Environnement : un rapport dénonce l’impact toujours plus néfaste de grandes entreprises européennes de la viande et des produits laitiers
Selon l’Institute for Agriculture and Trade Policy, trente-cinq des plus grandes sociétés de ces secteurs ont été responsables, en 2018, de 7 % des émissions de l’Union européenne. L’ONG appelle les gouvernements à « réglementer l’agrobusiness ».
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 01h21, mis à jour à 08h17 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/12/13/environnement-un-rapport-denonce-l-impact-toujours-plus-nefaste-de-grandes-entreprises-europeennes-de-la-viande-et-des-produits-laitiers_6105796_3244.html?xtor=EPR-32280629-%5Ba-la-une%5D-20211213-%5Bzone_edito_2_titre_11%5D&M_BT=53496897516380
Malgré la crise climatique, les émissions de gaz à effet de serre de géants européens de l’industrie de la viande et des produits laitiers continuent d’augmenter. C’est la conclusion d’un rapport publié, lundi 13 décembre, par l’Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP).
Cette ONG basée à Minneapolis, aux Etats-Unis, mais ayant également un bureau à Berlin, en Allemagne, passe en revue trente-cinq des plus grandes entreprises du secteur ayant leur siège dans l’Union européenne (UE), au Royaume-Uni et en Suisse, et examine leurs éventuels plans climat et les émissions englobant l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement, en particulier l’élevage, gros émetteur de gaz à effet de serre.
D’après les résultats des analyses, ces entreprises ont été responsables en 2018 de 7 % des émissions de l’UE et les émissions des vingt premières d’entre elles dépassent celles des Pays-Bas.
Lire aussi Les grands groupes laitiers épinglés pour leur impact sur le climat
Le rapport se concentre particulièrement sur dix grandes entreprises ayant des objectifs climat plus ou moins précis. Pour sept d’entre elles, sur deux ans, les émissions absolues ont augmenté. Par exemple, côté transformation de viande, entre 2016 et 2018, de + 45 % pour l’irlandais ABP et + 30 % pour l’allemand Tönnies ; et côté lait, entre 2015 et 2017, respectivement de + 15 % et + 30 % pour les français Danone et Lactalis.
Astuces comptables et « greenwashing »
« L’empreinte carbone des géants européens du lait et de la viande concurrence celle des géants des énergies fossiles, mais ils continuent à agir en toute impunité », a dénoncé Shefali Sharma, directrice Europe de l’IATP dans un communiqué.
Et « la poignée d’entreprises qui ont des plans climat se repose sur des astuces comptables, le greenwashing et les effets douteux des compensations pour distraire l’attention des changements fondamentaux nécessaires pour réduire les émissions, tout en reportant une grande partie des coûts et des risques sur les paysans » qui les fournissent, a-t-elle ajouté.
Lire aussi Laurence Tubiana : « Le “greenwashing” est aujourd’hui le nouveau déni climatique »
Le rapport, qui appelle les gouvernements à « réglementer l’agrobusiness », dénonce notamment l’utilisation par ces entreprises du concept d’intensité carbone, c’est-à-dire les émissions par litre de lait ou kilogramme de viande, qui peuvent diminuer sans pour autant réduire les émissions absolues car dans le même temps la production et le nombre de têtes de bétail augmentent.
Sur les vingt entreprises analysées, seules quatre (Arla, Danone, FrieslandCampina et Nestlé) déclarent les émissions totales de leur chaîne d’approvisionnement et seules trois (Nestlé, FrieslandCampina et ABP) ont annoncé leur intention de réduire leurs émissions absolues en incluant leur chaîne d’approvisionnement, selon le texte. Mais « aucune preuve publique n’indique que l’une de ces entreprises envisage de modifier en profondeur son modèle de production et de transformation du bétail à grande échelle ».
L’IATP dénonce également la tentative de ces grandes entreprises de dévier la responsabilité à la fois sur les éleveurs et sur les consommateurs européens. Même si ces derniers consommaient moins de viande et de lait, cela aurait des « effets limités » pour réduire les émissions de l’élevage européen en raison de la part importante des exportations, note le rapport.

Écouter aussi La viande végétale à la conquête du monde
Le Monde avec AFP