La stratégie de dépistage du SARS-CoV-2, telle qu’elle est aujourd’hui déployée dans toutes les écoles élémentaires de France ne semble pas en mesure de casser les chaînes de transmission. 

Covid-19 : le dépistage actuel à l’école primaire ne permet pas de casser les chaînes de transmission

Une modélisation de l’Inserm révèle l’importance de la circulation du variant Delta à l’école. Si la stratégie de dépistage déployée aujourd’hui ne peut stopper la propagation du virus, un autre protocole serait plus performant. Par ailleurs, la vaccination de la moitié des 5-11 ans ferait chuter de 75 % le nombre d’infections. 

Par Florence Rosier

Publié aujourd’hui à 03h47, mis à jour à 13h13  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/12/09/covid-19-le-depistage-actuel-a-l-ecole-primaire-ne-permet-pas-de-casser-les-chaines-de-transmission_6105258_3244.html

Au centre éducatif de Lavoncourt (Haute-Saône), un enfant fait un test salivaire, le 1er mars 2021.
Au centre éducatif de Lavoncourt (Haute-Saône), un enfant fait un test salivaire, le 1er mars 2021. SEBASTIEN BOZON / AFP

C’est une nouvelle peu réjouissante, doublée d’une piste pour sortir de l’impasse. La stratégie de dépistage du SARS-CoV-2, telle qu’elle est aujourd’hui déployée dans toutes les écoles élémentaires de France ne semble pas en mesure de casser les chaînes de transmission. Avec ce protocole, « le nombre d’enfants détectés positifs reste insuffisant », explique Vittoria Colizza (Inserm, Sorbonne Université, Paris). Telle est l’une des conclusions de la modélisation qu’elle a coordonnée, publiée jeudi 9 décembre en préprint.

Depuis le 6 décembre, dès qu’un écolier est détecté positif, chaque élève de la classe doit être testé ; ensuite, seuls les enfants positifs ou qui refusent le test sont tenus de rester chez eux, la classe ne fermant qu’au troisième cas. Le but de ce protocole dit « réactif » est de limiter les fermetures de classe préjudiciables aux élèves.

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« Un autre mode de dépistage permettrait, lui, de stopper la circulation du virus au sein des écoles primaires, donc de protéger les enfants et leur entourage vis-à-vis des infections », souligne Vittoria Colizza. Il s’agit du protocole dit « itératif ». En clair, un test est proposé chaque semaine à tous les enfants de la classe, sans attendre que l’un d’entre eux ait été détecté positif. Seuls les écoliers contaminés sont alors renvoyés chez eux. L’atout de ce protocole : chez les moins de 10 ans, les cas asymptomatiques sont très fréquents, justifiant de réitérer les tests chez le plus grand nombre. Un enjeu crucial, alors que le taux d’incidence de l’infection grimpe en flèche chez les 6-10 ans : au 5 décembre, il était de 988 cas pour 100 000 habitants, contre 666 cas une semaine plus tôt et 347 deux semaines auparavant.

Comment les auteurs ont-ils procédé ? Pour développer leur modèle de circulation du virus à l’école, ils se sont fondés sur des données collectées en France, avant la pandémie, dans une école primaire et un établissement du secondaire.

Des groupes d’enfants et d’enseignants ont été équipés de puces à radiofréquence mesurant leurs contacts de proximité au fil de leurs diverses activités (cours, récréation, sport, cantine…). A partir de ces données et des résultats des dépistages pilotes menés dans 683 écoles, lors de la vague Alpha, au printemps 2021, les chercheurs ont développé un premier modèle. Un modèle qu’ils ont ensuite corrigé par l’incidence de l’épidémie dans le reste de la population, pour tenir compte des infections introduites à l’école, et par les prévalences mesurées en milieu scolaire.

Travail de modélisation

Avec le variant Alpha, le taux de reproduction du virus était de 1,4 en école primaire et de 1,46 dans le secondaire. Autrement dit, un élève contaminé en infectait respectivement 1,4 autre et 1,46 autre en moyenne, durant la troisième vague (mars-avril 2021). Avec le variant Delta, ce taux a bondi. On le savait plus contagieux, mais sa transmission en milieu scolaire n’avait jamais été modélisée. Avec le Delta, en effet, le taux de reproduction a grimpé à 1,66 dans les écoles primaires, où les enfants ne sont pas vaccinés. « Il faut s’attendre à une forte propagation du virus dans ces écoles, plus intense que dans la population générale. En témoignent d’ailleurs les taux d’incidence très élevés chez les enfants de cet âge », observe Vittoria Colizza.

Dans les établissements du secondaire, en revanche, le taux de reproduction du Delta est estimé à 0,57, compte tenu de la bonne couverture vaccinale (77 % fin novembre) des élèves français. Mais pour la moyenne des pays européens, ce taux est égal à 1,1 : les adolescents y sont moins vaccinés qu’en France. Par ailleurs, « les capacités de transmission de chaque élève varient fortement selon l’étendue de leurs contacts », note la chercheuse de l’Inserm.

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Ce travail de modélisation a aussi permis de comparer l’impact de différents modes de dépistage en primaire. Le protocole réactif, tout d’abord : en dépistant tous les élèves d’une classe dès le lendemain de la détection d’un cas, puis de nouveau trois jours plus tard, on éviterait moins de 10 % des cas. « L’impact serait donc assez limité sur la circulation du virus », commente Vittoria Colizza.

Le protocole itératif, maintenant. En dépistant une fois par semaine, chaque semaine, les trois quarts des élèves d’une même classe – sans attendre la détection d’un premier cas –, on éviterait un tiers des cas. Et en les dépistant deux fois par semaine, on éviterait plus de la moitié des cas.

Qu’en est-il des jours de classe perdus que ces dépistages permettent d’éviter ? Paradoxalement, les deux protocoles aboutissent au même résultat : l’un comme l’autre « sauvent » jusqu’à 80 % des jours d’école perdus, en comparaison du protocole en vigueur à la rentrée dès le premier cas, toute la classe était fermée.« Si les deux protocoles préservent le même nombre de jours d’école, la raison en diffère complètement. Pour le protocole réactif, c’est parce qu’il ne détecte pas suffisamment de cas, en laissant des infections non détectées qui peuvent ensuite contribuer à la propagation. Le protocole itératif, lui, freine cette propagation », relève Vittoria Colizza.

« La vaccination des 5-11 ans, un élément protecteur »

Quelle serait la faisabilité d’un tel dépistage systématique et répété ? Pour en avoir une idée, l’éducation nationale a lancé, en toute discrétion, une expérimentation le 22 novembre, dans un petit nombre d’écoles primaires de Nouvelle-Aquitaine, d’Auvergne-Rhône-Alpes et d’Ile-de-France. S’il est trop tôt pour en mesurer l’impact, on sait qu’en Autriche et dans certains cantons de Suisse, par exemple, ce type de dépistage est un succès.

Le retour d’expérience des cinq semaines de mise en œuvre du dépistage réactif en maternelle et à l’école primaire, lui, n’a pas encore été rendu public. Mais Le Monde a pu consulter les résultats de cette expérimentation, menée dans dix départements – deux semaines avant les vacances de Toussaint, puis trois semaines après. Après détection d’un cas, le protocole a été déployé dans 79 % et 39 % des classes, respectivement, durant la première et la seconde période. Une baisse qui « témoigne des difficultés rencontrées par les acteurs de terrain pour mettre en place le protocole quand le nombre de classes concernées augmente, en relation avec l’augmentation importante de l’incidence dans la population générale », analyse Santé publique France (SPF).

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L’adhésion des familles a été forte, de 75 % et 82 % des élèves respectivement. Si le protocole a évité la fermeture de 58 % et 28 % des classes, respectivement, des cas et des clusters ont été détectés sept jours après les premiers tests.

La dernière leçon à retenir de la modélisation de l’Inserm concerne un sujet très débattu, la vaccination des 5-11 ans. Si l’on parvenait à vacciner 20 % des enfants de cette tranche d’âge, suggère cette modélisation, on réduirait de 38 % le nombre de cas. Et en vaccinant la moitié des enfants, on ferait chuter de 75 % le nombre d’infections. Selon cette modélisation, par conséquent, « la vaccination des 5-11 ans sera un élément protecteur collectif pour la population scolaire, indique Vittoria Colizza. Par rapport aux enjeux actuellement pris en compte dans l’évaluation de l’intérêt de la vaccination des enfants scolarisés en primaire, notre étude apporte une perspective supplémentaire en montrant qu’elle réduit la circulation du virus à l’école et permet de garder les classes les plus ouvertes possibles. Elle apporte donc un bénéfice collectif direct aux enfants, au-delà de les protéger du risque d’infection [malgré la probabilité très faible, quoique non nulle, de faire une forme grave à cet âge] et du risque de Covid long. » Telle pourrait donc être, d’ici quelque temps, la seconde voie de sortie de cette crise sanitaire qui menace les apprentissages.

Florence Rosier

*Covid-19 : le dépistage à l’école est fortement recommandé par le conseil scientifique

Les experts préconisent notamment, en primaire, de ne renvoyer chez eux que les enfants détectés positifs. Des recommandations qui contrastent singulièrement avec les dispositions du ministère de l’éducation nationale. 

Par Mattea Battaglia et Florence RosierPublié le 18 septembre 2021 à 02h57 – Mis à jour le 20 septembre 2021 à 12h04 

 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/18/covid-19-dans-son-nouvel-avis-le-conseil-scientifique-plaide-pour-accroitre-le-depistage-a-l-ecole_6095106_3244.html

Temps de Lecture 6 min. 

Les élèves portent des masques lors de la rentrée des classes, à Vincennes (Val-de-Marne), le 1er septembre 2020.
Les élèves portent des masques lors de la rentrée des classes, à Vincennes (Val-de-Marne), le 1er septembre 2020. MARTIN BUREAU / AFP

Limiter le risque d’une flambée épidémique à l’école. A l’heure de la rentrée scolaire, l’enjeu est dans toutes les têtes. Mais par quelles stratégies ? Celles déployées par le ministère de l’éducation nationale contrastent, à l’évidence, avec les dernières recommandations du conseil scientifique et du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV). Ce constat est frappant à la lecture de leur avis commun daté du lundi 13 septembre, intitulé « Enjeux de la rentrée scolaire », non encore rendu public, mais dont Le Monde a pu prendre connaissance.

A l’heure, aussi, où la barre des 50 millions de Français primovaccinés contre le Covid-19 a été franchie, vendredi 17 septembre – le pari présidentiel étant relevé à quelques jours près –, les préconisations des deux instances résonnent comme une critique des dispositions sanitaires mises en place à l’école. Tout le monde pourtant, l’éducation nationale comme les deux conseils d’experts, partage le même objectif : garder les classes ouvertes, autant que faire se peut. En revanche, les moyens pour y parvenir divergent sensiblement.

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Le principe qui prévaut actuellement à l’école est « un cas, une fermeture de classe ». Au primaire, en effet, dès qu’un cas avéré est détecté, toute la classe est fermée. Dans le secondaire, les cas contacts non vaccinés sont tenus de passer en distanciel durant sept jours. Dans leur avis commun, les membres du conseil scientifique et du COSV insistent pour leur part sur un maître mot : le dépistage.

« Stratégie gagnant-gagnant »

Deux situations sont à distinguer, lit-on dans le texte des experts. Au primaire, ce dépistage devrait être systématique et hebdomadaire. Seuls les enfants détectés positifs seraient alors renvoyés chez eux.

Dans le secondaire, le contexte est différent, avec une couverture vaccinale partielle des 12-17 ans frôlant à ce jour, en moyenne, 70 % de primovaccinés. Or, selon une étude parue en preprint sur le site de la revue The Lancet cette semaine, les 12-15 ans vaccinés vont très peu s’infecter, et l’efficacité du vaccin semble ne pas s’effilocher au fil du temps.

Dans les collèges et lycées, l’avis recommande de dépister, dès le lendemain de l’apparition d’un cas avéré, tous les élèves d’un même niveau (et pas seulement les élèves d’une même classe, compte tenu du large brassage des adolescents entre eux). Mais, ensuite, il suffirait de n’isoler que les élèves positifs – sans fermer toute la classe, donc.

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Une « stratégie gagnant-gagnant », écrivent les rapporteurs, censée éviter les fermetures de classes dans le primaire, et le « tri » entre élèves vaccinés et non vaccinés dans le secondaire. Un tri qui fait subir une double peine aux adolescents non vaccinés, souvent de milieu plus défavorisé, et qui doivent en sus supporter la perte de chance liée aux jours d’école qu’ils manquent s’ils sont cas contacts.

Pourquoi importe-t-il tant de réduire la circulation virale chez les mineurs ? Jusqu’ici, les enfants étaient considérés comme épargnés par les formes sévères et graves de Covid-19, rappelle l’avis. Mais « des éléments récents amènent à nuancer ces notions ».

En particulier, l’émergence du variant Delta, plus contagieux, qui représente aujourd’hui 99 % des souches circulant en France, « fait redouter une épidémie pédiatrique à la rentrée, dans un contexte de non-vaccination chez les moins de 12 ans et de couverture vaccinale partielle chez les 12-17 ans ».

« Enjeux opérationnels »

Selon le document, transmis le 13 septembre aux autorités de l’Etat, les contaminations chez les mineurs pourraient représenter jusqu’à 35 % des infections et 5 % des hospitalisations au cours des prochaines semaines, sans compter l’impact des Covid-19 longs en pédiatrie. Autre motif d’inquiétude : le variant Delta pourrait provoquer une maladie un peu plus sévère chez l’enfant, une observation qui reste toutefois à confirmer.

Un des arguments en faveur du dépistage systématique au primaire est la fréquence des cas asymptomatiques chez les moins de 10 ans. D’où l’importance de tests répétés chez le plus grand nombre. Le conseil scientifique s’est aussi inspiré des modélisations, notamment celles réalisées par l’équipe Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) de Vittoria Colizza. Au primaire, le dépistage systématique, suivi de l’isolement des seuls cas positifs, ferait chuter de 30 % le nombre de cas, par rapport à la stratégie actuelle fondée sur le diagnostic des seuls cas symptomatiques, suivi de leur isolement et de la fermeture de toute la classe, « très pénalisante ».

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Quelle peut être la faisabilité de ce protocole ? Les deux conseils disent avoir conscience des « enjeux opérationnels ». Pour autant, ils tracent quelques pistes. En particulier, les échantillons collectés pourraient être regroupés par dix (« poolés »), et l’analyse réalisée sur ces pools pour accélérer la procédure. « Des expériences à l’étranger, en particulier en Allemagne et en Autriche, illustrent la faisabilité de cette stratégie, dont la supériorité par rapport aux autres est largement suggérée par les données de la modélisation », avancent les experts des deux conseils.

Une telle démarche, précise l’avis, reposerait sur le volontariat, et nécessiterait donc le recueil d’un consentement des familles. De plus, pour qu’elle soit efficace, « il est indispensable que l’adhésion au protocole soit de 50 % au minimum », admettent ses auteurs. C’est là, sans doute, une des pierres d’achoppement d’une telle stratégie. Comment sera-t-elle reçue par les familles et par les personnels de l’éducation nationale ? Sur le terrain de l’école, dix-huit mois de crise sanitaire ont mis en lumière les obstacles, nombreux, auxquels les campagnes de dépistage se sont heurtées. En termes d’offre, partielle, comme de demande, limitée.

« Fiasco » des autotests

Annoncées par l’éducation nationale, les opérations de dépistage sur prélèvement salivaire au primaire, antigéniques ou par autotests dans les collèges et lycées n’ont pas concerné tous les établissements. Le dernier bilan épidémiologique de l’année scolaire 2020-2021, transmis le 2 juillet, chiffrait à 373 172 les tests salivaires proposés au primaire pour 184 050 tests réalisés (dont 0,09 % de positifs), soit moins de la moitié. Loin, très loin, de l’objectif gouvernemental de 600 000 tests salivaires par semaine promis par le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer.

Une rentrée plus tard, le premier état des lieux sanitaire diffusé ce vendredi ne s’étend pas sur la stratégie de dépistage. « Les tests salivaires reprenant progressivement dans les écoles primaires, cette donnée [le nombre de tests] sera indiquée prochainement », dit le communiqué officiel. Dans ses interviews de rentrée, M. Blanquer n’a guère insisté sur ce point, sinon pour rappeler, comme dans Le Parisien, le 13 septembre, que « les tests sont toujours gratuits en milieu scolaire ».

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A écouter les directeurs et les chefs d’établissement, les livraisons de tests en milieu scolaire se sont souvent faites « au compte-gouttes », et la demande des familles est restée très en deçà de ce qu’escomptait l’éducation nationale : leur adhésion a été estimée par les syndicats d’enseignants à 60 % pour les tests salivaires, et autour de 20 % à 30 %, parfois moins, pour les prélèvements nasopharyngés. Concernant les autotests, dispositif antigénique à réaliser soi-même, et censé bénéficier, gratuitement, aux lycéens et aux personnels, les ratios avancés par les proviseurs ont souvent été plus bas encore – de l’ordre de 5 % à 10 % en moyenne, par lycée, selon le syndicat de proviseurs SNPDEN-UNSA. Avant l’été, ce dernier parlait de « fiasco ».

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Il est encore un peu tôt pour connaître l’impact de la reprise de l’école sur la dynamique de l’épidémie chez les enfants et les adolescents en partie vaccinés. « Il faudra suivre très attentivement les indicateurs, qui seront davantage consolidés la semaine prochaine », relevait vendredi Delphine Viriot, épidémiologiste à Santé publique France. Mais l’arrivée d’une prochaine vague, aux premiers froids de l’automne, inquiète les experts.

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Mattea Battaglia et  Florence Rosier

**« Revenir à la raison pour maintenir les écoles ouvertes »

Changer maintenant le protocole sanitaire à l’école primaire, c’est prendre le risque d’un emballement qui pourrait conduire, à terme, à une fermeture généralisée des écoles, avertit, dans une tribune au « Monde », un collectif de médecins et d’enseignants. 

Par Collectif Publié le 07 décembre 2021 à 06h15 – Mis à jour le 07 décembre 2021 à 15h41  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/12/07/revenir-a-la-raison-pour-maintenir-les-ecoles-ouvertes_6104980_3224.html

Cette tribune paraît dans « Le Monde de l’éducation ». Si vous êtes abonné au Monde, vous pouvez vous inscrire à cette lettre hebdomadaire en suivant ce lien.

Tribune. Alors que le pays entre de façon fulgurante dans la cinquième vague de l’épidémie et que la menace d’un nouveau variant inquiète, le gouvernement a décidé de changer le protocole à l’école primaire. Pourtant, les derniers chiffres sur l’épidémie montrent un taux d’incidence jamais atteint chez les élèves de primaire et deux fois plus important que l’ensemble de la population, une situation inédite depuis le début de la crise sanitaire.

Or, depuis le 29 novembre, lorsqu’un élève est signalé positif dans une classe, les cas contacts ne sont plus mis à l’isolement mais testés systématiquement et immédiatement ; seuls les cas positifs sont isolés et la classe reste ouverte jusqu’à ce que trois cas positifs soient découverts en sept jours. Cette mesure est issue de la généralisation hâtive d’une expérimentation menée dans dix départements, loin d’être une réussite, et réalisée à une période de faible circulation du virus. Elle risque d’entraîner une contamination plus grande au sein des écoles, touchant les élèves comme les enseignants et s’étendant ensuite plus largement à l’ensemble de la société.

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Il faut rappeler qu’un élève cas contact testé négativement le lendemain de la découverte du premier cas positif dans une classe peut s’avérer positif plus tard et contaminer entre-temps les autres élèves. L’Institut Pasteur a ainsi montré que le taux d’incubation du variant Delta est d’environ quatre jours et demi. C’est de cette situation, laissant circuler davantage le virus, que prémunissent la fermeture immédiate de la classe et le retour à l’école une semaine plus tard suite à un test négatif.

Une logique économique et sociale

Le changement de protocole sanitaire ne respecte clairement pas le principe de précaution. La dernière étude ComCor (sur les lieux de contamination) réalisée par l’Institut Pasteur montre par ailleurs qu’avoir des enfants scolarisés dans son entourage proche augmente le risque d’être contaminé de 40 % en élémentaire et de 60 % en maternelle.

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Le nouveau protocole répond à une logique économique et sociale, mais il ne répond pas à la nécessaire protection sanitaire. Il prend le risque d’un emballement de la situation épidémique qui conduira à une fermeture généralisée des écoles.

Par ailleurs, depuis sa mise en place sur le terrain, la communauté éducative se heurte à de lourdes difficultés : parents d’élèves qui ne trouvent pas de créneau pour faire un test, non-réactivité des laboratoires pour faire les tests dans les écoles mais aussi incompréhension des familles et gestion au fil de l’eau des retours en classe, et, surtout, impossibilité d’assurer simultanément l’enseignement en présentiel et en distanciel pour les enseignantes et les enseignants.

Enfin, le gouvernement n’a toujours pas pris la complète mesure de la prévention dans les écoles d’une transmission virale par aérosol. Avec un variant beaucoup plus transmissible, l’aération doit être privilégiée mais la fréquence d’ouverture des fenêtres ne suffit pas : il faut équiper toutes les salles de classe de détecteurs de CO2 et de purificateurs d’air lorsque l’aération est impossible autrement. Cela passe par un plan d’investissement exceptionnel, que nous demandons depuis plus d’un an.

Il est donc plus qu’urgent de revenir à la raison et d’isoler tous les cas contacts lorsqu’un cas positif est détecté dans une classe pour maintenir, à terme, la possibilité de garder les écoles ouvertes. Sinon, le gouvernement prendrait le risque d’une fermeture anticipée et non préparée des écoles avant les vacances de fin d’année.

Jérôme Barrière, oncologue médical ; Matthieu Calafiore*, médecin généraliste, directeur du département de médecine générale de la faculté de Lille ; Nara Cladera, cosecrétaire de la fédération Sud-Education ; Guislaine David, cosecrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU ; Corinne Depagne*, pneumologue ; Gilbert Deray,professeur et chef du service de néphrologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière ; Jean-Rémi Girard, président du Snalc ; Christian Lehmann*, médecin généraliste ; Jérôme Marty*, médecin généraliste, président de l’Union française pour une médecine libre ; Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po Paris ; Noémie Perez, pédiatre ; Michaël Rochoy*,médecin généraliste ; Anne Rolland, pédiatre ; Barbara Serrano*,consultante MdC associée à l’université Paris-Saclay ; Armelle Vautrot, psychanalyste et psychopédagogue ; Elisa Zeno, ingénieure de recherche, PhD, membre du collectif Ecole et familles oubliées ; Florian Zores*, cardiologue ; Mahmoud Zureik, professeur des universités et praticien hospitalier en épidémiologie et en santé publique

*membres du collectif « Du côté de la science »

Collectif

En Allemagne et en Autriche, les enfants testés deux à trois fois par semaine

La pratique du test systématique est entrée dans les habitudes et est jugée largement préférable à une nouvelle fermeture générale des établissements. 

Par Jean-Baptiste Chastand(Vienne, correspondant régional) et Cécile Boutelet(Berlin, correspondance)

Publié aujourd’hui à 13h09  

Temps de Lecture 3 min.

 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/12/09/en-allemagne-et-en-autriche-les-enfants-testes-deux-a-trois-fois-par-semaine_6105343_3244.html

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Des étudiants s’autotestent avant d’aller en cours, à Dresde, en Allemagne, le 18 novembre 2021.
Des étudiants s’autotestent avant d’aller en cours, à Dresde, en Allemagne, le 18 novembre 2021. MATTHIAS RIETSCHEL / REUTERS

La réouverture des écoles allemandes, restées fermées ou en fonctionnement alterné pendant plus de six mois pendant l’hiver et le printemps 2021, s’est accompagnée depuis avril de la généralisation progressive des tests dans les écoles, après un débat mené dans les régions qui détiennent en Allemagne la compétence scolaire. Ainsi en Bavière, où des tests ont déjà lieu de façon systématique en primaire, ils ne seront généralisés en maternelle qu’à partir de janvier.

Une des principales inquiétudes soulevées était de savoir qui allait pratiquer les tests, dans un pays où on accorde une attention soutenue aux droits des enfants, et combien de temps cette opération allait prendre dans une journée. Finalement, plusieurs protocoles ont été adoptés.

A Berlin, les crèches et maternelles ont fourni aux parents des tests antigéniques avec prélèvement nasal, à pratiquer sur leur enfant à partir de 1 an, deux à trois fois par semaine. Une attestation, accompagnée d’une photographie du test négatif, est demandée à l’entrée dans l’établissement. Dans les écoles primaires et au-delà, ce sont les enfants eux-mêmes qui font leur propre test, dès le CP, sous la surveillance de leur enseignant. En cas de résultat positif, un test antigénique positif doit être complété par un test PCR avant d’ordonner la quarantaine.

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La « sucette PCR »

Mais une autre méthode est en train de se généraliser, surnommée la « sucette PCR ». Testée avec succès à Cologne, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dès le printemps 2021, elle consiste à prélever deux à trois fois par semaine un échantillon de salive à l’enfant, qui suce un goupillon pendant trente secondes. Cette méthode est jugée plus acceptable pour les enfants car moins désagréable que le test nasal. L’enseignant, qui se teste aussi, rassemble ensuite les prélèvements dans un même contenant et l’envoie au laboratoire, qui mène un test unique pour la classe. En cas de résultat positif, les élèves doivent rester chez eux le jour d’après, et un second test PCR, individuel cette fois-ci, est pratiqué. Seul les cas positifs doivent s’isoler.

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Cette méthode est jugée moins coûteuse que les tests PCR individuels, tout en permettant un suivi fiable des cas, avec une fréquence de test élevée. Elle limite les quarantaines inutiles et décharge aussi les parents de l’opération du test. Les PCR sont réputés plus précis que les tests antigéniques, pas toujours pratiqués avec un soin suffisant, surtout à la maison. La méthode de la sucette PCR n’est toutefois pas encore pratiquée par toutes les collectivités en raison de son coût et des capacités limitées des laboratoires.

Le test systématique entré dans les habitudes

La pratique du test systématique est en tout cas entrée dans les habitudes des parents et jugée largement préférable à une nouvelle fermeture générale des établissements, qui a eu des effets sociaux très négatifs l’hiver dernier. Pourtant, il n’est pas certain que cette option soit définitivement écartée : depuis deux semaines, l’institut d’épidémiologie allemand Robert Koch relève une explosion des cas parmi les enfants, avec des taux d’incidence supérieurs à 800 cas par semaine pour 100 000 habitants pour le groupe 5-14 ans, malgré le retour de l’obligation du masque et les systèmes d’aération. Trois régions particulièrement touchées – la Saxe, la Saxe-Anhalt et le Brandebourg – ont donc décidé de lever l’obligation de présence à l’école. Et de nombreuses célébrations scolaires de fin d’année ont été annulées.

L’Autriche, depuis février, a mis en place un véritable laissez-passer pour les enfants. Le « Ninja-Pass » leur permet d’accéder à leur établissement scolaire, mais aussi aux restaurants ou aux activités extrascolaires, moyennant un autocollant qui atteste qu’ils ont été testés négatifs au Covid-19. La politique de test a varié dans le temps et selon les régions, mais désormais tous les enfants scolarisés sont testés deux ou trois fois par semaine à leur arrivée à l’école. Ces tests organisés par les professeurs sont alternativement antigéniques et PCR par gargarisme.

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Cette politique permet à l’Autriche de suivre très précisément les contaminations en milieu scolaire. Sur 650 000 tests effectués la semaine de 22 novembre, 2 538 ont été signalés positifs alors que le taux d’incidence a explosé chez les plus jeunes à l’occasion de la quatrième vague. Les classes sont fermées dès le deuxième test positif. L’Autriche a ainsi gardé les écoles ouvertes malgré son reconfinement décidé mi-novembre et les critiques des syndicats de professeurs.

Jean-Baptiste Chastand(Vienne, correspondant régional) et  Cécile Boutelet(Berlin, correspondance)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Un avis sur « La stratégie de dépistage du SARS-CoV-2, telle qu’elle est aujourd’hui déployée dans toutes les écoles élémentaires de France ne semble pas en mesure de casser les chaînes de transmission.  »

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