Deux doses devraient être insuffisantes pour contrer l’infection avec le nouveau variant Omicron.

Covid-19 : le variant Omicron peut contourner les défenses vaccinales

Les premières données expérimentales, dont celles du pionnier des vaccins à ARN messager BioNTech, montrent que deux doses devraient être insuffisantes pour contrer l’infection. Les résultats sont plus encourageants avec trois doses. 

Par Nathaniel Herzberg et Hervé MorinPublié aujourd’hui à 13h04, mis à jour à 15h33  

Temps de Lecture 7 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/12/09/covid-19-le-variant-omicron-peut-contourner-les-defenses-vaccinales_6105340_3244.html

Séquençage d’échantillons du variant Omicron au centre de recherche Ndlovu, où il a été découvert, à Elandsdoorn, en Afrique du Sud, le 8 décembre 2021.
Séquençage d’échantillons du variant Omicron au centre de recherche Ndlovu, où il a été découvert, à Elandsdoorn, en Afrique du Sud, le 8 décembre 2021. JEROME DELAY / AP

Omicron, avec sa cinquantaine de mutations, va-t-il mettre en péril la stratégie vaccinale en cours de déploiement face à la pandémie ? Les premières études expérimentales le font craindre : plusieurs d’entre elles montrent un affaiblissement de la protection immunitaire offerte par les vaccins face à ce variant, alors que les cas de réinfections ou d’infections de personnes déjà vaccinées se multiplient.

C’est ce qui ressort notamment de données rendues publiques mercredi 8 décembre par la société BioNTech, qui a développé avec Pfizer le vaccin à ARN messager le plus répandu. Il s’agit « de données préliminaires », a prévenu Ugur Sahin, le PDG de BioNTech, qui plus est fondées sur la capacité d’un pseudovirus présentant les caractéristiques d’Omicron, mais pas du virus lui-même, à induire ou non une réponse immunitaire chez des vaccinés.

Lire aussi   Le long chemin vers le succès éclair de l’ARN messager

Les tests ont été conduits sur du sérum prélevé sur une vingtaine de personnes, soit trois semaines après la deuxième dose, soit un mois après le rappel. Chez les premières, « on observe une réduction majeure dans la quantité d’anticorps neutralisants » face à Omicron, comparé à la défense immunitaire érigée par le vaccin face au virus initial dit « de Wuhan » (35 fois moins) ou par rapport au variant Beta (5 fois moins). La comparaison avec le variant Delta n’a pas été présentée pour les doublement vaccinés.

En revanche, chez les personnes triplement vaccinées, la réponse en anticorps n’est que deux fois plus basse que face au SARS-CoV-2 « ancestral ». Elle est même proche de celle observée face au variant Delta, pour lequel on sait que la protection vaccinale vis-à-vis des formes graves du Covid-19 reste élevée. Ugur Sahin a aussi évoqué des données sur la réponse immunitaire cellulaire portée par les lymphocytes, estimant que ceux-ci « seront encore actifs contre Omicron ».

« Ces données montrent que la ligne de défense apportée par deux doses pourrait être compromise, a indiqué Ozlem Türeci, directrice médicale de BioNTech et épouse du PDG. Cela nous pousse à étudier plus en profondeur l’option d’un vaccin adapté à Omicron. »

Un pouvoir neutralisant diminué de 41 fois

Des échantillons du variant Omicron de Covid-19 au Centre de recherche de Ndlovu à Elandsdoorn, en Afrique du Sud, le 8 décembre 2021. JEROME DELAY / AP

D’autant que la protection offerte par ce rappel pourrait s’affaiblir assez rapidement. L’équipe de Sandra Ciesek, de l’hôpital universitaire de Francfort (Allemagne), a fait circuler mercredi sur Twitter des résultats là encore non publiés sur une comparaison du pouvoir neutralisant de sérums trois mois après le rappel du vaccin Pfizer-BioNTech. Il est 24,5 fois moins fort que face au Delta. Mais les vaccins de Moderna et d’AstraZeneca voyaient aussi leur efficacité compromise. « Ces données ne permettent pas de dire si vous serez ou non toujours protégé vis-à-vis d’une évolution sévère de la maladie », indique cependant la virologue, soulignant l’importance dans cette protection des lymphocytes T.

Faudra-t-il envisager une quatrième dose en 2022 ? « C’est une excellente question, et nous allons scruter les données venues du monde réel pour le savoir », répond Ugur Sahin. Pourrait-on se contenter d’un rappel avec une injection vaccinale ciblant spécifiquement Omicron ? Là aussi, il est trop tôt pour répondre, mais le patron de BioNTech souligne qu’adapté ou non à Omicron le vaccin n’atteint son plein potentiel qu’après trois doses, et déconseille d’attendre face à la menace déjà bien réelle du variant Delta.

Lire aussi   Variant Omicron : un risque d’échappement immunitaire

D’autres études précisent le risque Omicron. Le 7 décembre, l’équipe d’Alex Sigal, à l’Africa Health Research Institute de Durban, a rendu public des résultats eux aussi « préliminaires », selon lesquels les deux doses du vaccin Pfizer verraient ce pouvoir neutralisant diminué de 41 fois face au nouveau variant par rapport au virus d’origine. L’échantillon est réduit, puisqu’il se base sur douze personnes. Comme à Francfort, le plasma a été mis au contact non pas de pseudovirus mais du vrai pathogène, offrant une indication plus fiable. Et « la chute est importante », a indiqué le virologue sud-africain.

Dans une conversation sur Twitter, le chercheur s’est toutefois dit « heureusement surpris » par ces résultats. D’une part, souligne t-il, « Omicron utilise toujours le récepteur ACE2 ». Autrement dit, sa porte d’entrée dans les cellules humaines est la même, ce qui va permettre de s’appuyer sur les vaccins développés jusqu’ici. « Compte tenu du profil génétique du virus et des mutations accumulées, je craignais pire. » D’autre part, ajoute-t-il, « l’échappement est incomplet ». Non seulement le pouvoir du vaccin n’est pas nul, mais il semble rester très protecteur chez les personnes préalablement contaminées.

Parmi les douze patients vaccinés étudiés par l’équipe de Durban, six avaient été infectés lors de la première vague par la souche d’origine. Face à Omicron, ils perdent une partie de leurs anticorps neutralisants, mais dans une proportion beaucoup moins forte. Pour les auteurs, cela laisse suggérer une armure immunitaire encore relativement solide pour ces personnes, mais aussi probablement pour celles ayant reçu une troisième dose.

La tentation d’une « immunité de groupe »

Cette image au microscope, mise à disposition par les Centers for Disease Control and Prevention montre des particules du virus SARS-CoV-2 qui causent le COVID-19. HANNAH A. BULLOCK, AZAIBI TAMIN / AP

Ces annonces ont fait réagir de nombreux experts. Tous s’accordent à voir en Omicron une sérieuse menace et la promesse de réinfections accrues chez les personnes vaccinées. « Mais globalement, c’est moins horrible que ce que nous redoutions, indique Etienne Simon-Lorière, virologue à l’Institut Pasteur. On s’attendait à une chute, elle est là, mais ça ne tombe pas à zéro, ce qui était un risque. Avec trois doses ou deux doses et une infection préalable, le niveau reste assez élevé. Le virus va donc se transmettre, c’est sûr, mais je reste assez optimiste sur le fait qu’on évitera l’essentiel des formes sévères. »

Son collègue Bruno Canard (CNRS, Marseille) adopte la même tonalité mais s’interroge : « Il va y avoir bien davantage de personnes pour lesquelles le vaccin n’empêche pas l’infection, un phénomène déjà observé pour le Delta, mais plus important ici. Il reste à savoir si, comme pour le Delta, les formes graves seront tout de même réduites par la vaccination. » De même, on ignore encore ce que la baisse modérée constatée au laboratoire chez les infectés et vaccinés entraînera en vie réelle. « Le corollaire de tout cela, c’est que ni l’immunité naturelle ni la vaccination n’empêchent la circulation du virus, ce qui est synonyme de pression d’évolution encore présente, et donc d’apparition de nouveaux variants possibles. »

Lire notre décryptage :  Pourquoi il faut du temps pour évaluer la dangerosité du variant Omicron

L’avenir reste donc incertain. Pour Bruno Canard, « il est fort possible que la plus forte contagiosité d’Omicron permette sa domination en circulation dans un futur proche. Il faudra voir ce que cela implique en termes de remplissage (ou non) des hôpitaux ». Si, comme certains l’envisagent, il devait s’avérer moins virulent, voire bénin, sans décès, le nouveau variant pourrait, selon lui, constituer « un vaccin naturel ».

Mais le chercheur met en garde : « Avant de s’engager dans cette voie d’acquisition d’immunité de groupe, il faudra s’assurer pleinement qu’il est effectivement bénin, pour ne pas avoir les problèmes essuyés, par exemple, par la Grande-Bretagne et sa tentative avortée d’atteinte d’immunité de groupe, qui s’est soldée par un coût humain considérable. » Autant dire que dans les prochaines semaines, le monde va, plus que jamais, surveiller Omicron, sa circulation, sa transmissibilité, sa virulence. En vie réelle, cette fois. « Les cas semblent être pour la plupart légers [dans l’Union européenne]a indiqué Marco Cavaleri, chef de la stratégie vaccinale de l’Agence européenne des médicaments (EMA), jeudi 9 décembre.Mais nous devons rassembler plus de preuves pour déterminer si le spectre de gravité de la maladie causée par l’Omicron est différent de celui de tous les variants qui ont circulé jusqu’à présent »,

La machine de production Pfizer-BioNTech est en tout cas dans les starting-blocks. En janvier 2022, des doses de vaccin Omicron seront disponibles pour entamer les essais cliniques et réglementaires, et les livraisons commerciales pourraient débuter en mars – « sous réserve d’autorisation réglementaire ». Reste à savoir si la sévérité du Covid-19 induit par Omicron nécessitera de le cibler, et alors à quel rythme pousser le curseur vers une production vaccinale spécifique, pour accompagner le passage de relais entre Delta et Omicron. L’industriel se met en position pour produire 4 milliards de doses en 2022, contre 3 milliards en 2021. Loin des besoins potentiels d’une planète de 7 milliards d’individus.

Lire aussi   Pour contrer le variant Omicron, les laboratoires cherchent à adapter leurs vaccins

Pour les personnes immunodéprimées, qui ne peuvent espérer bénéficier de la protection vaccinale quelle qu’elle soit, la situation est plus dramatique : les premières observations faites par l’équipe de Francfort confirment que les anticorps monoclonaux en cours d’évaluation face aux premiers variants ne seront d’aucun secours face à Omicron. Ses multiples mutations le rendent insensible à ces combinaisons de médicaments.

ÉCOUTEZ L’ÉPISODE DU 1ER DÉCEMBRE 2021https://open.spotify.com/embed/episode/54jd9dSKWYuOCoO1MKUYWh?utm_source=generator&theme=0

Nathaniel Herzberg et  Hervé Morin

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire