« Chinafrique », l’heure des désillusions
Le Forum sur la coopération sino-africaine, qui s’ouvre dimanche à Dakar, marque le pas après vingt ans d’expansion chinoise sur le continent.
Par Frédéric BobinPublié aujourd’hui à 03h01, mis à jour à 14h25
Temps de Lecture 5 min.

Après le faste, la frugalité. Le Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), grand rendez-vous rituel entre l’empire du Milieu et le continent africain, s’ouvre dimanche 28 novembre à Dakar, au Sénégal, sous le signe d’une sobriété assumée. Le statut de conférence ministérielle, et non de sommet comme lors des précédentes éditions – davantage couru par les chefs d’Etat et de gouvernements africains que les assemblées générales des Nations unies – souligne à lui seul le nouveau climat des relations entre la Chine et l’Afrique.
La révision à la baisse du format est certes un dégât collatéral de la pandémie de Covid-19, Xi Jinping, le président chinois, préférant rester prudemment à domicile. Elle n’illustre pas moins le tassement d’une dynamique Chinafrique qui, pour avoir été spectaculaire ces vingt dernières années, n’en a pas moins été en deçà des espérances de chacun.
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Projets à l’impact industriel limité, échanges commerciaux déséquilibrés de type Nord-Sud, piège de la dette, corruption des élites, droit du travail malmené dans les implantations chinoises… Les crispations ont accompagné les courbes quantitatives de la présence de Pékin sur le continent.
Un investissement stratégique
Résultat : si le niveau de satisfaction de la Chine dans les populations africaines demeure élevé, il connaît un recul, selon les enquêtes de Pew Research Center. Sur la période 2013-2019, le taux d’opinions « favorables » est ainsi passé en Afrique du Sud de 48 % à 46 %, au Kenya de 78 % à 58 %, et de 76 % à 70 % au Nigeria.
« Pour les Chinois comme pour les Africains, c’est un peu la fin des illusions, souligne Thierry Pairault, spécialiste de la présence chinoise en Afrique. Chacun réalise qu’il ne suffit pas de dépenser de l’argent pour susciter le développement. »
L’essor de cette « Chinafrique » sur les vingt dernières années – le Focac, qui se réunit tous les trois ans, a démarré en 2000 – a illustré tout autant la globalisation de la Chine qu’un investissement stratégique très particulier sur un continent riche en matières premières et jusque-là chasse gardée des anciennes puissances coloniales.
De fait, les chiffres sont impressionnants. La valeur des échanges commerciaux a été multipliée par vingt de 2002 à 2020, passant de 10 milliards à 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros). Cette poussée a permis à la Chine de déloger les Etats-Unis de leur position de premier partenaire commercial de l’Afrique. Pékin s’est aussi lancé dans de grands travaux d’infrastructures, construisant un projet sur trois sur le continent.
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Environ 10 000 entreprises chinoises opéraient en Afrique en 2017, selon un rapport du cabinet McKinsey. Mais ce chiffre doit être nuancé : leur nombre effectivement enregistré en Chine serait de 3 000 à 4 000, le reste étant des sociétés africaines dirigées par un Chinois. L’ensemble de ces activités a drainé sur le continent une diaspora chinoise évaluée à environ 1 million de personnes.
Un ancrage géopolitique majeur
Simultanément, l’accent a été mis sur le « soft power » à travers l’implantation de soixante-deux instituts Confucius et l’accueil de 60 000 étudiants dans des universités chinoises, une manière de couver une future élite africaine sinophile. Ces formations suscitent un écho incontestable en Afrique où le désir de s’arracher au face-à-face avec les anciennes puissances coloniales est vif.
Pékin joue abondamment sur cet arrière-plan psychologique en exaltant son rôle historique dans les combats de la décolonisation aux côtés de ses « frères africains ». L’ouverture, en 2017 à Djibouti, d’une base militaire chinoise, la première à l’étranger, a ajouté une dimension stratégique à cette expansion de la Chinafrique insérée dans les corridors des « nouvelles routes de la soie ». La corne de l’Afrique apparaît bel est bien, aux yeux des Chinois, comme un ancrage géopolitique majeur sur les voies maritimes reliant l’Océan indien à l’Europe.
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L’envolée des données statistiques dissimule toutefois difficilement un désenchantement croissant, voire une montée des frictions. Car contrairement à une idée reçue, les fonds débloqués par les Chinois relèvent moins d’investissements que de prestations de service (contrats d’infrastructures clés en main), dont la charge revient in fine aux Africains à travers leur endettement auprès de bailleurs chinois.
En 2019, le montant des investissements de Pékin atteint 2,7 milliards de dollars (environ 2,4 milliards d’euros) tandis que les prestations de service se sont élevées, elles, à 44 milliards de dollars. Et quand ils sont bien réels, ces investissements sont concentrés sur des secteurs à faible valeur ajoutée – les mines notamment – aux effets industrialisants limités pour le tissu africain.
Opacité des contrats
Les tensions qui sont récemment apparues en République démocratique du Congo (RDC), le président Félix Tshisekedi réévaluant un certain nombre de contrats avec les Chinois sur les mines de cuivre et de cobalt, illustrent cette prise de conscience de l’envers du décor de la Chinafrique. Au Kenya, les déboires judiciaires du projet de ligne ferroviaire Nairobi-Mombasa – un tribunal a jugé en 2020 que l’appel d’offres remporté par des entreprises chinoises n’avait pas respecté les règles de concurrence – procède de la même interrogation sur le bien-fondé ou la légalité de certains contrats passés avec les Chinois.

Dans ce nouveau contexte, le Focac de Dakar pourrait marquer un infléchissement de la relation sino-africaine vers plus de mesure, à rebours des ambitions grandiloquentes des deux dernières décennies. « Les Chinois doivent maintenant faire face à des audiences plus sophistiquées qu’il y a vingt ans, observe Paul Nantulya, chercheur à l’Africa Center for Strategic Studies, un cercle de réflexion basé à Washington. La relation entre la Chine et l’Afrique était jusque-là l’apanage des élites mais elle doit maintenant compter avec une société civile plus exigeante. »
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Les dirigeants africains ne peuvent en effet ignorer les interrogations de plus en plus critiques sur l’opacité des contrats, les dérives de l’endettement ou un accès des produits africains au marché chinois demeuré restrictif. Ces doléances nouvelles devraient nourrir les discussions du Focac de Dakar avec des Chinois à l’écoute. « Dans différents pays africains, les officiels chinois ont souvent accepté d’échanger avec des groupes de la société civile », note M. Nantulya. L’intérêt objectif de la Chine est en effet de prendre la mesure de ces nouvelles humeurs africaines afin de corriger le tir. A défaut, elle verra les courbes de satisfaction à son égard continuer de s’éroder.
Frédéric Bobin
*« Entre la Chine et l’Afrique, la relation est profondément asymétrique »
Selon le chercheur Thierry Pairault, le Forum sur la coopération sino-africaine de Dakar s’inscrit dans un contexte de révision des rapports entre Pékin et le continent.
Propos recueillis par Frédéric Bobin
Publié le 26 novembre 2021 à 18h00, mis à jour hier à 18h12
Temps de Lecture 4 min.
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Thierry Pairault est sinologue et socio-économiste, directeur de recherche émérite (CNRS/EHESS) et spécialiste de la présence chinoise en Afrique. Il vient de publier, avec Xavier Richet, Présences économiques chinoises en Méditerranée(éd. L’Harmattan/Iremmo). Dans un entretien au Monde Afrique, il explique quele Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) qui se tient à Dakar du dimanche 28 au mardi 30 novembre sonne « la fin des illusions » après des années de financements chinois à l’impact limité sur le développement du continent.
Dans quel climat s’ouvre le Focac de Dakar ?
Pour les Chinois comme pour les Africains, c’est un peu la fin des illusions. Chacun réalise qu’il ne suffit pas de dépenser de l’argent pour susciter le développement. Les Africains, en particulier, se rendent compte que les masses d’argent débloquées par les Chinois, finalement assez chères en termes de taux d’intérêt et assorties d’échéances de remboursement très brèves, ne suffisent pas à provoquer le choc économique et développemental recherché.
Indirectement, cela donne raison aux stratégies de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), qui mettent plutôt la pédale douce pour retenir les projets les plus réfléchis. Cette prise de conscience est nouvelle du côté africain. Mais les Chinois sont d’accord : ils admettent eux-mêmes qu’ils n’ont pas réalisé les études de rentabilité qui s’imposaient pour viabiliser les projets. Ils sont donc devenus plus durs dans l’attribution des crédits. Le Focac de Dakar s’inscrit dans ce contexte d’une révision s’opérant des deux côtés.
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Comment identifier les intérêts mutuels entre la Chine et l’Afrique ?
La relation est profondément asymétrique. La Chine est sacrément importante pour l’Afrique. L’arrivée des Chinois, avec leurs projets et leurs financements, a permis aux Africains de sortir du face-à-face, qui tenait du monologue, avec les anciennes puissances coloniales. Elle leur offre un moyen de se démarquer de l’Occident, une autre façon d’envisager l’organisation mondiale. Dans l’autre sens, à savoir l’intérêt chinois pour l’Afrique, il faut bien distinguer l’économique du politique.
Au plan économique, l’Afrique n’est nullement une priorité pour la Chine. La place de l’Afrique dans le commerce extérieur chinois de marchandises est exactement la même que sa place dans le commerce mondial (3 %). De ce point de vue, il faut envisager les « routes de la soie » chinoises au-delà la rhétorique. L’Afrique n’est intéressante pour la Chine que dans la mesure où elle borde des routes maritimes vers l’Europe. La Corne de l’Afrique est certes impliquée, mais l’objectif chinois est l’accès au marché européen.
Pourtant, tout un discours s’est construit sur les investissements chinois en Afrique…
Attention, il faut bien distinguer les investissements réels des prestations de service dans les secteurs de la construction et des infrastructures (stades, aéroports, routes, immobilier… ), qui peuvent être entre dix et vingt fois supérieures. En 2019, les premiers se sont élevés à 2,7 milliards de dollars [environ 2,4 milliards d’euros] et les secondes à 44 milliards. La réalité est que la Chine est un prestataire de service plutôt qu’un investisseur en Afrique. A titre de comparaison, les investissements chinois au Laos, petit pays de 7 millions d’habitants, représentent à eux seuls ces dernières années autour de 30-40 % des investissements chinois sur l’ensemble de l’Afrique, continent de 1,2 milliard d’habitants.
Les activités chinoises en Afrique relèvent davantage du commerce – de biens ou de services – que de la production. Car à côté des prestations de service, il y a le commerce extérieur, deux fois plus élevé encore. On voit clairement que la partie commerciale est bien plus importante que les investissements proprement dits. La Chine ne participe que très marginalement à l’industrialisation du continent. D’autant que ces investissements sont concentrés sur des activités intensives en main-d’œuvre et peu capitalistiques, comme l’extraction minière ou la maroquinerie, et n’impliquent que peu de transfert de technologies.
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Puisque vous évoquez les mines, la Chine ne dépend-elle pas de ces approvisionnements africains ?
Absolument pas. La Chine a joué une carte raisonnable en diversifiant ses fournisseurs. On l’a vu quand la crise a éclaté avec l’Australie. La Guinée l’a aussitôt remplacée comme fournisseur de fer et de bauxite. Pour tous les produits, Pékin a des alternatives. Sur le pétrole par exemple, l’Angola, qui fournissait 7 % des besoins des Chinois, vient de perdre environ 20 % de ce marché. La Chine s’est ainsi ménagé une grande souplesse. Sur les matières premières, les fournisseurs africains dépendent davantage du client chinois que le contraire.
L’intérêt de la Chine pour l’Afrique ne serait-il donc que politique ?
A chaque fois que la Chine investit une petite somme, achète ou vend, cela lui permet de fidéliser une clientèle dont elle va recueillir les dividendes aux Nations unies – en termes de vote à l’Assemblée générale. C’est ainsi qu’elle a pu obtenir la direction de quatre agences onusiennes : l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’Organisation pour le développement industriel (Onudi) et l’Union internationale des télécommunications (UIT). Ni les Européens ni les Américains n’ont jamais dirigé autant d’instances au même moment. La Chine n’a pu conquérir ces positions que grâce au soutien africain, un soutien plutôt bon marché.
Frédéric Bobin
« En Afrique, la Chine contre-attaque sur l’héritage du colonialisme »
Pour le chercheur Antoine Kernen, Pékin exploite un discours plutôt efficace auprès des dirigeants africains en renvoyant l’Europe à son passé.
Propos recueillis par Nathalie Guibert
Publié aujourd’hui à 08h00
Temps de Lecture 5 min.

L’initiative vise, sans les nommer, les Occidentaux. Le 29 septembre, la Chine a déposé une résolution dénonçant « l’héritage du colonialisme » devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui rassemble 47 Etats. Le texte, adopté le 8 octobre sans grandes conséquences, dénonce « l’exploitation économique, les inégalités au sein des Etats entre eux, le racisme systémique, les violations des droits des peuples autochtones, les formes contemporaines d’esclavage et les atteintes au patrimoine culturel ». Une parade aux critiques contre les pratiques coloniales brutales de Pékin envers les minorités tibétaine et ouïgoure.
Pour Antoine Kernen, spécialiste de la « Chinafrique » à l’université de Lausanne, qui a codirigé le dossier « Etats d’émergence en Afrique » dans la revue Critique internationale (numéro 89), la Chine a su « se construire à bon compte l’image d’une puissance généreuse » sur le continent, mais son discours critique sur le colonialisme pourrait se retourner contre elle.
D’où vient l’idée, pour Pékin, de dénoncer l’héritage colonial occidental ?
Pour la Chine, accusée de néocolonialisme en Afrique et ailleurs, il s’agit clairement d’une contre-attaque. Pékin reprend l’argument et le renvoie aux Européens et aux Occidentaux qui ont un passé colonial. Ce jeu rhétorique prend place dans des arènes internationales où la Chine est souvent en position de faiblesse sur les droits humains. Ce n’est pas mal joué de sa part et elle a des arguments, ayant elle-même subi le colonialisme occidental. D’autant que dans le même temps, dans les milieux académiques, la remise en cause de l’héritage colonial et les questions de race ont le vent en poupe.
L’aurait-elle fait il y a vingt ans ?
Non, car la Chine était alors presque inexistante au niveau international. Elle cherchait surtout à ne pas être accusée de violations des droits humains. Le grand changement est venu avec Xi Jinping [le président chinois]. Il veut montrer que la Chine ne se soumet pas à un ordre mondial occidental. Il y a vingt ans, le pays n’avait qu’une politique économique étrangère, aujourd’hui il a un récit qui va avec.
Le message peut-il porter auprès des gouvernements africains ?
Dans les pays d’Afrique de l’Ouest, il existe souvent un fond d’anticolonialisme dénonçant la France ou l’Occident. L’Afrique n’a donc pas eu besoin de la Chine pour développer un tel discours. D’ailleurs, ce discours n’est pas vraiment nouveau en Chine non plus : il remonte à la conférence de Bandung, en 1955, puis au mouvement des non-alignés. Dès les années 1950, alors que la Chine s’invente une politique étrangère et cherche à se positionner comme leader du tiers-monde, elle met en en avant son passé de pays colonisé par les puissances occidentales. Aujourd’hui encore, cette histoire lui permet de cultiver sa différence avec elles.
« Les investissements chinois ne changent pas la position de l’Afrique dans la division internationale du travail »
Nul doute que cette Chine anciennement colonisée qui fragilise les positions des vieilles puissances européennes est plutôt bien perçue par les dirigeants africains. Mais elle ne va pas pouvoir redevenir le porte-parole des pays colonisés. Aujourd’hui, si le même discours perdure, elle est une puissance économique majeure sur le continent, qui, comme les autres avant elle, est intéressée surtout par les matières premières. Les investissements chinois ne changent pas la position de l’Afrique dans la division internationale du travail.
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Et dans la population, plus largement ?
Evidemment, les perceptions sont diverses et souvent ambivalentes. Dans le domaine de la consommation, par exemple, les gens vous disent apprécier des produits chinois bon marché, tout en critiquant la qualité des « chinoiseries ». Parmi les ouvriers qui travaillent pour les entreprises de construction chinoises en Afrique, le discours est très critique à l’égard des bas salaires, des mauvaises conditions de vie sur les chantiers… Tout cela débouche souvent sur des tensions, des grèves ou des bagarres. Les conflits se cristallisent autour de l’organisation raciale du travail. En raison du nombre d’expatriés chinois sur ces chantiers, les locaux ne peuvent obtenir que des emplois subalternes, sans aucune possibilité de progression, quelles que soient leur expérience ou leur formation.
Comment la Chine s’y prend-elle pour promouvoir son discours ?
Les pays africains tirent des avantages très concrets de la coopération avec la Chine, et cette dernière sait se rendre visible : Pékin offre des stades de football, construit ici les bâtiments des ministères, là ceux du Parlement… Bref, cette « coopération du béton » marque l’espace urbain des grandes villes africaines. En outre, comme les entreprises chinoises construisent souvent d’autres infrastructures, beaucoup sont persuadés que c’est aussi le pays qui finance.
Durant la crise du Covid-19, Pékin s’est donné une bonne image avec l’envoi très médiatisé de masques et de respirateurs. Au même moment, du matériel plus coûteux de traitement de l’épidémie, des tests notamment, venait d’Europe. J’ai constaté, au Cameroun par exemple, que cette stratégie était jugée négative par un fort discours anti-européen, tandis qu’une partie de l’opinion reprenait l’idée que le Covid aurait été produit aux Etats-Unis. Chacun gardait en tête les masques offerts par la Chine. Malgré des montants assez modestes, donc, la coopération chinoise a réussi à avoir une grande visibilité. La Chine se construit ainsi à bon compte l’image d’une puissance généreuse
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Le discours chinois sur le colonialisme peut-il s’enraciner auprès des jeunes ?
En Afrique de l’Ouest, ce discours était enraciné chez les jeunes bien avant que la Chine en fasse un usage politique. Cela ne signifie pas pour autant que l’attrait pour l’Occident ou l’ancienne métropole ait disparu à son profit. Pour les étudiants, partir en Chine est toujours un deuxième ou un troisième choix, après les Etats-Unis et l’Europe. D’autant que la plupart des Africains diplômés en Chine, même avec une formation d’ingénieur, ont de la peine à trouver un travail autre que celui de traducteur auprès des entreprises chinoises. Celles-ci ne leur font pas confiance et observent une hiérarchie stricte.
« Le discours chinois anticolonial est plus efficace en Europe, où l’on se sent mal à l’aise avec ce passé »
Certes, les commerçants rêvent d’aller s’approvisionner en Chine. Il arrive aussi que des amateurs d’arts martiaux ou de la langue chinoise bénéficient de bourses de trois mois pour se familiariser avec la culture chinoise. Ceux-là reviennent souvent ébahis par la modernité qu’ils y rencontrent, mais ils ne sont pas nombreux. N’oublions pas, en outre, que des universitaires, des intellectuels, développent un regard critique sur l’alliance de leurs gouvernants avec la Chine, qui les amène à rejeter les deux. Paradoxalement, je pense que le discours chinois anticolonial est plus efficace en Europe, où l’on se sent mal à l’aise avec ce passé sur lequel il reste à faire un retour historique.
Nathalie Guibert