L’ensemble des établissements publics et privés du territoire francilien de réactivent leurs plans blancs à compter du jeudi 9 décembre, mais aussi la plupart des ARS de province les déclanchent.

Covid-19 : Ile-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie… les plans blancs se multiplient dans les hôpitaux

Ils permettent aux établissements de se réorganiser, de rappeler des soignants sur leurs congés, ou encore d’enclencher la déprogrammation d’autres patients non urgents. 

Par Camille StromboniPublié aujourd’hui à 03h27, mis à jour à 12h43  

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Kasarra Ben Hammouda, médecin urgentiste, lors de sa garde de nuit à l’hôpital Louis Pasteur, à Colmar, le 2 décembre 2021.
Kasarra Ben Hammouda, médecin urgentiste, lors de sa garde de nuit à l’hôpital Louis Pasteur, à Colmar, le 2 décembre 2021. LUCAS BARIOULET POUR « LE MONDE »

Signe que la pression de la cinquième vague épidémique du Covid-19 s’accroît sur l’hôpital, c’est au tour de l’Ile-de-France de passer une étape supérieure. La directrice générale de l’agence régionale de santé (ARS), Amélie Verdier, a demandé dans la soirée de mercredi 8 décembre à l’ensemble des établissements publics et privés du territoire francilien de réactiver leurs plans blancs à compter du jeudi 9 décembre.

En pratique, il s’agit de permettre aux hôpitaux de se réorganiser, de revoir les plannings des personnels, de rappeler des soignants sur leurs congés, ou encore d’enclencher la déprogrammation d’autres patients non urgents, afin de libérer des personnels pour renforcer les capacités des services recevant l’afflux de malades du Covid-19.

Depuis le début de la semaine, les annonces se multiplient partout en France : les plans blancs ont été réactivés en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Occitanie, ou encore en Bourgogne-Franche-Comté et en Pays de la Loire. « Le plan blanc sera probablement national d’ici à quelques jours », a déclaré Olivier Véran, ministre de la santé, sur France 2, jeudi 9 décembre.Lire aussi :  Qu’est-ce que le plan blanc ?

Rennes, Strasbourg, Grenoble, Lille, Bordeaux… Au moins les deux tiers des 30 centres hospitaliers universitaires (CHU) ont déjà réactivé ce fonctionnement de crise, selon la Conférence des présidents de commission médicale d’établissement de CHU, de même que de nombreux centres hospitaliers du territoire, à Colmar, au Mans, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine)… Une accélération due à la progression de l’épidémie, avec 2 426 patients Covid-19 dans les services de soins critiques qui accueillent les malades atteints des formes les plus graves, mais aussi à la pénurie de personnels soignants dont souffrent de nombreux établissements depuis la rentrée, sans oublier la concomitance avec les autres épidémies hivernales.

« Lits fermés faute de personnels »

En Ile-de-France, la dégradation des indicateurs du Covid-19 est nette depuis la mi-novembre : 2 608 patients Covid-19 y étaient hospitalisés au 8 décembre, dont 505 en soins critiques. A l’hôpital, « la dynamique est nettement orientée à la hausse, mais demeure pour le moment plus favorable qu’au cours des quatre premières vagues grâce à la couverture vaccinale (86 % des Franciliens éligibles ont un schéma de vaccination complet) », précise l’ARS.

Si le nombre de patients est encore loin de ce que la région a pu connaître depuis le début de la crise épidémique, le premier palier sur les soins critiques a été atteint, avec 30 % des lits occupés par des malades atteints du Covid-19, indique l’ARS francilienne dans un courrier aux établissements, tout en y précisant qu’il faut tenir compte « d’une moyenne de 15 % de lits fermés faute de personnels ». Il s’agit désormais « d’anticiper la montée progressive du nombre de malades atteints du Covid et de préparer au mieux avec l’ensemble des personnels l’organisation des établissements pendant la période des fêtes », selon l’ARS, qui insiste sur la nécessité de préserver les congés de fin d’année.

Lire aussi  Covid-19 : la nouvelle vague épidémique met sous pression un système hospitalier déjà fragilisé

« Les chiffres n’ont rien à voir avec les vagues précédentes, mais la situation n’a rien à voir », relève Bruno Riou, directeur médical de crise à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui pointe les fermetures de lits – 18 % de lits fermés à la rentrée, selon l’AP-HP – ainsi que la période des congés des soignants qui approche.

« On affronte la cinquième vague dans de très mauvaises conditions », alerte Djillali Annane, chef de service de réanimation à l’hôpital de Garches, qui fait partie de l’AP-HP. Dans le groupe francilien de 39 hôpitaux, seuls 632 lits sont « ouverts » en soins critiques sur 731, rapporte-t-il. « Mon service est plein, nous refusons entre trois et sept patients Covid et non-Covid par jour, qui doivent être orientés vers d’autres hôpitaux, témoigne le réanimateur. Chaque matin, c’est déjà la quadrature du cercle pour réussir à avoir les personnels suffisants pour ne pas fermer de lits. » 

Arrêt d’une partie de l’activité programmée

Ce sont trois des quinze lits de son service qu’il devra fermer, à partir du 20 décembre, au vu des forces en présence. Outre les heures supplémentaires et l’annulation de congés, qui seront à coup sûr « très mal vécues » par des soignants rincés par deux ans de crise, souligne-t-il, seul le renfort des personnels des blocs opératoires, en premier lieu les infirmiers anesthésistes, pourra permettre de maintenir l’offre de soins, au prix d’un arrêt d’une partie de l’activité programmée.

Lire notre reportage :  « Avoir quelqu’un qui va mourir et vous dit qu’il regrette… C’est dur » : à l’hôpital de Colmar, l’afflux de malades non vaccinés

« Nous allons très probablement entrer dans des phases de déprogrammation, le plan blanc est un signal pour que tout le monde, privé comme public, joue le jeu, reprend le professeur Riou. Cela va être très douloureux, les chirurgiens et les médecins ont des listes d’attente de plus en plus longues, avec des malades de plus en plus graves. »

Dans d’autres régions, les déprogrammations sont déjà enclenchées, comme dans les Pays de la Loire, où l’ARS a appelé, mercredi 8 décembre, l’ensemble des établissements à arrêter « 20 % de l’activité de médecine et de chirurgie, en préservant les interventions urgentes et semi-urgentes liées à des risques de pertes de chances ».

Camille Stromboni

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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