Covid-19 : la nouvelle vague épidémique met sous pression un système hospitalier déjà fragilisé
Plus des trois quarts des patients admis en réanimation depuis la rentrée ne sont pas vaccinés. Signe de la tension qui monte, les réactivations de plans blancs se multiplient, pour se réorganiser en temps de crise.
Par Delphine Roucaute et Camille Stromboni Publié aujourd’hui à 03h45, mis à jour à 10h17

La cinquième vague de Covid-19 continue sa progression en France. Si la hausse du taux d’incidence s’observe depuis plus d’un mois, le rythme s’est accéléré ces deux dernières semaines. Le temps de doublement des cas est désormais de dix jours et on détecte plus de 30 000 nouveaux cas quotidiens en moyenne. Si toutes les classes d’âge sont atteintes, la progression la plus forte s’observe chez les moins de 9 ans (+ 80 %), tandis que les 30-39 ans continuent d’être la tranche d’âge où le virus circule le plus, avec une incidence de 467 cas pour 100 000 habitants.
Les répercussions sur l’hôpital sont nettes : vendredi 3 décembre, 11 103 patients atteints de Covid-19 étaient hospitalisés (soit une augmentation de 19 % par rapport à la semaine précédente), dont 2 058 en services de soins critiques (+ 26 %). « On est bien dans une situation préoccupante. Dans dix régions sur treize, le nombre d’admissions hebdomadaires à l’hôpital est déjà supérieur au pic de la quatrième vague », a souligné Patrick Rolland, épidémiologiste à Santé publique France, lors d’un point presse vendredi. Les décès à l’hôpital et en Ehpad sont aussi en augmentation de 38 % par rapport à la semaine passée.
France : où en est l’épidémie de Covid-1936 833 cas et 79 morts en moyenne chaque jour pendant la semaine du samedi 27 novembre au vendredi 3 décembre 2021. 76 % de la population complètement vaccinée (au 2 décembre 2021, source JHU).

Tous les chiffres dans notre tableau de bord Covid-19
« Cela réveille les mauvais souvenirs »
« Le nombre de patients [atteints du] Covid-19 est reparti à la hausse, sans qu’il y ait à ce jour de saturation des hôpitaux, décrit François-René Pruvot, à la tête de la conférence des présidents de commissions médicales d’établissement des centres hospitaliers universitaires (CME-CHU). Cela réveille les mauvais souvenirs, alors qu’on se trouvait déjà dans une situation préoccupante à l’hôpital, il y a une grande lassitude. » Depuis septembre et la sortie de la quatrième vague épidémique, les établissements sont loin d’avoir pu reprendre une activité normale, touchés par une pénurie d’infirmiers, notamment due aux départs et aux difficultés de recrutement, mais aussi de médecins, en premier lieu dans les services d’urgences, engendrant des fermetures les nuits et les week-ends.
Signe de la tension qui monte, les réactivations de plans blancs se multiplient, pour se réorganiser en temps de crise, rappeler des soignants sur leurs congés ou encore enclencher des déprogrammations de l’activité non Covid-19. A Rennes, Grenoble, Strasbourg, Lille, Angers, Colmar, Mulhouse, Annecy, au Mans… « Cela n’est pas dû seulement au Covid-19, mais aussi au manque de personnel et à l’absentéisme », décrit François-René Pruvot.
« On voit que le privé ne suit pas. Pour l’instant, c’est l’hôpital public qui paie seul le prix du Covid-19. » Jean-Luc Jouve, président de la CME de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille
« Certes, on n’est pas débordé aujourd’hui, mais il en faut bien moins qu’avant pour nous déstabiliser, pointe Thierry Godeau, à la tête des présidents de CME des centres hospitaliers. L’hôpital est de plus en plus fragile, vague après vague. On manque de personnel, on a des lits fermés, on va être plus rapidement saturé et en difficulté… C’est comme un boxeur qui prend des coups et dont on craint que le prochain, ce soit le KO. »
A Paris, cela fait une semaine qu’on voit remonter les hospitalisations. Bien loin encore des chiffres des dernières vagues, mais avec près d’un millier de postes d’infirmiers restés vacants, et 15 % à 20 % des lits fermés à l’AP-HP, selon Rémi Salomon, président de la commission d’établissement, « on n’a jamais vu un tel niveau d’inquiétude ». Le médecin évoque la crainte des soignants de ne pas être assez nombreux pour cette nouvelle vague et « d’être dans l’incapacité de soigner comme on devrait ».
A Marseille déjà, on repousse tout ce qui peut l’être. « On maîtrise à peu près le Covid-19, mais moyennant des déprogrammations très significatives, prévient Jean-Luc Jouve, président de la CME de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM). On est dans l’impossibilité d’opérer tout ce qui ne relève pas de l’urgence, on ne programme plus avant février-mars. » Avec une déception pour le médecin :« On voit que le privé ne suit pas. Pour l’instant, c’est l’hôpital public qui paie seul le prix du Covid-19. »
« Dans le brouillard »
Difficile aussi d’y voir clair sur l’ampleur de l’épidémie actuelle. « Comme les tests de dépistage ne sont pas remboursés pour les personnes non vaccinées, on est un peu dans le brouillard », observe Clarisse Audigier-Valette, du centre hospitalier de Toulon, dans un département qui fait partie des territoires où l’incidence est repartie le plus fortement. « Le nombre de malades remonte franchement à l’hôpital, essentiellement avec des patients non vaccinés, précise la médecin. On est lassés de voir des patients non vaccinés alors qu’ils auraient pu l’être. »
76,2 % des personnes admises en réanimation entre le 1er septembre et le 25 novembre n’étaient pas vaccinées
Selon les données de Santé publique France, 76,2 % des personnes admises en réanimation entre le 1er septembre et le 25 novembre n’étaient pas vaccinées, alors que cette population ne représente que 28,4 % des Français. « Alors que moins de 10 % des personnes de 65 ans et plus n’étaient pas encore vaccinées ou l’étaient incomplètement au 25 novembre, elles représentaient 49,5 % des 507 cas de ce groupe d’âge admis en réanimation », peut-on lire également dans le bulletin épidémiologique publié jeudi.
Alors que la campagne de rappel vaccinal avance à marche forcée, les plus de 65 ans ayant reçu une dose de rappel comptaient au 25 novembre pour seulement 1,4 % des réanimations, sachant que 40,7 % de cette population a eu accès à cette injection supplémentaire. Cette donnée tendrait à confirmer la protection très forte conférée par une dose supplémentaire d’ARN messager, notamment contre les formes graves de la maladie.
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La plus grande inconnue des prochains mois réside dans le variant Omicron, pour lequel douze cas ont été détectés en France, dont au moins deux à La Réunion et au moins trois en Ile-de-France. Toutes les personnes concernées avaient des antécédents de voyage en Afrique australe. Ce variant « circule probablement depuis plusieurs semaines », a affirmé le ministre de la santé, Olivier Véran, vendredi sur Franceinfo. Mais il est trop tôt pour savoir s’il est plus transmissible que le variant Delta ou s’il échappe à l’immunité conférée par l’infection ou par le vaccin.
En attendant, la France a augmenté sa capacité de séquençage : plus de 10 900 ont été faits cette semaine afin de déterminer s’il s’agit du variant Omicron ou d’autres variants.
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C’est toutefois Delta qui reste aujourd’hui ultramajoritaire sur le territoire, dans 96,8 % des prélèvements positifs criblés. « On parle beaucoup d’Omicron, mais on est dans une hausse épidémique liée à Delta », rappelle Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat (AP-HP). Le membre du conseil scientifique appelle ainsi à respecter les gestes barrières, ventiler les lieux clos, recourir au télétravail et se faire injecter une dose de vaccin supplémentaire pour booster sa protection en anticorps contre le SARS-CoV-2. Un conseil de défense sanitaire doit se tenir lundi afin de « voir s’il y a lieu de prendre des mesures complémentaires », a précisé jeudi le premier ministre, Jean Castex.
Delphine Roucaute et Camille Stromboni
En Corse, déclenchement du plan blanc régional pour faire face à la crise sanitaire
(Communiqué ARS de Corse)
Émis par : ARS Corse
https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/185184/en-corse-declenchement-du-plan-blanc-regional-pour-faire-face-a-la-crise-sanitaire-communique/
Au regard d’une reprise forte de la circulation virale de Covid qui, en cette saison, s’ajoute aux épidémies hivernales, et de l’intensification de l’impact hospitalier qui en découle, la directrice générale de l’ARS a décidé d’activer une nouvelle fois le plan blanc régional, en complément de la mobilisation déjà exceptionnelle des établissements de santé.
Cette décision a été prise après concertation de l’ensemble des acteurs concernés.
Le plan blanc est un plan spécifique d’urgence sanitaire et de crise pour planifier la mise en œuvre rapide et rationnelle des moyens indispensables en cas d’afflux de patients dans un établissement hospitalier.
Il poursuit les grands objectifs suivants, pour répondre à la situation de crise :
- Mobiliser l’établissement de santé pour répondre à une situation de crise
- Mobiliser les professionnels de santé
- Mobiliser les moyens matériels et logistique de l’établissement
- Anticiper et augmenter le capacitaire des services de réanimation et d’hospitalisation conventionnelle Covid
- Adapter l’activité médicale de l’établissement
- Mobiliser les établissements privés pour absorber les urgences chirurgicales
Les déprogrammations, décidées de façon collégiale par la communauté médicale, s’accompagneront d’une analyse bénéfices/risques en fonction de la situation du patient pour éviter une perte de chance à court terme. Elles feront aussi l’objet d’un suivi pour permettre les reprogrammations dès que possible et nécessaire.
Forte progression du SARS-CoV-2 et augmentation marquée des indicateurs hospitaliers (Point épidémiologique)
Émis par : Santé publique France 2/12/2021
https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/185201/forte-progression-du-sars-cov-2-et-augmentation-marquee-des-indicateurs-hospitaliers-point-epidemiologique/
En semaine 47 (du 22 au 28 novembre 2021), la circulation du SARS-CoV-2 a fortement progressé sur le territoire métropolitain et l’augmentation des nouvelles hospitalisations et admissions en soins critiques s’est de nouveau accentuée. Au niveau national, le taux d’incidence atteignait 311 cas pour 100 000 habitants et dépassait 600 chez les 6-10 ans. La majorité des régions métropolitaines avait un taux d’incidence supérieur à 300 cas pour 100 000. Au 03 décembre à 8h00, le variant Omicron a été détecté dans neuf prélèvements. A La Réunion, le taux d’incidence était toujours en augmentation.
Au 30 novembre, 75,8% de la population totale était complètement vaccinée. Parmi les personnes de 65 ans et plus, 42,9% avaient reçu une dose de rappel. Dans le contexte actuel de forte circulation virale, le dépistage, l’isolement rapide dès les premiers symptômes ou en cas de test positif et le contact-tracing demeurent essentiels pour ralentir la transmission du virus. La vaccination et la dose de rappel, ainsi qu’une adhésion rigoureuse à l’ensemble des mesures barrières, dont l’aération des lieux clos, restent également primordiales pour limiter la propagation du SARS-CoV-2 et préserver le système de soins.
Forte augmentation du taux d’incidence, près de 30 000 cas diagnostiqués en moyenne par jour (58 238 le 2 Décembre)
Au niveau national, le taux d’incidence a de nouveau fortement augmenté en semaine 47 et atteignait 311 cas pour 100 000 habitants (versus 194 en semaine 46, soit +61%). Le taux d’incidence est en forte augmentation dans toutes les classes d’âge. Il dépassait 300 chez les moins de 50 ans et atteignait 421 (+56%) chez les 30-39 ans. Les plus fortes hausses étaient observées chez les 0-9 ans (389, +85%) et les 10-19 ans (344, +76%). Parmi eux, les élèves de primaire (6-10 ans) avaient un taux d’incidence particulièrement élevé à 663 (+92%), associé à un très fort taux de dépistage (13 199, +65%) et à un taux de positivité des tests de 5,0% (+0,7 point). Sur l’ensemble de la population, le taux de dépistage a fortement progressé en S47 (5 418/100 000, +37%). Le taux de positivité atteignait quant à lui 5,7% (+0,8 point).
En France métropolitaine, le taux d’incidence dépassait les 300 pour 100 000 habitants dans 9 régions. Les taux les plus élevés étaient observés en Provence-Alpes-Côte d’Azur (417, +71%), Auvergne Rhône-Alpes (392, +80%) et Corse (386, +26%). Seule la Normandie gardait un taux inférieur à 200 (179, +49%).
En Outre-mer, le taux d’incidence était toujours en hausse à la Réunion (254, +14%) et en Guyane (89, +14%). En Martinique, le taux d’incidence restait élevé malgré la baisse très importante du dépistage en lien avec les mouvements sociaux.
Hausse marquée des indicateurs hospitaliers
Au niveau national, le nombre de nouvelles hospitalisations était en forte hausse (4 212, +35%) tout comme les admissions en soins critiques (967, +37%) (données non consolidées). Les taux hebdomadaires de nouvelles hospitalisations et de nouvelles admissions en soins critiques étaient en hausse dans toutes les classes d’âges, avec une augmentation plus importante observée chez les personnes âgées de 30 à 80 ans pour les admissions en soins critiques. Chez les plus de 70 ans, ces taux étaient supérieurs à ceux observés au pic de la quatrième vague dans ces classes d’âge. Au 30 novembre, 10 310 patients COVID-19 étaient hospitalisés, dont 1 837 en soins critiques. En S47, on recensait 440 décès à l’hôpital au niveau national (+36% par rapport à S46 ; données de S47 non consolidées).
En France métropolitaine, les taux de nouvelles hospitalisations et de nouvelles admissions en soins critiques étaient en hausse sur l’ensemble du territoire, excepté en Centre-Val de Loire où ils étaient stables et en Pays de la Loire où les admissions en soins critiques ont baissé. Les taux les plus élevés étaient observés en Provence-Alpes Côte d’Azur et Corse.
En Outre-mer, les taux de nouvelles hospitalisations restaient les plus élevés en Martinique. Ils étaient en hausse en Guyane et stables à La Réunion.
Variants : circulation quasi-exclusive de Delta, 9 cas d’Omicron détectés au 3/12/2021 08h00
La mutation L452R (portée principalement par le variant Delta) était détectée dans 96,8% des prélèvements positifs criblés en S47 (vs 96,7% en S46). Les données de séquençage confirment la quasi-exclusivité du variant Delta, identifié dans 99,7% des séquences interprétables en France métropolitaine lors de l’enquête Flash de la semaine 44 (du 1er au 05/11) et 99,8% lors de l’enquête de la semaine 45 (du 08 au 10/11, données non consolidées).
En Outre-mer, Delta représentait plus de 99% des séquences interprétables lors des enquêtes Flash des semaines 43 (du 25 et 29/10), 44 (du 1er au 05/11) et 45 (du 08 au 12/11, données non consolidées). Le variant Delta est aussi largement dominant à l’échelle internationale (99% des 272 851 prélèvements séquencés au cours du mois de novembre, d’après la base de données internationale GISAID).
Que sait-on du variant Omicron en France au 3 décembre 2021 ?
Le variant Omicron (21K, B.1.1.529) a été classé VOC par l’OMS le 26 novembre et fait l’objet d’une surveillance renforcée en France. Il possède un nombre très important de mutations par rapport aux autres variants, ce qui rend difficile les extrapolations sur ses caractéristiques. La majorité des cas séquencés à ce jour proviennent d’Afrique du Sud. Des cas importés, pour la plupart associés à un voyage en Afrique du Sud, ont été rapportés en Europe et dans le reste du monde. En France, au 03 décembre 2021 à 8h00, 9 cas ont été détectés par les laboratoires duconsortium EMERGEN.
Pour en savoir plus : Coronavirus : circulation des variants du SARS-CoV-2
Plus de 75% de la population totale complètement vaccinée
Le 30 novembre 2021, l’estimation de la couverture vaccinale à partir de Vaccin Covid était de 77,4% pour au moins une dose, de 75,8% pour une vaccination complète et de 12,2% pour la dose de rappel. Parmi les 12 ans et plus, 89,9% avaient reçu au moins une dose et 88,0% étaient complètement vaccinés. Chez les 65 ans et plus, la couverture vaccinale de la dose de rappel s’élevait à 42,9% (+7,4 points par rapport à S46). Cet indicateur correspond au ratio entre le nombre de personnes vaccinées par une dose de rappel et la population de cette tranche d’âge : il est le reflet du niveau de protection dans cette population. Par ailleurs, il est estimé que 78,5% (+5,2 points par rapport à S46) des personnes âgées de 65 ans et plus éligibles à la dose de rappel au 30 novembre 2021 l’avaient effectivement reçue. Ceci permet de suivre la dynamique de la campagne de rappel pour les personnes pouvant en bénéficier, en tenant compte qu’un délai est nécessaire avant ce rappel.
Au 30 novembre, 94,0% des résidents en Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou USLD (unité de soins de longue durée) avaient reçu au moins une dose de vaccin, 92,6% étaient complètement vaccinés et 58,2% avaient reçu une dose de rappel.
Statut vaccinal des cas graves de Covid-19
Depuis le 30 août 2021, date de reprise de la surveillance des cas graves de COVID-19 en réanimation sur tout le territoire, un total de 1 011 patients a été rapporté par les services participants en France métropolitaine. Dans le cadre de cette surveillance, des données permettant de déterminer le statut vaccinal des patients sont recueillies auprès des réanimateurs.
Entre le 1er septembre et le 30 novembre, 76% des patients de moins de 65 ans hospitalisés en réanimation n’étaient pas vaccinés, ou l’étaient incomplètement. Parmi les patients de plus de 65 ans hospitalisés en réanimation, 34% étaient vaccinés, mais ceux qui avaient reçu une dose de rappel ne représentaient que 1,4% des cas.
Focus : Statut vaccinal des cas graves de COVID-19 admis en réanimation (page 7 du PE)
Avertissement : A compter de la semaine prochaine, les données de couvertures vaccinales jusqu’à présent calculées en tenant compte des lieux de vaccination seront désormais exprimées en tenant compte du lieu de résidence des personnes vaccinées. Cette modification entraine un arrêt temporaire de la publication de ces indicateurs à l’échelle régionale et départementale. La reprise de la publication est prévue dans quelques jours avec un historique reconstitué depuis le début de la campagne de vaccination.
Découvrez le nouveau tableau de bord sur le site de Santé publique France : InfoCovidFrance
Lire le communiqué de presse relatif au Point épidémiologique du 2 décembre 2021
Contacts presse : Santé publique France – presse@santepubliquefrance.fr
Si la hausse des tests Covid positifs touche tous les statuts vaccinaux, les nombres de tests positifs à taille de population comparable demeurent bien plus élevés pour les non-vaccinés (Communiqué)
Imprimer la listeRecherche03/12/2021
Émis par : Drees
https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/185199/si-la-hausse-des-tests-covid-positifs-touche-tous-les-statuts-vaccinaux-les-nombres-de-tests-positifs-a-taille-de-population-comparable-demeurent-bien-plus-eleves-pour-les-non-vaccines-communique/
Dans le cadre de sa mission d’appui à la gestion de la crise sanitaire, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) exploite les données pseudonymisées issues des trois principales bases de données sur la crise Covid-19 : SI-VIC (hospitalisation), SI-DEP (dépistage) et VAC-SI (vaccination).
La DREES présente un suivi hebdomadaire, sur la population âgée de 20 ans ou plus, des croisements entre ces trois bases, afin d’apporter des informations sur le statut vaccinal des personnes testées positives à la Covid-19 et des personnes hospitalisées, en prenant aussi en compte l’ancienneté de l’obtention du schéma vaccinal complet et l’injection éventuelle d’une dose de rappel. Outre ces statistiques descriptives, une analyse est proposée pour estimer conjointement l’effet des différents statuts vaccinaux – en particulier l’effet protecteur du vaccin dans le temps et l’apport de la dose de rappel – en neutralisant des différences de structures par âge.
Les fichiers bruts présentant les résultats nationaux, les déclinaisons territoriales et par tranche d’âge sont accessibles sur le site internet de la DREES, rubrique Open Data.
Trois constats majeurs ressortent cette semaine des analyses :
– d’une part, la protection vaccinale initiale du schéma vaccinal complet demeure élevée pour toutes les classes d’âge contre les entrées en hospitalisation conventionnelle comme contre celles en soins critiques (comprise entre 90 et 95 % sauf pour les 80 ans ou plus où le pourcentage est proche de 85 %) mais aussi contre les infections symptomatiques (entre 80 et 85 % pour toutes les classes d’âge) ;
– d’autre part, sur les hospitalisations, cette protection semble s’atténuer légèrement au fil du temps après l’obtention du schéma complet, surtout pour les seniors, moins pour les personnes de 20 à 60 ans. La protection vaccinale s’érode en revanche beaucoup plus pour ce qui concerne les infections symptomatiques et ce, pour toutes les classes d’âge ;
– enfin, il faut noter que l’injection du rappel pour les personnes de plus de 60 ans dont le statut complet remonte à plus de 6 mois améliore la protection vaccinale à plus de 90 %, pour les infections symptomatiques comme pour les hospitalisations, soit plus que le gain de la primo-vaccination.
Les personnes non vaccinées sont sur-représentées parmi les tests positifs et plus encore parmi les entrées hospitalières
Selon les données issues de l’appariement SI-VIC (hospitalisation), SI-DEP (dépistage) et VAC-SI (vaccination), les personnes non vaccinées qui occupent une part de 10 % de la population âgée de 20 ans ou plus, représentent 28 % des personnes testées positives par RT-PCR et déclarant des symptômes, 41 % des personnes admises en hospitalisation conventionnelle, 49 % des entrées en soins critiques et 41 % des décès durant les 4 dernières semaines (cf. graphique ci-dessous). En outre, les personnes présentant un schema vaccinal complet avec rappel représentent 7% de la population française et seulement 1% des personnes testées positives avec symptômes et 2% des personnes admises en soins critiques.
Le rappel vaccinal Covid-19 chez les seniors réduit sensiblement le risque d’entrer à l’hôpital

Appariements entre les bases SI-VIC, SI-DEP et VAC-SI, premiers résultats sur les rappels et l’ancienneté de la vaccination
Les données issues des appariements entre SI-VIC, SI-DEP et VAC-SI exploitées par la DREES apportent désormais de nouvelles informations sur l’ancienneté de l’obtention du schéma vaccinal complet et l’injection éventuelle d’un rappel. Outre de premières statistiques descriptives, une modélisation relativement simple est proposée pour estimer conjointement l’effet des différents statuts vaccinaux – en particulier l’effet protecteur du vaccin dans le temps et l’apport de la dose de rappel – en neutralisant des différences de structures par âge.
L’interprétation de ces premiers résultats doit être faite avec prudence au regard des multiples limites qui entourent les estimations conduites. D’une part, ces comparaisons entre différents statuts ne tiennent pas compte de caractéristiques importantes pouvant jouer sur les risques d’hospitalisation comme la présence de comorbidité(s) ou les infections antérieures. D’autre part, ces estimations seront amenées à être révisées dans les prochaines semaines avec l’arrivée de nouvelles observations, l’amélioration des modèles utilisés pour estimer la protection vaccinale et l’exploitation d’autres informations limitant les biais possibles.

Malgré ces limites, les estimations actuelles proposées font ressortir les constats suivants pour les adultes de 20 ans et plus :
- – la protection vaccinale initiale du schéma complet est élevée pour toutes les classes d’âge contre l’hospitalisation conventionnelle comme l’entrée en soins critiques, comprise entre 90 et 95 % (estimation concordante avec les résultats épidémiologiques disponibles par ailleurs1), elle est un peu plus faible, autour de 85 % pour les personnes de 80 ans et plus ;
- – cette protection, après l’obtention du schéma complet, semble s’atténuer légèrement au fil du temps, surtout pour les seniors, beaucoup moins pour les personnes plus jeunes. Pour les personnes avec schéma complet depuis 6 mois ou plus, elle diminue à 80 % environ, perdant 10 points environ pour les 60 à 80 ans et entre 5 et 10 points pour les 80 ans et plus par rapport à la protection initiale du schéma complet, en soins critiques comme en hospitalisation conventionnelle. En revanche, elle ne s’érode que de quelques points pour les moins de 60 ans, en hospitalisation conventionnelle comme en soins critiques ;
- – l’injection du rappel pour les personnes de plus de 60 ans dont le statut complet remonte à plus de 6 mois améliore la protection vaccinale à 95 % environ, soit un gain d’environ 15 points (voire près de 20 pour les 80 ans et plus) par rapport à une population vaccinée depuis plus de 6 mois sans rappel, en hospitalisation conventionnelle comme en soins critiques.
Enfin, un encadré en fin de document explique pourquoi, malgré une protection vaccinale toujours élevée, la proportion de personnes vaccinées entrant à l’hôpital augmente au fur et à mesure du temps en 2021, avec la couverture vaccinale.
Ces résultats, qui sont actualisés chaque semaine y compris concernant l’ancienneté de la vaccination et le rappel, sont issus du rapprochement des informations issues de SI-VIC, SI-DEP et VAC-SI, les systèmes d’information portant respectivement sur les hospitalisations, les tests et la vaccination Covid-19. Les résultats nationaux ainsi que des déclinaisons régionales et par classe d’âge sont mis à disposition sous forme de graphiques en format pdf et de fichiers csv permettant d’exploiter plusfinement les résultats présentés. Ces fichiers sont disponibles sur le site de données ouvertes de la DREES.
https://data.drees.solidarites-sante.gouv.fr/pages/accueil/
Covid-19 : face à la 5e vague, plusieurs hôpitaux activent le plan blanc
Covid-19 : plusieurs hôpitaux activent le plan blanc DDM – XAVIER DE FENOYL
Coronavirus – Covid 19, Santé, France – Monde
Publié le 03/12/2021 à 08:09
Face au fort rebond épidémique de la 5e vague de Covid et alors que le variant Omicron a été détecté en métropole, plusieurs hôpitaux ont décidé d’activer leur plan blanc. Les 49 610 nouveaux cas positifs au Covid enregistrés en 24 heures et les 10 558 personnes hospitalisées (dont 1 886 en réanimation) – une première depuis le 12 septembre – les ont convaincus de franchir cette étape.
Les hôpitaux de Mulhouse et Colmar ont déclenché leur plan blanc mercredi. « Pour faire face à un besoin de lits Covid important, les deux établissements se réorganisent pour recréer des unités dédiées à la prise en charge de ces patients », ce qui nécessite « dans certains cas de différer des activités de soins programmés », indiquaient le Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA) et les Hôpitaux civils de Colmar (HCC). En Bretagne, le plan blanc a été déclenché à l’hôpital de Saint-Malo, Dinan et Cancale. « Il s’agit d’anticiper des tensions trop importantes », expliquait la direction. À Rennes, le plan blanc a été activé il y a déjà deux semaines, il l’est également à Tarbes.
Déprogrammation des opérations non urgentes
Le plan blanc est un dispositif d’urgence qui permet d’organiser l’accueil et la prise en charge d’un afflux massif de patients.Le niveau 1 permet de mieux se préparer pour accueillir les malades, d’augmenter le nombre de lits en réanimation et de déprogrammer certaines opérations qui ne sont pas urgentes. Il permet aussi de faire appel à du personnel de renfort.
« On est inquiet, la situation est déjà très difficile », estimait mercredi Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, en évoquant l’arrivée du variant Omicron.
Covid-19. Hautes-Pyrénées : face à l’afflux de patients, le plan blanc déclenché à l’hôpital
Sur les cinq patients covid pris en charge en réanimation, aucun n’est vacciné. / Photo Laurent Dard NR – LAURENT DARD
Coronavirus – Covid 19, Hautes-Pyrénées
Publié le 25/11/2021 à 17:32 , mis à jour à 17:34
l’essentiel
Face à la flambée épidémique, la direction du centre hospitalier a déclenché le plan blanc ce jeudi, à l’issue d’une cellule de crise. Les services vont être réorganisés et les visites limitées au maximum. Sur les cinq patients covid actuellement en réanimation, aucun n’est vacciné.
« Après avoir eu une forte hausse des appels en fin de semaine dernière, nous constatons une explosion des patients covid aux urgences. On est vraiment dans la 5e vague, qui a l’air très forte ici. » Voilà pourquoi, à l’issue d’une cellule de crise hier midi, le directeur du centre hospitalier de Bigorre,Christophe Bourriat, a déclenché le plan blanc sur les établissements de Tarbes et Lourdes. « C’est une procédure d’alerte qui nous permet de nous réorganiser mais aussi de mobiliser le personnel sur les temps de repos. Nous n’avons pas de choix que de nous appuyer sur ces agents qui sont vraiment épuisés. Nous n’avons pas de candidatures pour répondre à cette surcharge. »
« Tous les patients traités en réanimation ne sont pas vaccinés »
Face à cette arrivée de patients Covid (18 à Tarbes, 16 à Lourdes, 7 à Bagnères actuellement), les services ont été réorganisés. « Nous avons créé un secteur covid avec 10 lits à Lourdes au sein de la médecine infectieuse. De même, le service pneumologie de Tarbes est passé de 14 à 22 lits dont 10 dédiés au covid. Nous avons aussi déprogrammé les examens de chirurgie ambulatoire à partir de lundi pour disposer de locaux supplémentaires pour accueillir 13 patients covid. À l’exception de personnes immunodéprimées, la grande majorité des patients en détresse respiratoire ne sont pas vaccinés. Sur les cinq patients actuellement en réanimation, aucun n’est vacciné. »
La direction demande aussi aux familles de limiter leur visite aux malades pris en charge dans l’établissement et de respecter scrupuleusement les gestes barrières, y compris dans les chambres. « Car on a des patients qui ont été contaminés suite à des visites de leurs proches, précise Christophe Bourriat. Cela complique la prise en charge et fait que l’on doit encore solliciter nos soignants. »
« Covid-19 : les hôpitaux de Mulhouse et Colmar déclenchent leur « plan Blanc » »
Date de publication : 2 décembre 2021
Le Parisien constate que « la cinquième vague, dont le pic est attendu après les fêtes, met déjà les hôpitaux en alerte. Dans le département du Haut-Rhin, les services hospitaliers de Colmar et de Mulhouse ont déclenché ce mercredi leur « plan Blanc », pour faire face à l’afflux de patients atteints du Covid-19 ».
Le journal explique en effet que « confrontés à «un besoin de lits Covid-19 important», les deux établissements se réorganisent pour «recréer des unités dédiées à la prise en charge de ces patients», ce qui nécessite «dans certains cas de différer des activités de soins programmés», indiquent le Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA) et les Hôpitaux civils de Colmar (HCC) ».
Le quotidien souligne que « déjà mis à très rude épreuve par l’épidémie de Covid-19 lors de la première vague en 2020 dont Mulhouse fut l’épicentre, les deux établissements sont de nouveau «confrontés à une évolution rapide de l’épidémie», indiquent-ils. Le plan Blanc permet la déprogrammation d’opérations non urgentes et de solliciter des renforts de personnels afin «d’assurer au mieux la continuité des soins» ».
Le Parisien note ainsi que « le Samu du Haut-Rhin enregistre une hausse des appels liés au coronavirus avec «plus de 20% des appels journaliers» qui concernent cette pathologie. […] Selon Santé publique France, le taux d’incidence dans le Haut-Rhin atteint 410 contre 311 pour la France ».
Le quotidien ajoute que « le nombre de passages dans les services d’urgence augmente également. […] Dans le département, ce mercredi 166 personnes sont hospitalisées et 34 patients sont en soins critiques en raison d’une infection au Covid-19, selon Santé publique France. En 24 heures, 25 personnes ont été admises à l’hôpital, et 5 en soins critique ».
Le Parisien rappelle enfin que « l’hôpital de Mulhouse avait brièvement déclenché le plan banc fin septembre-début octobre, en raison notamment du manque de soignants dans cet établissement ou près de 170 salariés non vaccinés étaient alors suspendus ».
Covid-19 : les hôpitaux de Mulhouse et Colmar déclenchent leur «plan Blanc»
Face à la cinquième vague, les hôpitaux du Haut-Rhin poussent les murs et rappellent le personnel pour accueillir de plus en plus de malades infectés par le coronavirus.

Par Le Parisien avec AFP Le 1 décembre 2021 à 22h44
La cinquième vague, dont le pic est attendu après les fêtes, met déjà les hôpitaux en alerte. Dans le département du Haut-Rhin, les services hospitaliers de Colmar et de Mulhouse ont déclenché ce mercredi leur « plan Blanc », pour faire face à l’afflux de patients atteints du Covid-19.
Confrontés à « un besoin de lits Covid-19 important », les deux établissements se réorganisent pour « recréer des unités dédiées à la prise en charge de ces patients », ce qui nécessite « dans certains cas de différer des activités de soins programmés », indiquent le Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud-Alsace (GHRMSA) et les Hôpitaux civils de Colmar (HCC).
Déjà mis à très rude épreuve par l’épidémie de Covid-19 lors de la première vague en 2020 dont Mulhouse fut l’épicentre, les deux établissements sont de nouveau « confrontés à une évolution rapide de l’épidémie », indiquent-ils. Le plan Blanc permet la déprogrammation d’opérations non urgentes et de solliciter des renforts de personnels afin « d’assurer au mieux la continuité des soins ». Sur Twitter, le président de la région Grand-Est, Jean Rottner, a exhorté ses administrés à se faire vacciner, pour soulager des « soignants épuisés ».
#PlanBlanc déclenché sur #Mulhouse et #Colmar 🚨
Les soignants sont épuisés ! Plus que jamais nous devons nous protéger et protéger les autres.
Vaccinez-vous !
Soulageons soignants et nos hôpitaux ! Il y a urgence 🆘 pic.twitter.com/iCxy67JoYB— Jean ROTTNER (@JeanROTTNER) December 1, 2021
Le Samu également très sollicité
Le Samu du Haut-Rhin enregistre ainsi une hausse des appels liés au coronavirus avec « plus de 20 % des appels journaliers » qui concernent cette pathologie, selon la même source. Selon Santé publique France, le taux d’incidence dans le Haut-Rhin atteint 410 contre 311 pour la France, à compter du 28 novembre, dernier relevé en date.
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Le nombre de passages dans les services d’urgence augmente également, ajoute le communiqué. Dans le département, ce mercredi 166 personnes sont hospitalisées et 34 patients sont en soins critiques en raison d’une infection au Covid-19, selon Santé publique France. En 24 heures, 25 personnes ont été admises à l’hôpital, et 5 en soins critique.
L’hôpital de Mulhouse avait brièvement déclenché le plan banc fin septembre-début octobre, en raison notamment du manque de soignants dans cet établissement ou près de 170 salariés non vaccinés étaient alors suspendus.
Covid-19 : à l’hôpital de Colmar, l’afflux de malades non vaccinées
Par Camille Stromboni (envoyée spéciale à Colmar)

Publié aujourd’hui à 03h24, mis à jour à 14h38
REPORTAGE
Même si les chiffres n’ont rien à voir avec la première vague de Covid-19, les choses s’accélèrent dans les hôpitaux de la région, où le plan blanc a été déclenché. Les soignants, eux, redoutent un nouveau « Noël Covid ».
« Moi, ça me fait une boule là », lâche le grand gaillard de 61 ans, qui accompagne sa parole d’un geste vers son ventre, avant de montrer le patient allongé dans le lit derrière lui. Sur la porte de la chambre, un magnet rouge « Covid+ » est accroché. Le docteur Christopher Schlier, anesthésiste-réanimateur, se dirige à grandes enjambées vers la fenêtre d’où l’on aperçoit un patient de 37 ans, inerte, bardé de tuyaux. « Jeune, sans comorbidité, sans antécédent, il est musclé, il n’est pas obèse, regardez, insiste le médecin allemand, à l’hôpital de Colmar depuis 2005. On a trois malades jeunes comme ça, qui ne sont pas vaccinés. Ils ont décompensé en quarante-huit heures ! »
« On est tous en colère », répète-t-il, à propos de ces patients non vaccinés, qui représentent la quasi-totalité – quatorze sur seize – des admis dans les services de réanimation du centre hospitalier. Pour lui comme pour ses collègues, ce sont des hospitalisations évitables, la promesse de séquelles à la sortie, des places prises à d’autres patients, des drames à vivre pour les familles. Encore. « C’est dur, parfois, de trouver un sens », dit un autre réanimateur.

Aux hôpitaux civils de Colmar, la cinquième vague ne fait plus aucun doute. Les Alsaciens du Haut-Rhin, aux avant-postes du déferlement de l’épidémie en mars 2020, quand le pays refusait encore de voir l’ampleur de la crise, se trouvent de nouveau dans la « spirale », disent les soignants. Si les chiffres n’ont pour l’instant rien à voir avec la première vague dont la violence est encore dans toutes les têtes, les choses s’accélèrent à l’hôpital, alors que la circulation virale explose dans le département depuis début novembre.
Les soignants en ont « ras le bol »
Déclenchement du plan blanc à l’hôpital mercredi 1er décembre, passage de vingt à trente lits dans l’unité d’hospitalisation Covid-19, cellule de crise pour préparer la suite de la montée en charge… Le flux de malades est progressif, parfois irrégulier, mais il ne cesse de monter. En réanimation, la journée est calme, jeudi 2 décembre, mais la nuit a été chargée, avec quatre patients admis coup sur coup. L’un est décédé à peine arrivé. 62 ans. Non vacciné.Lire aussi Covid-19 : l’UE doit « réfléchir » à la vaccination obligatoire, estime Ursula von der Leyen
Derrière le docteur Schlier, qui examine les dossiers des patients, accoudé au poste de soins, une infirmière répond au micro de France 3, et évoque encore le vaccin. « Ils ruinent leur vie alors qu’on leur propose des solutions pour s’en sortir », « on en a ras le bol », « on est en train d’épuiser tout le système de santé, on a l’impression de revenir deux ans en arrière », enchaîne Pauline Kammerer.


TF1, BFM-TV, France 2… « Tout Paris qui débarque en Alsace en quelques jours, ça nous rappelle quelque chose », entend-on dans le couloir. C’est surtout le retour de l’habillement chronophage pour entrer dans les chambres des patients atteints du Covid-19, de cette charge de travail plus forte avec des malades instables, et du jonglage avec le non-Covid. « Ici, juste à côté, on a un patient aplasique, après une chimiothérapie, il a zéro leucocyte », insiste la jeune femme de 25 ans.
« On prépare un DV pour la chambre 3 », reprend le docteur Schlier. « DV », pour « décubitus ventral », soit ce retournement des patients atteints du Covid-19 sur le ventre pour faciliter leur respiration, désormais bien connu de tous. « C’est désespérant », reprend l’infirmière, en se dirigeant vers la chambre d’un homme de 41 ans. La prochaine étape, si la croissance des malades atteints du Covid-19 se poursuit, ce sera la transformation des chambres de soins continus en réanimation. « Il va falloir faire rentrer tout ce matériel que vous voyez là, dans ces pièces pas adaptées du tout », précise-t-elle.

Une crainte traverse tout l’hôpital : faudra-t-il en passer par la déprogrammation d’autres patients, alors que l’établissement est déjà sous tension, avec trois salles de bloc fermées sur seize, faute de personnel suffisant ? On n’en est pas là. Mais déjà, le cadre de santé des réanimations, Jean-Michel Doppler, doit s’atteler à revoir les plannings des équipes de décembre. « Pour tenir, il va falloir rogner sur les congés, dit-il. On n’a plus aucune marge, c’était déjà difficile de combler les arrêts maladie… » L’homme de 57 ans sort d’une réunion pour anticiper les prochaines semaines, avec éventuellement des renforts venant d’autres services. « On échafaude des plans mais avec une nouvelle donne, on sait que les infirmiers anesthésistes ne sont plus prêts à revenir ici, comme lors des premières vagues… L’hôpital est fatigué, on ne sera pas en capacité d’ouvrir des lits comme on l’a fait. »Lire aussi Article réservé à nos abonnésCovid-19 : des dégâts collatéraux majeurs chez les autres malades, privés de diagnostic ou de soins
Le souvenir des « réanimations éphémères » déployées dans les salles de réveil, des « TGV d’évacuation », du « tri » des patients, ou encore des « sacs-poubelle » que portaient les soignants, reste gravé dans les esprits.
« Les gens ne se rendent pas compte »
De nouvelles histoires viennent s’ajouter, avec cette vague bien particulière. Comme ce patient hospitalisé d’une trentaine d’années, qui avait un faux passe sanitaire. Tout le monde s’est étonné de son état et a cherché à comprendre comment il pouvait développer une forme si grave, avant de découvrir son mensonge.
Depuis lundi, c’est un autre retour en arrière qui plombe le moral : les visites des proches sont désormais interdites en réa. « Avoir des familles au téléphone qui ne peuvent pas voir le malade, c’est terrible, dit Morgane Braesch, infirmière. On est rodés sur la technique, mais c’est lourd psychologiquement, en plus de la fatigue. »
Difficile aussi de se sentir « totalement en décalage » avec l’extérieur, dit-elle. « Les gens ne se rendent pas compte, tout est ouvert, bars, restos… Quand on dit que ça repart, on nous dit qu’on fait des fausses informations… » « Vous avez vu le marché de Noël qui vient d’ouvrir, il est bondé de gens avec le masque sous le nez », ajoute un médecin.
A quelques centaines de mètres du bâtiment récent et coloré des réanimations, dans les blocs gris de l’hôpital pavillonnaire, le service de maladies infectieuses est, lui, d’ores et déjà redevenu « tout Covid ». Il compte dix-neuf patients dans ses vingt lits qui accueillent les malades dans un état moins sévère qu’en réanimation, nécessitant une oxygénation pour la plupart. Soit trois fois plus qu’il y a un mois. Décision vient d’être prise de porter le nombre de lits à trente.

Ici, la répartition entre vaccinés et non-vaccinés est différente. « Nous avons 40 % de patients vaccinés, rapporte l’infectiologue Martin Martinot. C’est une différence avec la quatrième vague et ce n’est pas une surprise, ce sont le plus souvent des vaccinés en fin de course, proches de la troisième dose », précise-t-il, en référence à la baisse de la protection des vaccins avec les mois qui passent. Plus inquiétant : « On commence aussi à avoir des cas intra-hospitaliers [clusters], comme lors de la deuxième vague, il faut être très agressif, très rapidement, pour dépister, circonscrire, c’est ce qu’on est en train de faire », dit le médecin.Lire aussi Covid-19 : la troisième dose de vaccin réduirait le risque d’infection de plus de 85 %
Cinq décès en trois semaines
La machine de la réorganisation est enclenchée. Pour monter en puissance dans ce qu’on appelle désormais « l’unité Covid », il a fallu fermer seize lits en médecine polyvalente, pour réaffecter les équipes soignantes.
Dans le regard de Céline Ehrhardt, infirmière en infectiologie, on ressent l’angoisse.Pour elle, le Covid-19 est surtout synonyme de malades instables, qui décompensent, de transferts en réanimation à faire, et de décès, dans cette unité qui doit veiller aussi sur ces patients « non réanimatoires », c’est-à-dire dont les fragilités ne permettent pas de les envoyer en soins critiques quand leur situation s’aggrave. « Pour nous, c’est compliqué moralement », dit-elle. Ces dernières semaines, elle a eu plusieurs patients « qui regrettaient de ne pas s’être fait vacciner et qui sont décédés ». « Je l’ai vécu trois fois… avoir quelqu’un qui va mourir et qui vous dit ça… », lâche-t-elle sans finir sa phrase.A lire :Notre tableau de bord de l’évolution de l’épidémie en France et dans le monde
Aller « chercher un kit décès au reposoir », « mettre le patient dans une housse mortuaire », « écrire son nom au marqueur dessus »… « On n’a jamais eu à faire ça avant le Covid », rappelle Julie Dos Santos, la cadre de santé, qui comptabilise cinq décès ces trois dernières semaines dans l’unité Covid. « On est de nouveau dans une spirale, et ça sent le déjà-vu », dit la femme de 40 ans, qui redoute un « Noël Covid », comme en 2020, pendant la deuxième vague. « Il y a beaucoup d’appréhension. »

A la « porte d’entrée » de l’hôpital, au service des urgences, il y a désormais cinq à six passages Covid-19 par jour. Si ce n’est pas un gros volume, c’est deux fois plus qu’il y a quinze jours. « Ne parlez pas que du Covid, ce n’est pas le vrai problème », lâche d’emblée, ici, Eric Thibaud, comme une supplique. Le chef du service des urgences prend sa garde de nuit. Il est 18 h 30. Et il tient à le rappeler : le Covid-19 ne fait que s’ajouter à la « crise de l’hôpital », qui touche de plein fouet les urgences ces derniers mois, en forte tension pour trouver des lits « d’aval » pour hospitaliser leurs patients. « C’est la catastrophe, et on n’en voit pas la fin, dit l’homme de 39 ans. Ni comment l’hôpital s’en relèvera. »
Depuis quelques jours, il a fallu de nouveau sanctuariser un secteur de six lits pour les malades du Covid-19 aux urgences, pour se prémunir des contaminations. « Ça fout les larmes aux yeux », dit Emmy Davin, qui s’occupe notamment des deux patients atteints du Covid-19 présents en ce début de nuit. L’infirmière parle du retour de l’épidémie, mais aussi de l’annulation de la fête de Noël du service, qu’elle vient d’apprendre.« C’est peut-être hyper-con, mais on se réjouissait vraiment de ça… Dès qu’on a l’impression de sortir la tête de l’eau, ça recommence », déplore la jeune femme de 23 ans, qui a vécu la première vague à Mulhouse (Haut-Rhin), comme étudiante.

La docteure Kasarra Ben Hammouda discute calmement de vaccination avec l’un des deux patients malades du Covid-19. Un homme de 48 ans n’est « pas convaincu par les vaccins à ARN ». « J’adore les gens très pointus sur un domaine qui ne les concerne pas », dit-elle en souriant, après être sortie de la chambre, harnachée du plastique bleu ciel de sa blouse, sous le regard un peu surpris d’une femme âgée dans le couloir. Celle-ci veille son mari en fin de vie, dans la chambre à côté. Faute de place ailleurs, il a dû rester installé dans cette chambre du secteur Covid.
L’urgentiste de 41 ans tapote sur son ordinateur au poste de soins et enchaîne les coups de fil pour trouver des places à ses patients des quinze lits d’hospitalisation courte durée dont elle a la charge. L’un attend un lit en psychiatrie, l’autre en gériatrie. Un autre encore à l’hôpital de Guebwiller à quelques kilomètres. L’établissement vient tout juste d’annoncer qu’il fermait ses admissions, après la découverte d’un cluster de Covid-19.