Les Français pourront se voir prescrire des lunettes ou lentilles de contact par l’orthoptiste, accéder directement, sans diagnostic ni orientation préalable du médecin, aux orthophonistes, kinés et infirmiers en pratique avancée (IPA)

« Bisbilles dans le monde du soin »

Date de publication : 1er décembre 2021 Le Figaro

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C’est ce que titre Le Figaro, qui observe : « Kiné sans ordonnance, prescription de lunettes par l’orthoptiste, renouvellement de traitement par l’infirmier en pratique avancée… Brandis par le gouvernement comme des solutions aux déserts médicaux, l’accès direct et autres délégations de tâche hérissent les syndicats de médecins ».
Marie-Cécile Renault et Soline Roy reviennent ainsi sur cette « mesure inscrite dans le budget de la Sécurité sociale pour 2022 qui a déclenché une tempête ! Les Français pourront se voir prescrire des lunettes ou lentilles de contact par l’orthoptiste (paramédical, bac+3), sans passer chez l’ophtalmo (médecin, bac+12) ».


« De même, ils pourront pour certains soins accéder directement, sans diagnostic ni orientation préalable du médecin, aux orthophonistes, kinés et infirmiers en pratique avancée (IPA). Tous ces professionnels de santé ont un diplôme d’État de niveau bac+5. Des décrets préciseront le champ d’application de ces extensions de compétences »,
 expliquent les journalistes.
Elles relèvent qu’« en autorisant cet «accès direct» à certaines professions paramédicales, comme il avait ouvert aux pharmaciens la vaccination contre la grippe ou la délivrance de certains médicaments pour des pathologies bénignes (angine, cystite et conjonctivite), le gouvernement vise à faciliter l’accès aux soins. […] Une façon pragmatique, parmi d’autres, de répondre à la problématique des «déserts médicaux» sans passer par les mesures coercitives réclamées, à cor et à cri, par des élus locaux pour contraindre les médecins à s’installer en zones sous-dotées ».


Marie-Cécile Renault et Soline Roy constatent que « ces dispositions ont aussitôt suscité une levée de boucliers du côté des médecins libéraux. Reprochant au gouvernement de créer une rupture dans le parcours de soins coordonné, 6 syndicats et le Conseil de l’Ordre se sont élevés […] contre un «démantèlement des compétences médicales» et une «médecine sans médecin qui conduira à des retards de diagnostic et à une perte de chance pour les patients» ».
« Et d’expliquer qu’un ophtalmo, quand il prescrit des lunettes, peut effectuer un fond de l’œil, mesurer la tension artérielle oculaire, découvrir un glaucome, une DMLA ou un cancer, ce que l’orthoptiste ne fera pas. Le ton est monté sur les réseaux sociaux entre ces médecins qui se sentent dépossédés de leurs prérogatives et certains de leurs confrères, et les paramédicaux, qui les accusent de corporatisme », 
notent les journalistes.
Elles observent qu’« avec une démographie médicale en berne, «il faut faire bouger les lignes des compétences des professionnels de santé. Le système a besoin de respiration», défend Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance-maladie. Tout en concédant que «le médecin traitant conserve un rôle central et la responsabilité d’une patientèle» ».


Marie-Cécile Renault et Soline Roy soulignent qu’« en réalité, la fronde des médecins s’explique aussi par l’impact sur leurs rémunérations : si les généralistes, payés 25 € la consultation, perdent les actes simples et rapides pour ne garder que les actes longs et complexes, l’équation économique change ».
Thomas Fatôme déclare que « c’est un vrai débat. Il faut trouver une cohérence. Ce sera tout l’enjeu de la nouvelle convention médicale de 2023 que nous allons commencer à négocier dès l’an prochain ».


Le Dr Jean-Christophe Breton, généraliste en Moselle et signataire d’une tribune en faveur de l’accès direct, remarque pour sa part : « Les syndicats de libéraux ont toujours peur que les médecins fassent moins d’actes, mais on déborde tous de patients ! Et puis l’accès direct au kiné ne va pas diminuer ma pratique. On va gagner en qualité de travail et de prise en charge, à défaut de gagner en temps de travail. Et le kiné saura m’envoyer le patient si besoin ».
Le médecin ajoute : « Généralement, quand je fais pour un enfant une ordonnance d’orthophonie, c’est à la demande des parents et de l’enseignant, et je ne comprends rien au compte rendu, ça n’est pas mon métier. Même chose pour l’orthoptiste : des patients viennent me voir pour une prescription de lunettes faute de trouver un rendez-vous chez l’ophtalmo, mais je ne peux pas mesurer l’écart pupillaire, je ne suis pas équipé pour vérifier la pression intraoculaire, etc. L’orthoptiste a donc ici vraiment un plus à apporter ».


Marie-Cécile Renault et Soline Roy relèvent que « concernant les IPA, il avoue en revanche ne pas encore bien imaginer comment vont s’articuler les choses. Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), […] suggère que l’accès direct aux infirmiers en pratique avancée (IPA) se concentre «sur la prise en charge du grand âge ainsi qu’aux deux champs cruciaux que sont la prévention et l’éducation à la santé» ».


Les journalistes poursuivent : « Les paramédicaux, qui attendent ces mesures depuis de nombreuses années, se félicitent de cette simplification du parcours des patients. «Pour une entorse de cheville, souvent il n’y a rien à faire qu’immobiliser, le médecin fait simplement une ordonnance pour le kiné, illustre Pascale Mathieu, présidente du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (CNOMK). L’accès direct se fait dans la plupart des pays […]». Elle ajoute que «cela va améliorer l’accès aux soins dans beaucoup de pathologies où les médecins ne prescrivent pas de kiné alors que ce serait utile, par exemple pour les malades de Parkinson, pour la prévention de la dépendance». En outre, la révolution reste très encadrée : il ne s’agit encore que d’expérimentations dans 6 départements qui seront fixés par décret. «Bref, pas de quoi fouetter un chat !», estime Pascale Mathieu, étonnée de la réaction des médecins «qui ne se sont jamais mobilisés contre les ostéopathes, qui sont en accès direct, alors même que ce ne sont pas des professionnels de santé et que leur nombre a explosé» ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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