Hôpitaux : la FHF veut mettre le paquet sur les recrutements et la formation
PAR JULIEN MOSCHETTI – PUBLIÉ LE 15/12/2021

Crédit photo : S.Toubon
Un mois après les premières propositions de sa plateforme « Ambition Santé 2022 », à l’attention des candidats à la présidentielle, la Fédération hospitalière de France (FHF) a dévoilé ce mercredi dix nouvelles propositions pour l’avenir du système de santé articulées autour de trois thèmes : la santé publique et la prévention ; la transition écologique ; l’emploi et la formation de soignants.
Sur le volet « ressources humaines », priorité de la FHF, l’objectif est de reconstituer un vivier stratégique de recrutement dans un contexte où « les besoins de la population croissent plus vite que le nombre de professionnels formés », souligne Amélie Roux, responsable du pôle RH hospitalières de la FHF. Mais pour recruter, il faut former davantage de soignants. Et comme la suppression du numerus clausus ne résoudra pas les problèmes à court terme, il faut, selon Frédéric Valletoux, « revoir les quotas ouverts et les modalités de formation : l’organisation des études, encourager les coopérations et la polyvalence, pour donner corps à l’idée d’une deuxième carrière possible en facilitant les passerelles ».
Accroître les quotas de formation
C’est pourquoi la FHF propose d’accroître les quotas de formation. Elle recommande d’augmenter de 20 % le nombre d’étudiants en médecine d’ici à 2025, en réfléchissant à une « définition collégiale d’objectifs de répartition par spécialité au niveau national ». Autre cap fixé : 40 000 places en première année d’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) d’ici à 2025, soit +25 % par rapport à 2019 et 40 000 places en IFAS (Institut de formation d’aides soignants) d’ici à 2025, soit +45 % par rapport à 2019. La FHF avance aussi une hausse de 10 % d’ici à 2025 pour les places de formation d’infirmiers spécialisés.
Pour accompagner cette montée en charge, la FHF propose la création de 1 000 postes d’hospitalo-universitaires supplémentaires d’ici à la fin du quinquennat ou de favoriser la participation des PH aux missions d’enseignement.
Dans le secteur du grand âge, la fédération appelle de ses vœux le recrutement de 20 000 professionnels supplémentaires par an – soit 100 000 d’ici à 2027 – mais aussi la reprise des formations d’assistants en soins gérontologiques et l’obligation d’une présence infirmière de nuit.
Revaloriser le tarif des gardes
Pour améliorer l’attractivité à l’hôpital public, la FHF est revenue sur la question sensible de la permanence des soins. Elle propose d’instaurer un schéma régional de permanence des soins, « commun à la ville et à l’hôpital », afin d’identifier les lignes de garde prioritaires. Pour les hospitaliers, « il est urgent de revaloriser les indemnités de permanence de soins et des astreintes », souligne Frédéric Valletoux.
La FHF propose ainsi de revaloriser de 50 % le tarif des gardes, « l’un des freins à l’engagement dans la carrière hospitalière », voire la cause de départs, selon Quentin Henaff, responsable adjoint au pôle ressources humaines. La fédération demande aussi une refonte du système des astreintes, la reconnaissance de la pénibilité de l’exercice de nuit et ou l’application « stricte » du repos de sécurité à l’ensemble de professionnels.
Transition écologique
Dans un autre registre, la FHF veut faire de l’espérance de vie sans incapacité un indicateur politique visible, suivi au niveau national et dans les territoires. La santé publique doit devenir « un enjeu politique, au même titre que le taux de croissance ou le taux de chômage ». Autre proposition : développer des indicateurs de résultats de soins qui seraient autant de « leviers de l’amélioration de la qualité des prises en charge ».
Enfin, la FHF entend relever le défi de la transition écologique. Elle souhaite renforcer les moyens humains, financiers et réglementaires des établissements pour les aider à mieux répondre aux enjeux environnementaux. Elle propose de financer la création de postes de référents « RSE » – responsabilité sociale et environnementale – par groupe d’établissements ou de coordinateurs régionaux. Sur le volet financier, elle évoque la création d’un fonds dédié aux projets de transformation écologique des hôpitaux.
Au salon Santexpo, Valletoux (FHF) veut rétablir la permanence des soins obligatoire dès 2023
PAR JULIEN MOSCHETTI – PUBLIÉ LE 08/11/2021

Crédit photo : Faust Favart
« L’hôpital public a répondu présent » face à la crise sanitaire, « dans l’urgence, avec souplesse, avec force, sans se plaindre », s’est félicité ce lundi matin le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Frédéric Valletoux, lors de la conférence inaugurale de Santexpo, le salon hospitalier qui se déroule à Paris jusqu’à mercredi.
Une petite heure plus tôt, il coupait le ruban devant l’entrée principale, entouré de Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, Katia Julienne, directrice générale de l’offre de soins (DGOS) ou de Jean-Louis Touraine, député LREM et ancien vice-président de la FHF. Frédéric Valletoux et un cortège d’une cinquantaine de personnes ont sillonné le salon – du stand de la MNH à celui du ministère de la Santé – en passant par ceux de la FHP, de la FEHAP, d’Unicancer ou de la HAS.
La médaille et son revers
Frédéric Valletoux a longuement défendu le bilan de l’hôpital public durant la crise sanitaire lors de son discours d’inauguration. Celui-ci a pris en charge 84 % des patients COVID hospitalisés, assuré la logistique des vaccins à ARNm pour l’ensemble des Français pendant de longs mois, mais aussi fourni 70 % des bataillons de volontaires partis aider Outre-Mer ces dernières semaines, a-t-il plaidé.
Mais, « l’envers du décor », le « prix à payer » pour le secteur public ont été de « déprogrammer davantage que le secteur privé », notamment après la 2e vague et dans les CHU. Au total, 2,3 millions d’hospitalisations ont été annulées pour la seule année 2020. Une baisse d’activité qui s’est poursuivie en 2021 (-6 % au 1er semestre par rapport à 2019), tandis que les établissements privés, lucratifs ou non lucratifs, ont augmenté leur activité respectivement de 2 % et 4 %. Telles sont les raisons pour lesquelles l’hôpital public, « plus mobilisé que le secteur privé, a plus de mal à s’en remettre », a analysé le président de la FHF.
Pas 20 % des lits fermés, mais 6 % !
Le maire de Fontainebleau a également ouvert une parenthèse sur la polémique des 20 % de lits fermés, faute de personnel. La FHF a lancé il y a quelques jours une enquête à laquelle ont participé plus de 300 hôpitaux. Résultats : seuls 6 % de lits étaient temporairement fermés ces deux derniers mois par rapport au capacitaire total, avec d’importantes variations selon les territoires, ce qui est déjà « beaucoup trop », a regretté Frédéric Valletoux.
Pour remédier au manque d’attractivité de l’hôpital public et à « la perte de sens » de certains soignants très mobilisés durant la crise, il sera donc primordial de ne pas « sortir de la crise avec les mêmes habitudes, les mêmes réflexes, les mêmes organisations qu’avant ». Car, « si l’après-crise doit ressembler à l’avant, alors, c’est à désespérer », a martelé le président de la FHF qui a estimé que l’on ne pouvait plus se contenter de « demi-mesures » ou de « mesures d‘ajustement ».
Aller plus loin
Pour ce faire, des réformes de fond doivent être menées ou poursuivies. Frédéric Valletoux s’est dit satisfait du rattrapage des rémunérations et des carrières ou encore du plan de relance pour l’hôpital de 19 milliards d’euros. Il salue aussi « la remise en question de la logique d’économies comptables qui pèsent sur l’hôpital », via notamment la suppression du COPERMO (Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers), chargé d’examiner et de valider les grands projets d’investissement hospitaliers et les plans de retour à l’équilibre.
Mais il aimerait désormais que l’on aille plus loin. C’est pourquoi la FHF proposera aux candidats à la présidentielle de venir débattre le 17 mars 2022, soit la date anniversaire du 1er confinement de 2020. En attendant, elle a élaboré la plateforme « Ambition Santé 2022 ». Objectif : 30 propositions à l’attention des candidats, afin de refonder le système de santé. Frédéric Valletoux en a détaillé trois.
Trois propositions chocs
La première devra provoquer « un choc en matière de recrutement et de formation ». Pour remédier aux postes vacants (environ 30 % des postes de praticiens hospitaliers, 5 % des postes d’infirmiers et 2,5 % des postes d’aide soignants), soit environ 25 000 infirmiers et aides-soignants à l’hôpital, la FHF propose d’augmenter de 25 % les places en instituts de formation en soins infirmiers et de 45 % les places en formation d’aides-soignants d’ici à 2025. Autre objectif : recruter 20 000 professionnels en plus par an pendant cinq ans dans le secteur médico-social. Par ailleurs, pour accompagner la hausse des étudiants en médecine suite à la suppression du numerus clausus, la FHF propose la création de 1 000 postes hospitalo-universitaires d’ici la fin du quinquennat.
Deuxième proposition : poser un cadre stratégique, sur plusieurs années, pour la santé et pour l’autonomie, au travers de lois de programmation. « Un taux d’évolution minimal des financements des hôpitaux publics serait fixé, révisé en fonction de l’inflation, ou des priorités de santé », a plaidé le président de la FHF. Et d’ajouter qu’il fallait « dépenser mieux à condition de se retrousser les manches, tous ensemble, à l’hôpital comme en ville ».
Pacte pour l’accès aux soins
La troisième proposition de la FHF est un « pacte pour l’accès aux soins de tous et à toute heure dans les territoires ». Pour développer cette permanence des soins, Frédéric Valletoux propose trois mesures. La première consiste à rétablir l’obligation de participation à la permanence des soins, quelle que soit la modalité d’exercice, dès janvier 2023. Concrètement, tous les professionnels, y compris les médecins de ville, auraient jusqu’au 1er janvier 2023 pour s’organiser et s’inscrire sur une ligne de permanence des soins, en ville ou à l’hôpital.
Deuxième mesure : mettre fin à la possibilité de s’installer en secteur II dans certaines zones sur denses, où la densité de médecins d’une spécialité donnée est supérieure de 25 % à la moyenne nationale par bassin de vie.
Le maire de Fontainebleau a enfin proposé d’accélérer le déploiement des IPA (infirmières en pratique avancée), y compris en ville « pour mieux coordonner les parcours, ce qui permettrait notamment de réduire la charge de travail des médecins ». Le président de la FHF sait que cette dernière proposition « fera débat » et l’objet de « commentaires peu glorieux sur les réseaux sociaux ». Mais l’important est ailleurs selon lui : débattre et « trouver ensemble des solutions ».