
Cinquième vague de Covid-19 : le gouvernement veut tenir sans imposer de nouvelles restrictions
Le conseil de défense sanitaire de lundi ne devrait pas annoncer l’avancement des vacances de Noël ou un télétravail plus strict. L’exécutif compte avant tout sur l’efficacité de la dose de rappel du vaccin.
Par Olivier FayePublié aujourd’hui à 01h30, mis à jour à 10h14 https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/12/06/covid-19-le-gouvernement-veut-tenir-sans-imposer-de-nouvelles-restrictions_6104847_823448.html
France : où en est l’épidémie de Covid-1941 110 cas et 91 morts en moyenne chaque jour pendant la semaine du lundi 29 novembre au dimanche 5 décembre 2021. 76 % de la population complètement vaccinée (au 2 décembre 2021, source JHU).
Tous les chiffres dans notre tableau de bord Covid-19
« Vertigineux », « préoccupant », « inquiétant », « fulgurant »… L’exécutif multiplie les déclarations chocs depuis quelques jours pour qualifier l’ampleur de la cinquième vague de l’épidémie de Covid-19 qui sévit en France.
Cette dernière, dominée par le très contagieux variant Delta, est d’ores et déjà « plus forte » que la précédente, a reconnu le premier ministre, Jean Castex, jeudi 2 décembre, lors de la visite d’un hôpital à Angoulême. Près de 41 000 nouveaux cas quotidiens étaient enregistrés en France en moyenne, samedi soir, sur une semaine.
Surtout, la barre des 2 000 personnes admises en réanimation vient d’être dépassée. Un seuil qui pourrait monter jusqu’à 3 000, le 12 décembre, selon les projections de l’Institut Pasteur. « Un malade est admis en réanimation toutes les dix minutes. Nous avons connu cela lors de la deuxième, de la troisième vague, a souligné le ministre de la santé, Olivier Véran, vendredi, sur Franceinfo. Si rien ne change, nous pourrions avoir un pic sanitaire à la fin du mois de janvier, avec un nombre de malades graves très important. » L’augure est d’autant plus préoccupant que la santé de l’hôpital français suscite des craintes au sommet de l’Etat, où l’on note l’épuisement des soignants après deux ans de pandémie. Plusieurs hôpitaux ont déjà réactivé leur plan blanc.
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Le conseil de défense sanitaire réuni à l’Elysée, lundi, doit donc déterminer « s’il y a lieu de prendre des mesures complémentaires », comme l’a reconnu Jean Castex, afin d’endiguer cette nouvelle flambée du coronavirus à trois semaines des fêtes de fin d’année.
L’enjeu rappelle celui du mois de décembre 2020 : « pouvoir passer Noël ensemble » sans imposer de trop lourdes restrictions aux Français, comme l’a affirmé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. C’est là que se trouve la véritable urgence du moment, estime l’exécutif, alors que la dangerosité du nouveau variant Omicron, dont 25 cas étaient répertoriés en France le 5 décembre, reste pour l’heure incertaine.
Cinquante centres de vaccination ont rouvert

La réunion de lundi, pour autant, devait surtout relever du « point d’étape », selon un conseiller de l’exécutif, « avec peut-être quelques ajustements ici ou là ».
En clair, l’idée reste de tout miser sur « l’effet coupe-feu » (selon Olivier Véran) de l’élargissement à l’ensemble de la population de la campagne de rappel vaccinal. « Ce qui a été décidé il y a près de dix jours était les bonnes décisions à prendre, a avancé Emmanuel Macron, vendredi, en marge d’un déplacement aux Emirats arabes unis. La stratégie que nous avons nous permet aujourd’hui de résister. Il faut continuer de vacciner, de vacciner, de vacciner, de respecter les gestes barrières comme nous le faisons. »
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En alertant sur la gravité de la situation, l’exécutif cherche à inciter les Français à se faire injecter leur dose de rappel, mais aussi à leur signifier l’importance de respecter certaines mesures comme le port du masque dans les lieux publics. « Si nous changeons nos comportements au quotidien, que nous recréons un peu de distanciation sociale, nous pouvons réduire de 10 %, de 15 %, de 20 % la circulation du virus, et alors là, ça change totalement les courbes », assurait Olivier Véran vendredi.
De son côté, le gouvernement se voit mis en demeure de répondre à l’embouteillage dans les prises de rendez-vous pour se faire vacciner. Dix millions de personnes ont pour l’instant reçu leur dose de rappel. Pour certains, le temps presse : le passe sanitaire ne sera plus valide au 15 janvier si cette nouvelle injection n’a pas été effectuée sept mois après la dernière. « Je suis conscient que beaucoup attendent une date, a reconnu Gabriel Attal dans Le Parisien, dimanche. Les nouveaux créneaux vont continuer à apparaître sur les plates-formes. » Pour l’heure, la réouverture de cinquante centres de vaccination a été assurée, selon le gouvernement, sur les trois cents promis.
Cette stratégie, espère-t-on au sein de l’exécutif, doit permettre de tenir sans imposer de nouvelles mesures de contrainte. Sur le recours au télétravail, par exemple, « nous comptons sur la responsabilité de chacun plutôt que l’obligation », affirme au Monde la ministre du travail, Elisabeth Borne. « Nous en avons fait à haute dose et certains salariés n’en peuvent plus, ont souffert d’isolement », juge-t-elle. « Il y aurait un côté paradoxal à dire “tout le monde en télétravail” pendant que les discothèques restent ouvertes », ajoute un ministre.
La vaccination des enfants envisagée en janvier

A cinq mois de l’élection présidentielle des 10 et 24 avril 2022, Emmanuel Macron marche sur une ligne de crête. Le chef de l’Etat ne peut pas se permettre, d’un côté, de laisser circuler le coronavirus, ni de continuer, de l’autre, à rogner les libertés des Français. Raison pour laquelle l’hypothèse de la vaccination obligatoire reste pour l’instant écartée.
L’idée a été réintroduite dans le débat par le président du MoDem, François Bayrou, ainsi que par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, inquiète de voir l’Europe devenir l’épicentre de la pandémie. L’Autriche et l’Allemagne se sont résolues à cette mesure. Avec un taux de vaccination de 90 % chez les personnes éligibles, l’Hexagone fait figure d’élève modèle. Pourquoi, dès lors, prendre le risque de réveiller la colère des antivax, argumente-t-on au sein du gouvernement ?
L’autre enjeu du moment consiste à gérer la très forte circulation virale chez les plus jeunes. « Les enfants, dans les tranches d’âge non vaccinées, sont désormais le principal moteur de la reprise épidémique », alerte le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique, dans Le Journal du dimanche. Ce dernier, pour autant, ne préconise pas de fermer les classes en avançant la date des vacances scolaires, comme en Belgique. Selon un proche du chef de l’Etat, l’hypothèse ne se trouve pour l’instant pas sur la table. Par précaution, Olivier Véran n’y a néanmoins pas fermé la porte. « Il ne faut pas totalement l’écarter », souffle-t-on au gouvernement. En revanche, l’ouverture de la vaccination à tous les enfants de 5 à 11 ans, jusqu’à présent restreinte à ceux souffrant de comorbidités, pourrait intervenir « au début du mois de janvier », a annoncé Gabriel Attal. « Sur la base du volontariat », a-t-il précisé. Gare à ne pas braquer des Français lassés par deux ans de crise sanitaire.
Olivier Faye
Publié le 06/12/2021
Vaccination, protocole scolaire : la situation épidémique chez l’enfant relance diverses polémiques

Paris, le lundi 6 décembre 2021 – Le taux d’incidence chez les enfants scolarisés à l’école primaire atteint des records : il flirte avec les 860 infections par SARS-CoV-2 confirmées pour 100 000 habitants (vs une moyenne nationale de 411/100 000).
Cette situation concerne tous les pays européens frappés par cette nouvelle vague : quasiment partout l’incidence est la plus élevée chez ces jeunes enfants, non vaccinés et exposés au variant Delta très contagieux. Néanmoins, et alors que le niveau de dépistage est important dans cette tranche d’âge (un enfant sur six a été testé au cours de la semaine écoulée), le taux de positivité reste inférieur aux autres tranches d’âge (4,7 % vs 5,8 %).
Mauvais timing
Cependant, la situation dans les établissements scolaires inquiète. Aussi, une semaine après l’évolution du protocole sanitaire dans ces derniers, avec l’abandon de la règle de la fermeture dès le premier cas pour un dépistage de l’ensemble des élèves, certains s’interrogent sur la pertinence de revoir une nouvelle fois la stratégie. « La France a su préserver la scolarisation des enfants. C’est très bien, mais venir prendre une mesure d’allégement à un moment où l’on entre dans le vif d’une cinquième vague nous interpelle » remarque ainsi au micro d’Europe 1, Djillali Annane, chef du service réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches. Pour lui, il est nécessaire de pouvoir davantage contrôler la circulation du virus dans les établissements scolaires, « parce que ce qui se passe, c’est que dans l’entourage de ces enfants, des personnes fragiles vont développer des formes sévères et se retrouver à l’hôpital » remarque le réanimateur.
Aération et cours de sport à l’extérieur malgré les basses températures
Si le Conseil scientifique a toujours plaidé en faveur d’un dépistage systématique plutôt que pour la fermeture des classes, d’autres méthodes pourraient néanmoins être appliquées. Ainsi, aujourd’hui, le test à J+7 des enfants infectés n’est pas obligatoire pour leur permettre leur retour en classe : le gouvernement pourrait envisager de l’imposer. Par ailleurs, l’aération des classes avec un contrôle grâce aux capteurs de CO2 continue à être vivement recommandée par un grand nombre d’épidémiologistes, dont le professeur Antoine Flahaut. La nécessité que tous les cours d’éducation physique se déroulent en extérieur est de même martelée.
Avancer les vacances ?
Parallèlement à ces mesures, certains plaident de plus en plus pour avancer les vacances scolaires de fin d’année d’une semaine. L’objectif serait double : d’une part restreindre la circulation virale, en limitant les importants brassages de population liées à la vie éducative, d’autre part créer une semaine de « sas » entre le moment où les enfants sont fortement exposés par la vie en collectivité et celui où ils retrouveront des sujets potentiellement fragiles lors des fêtes de Noël. Cependant, le ministère de l’Éducation nationale se montre particulièrement réticent face à cette idée. Peut-être pourrait-il accepter un consensus qui consisterait comme l’année dernière à laisser le choix aux familles de ne pas envoyer leurs enfants à l’école les derniers jours avant les vacances ; une tactique aléatoire qui avait suscité quelques critiques.
La vaccination en questions
Enfin, plus que jamais la question de la vaccination des plus jeunes est sur la table : un calendrier doit être précisé en fin de journée ou demain. La première étape, on le sait, sera la vaccination des enfants atteints de comorbidités, à propos de laquelle la Haute autorité de Santé (HAS) a déjà donné un avis favorable. Concernant la vaccination des autres enfants, il semble de plus en plus probable qu’elle soit actée et mise en œuvre dès le début du mois de janvier. Bien sûr, le gouvernement dit attendre les positions de la HAS et du Comité consultatif national d’éthique. Cependant, il est peu probable que la première émette un avis en contradiction avec la volonté affichée du gouvernement, tandis que les réticences claires exprimées par le second à propos de la vaccination des adolescents n’avaient pourtant pas empêché les pouvoirs publics de la décréter. Au-delà des multiples interrogations éthiques que soulève cette vaccination des plus jeunes (que nous avons déjà évoquées à plusieurs reprises dans ces colonnes), elle est associée à des questions réglementaires et logistiques. S’il préconise la vaccination des enfants, le gouvernement ira-t-il jusqu’à élargir le passe sanitaire à cette tranche d’âge, en dépit des controverses sur la pertinence de cette vaccination et notamment sur son bénéfice individuel direct ? Par ailleurs, alors que la campagne de rappel vaccinal connaît quelques difficultés avec notamment la quasi impossibilité dans certains départements de trouver un rendez-vous à moins de quatre semaines et tandis que l’on peut s’interroger sur l’absence de priorisation des plus vulnérables, la vaccination des enfants ne risque-t-elle pas d’entraîner des embouteillages supplémentaires dans les centres de vaccination, pour un bénéfice collectif qui est loin d’être certain ?
Aurélie Haroche
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Commentaires Dr Jean SCHEFFER:
Le passe sanitaire et l’injection de rappel ne sont pas la panacée, car le 15 Janvier tous les volontaires n’auront pas eu le temps d’avoir la troisième injection.
Beaucoup de Français ont abandonné les gestes barrières, et ce d’autant qu’il y a peu de contrôles et de verbalisation.
Qu’attend le gouvernement pour rétablir le télétravail, interdire les grands rassemblements style Villepinte de Zemmour, et mettre les élèves en vacances avant l’heure ?
Reste la vaccination obligatoire pour tous et celle des enfants de 5 à 11 ans. L’ école avec bars et restaurants demeurent les principaux lieux de contamination.
Il ya déjà 50% d’occupation des lits de réanimation par les malades du Covid-19, dans des services rempli par les autres pathologies hivernales respiratoires