Les variants les plus dangereux sont nés dans les pays les plus permissifs: le Royaume-Uni (variant Alpha), le Brésil (variant Gamma), l’Inde (variant Delta)

Covid-19 : « Ce n’est ni en Corée ni en Australie que des variants plus dangereux sont apparus, mais dans les pays les plus permissifs »

Spécialiste des maladies infectieuses, le professeur Renaud Piarroux estime, dans un entretien au « Monde », le bilan sanitaire très favorable dans les pays qui ont opté pour la stratégie zéro Covid. 

Propos recueillis par Florence RosierPublié aujourd’hui à 17h00  

Temps de Lecture 4 min.

 https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/24/covid-19-ce-n-est-ni-en-coree-ni-en-australie-que-des-variants-plus-dangereux-sont-apparus-mais-dans-les-pays-les-plus-permissifs_6103447_3244.html

Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie-mycologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) à Paris, le 10 novembre 2020.
Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie-mycologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) à Paris, le 10 novembre 2020. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie-mycologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) à Paris, avocat de la stratégie zéro Covid au début de la pandémie, admet que cette politique stricte de contrôle ne fonctionne plus face à la contagiosité accrue du virus.

Vous avez défendu la stratégie zéro Covid adoptée par certains pays. Est-ce une option tenable aujourd’hui ?

J’ai été favorable à cette politique de contrôle très strict de la circulation du virus, quand circulait la souche historique du SARS-CoV-2. Mais depuis, le variant Alpha, venu d’Angleterre, a surgi : sa contagiosité accrue a déjà compliqué cette stratégie. Puis est arrivé le variant Delta, et son niveau de contagiosité très élevé a bouleversé la donne. Avec un coefficient de reproduction (« R0 ») autour de 6 ou 7 – une personne infectée peut en contaminer 6 à 7 autres, en l’absence de mesures barrières – il suffit de très peu de personnes non vaccinées pour entretenir la circulation du virus. Il faut donc déployer bien plus d’efforts pour en contrôler la diffusion. Ce n’était pas du tout le cas au début de la pandémie, avec une souche virale dont le taux de reproduction initial était de 2 à 3.

Quel bilan en dressez-vous, alors que les Etats qui ont appliqué cette politique y renoncent les uns après les autres ?

Ceux qui ont déployé le zéro Covid mais qui l’abandonnent à regret, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ont largement préservé leurs populations. En témoignent les nombres de décès rapporté à la taille des populations dans ces pays : ces taux de mortalité ont été au moins dix à cent fois inférieurs à ceux partout ailleurs. Selon le site Worldometers, ils se situent entre 8 et 75 par million d’habitants dans les pays adeptes du zéro Covid (243 au maximum pour le Vietnam). Par contraste, en Allemagne, en Suède, en France, au Royaume-Uni, en Italie, aux Etats-Unis… ils ont atteint entre 1 186 à 2 382 décès par million d’habitants, avec un sommet (5 978) au Pérou.

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Les pays qui ont mis en place le zéro Covid s’en sont donc mieux sortis pour l’instant. Je ne serai pas étonné qu’ils continuent à mieux s’en sortir car ils ont mis au point des outils très efficaces, indépendamment de la vaccination : traçage des contacts, confinements locaux… Certes, avec le relâchement progressif des mesures de contrôle, ils vont rencontrer des difficultés à maintenir un faible niveau de circulation du virus. Mais je ne suis pas certain que le retour de bâton sera extrêmement violent, en tout cas pas aussi violent que les vagues que nous avons pu connaître.

Pourquoi ces pays n’ont-ils pas mis à profit le répit que leur offrait ce contrôle pour vacciner largement leurs populations ?

Leurs populations ont mis du temps à être vaccinées, c’est vrai, mais ce retard est en voie d’être rattrapé. La stratégie zéro Covid a-t-elle moins incité les habitants de ces pays à se faire vacciner ? Je n’en suis pas certain. Ce qui pousse les gens à se faire vacciner, c’est la peur liée à la maladie, donc le nombre de morts resté faible dans ces pays, en effet. Mais c’est aussi la confiance que l’on a dans les autorités sanitaires. Or la première ministre néo-zélandaise, par exemple, jouit d’une confiance importante de la population.

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Quid du bilan économique ?

La Chine semble s’en être bien tirée. Ayant débarrassé le pays du virus, le pays a pu faire tourner ses usines et son économie. Même si à l’échelle locale, il y a eu des confinements très agressifs, 95 % de la Chine a continué à fonctionner. Pour les autres pays, honnêtement je ne sais pas, je ne suis pas économiste. Mais pendant ce temps-là, le monde occidental, lui, ayant laissé déraper l’épidémie, devait restait confiné à l’échelle de pays entiers. Pour autant, on ne pourra plus mettre en œuvre une stratégie zéro Covid à l’échelle du monde. On pourrait la maintenir localement, mais au prix d’efforts terribles qui ne sont sans doute pas tenables, notamment aux plans économique et social.

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Vous dites que la lutte contre cette pandémie marque un échec au niveau mondial…

En effet, car il n’y a pas eu d’entente globale. Si l’on avait ralenti la progression du virus dans le monde, on aurait été confronté à moins de variants agressifs. L’apparition de mutations dépend de la masse de virus qui circule. Ce n’est ni en Corée du Sud, ni en Australie ou au Vietnam que les variants les plus dangereux sont apparus, mais dans les pays les plus permissifs, qui ont laissé courir l’épidémie avant même de disposer d’un vaccin : le Royaume-Uni (variant Alpha), le Brésil (variant Gamma), l’Inde (variant Delta). Le monde entier a payé la note de ce laxisme. Ensuite, quand on a disposé d’un vaccin, on aurait très certainement pu le produire plus massivement si la logique économique n’avait pas prévalu.

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Florence Rosier

Australie, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande… Pourquoi ces pays abandonnent la stratégie « zéro Covid »

Cette méthode de contrôle strict de la pandémie est devenue intenable avec l’arrivée du variant Delta, plus contagieux. Seuls Hongkong et la Chine continuent de la mettre en œuvre. 

Par Brice Pedroletti(Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est)Florence de Changy(Hongkong, correspondance)Isabelle Dellerba(Sydney, correspondance)Philippe Mesmer(Tokyo, correspondance) et Florence RosierPublié aujourd’hui à 04h17, mis à jour à 18h18  

Temps de Lecture 10 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/24/zero-covid-pourquoi-la-plupart-des-pays-partisans-de-cette-strategie-y-ont-renonce_6103353_3244.html

Des passants dans le quartier d’Aoyama à Tokyo (Japon), le 10 novembre 2021.
Des passants dans le quartier d’Aoyama à Tokyo (Japon), le 10 novembre 2021. KIICHIRO SATO / AP

La première ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, l’a annoncé officiellement lundi 22 novembre. Pour lutter contre le Covid-19, le pays se contentera désormais de « contenir » le virus, au lieu de tenter de l’éradiquer. Si aucun calendrier sur la réouverture des frontières n’a été communiqué, cette déclaration marque l’abandon du zéro Covid, une stratégie que ce pays avait pourtant été un des premiers à adopter, le 23 mars 2020.

Dès l’hiver 2020, à mesure que le virus SARS-CoV-2 étendait son emprise, le monde s’était divisé sur les défenses à lui opposer. Deux contre-attaques, aux antipodes l’une de l’autre, avaient été développées. L’une, ultralaxiste, consistait à « laisser filer » l’épidémie dans l’espoir d’atteindre une immunité collective, comme au Royaume-Uni ou en Suède. L’autre, dite « zéro Covid », avait été choisie par les pays d’Asie du Sud-Est, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Leurs contours géographiques, souvent en forme d’île ou de presqu’île, étaient, il est vrai, favorables à ce repli.

Cette approche vise à écraser la courbe de circulation du virus. Dans un premier temps, il s’agit d’imposer un confinement très strict pour atteindre un taux infime de nouveaux cas. Ensuite, plusieurs leviers sont actionnés pour juguler les nouveaux clusters : verrouillage des frontières, limitation des rassemblements, port généralisé du masque, triptyque « tester, tracer, isoler » (TTI). Si les signaux sont au vert, les zones exemptes de virus sont rouvertes, au cas par cas, mais restent soumises au régime TTI. Dès qu’un foyer est détecté, tout est fait pour l’éteindre au plus vite.

Un employé d’une entreprise de logistique pulvérise du désinfectant sur des colis à livrer, à titre préventif, à Zhangye, en Chine, le 16 novembre 2021. STR / AFP

Près de deux ans plus tard, alors que la plupart des pays qui ont instauré la stratégie zéro Covid semblent y renoncer – sauf la Chine et Hongkong –, quel bilan dresser ? Sur le plan sanitaire, le succès est écrasant. En Nouvelle-Zélande, à Hongkong, à Singapour, en Corée du Sud, en Australie et au Vietnam, les taux de mortalité depuis le début de la pandémie ont été respectivement de 8, 28, 62, 65, 75 et 243 par million d’habitants. Par contraste, aux Etats-Unis, en Italie, au Royaume-Uni, en France et en Suède, ces taux ont atteint 2 382, 2 208, 2 105, 1 811 et 1 482 morts par million d’habitants.

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Mais sur le plan économique ? La plupart de ces pays ont envisagé le zéro Covid comme une défense temporaire – destinée à protéger leurs populations le temps que les boucliers vaccinaux ou thérapeutiques soient disponibles et fassent leur effet – mais vouée, ensuite, à être assouplie. Dès lors, cette politique, parce que transitoire, était économiquement jouable. « La stratégie zéro Covid – que j’ai défendue  ne peut être une option définitive, estime le professeur William Dab, ancien directeur général de la santé. C’est, à mon sens, la meilleure méthode, le temps de pouvoir vacciner l’essentiel de la population. » Tenir cette stratégie sur le long terme, dans le monde actuel, est cependant impossible, ajoute l’épidémiologiste. D’autant que l’arrivée du variant Delta, bien plus contagieux, a imposé une surenchère dans les mesures de contrôle.

L’Australie et la Nouvelle-Zélande, par exemple, se sont en effet lancées dans le zéro Covid en jugeant qu’il s’agissait d’un moyen passager, « le plus efficace pour protéger la santé publique jusqu’à l’arrivée des vaccins et/ou des médicaments antiviraux, renchérit Ben Cowling, professeur d’épidémiologie à l’Ecole de santé publique de l’université de Hongkong. Pour ces pays, le zéro Covid a atteint son objectif et n’est plus considéré comme la meilleure stratégie ». Depuis quelques semaines, les pays jusque-là adeptes de cette stratégie détaillent comment ils entendent progressivement en sortir. Mais là comme ailleurs, l’équilibre reste fragile. La Corée du Sud, par exemple, semble avoir relâché le contrôle un peu vite, et les nouveaux cas ont flambé. Tour d’horizon de la situation dans les principaux pays ayant opté pour le zéro Covid.

  • Singapour rouvre prudemment

En octobre, les autorités de Singapour ont expliqué qu’il fallait considérer le Covid-19 comme endémique – au même titre que la grippe ou la dengue – et accepter de coexister avec le virus. Mais la réouverture se fera « de manière très prudente, étape par étape », a déclaré, le 20 novembre, le ministre de l’industrie et du commerce, Gan Kim Yong, alors que 85 % des Singapouriens sont vaccinés.

L’abandon du zéro Covid intervient après une vague de contaminations en octobre, qui a vu le nombre d’infections grimper à plus de 3 000 par jour et celui des décès quotidiens à plus d’une quinzaine. Depuis fin octobre, un « canal pour voyageurs vaccinés », ouvert à une quinzaine de pays dont la France, permet d’entrer sans quarantaine dans la cité-Etat. Mais le travail à domicile reste la solution « par défaut » et seuls les vaccinés ont le droit d’entrer dans les grands magasins.

  • Les restrictions sont en grande partie levées au Vietnam

Epargné durant les premières vagues grâce à sa politique de neutralisation de chaque cluster, associée à l’imposition d’une quatorzaine aux frontières, le Vietnam subit depuis l’été deux vagues meurtrières, dues au variant Delta. Le bilan, d’à peine une centaine de morts fin juin, a explosé à 23 685 décès au 22 novembre. Les autorités ont réagi, le 9 juillet, en imposant la fermeture des commerces et des usines ainsi qu’un confinement des 9 millions d’habitants de la capitale économique, Ho Chi Minh-Ville, tout en déployant 130 000 soldats pour le faire appliquer. Mais cette fois, le zéro Covid n’a pas eu les résultats escomptés, poussant le premier ministre, Pham Minh Chinh, à évoquer un changement de stratégie : « Nous ne pouvons pas recourir éternellement à des mesures de quarantaine et de confinement, car cela entraînerait des difficultés pour la population et l’économie. »

Un supporteur se fait prendre la température pour le contrôle sanitaire requis avant un match de football, au stade national My Dinh, à Hanoï, au Vietnam, le 16 novembre 2021. NHAC NGUYEN / AFP

Fin septembre, une grande partie des restrictions ont donc été levées – avec l’objectif affiché de voir l’activité reprendre dans les usines. Résultat, les ouvriers confinés depuis trois mois sont retournés dans leur région d’origine – les usines peinant à les faire revenir. Le Vietnam, par ailleurs, a tardé à vacciner. Sa couverture vaccinale complète est aujourd’hui de 41 %, mais l’intégralité de la population adulte devrait être vaccinée d’ici à la fin de l’année. Signe que la situation reste précaire, les autorités ont ordonné, le 18 novembre, la fermeture des bars, karaokés et boîtes de nuit à Ho Chi Minh-Ville, deux jours après avoir autorisé leur réouverture. Le 20 novembre, le pays a rouvert aux touristes étrangers vaccinés l’île touristique de Phu Quoc, sans imposer de quatorzaine.

  • L’Australie fait figure de bonne élève

En mars 2020, quand les autorités australiennes ont fermé leurs frontières puis mis en place une quarantaine obligatoire pour les rares personnes autorisées à entrer, elles ne visaient pas l’élimination du Covid-19. Quelques semaines plus tard, le coronavirus avait quasiment disparu de l’île-continent à la suite d’un confinement assez souple. C’est alors que l’Australie a adopté une politique de « neutralisation agressive », dans l’attente d’un traitement ou d’un vaccin.

Grâce à des mesures de dépistage, de traçage et des confinements stricts mais brefs (à l’exception de celui imposé à Melbourne durant l’hiver 2020), l’Australie a réussi à éradiquer toutes les reprises épidémiques jusqu’à l’arrivée du variant Delta, en juin. Durant la majeure partie de la crise, les Australiens ont eu le privilège de vivre sans masque ni obligation de distanciation physique. En juillet, cinq mois après le début de la campagne de vaccination, le gouvernement a annoncé un plan en quatre étapes pour fermer cette parenthèse du zéro Covid. L’objectif : s’appuyer sur de forts taux de vaccination pour que, malgré l’inévitable explosion des cas, le nombre d’hospitalisations reste sous contrôle.

Mais l’entrée en scène du variant Delta, alors que moins de 10 % de la population était immunisée, a bousculé cet agenda. Les deux plus grands Etats australiens – la Nouvelle-Galles du Sud et le Victoria – incapables de se débarrasser de cette nouvelle souche, ont été contraints d’abandonner cette stratégie et d’imposer de longs confinements. Lesquels n’ont été levés, pour l’instant, que pour les personnes vaccinées. Le 23 novembre, près de 84 % des plus de 12 ans avaient reçu deux doses de vaccin et ce taux augmente toujours, tandis que le gouvernement propose déjà une dose de rappel à toutes les personnes vaccinées depuis plus de six mois. Ces taux élevés devraient permettre au pays de continuer à figurer parmi les bons élèves de la lutte contre le Covid-19, alors qu’il a commencé à rouvrir ses frontières début novembre.

  • La situation économique a pesé en Corée du Sud 

Les craintes pour l’économie ont eu raison des réticences de la Corée du Sud à sortir du zéro Covid. Lundi 22 novembre, Séoul a rouvert l’ensemble des établissements scolaires aux élèves et étudiants. La décision marque le « premier pas vers le retour à une vie normale, tout en étant conscient que ce n’est pas la fin de notre combat contre le virus, mais un nouveau départ », selon le premier ministre, Kim Boo-kyum. Soit une nouvelle étape du « vivre avec le Covid », lancée le 1er novembre avec la suppression des horaires de fermeture des bars et restaurants, et le retour du droit de se réunir à dix au maximum (contre quatre auparavant).

La politique zéro Covid était privilégiée jusqu’ici. Début 2020, la Corée du Sud avait été un des premiers pays touchés, avec notamment les milliers de cas au sein de la secte Shincheonji. La réaction avait alors été rapide avec la mobilisation des centres de contrôle des maladies, qui se sont appuyés sur l’expérience acquise en 2015 lors de l’épidémie du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS). Mesures de distanciation, recherche assidue des cas contacts, transparence de l’information et contrôles stricts des frontières ont alors été imposés. Ajoutées au civisme d’une population respectueuse du port du masque et des règles d’hygiène les plus élémentaires – comme se laver les mains –, ces mesures ont permis au pays d’échapper à une explosion des cas. Une politique régulièrement citée en exemple.

Mais cette rigueur a fini par peser sur l’économie. Le produit intérieur brut (PIB) n’a augmenté que de 0,3 %, au troisième trimestre 2021, le taux le plus faible depuis cinq trimestres. La consommation s’est contractée de 0,3 %. Dès lors, le gouvernement a misé sur les effets d’une campagne de vaccination commencée tardivement, mais qui a déjà permis de protéger 79 % de la population. Kim Boo-kyum a appelé le public à « consommer avec entrain » pour soutenir les petites entreprises durement touchées par la crise. Avec le risque d’aller un peu trop vite : depuis début novembre, le nombre de contaminations quotidiennes dépasse les 3 000, un record. Le président Moon Jae-in s’inquiète d’une possible saturation des unités de soins intensifs. Les prochaines étapes de la nouvelle « vie avec le Covid-19 » pourraient être retardées.

  • Hongkong veut rouvrir les frontières avec la Chine

Depuis le premier cas de Covid-19, identifié le 23 janvier 2020 chez un voyageur arrivant de Wuhan, Hongkong s’est aligné sur la Chine dans une gestion très stricte de l’épidémie. Avec un bilan sanitaire spectaculaire : pour une population de 7,4 millions d’habitants, Hongkong n’a enregistré que 213 décès. Et n’a quasiment plus aucune contamination communautaire. « Le gouvernement a expliqué qu’il considérait le zéro Covid comme la meilleure stratégie à long terme, même si des vaccins et des antiviraux sont désormais disponibles », témoigne le professeur d’épidémiologie Ben Cowling.

Mais la métropole réputée pour son ouverture n’a jamais été à ce point coupée du monde ni même, paradoxalement, du reste de la Chine. Car seuls les résidents de Hongkong, vaccinés, peuvent rentrer mais tous doivent se soumettre, à leurs frais, à un isolement de quatorze ou vingt et un jours (selon le pays d’où ils arrivent) dans un des hôtels accrédités. En outre, le gouvernement s’autorise à envoyer en quarantaine, dans le camp d’isolation de Penny Bay, quiconque est considéré comme cas contact, selon des critères parfois aléatoires ou excessifs. N’importe quel cas positif, même sans symptômes, est hospitalisé.

A Hongkong, des bus touristiques sont garés dans un parking alors que les mesures strictes du Covid-19 éloignent les touristes de la ville, le 16 novembre 2021. PETER PARKS / AFP

Bien que la population n’ait à aucun moment été strictement confinée, de nombreuses mesures de distanciation sociale ont été adoptées. Périodiquement, les écoles, les restaurants et les bars, les clubs de sport, les piscines, les coiffeurs et les plages ont été entièrement ou partiellement fermés. Les rassemblements publics ont été limités à quatre personnes. Le gouvernement a aussi imposé des « confinements embuscades », mettant parfois un immeuble, voire un quartier, en confinement provisoire, testant tout le monde et interdisant l’entrée ou la sortie du secteur soupçonné d’abriter le virus.

Les transports publics, où la promiscuité est intense, n’ont toutefois jamais fermé. L’expérience des citoyens acquise lors de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), en 2003, et le réflexe du port du masque ont sans doute contribué au succès de la maîtrise de la propagation du virus. Dans ce contexte rassurant, les Hongkongais ont d’abord boudé les vaccins. Fin novembre, seulement 60 % de la population était doublement vaccinée. La nécessité d’utiliser l’application de localisation du gouvernement, Leave Home Safe, a de plus été renforcée : fin novembre, elle devait être étendue à tous les bars et restaurants. La priorité absolue du gouvernement est la réouverture des frontières avec le reste de la Chine, qui pourrait avoir lieu en décembre.Lire aussi   Article réservé à nos abonnésLa Chine réaffirme une stratégie zéro Covid « inébranlable »

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Brice Pedroletti(Bangkok, correspondant en Asie du Sud-Est),  Florence de Changy(Hongkong, correspondance),  Isabelle Dellerba(Sydney, correspondance),  Philippe Mesmer(Tokyo, correspondance) et  Florence RosierContribuer

La Chine réaffirme une stratégie zéro Covid « inébranlable »

Le pays est le dernier à rechercher l’éradication totale des cas de Covid-19, au prix de fortes contraintes

Par Frédéric Lemaître(Pékin, correspondant)Publié aujourd’hui à 16h00  

Temps de Lecture 4 min. https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/24/la-chine-reaffirme-une-strategie-zero-covid-inebranlable_6103442_3244.html

Du personnel médical en combinaison de protection pendant l’entraînement de l’équipe de hockey du China Ice Sports College lors de l’Experience Beijing Ice Hockey Domestic Test Activity, à Pékin, le 10 novembre 2021.
Du personnel médical en combinaison de protection pendant l’entraînement de l’équipe de hockey du China Ice Sports College lors de l’Experience Beijing Ice Hockey Domestic Test Activity, à Pékin, le 10 novembre 2021. MARK SCHIEFELBEIN / AP

Des villes où, en raison d’un seul cas de Covid-19 détecté, tous les feux passent au rouge pour empêcher toute circulation automobile, des trains annulés ou arrêtés en pleine campagne le temps de tester les passagers, les 33 000 visiteurs de Disneyland à Shanghaï retenus et testés en raison d’un cas positif dans le parc, des retours à Pékin conditionnés à un test de moins de quarante-huit heures et de toute façon interdits aux voyageurs venant d’une zone où un cas de Covid-19 a été dépisté dans les deux semaines précédentes… En cet automne 2021, la Chine semble moins que jamais disposée à abandonner sa stratégie zéro Covid.

Pourtant, le nombre de malades est extrêmement faible : actuellement une vingtaine de nouveaux cas par jour, essentiellement importés, sont dénombrés. Avec 109 nouveaux cas, le 3 novembre a constitué le pic de la « vague » actuelle. On compte actuellement 958 hospitalisations dont sept « dans un état grave »,selon les autorités. Officiellement, le pays n’a recensé que 98 546 cas de Covid-19 depuis le début de l’épidémie et le nombre de décès ne s’élève qu’à 4 636. Quelque 2,4 milliards de doses de vaccin auraient été administrées et 1,07 milliard de personnes seraient totalement vaccinées ; 65,7 millions de personnes auraient reçu trois doses.

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Jusqu’à présent, le pays estimait que le danger venait essentiellement de l’étranger. Résultat : le nombre de vols internationaux était déjà réduit de près de 98 % depuis mars 2020 et chaque ville impose des quarantaines dont la durée est variable : deux semaines de stricte quarantaine à l’hôtel suivies d’une semaine libre mais sous contrôle médical à Shanghaï jusqu’à pas moins de cinquante-six jours – vingt-huit jours dans un hôtel réquisitionné plus vingt-huit jours de confinement à domicile – à Shenyang, la capitale du Liaoning, bastion de BMW.

La nouveauté est qu’avec une nouvelle vague apparue à l’été 2021, voyager à l’intérieur même du pays relève à la fois de la roulette – à Chengdu, se trouver à moins de 800 mètres d’une personne positive durant dix minutes suffit pour être envoyé en quarantaine – et du parcours du combattant, avec des tests avant de monter dans les trains mais parfois également à bord. Du séminaire d’entreprise à l’exposition internationale, on ne compte plus les événements reportés ou annulés.

Pas de passe sanitaire

Les responsables de la Foire internationale des importations – qui s’est tenue début novembre à Shanghaï – ont annulé 40 000 badges destinés à des visiteurs venus du nord du pays. Bien sûr, tous les visiteurs, vaccinés ou non, devaient présenter un test avant d’entrer.

C’est une autre originalité de la Chine. La stratégie zéro Covid ne s’accompagne d’aucun passe sanitaire comparable à celui utilisé en Europe. Etre vacciné est obligatoire pour nombre de fonctionnaires, d’employés d’entreprises publiques, de personnes en contact avec le public mais, dans la vie quotidienne, cela ne présente aucun avantage. A l’entrée de chaque lieu public, chaque personne, vaccinée ou non, doit scanner un QR code qui permettra de l’identifier au cas où elle serait cas contact.

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Cette stratégie zéro Covid est peu remise en cause. Le 1er novembre, sur la chaîne d’information en continu CGTN, Zhong Nanshan, le pape des virologues chinois, a donné le point de vue officiel. Critiquant indirectement Singapour et la Corée du Sud, il a déploré que « certains pays [aient] décidé de rouvrir entièrement malgré quelques cas d’infection qui restaient présents. Cela a amené un grand nombre d’infections dans les deux derniers mois et ils ont décidé de réimposer des restrictions. En réalité, cette politique d’aller-retour est plus coûteuse. L’impact sur les citoyens et la société plus élevé ».

« Pas de place pour le compromis »

A ses yeux, « pour maintenant, la stratégie de zéro transmission n’est pas trop coûteuse. C’est en fait une méthode relativement moins coûteuse ». En conséquence, elle est là pour durer « relativement longtemps », a convenu le professeur. Nul n’envisage vraiment un abandon de cette politique avant la fin des Jeux olympiques d’hiver, qui se déroulent à Pékin en février 2022, voire avant le XXe congrès du Parti communiste, prévu pour le second semestre de l’année prochaine.

Seul Peng Yi, un virologue réputé de l’université de Hongkong, a osé répliquer à Zhong Nanshan, le 9 novembre, que « le virus désormais est permanent et (…) s’est déjà adapté aux humains ». Pour lui, « il n’y a aucune chance d’éliminer tous les cas ». Le 14 novembre, la commission nationale de la santé a réaffirmé que la politique « zéro tolérance à l’égard du Covid » était « inébranlable ». « Il n’y a pas de place pour le compromis », a renchéri le quotidien China Daily, expliquant que la politique de la Chine reposait à la fois sur une vaccination massive et sur une politique dite de « diagnostic précoce, quarantaine précoce et traitement précoce ».

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L’enjeu est à la fois sanitaire et politique. Le président chinois, Xi Jinping, a expliqué que le pays a « vaincu » le virus et que le Parti communiste « privilégie la vie ». Le gouvernement ne manque d’ailleurs pas d’exploiter la nouvelle vague de Covid-19 à laquelle est confrontée l’Europe. Mardi 23 novembre, le quotidien Global Times n’y voit rien moins qu’une preuve de la faiblesse des démocraties, contraintes de mener des politiques court-termistes.

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Frédéric Lemaître(Pékin, correspondant)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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