Santé : « Exsangue, la radiopédiatrie menace aujourd’hui de disparaître »
TRIBUNE
Collectif
Seuls 150 spécialistes de cette discipline, qui requiert un savoir-faire médical et technique particulier, sont aujourd’hui recensés sur l’ensemble du territoire, alors que la population des 0-19 ans représente 25 % de la population française, alertent dans une tribune au « Monde » vingt-quatre radiopédiatres et représentants de la profession.
Publié le 28 novembre 2021 à 11h00 Temps de Lecture 5 min.
Tribune. La dégradation de l’offre de soins en pédiatrie, de l’exercice des pédiatres libéraux et de la pédiatrie à l’hôpital public a été dénoncée en 2020 par un rapport de l’IGAS. L’actuelle épidémie de bronchiolite met à terre des équipes déjà épuisées et sonne à nouveau l’alarme. Toutes les spécialités pédiatriques sont touchées, notamment la chirurgie, l’anesthésie, la pédopsychiatrie et l’imagerie, réalisée par les radiopédiatres.
Qu’est-ce qu’un radiopédiatre ? C’est un spécialiste de l’imagerie de l’enfant, un médecin radiologue qui intervient auprès des enfants, parfois depuis la vie fœtale, jusqu’à l’adolescence. Ils pratiquent des actes diagnostiques (radiographie, scanner, échographie, IRM) et pour certains également des gestes de radiologie interventionnelle (ensemble de techniques de traitements percutanés guidés par l’image permettant d’éviter des gestes chirurgicaux plus lourds).
Les radiopédiatres sont aussi ceux qui évaluent la pertinence et le choix des examens d’imagerie. Lorsque l’examen est indiqué, ils mettent en place des techniques de distraction (jeux, musique, simulateurs, hypnose conversationnelle) afin de limiter au maximum l’emploi de médications sédatives ou d’anesthésies générales. Les radiopédiatres participent aussi aux réunions de concertation multidisciplinaire et aux réunions éthiques pour décider de façon collégiale des meilleures stratégies thérapeutiques chez un enfant ou un nourrisson gravement malade.
Une offre en diminution
Les pathologies pédiatriques demandent un savoir-faire médical et technique particulier. Orientés par votre médecin généraliste ou votre pédiatre, c’est un radiopédiatre spécialisé ou un radiologue formé à la radiopédiatrie que vous rencontrez, en ville comme à l’hôpital, lorsque votre enfant boite, se casse le poignet, a mal au ventre, au dos, à la tête, présente une masse inquiétante, mais aussi s’il séjourne en réanimation pédiatrique, souffre d’un cancer, d’une maladie rare, a reçu une transplantation d’organe, afin de poser un diagnostic ou de contribuer au suivi évolutif…
Aujourd’hui, la probabilité que vous puissiez bénéficier de l’avis d’un tel spécialiste formé à la radiopédiatrie s’amenuise dangereusement. La Société francophone d’imagerie pédiatrique et prénatale (SFIPP) déplore que seuls 150 spécialistes sont aujourd’hui recensés sur l’ensemble du territoire, soit 1,7 % des radiologues, alors que la population des 0-19 ans représente 25 % de la population française ! Exsangue, cette surspécialité au sein de la spécialité radiologique menace aujourd’hui de disparaître.
Les causes de cette situation sont identifiées de longue date : en premier lieu la démographie médicale radiologique et la désertification de l’hôpital public y jouent un rôle important. Les radiopédiatres exercent majoritairement à l’hôpital, même si certains radiologues libéraux exercent l’imagerie pédiatrique et prénatale, le plus souvent à temps partiel.
Une inégalité d’accès aux soins
En deuxième lieu, ces actes sont beaucoup plus consommateurs de temps et de personnels que la radiologie adulte et mériteraient une véritable reconnaissance tarifaire spécifique. Par exemple, l’échographie et l’IRM pédiatriques, qui n’exposent pas aux rayons X, devraient être largement favorisés et donc valorisés financièrement, ce que la SFIPP prône de longue date.
Enfin, la situation est aggravée par une politique budgétaire globale purement comptable, visant à limiter les coûts, mais sans véritable développement d’autres solutions viables et valorisées, sans véritable politique de pertinence. Cette situation conduit à une médecine avec une inégalité d’accès des enfants, selon les régions et les territoires, au bon examen radiologique, réalisé par le bon médecin.
Alors que les radiologues français ont été des pionniers dans cette surspécialité, un pan entier de la compétence médicale est en train de disparaître. Que ce soit dans des services hospitaliers spécialisés, dans les unités d’urgences médico-chirurgicales ou en consultation de ville, la sécurité, la continuité et la permanence des soins radiologiques de proximité, de référence et de recours pour les enfants doivent être préservées, ainsi qu’un maillage territorial adapté. Un volume seuil de personnels formés dans toutes les structures de soins doit être maintenu.
Une situation critique
Les perspectives de la démographie médicale radiologique sont préoccupantes. La radiopédiatrie est particulièrement en souffrance, comme l’est aujourd’hui l’ensemble de la pédiatrie. Les enfants et les nouveau-nés ne votent pas ; et manifestent peu… Les enfants malades encore moins… Mais leurs parents et leurs grands-parents, eux, peuvent s’exprimer ! Ils doivent savoir que notre système de santé n’est désormais plus en mesure de garantir la meilleure qualité, sécurité et continuité des soins, y compris dans les structures académiques les plus réputées.
Comment y remédier et pourquoi ? Par une revalorisation et une reconnaissance des carrières et des actes pédiatriques, bien au-delà des miettes issues du Ségur, pour assurer la qualité des soins pour tous les enfants, sur tout le territoire et dans tous les secteurs d’exercice. En notre âme et conscience, nous alertons très officiellement les pouvoirs publics sur cette situation critique.
Les signataires de cette tribune sont : Catherine Adamsbaum, professeure, ancienne présidente de la SFIPP, cheffe de service de radiopédiatrie du CHU Bicêtre, secrétaire générale du collège des enseignants de radiologie de France ; Marianne Alison, professeure, secrétaire générale de la SFIPP, cheffe de service de radiopédiatrie, CHU Robert-Debré, Paris ; Jean-Michel Bartoli, professeur, président de la sous-section 43-02, radiologie du CNU ; Jean-Paul Bérégi,professeur, président du collège des enseignants de radiologie de France ; Eléonore Blondiaux, professeure, conseillère scientifique SFIPP, CHU Trousseau, Paris ; Nathalie Boddaert, professeure, cheffe de service de radiopédiatrie, CHU Necker-Enfants malades, Paris ; Nathalie Boutry, professeure, cheffe de service de radiopédiatrie, CHU Jeanne-de-Flandres, Lille ; Louis Boyer, professeur, président du G4, conseil national professionnel de la radiologie ; Hervé Brisse,docteur, président de la SFIPP, chef de département d’imagerie, Institut Curie, Paris ; Philippe Cart, docteur, président du Syndicat des radiologues hospitaliers ; Jean-François Meder, professeur, chef de service de radiopédiatrie, CHU Pellegrin, Bordeaux ; Kathia Chaumoître, professeure, cheffe de service de radiopédiatrie, hôpital Nord, CHU Marseille) ; Anne Cotten, professeure, secrétaire générale de la Société française de radiologie ; Hubert Ducou Le Pointe, professeur, ancien président de la SFIPP, chef de service de radiopédiatrie, CHU Trousseau, Paris ; Stéphanie Franchi-Abella, professeure au CHU Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre ; Guillaume Gorincour, docteur, secrétaire général adjoint de la SFIPP, ancien professeur des Universités, radiopédiatre libéral ; Laurent Guibaud, professeur à l’hôpital mère-enfant, CHU Lyon ; Jean-Philippe Masson,docteur, président de la Fédération nationale des médecins radiologues ; Jean-François Meder, professeur, président de la Société française de radiologie ; Valérie Merzoug, docteure, trésorière de la SFIPP, radiopédiatre, radiologue libérale, attachée au CHU Bicêtre ; Baptiste Morel, docteur, conseiller scientifique SFIPP, chef de service de radiopédiatrie, CHU Tours ; Philippe Petit, professeur, chef de service de radiopédiatrie, hôpital Timone-Enfants, CHU Marseille ; Ugo Pirocca, docteur, président de l’Union nationale des internes de radiologie ; Bruno Silberman, docteur, 1er vice-président de la Fédération nationale des médecins radiologues.
Collectif
Dr Jean Scheffer:
La solution , le Clinicat-Assistanat pour tous
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