas de façon disproportionnée la liberté de circulation ».

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Romain Imbach

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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