La France a trop misé sur la vaccination et une fois encore les décisions nécessaires arriveront trop tard ! Passe sanitaire généralisé et déjà au moins 17 millions de morts

Covid-19 : la vaccination, priorité d’Emmanuel Macron avec la reprise de l’épidémie en France

Le pays doit faire face à une nouvelle recrudescence de cas. D’après son entourage, le chef de l’Etat entend rester dans la mesure du possible sur la ligne qu’il a le plus souvent privilégiée : imposer le moins de restrictions possibles aux Français. 

Par Alexandre LemariéPublié hier à 05h27, mis à jour hier à 15h33  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/11/17/covid-19-emmanuel-macron-confronte-a-la-cinquieme-vague_6102351_823448.html

Le service de réanimation Covid-19 du centre hospitalier universitaire de Montpellier, le 5 novembre.
Le service de réanimation Covid-19 du centre hospitalier universitaire de Montpellier, le 5 novembre. PASCAL GUYOT / AFP

Comme une impression de revoir inlassablement le même film. Après plusieurs semaines d’accalmie sur le front de la crise sanitaire, la France doit faire face à une nouvelle recrudescence de l’épidémie de Covid-19. Si le pays ne connaît pas une flambée de grande ampleur, il n’échappe pas pour autant au retour en force du virus dans plusieurs pays européens, en particulier ceux de l’Est, durement touchés par la cinquième vague. « Nous ne sommes pas encore dans une phase dite exponentielle, mais nous sommes très clairement dans un démarrage de vague », constate le ministre de la santé, Olivier Véran, mardi 16 novembre, dans un entretien à Ouest-France, en précisant que la France « subit de façon retardée »cette « vague européenne ».

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Lentement mais sûrement, le virus regagne du terrain. Au point que la France est aujourd’hui « en état d’alerte », a indiqué le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, le même jour, sur France Inter, en soulignant que le nombre de nouveaux cas « augmente très fortement ». Alors qu’il était descendu à près de 4 000 par jour début octobre, il est repassé au-dessus des 10 000 en moyenne la semaine du 8 novembre. Et atteint même un pic à 19 778 nouveaux cas mardi, selon Santé publique France. Soit le plus haut total depuis le 25 août. Le taux d’incidence, qui est repassé au-dessus de 100 cas pour 100 000 habitants lundi, pour la première fois depuis deux mois, entraîne mécaniquement une hausse du nombre de patients hospitalisés.

Ne « jamais dire jamais »

Une évolution qui a de quoi inquiéter, sans pour autant susciter la panique au sommet de l’Etat. Si l’heure est à la « vigilance », Emmanuel Macron estime que « la situation n’est pas hors de contrôle », indique son entourage. En attendant le prochain conseil de défense sanitaire, prévu le 24 novembre autour du chef de l’Etat, l’exécutif estime que la France ne se trouve pas dans une situation aussi alarmante que certains de ses voisins, grâce à « un taux élevé de vaccination de la population » et à la mise en place « très tôt » du passe sanitaire. Le taux d’incidence y est surtout plus faible que chez nos voisins européens : supérieur à 300 en Allemagne, il s’établit à plus de 500 aux Pays-Bas, en Croatie ou en Slovaquie, et atteint même plus de 800 en Autriche.

Durement frappés, ces pays ont décidé de réagir en imposant de nouvelles mesures contraignantes à leurs populations. Si les Pays-Bas ont mis en place un couvre-feu, et le Danemark réinstauré le passe sanitaire, la mesure la plus radicale concerne l’Autriche, qui a décidé de confiner les non-vaccinés. Une première en Europe, dont M. Macron ne veut pas entendre parler, pour l’instant. L’Elysée juge cette mesure « impossible » à mettre en œuvre, autant sur le plan « juridique » que sur le plan « opérationnel ».

Pas question, non plus, d’envisager une mesure de restriction de grande ampleur. « Il n’y a absolument aucun confinement qui est prévu aujourd’hui, ni de près ni de loin », a assuré M. Attal, mardi. Dans la foulée, le porte-parole du gouvernement a toutefois précisé, comme il l’avait déjà fait samedi, qu’il « ne faut jamais rien exclure par principe », tant ce virus « continue de surprendre le monde entier ». Et qu’il est de fait impossible d’affirmer comment va évoluer la situation sanitaire. Après dix-huit mois de crise, les macronistes confient « avoir appris » qu’il ne faut « jamais dire jamais » avec cette épidémie imprévisible. Afin d’être sûr de ne pas se dédire plus tard, la formule consacrée, au sommet de l’Etat, consiste donc à introduire chaque phrase par « à ce stade » ou « pour le moment ».

« Traverser l’hiver »

A photograph taken on September 8, 2021 shows the vaccination card of a patient during an intervention of the medical mobile vaccination team for Covid-19 as part of the vaccination campaign taking place in an outlying municipality of Hitiaa, on the French Polynesia island of Tahiti, on September 8, 2021. (Photo by Jerome BROUILLET / AFP)

D’après son entourage, M. Macron entend rester dans la mesure du possible sur la ligne qu’il a le plus souvent privilégiée : imposer le moins de restrictions possibles aux Français. Convaincu de la nécessité de « vivre avec le virus », le chef de l’Etat préfère d’abord pousser à fond à la vaccination, qui reste, à ses yeux, « la meilleure arme » contre le virus, selon son entourage. La priorité, selon l’Elysée, reste de réduire le nombre des non-vaccinés, évalué à près de 6 millions, notamment en redoublant d’efforts pour « aller vers » les publics n’ayant toujours pas reçu d’injections. Un impératif dicté par les chiffres des hospitalisations dues au Covid-19 : selon les dernières données de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la santé (Drees), les non-vaccinés sont neuf fois plus nombreux que les personnes vaccinées à être admis en soins critiques.

Le second objectif consiste à convaincre un maximum de personnes susceptibles de faire une forme grave (les plus âgés et les plus fragiles) de se faire injecter une troisième dose. Soit les catégories concernées par les annonces de M. Macron le 9 novembre, lorsqu’il a mis la pression sur les plus de 65 ans pour qu’ils fassent leur rappel vaccinal, sous peine de perdre leur passe sanitaire à compter du 15 décembre. Quant à l’éventualité d’autoriser la vaccination des enfants entre 5 et 11 ans, cette piste n’est pas d’actualité, indique l’Elysée. Avant d’envisager cette hypothèse, la France souhaite « attendre l’avis de l’Agence européenne des médicaments, qui devrait statuer en décembre », a précisé M. Véran.

En dehors de l’arme vaccinale, le gouvernement appelle à redoubler de vigilance dans le respect des gestes barrières, afin d’éviter un afflux de malades dans les services de réanimation. Et durcit le dispositif, par petites touches. Après avoir réinstauré, à compter du 15 novembre, l’obligation du port du masque pour tous les élèves à l’école primaire, la France a rendu plus difficiles les conditions d’entrée sur le territoire des personnes non vaccinées venant de plusieurs pays européens, comme l’Allemagne, la Belgique ou l’Autriche.

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Le 10 novembre, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a également annoncé avoir, sur instruction d’Emmanuel Macron, demandé aux préfets de renforcer les contrôles du passe sanitaire dans les lieux de brassage, comme les restaurants ou les grands centres commerciaux. Avec l’espoir que cela suffise à « traverser l’hiver », selon les mots de M. Attal, sans être contraint d’imposer des restrictions trop lourdes aux Français, à cinq semaines de Noël. Et à cinq mois de l’élection présidentielle de 2022.

Alexandre Lemarié

*Covid-19 : l’Europe est redevenue le moteur de la pandémie

Entre le 1er et le 7 novembre, le continent a recensé plus de 60 % des nouvelles infections par le SARS-CoV-2 diagnostiquées dans le monde. 

Par Chloé HecketsweilerFlorence Rosier et Delphine RoucautePublié hier à 05h50, mis à jour hier à 11h56 

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Dans une rame de métro, à Lisbonne, le 22 octobre.
Dans une rame de métro, à Lisbonne, le 22 octobre. ARMANDO FRANCA/AP

L’histoire se répète. L’Europe est redevenue l’épicentre de la pandémie de Covid-19. Un an après le séisme épidémique de l’automne 2020, le Vieux Continent est victime d’une puissante réplique. L’an dernier, il assistait ébahi à une flambée de nouveaux cas déclarés, qui culminait à 2 millions la première semaine de novembre. Un an plus tard presque jour pour jour, il s’apprête à franchir de nouveau ce seuil, après avoir connu une vague printanière puis un grand reflux estival. Un répit qui, comme il y a un an, avait pu laisser croire à une sortie de crise. En vain. « L’épidémie a la même forme de dispersion que le Boléro de Ravel, où chaque instrument entre en scène l’un après l’autre, indique Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève). Tout le monde n’entre pas en phase épidémique au même moment, chaque cluster géographique joue sa partition. »

  • L’Europe dans la tourmente

C’est donc au tour de l’Europe. Entre le 1er et le 7 novembre, la zone européenne a regroupé plus de 60 % des nouvelles infections de Covid-19 diagnostiquées dans le monde. Et 55 % de tous les décès (26 726) liés à la pandémie, relève l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Le nombre de nouveaux cas en Europe a progressé de 7 %, tandis que les décès ont augmenté de 10 % », souligne l’institution onusienne. Par contraste, « les autres régions du monde ont signalé des baisses ou des tendances stables [des nouvelles infections] », sauf l’Afrique, qui a connu une légère hausse (+ 4 %). Quant au bilan mondial de la pandémie, il s’élevait au 7 novembre à 250 millions de cas enregistrés et à plus de 5 millions de décès déclarés, selon l’OMS. Un nombre de morts sans doute très sous-estimé.

« Dans toute l’Europe, le frein estival est levé. Le fait que les espaces clos soient désormais moins ventilés est sûrement l’une des clés du rebond épidémique actuel, analyse Antoine Flahault. Les autres freins que représentent la couverture vaccinale et les gestes barrières ne suffisent pas à contrer le variant Delta, très contagieux. »

Ces taux de nouveaux cas et de décès, qui grimpent depuis maintenant cinq à six semaines d’affilée, devraient encore croître au cours des deux prochaines semaines, signale le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Au 7 novembre, le taux de nouveaux cas s’élevait à 383,9 pour 100 000 habitants, contre 316,4 la semaine précédente pour l’ensemble des pays de l’Union européenne et de l’espace économique européen. Autre inquiétude : le taux de nouveaux décès liés au Covid-19 (sur quatorze jours) augmente aussi. Au 7 novembre, il était de 35,5 décès par million d’habitants, contre 32,3 la précédente. De son côté, la France a franchi le 15 novembre le cap des 100 cas pour 100 000 habitants.

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« Face au variant Delta très contagieux – une personne infectée en contamine en moyenne six, c’est le R0 [le taux de reproduction du virus] – et, avec un vaccin qui ne protège qu’à 50 % contre l’infection, la France se retrouve plus ou moins dans la même situation qu’en mars 2020, détaille Pascal Crépey, épidémiologiste à l’Ecole des hautes études de santé publique. Le SARS-CoV-2 arrivé de Wuhan [en Chine]avait alors un R0 de 3, proche de ce qu’on observerait aujourd’hui dans la population vaccinée en l’absence d’autres mesures de contrôle. »

  • Quatre groupes de pays

Si l’Europe est le cœur battant de la pandémie, sa dynamique varie considérablement d’un pays à un autre. Quatre groupes de pays sont à distinguer, estime Arnaud Fontanet, médecin épidémiologiste, membre du conseil scientifique Covid-19 et directeur du département santé globale de l’Institut Pasteur. Il y a les « mauvais élèves » : les pays d’Europe de l’Est, extrêmement affectés. Il y a les « bons élèves » : les pays d’Europe du Sud, encore relativement épargnés. Il y a les élèves médiocres : les pays d’Europe du Nord, où l’épidémie redémarre en flèche.

Enfin, il y a un élève « différent » : c’est le Royaume-Uni, où le taux d’infection plafonne à un niveau élevé mais relativement stable. La leçon des deux années passées, toutefois, montre que les « bulletins scolaires » de chaque élève-nation, au fil des trimestres, n’ont cessé de varier.

Les pays d’Europe de l’Est, d’abord. Bulgarie, Croatie, République tchèque, Estonie, Hongrie, Pologne, Slovénie, Russie, Ukraine… « Leur situation sanitaire, catastrophique, s’explique en partie par la faiblesse de leur couverture vaccinale », décrit M. Fontanet. Ainsi, au 14 novembre, 42 % seulement des Russes avaient reçu une première dose de vaccin, alors que ce pays est l’un des plus endeuillés au monde par l’épidémie.

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Dans les pays d’Europe occidentale, la scission nord-sud est assez nette. Au sud, trois pays résistent plutôt bien : l’Italie, l’Espagne, le Portugal, auxquels on peut ajouter la France. « La météo clémente d’octobre a sans doute joué un rôle protecteur », estime M. Fontanet. Les taux de vaccination aussi : 76 % des Français, 78 % des Italiens, 82 % des Espagnols et 89 % des Portugais avaient reçu une première dose de vaccin au 14 novembre. « L’Italie et l’Espagne ont été touchés de plein fouet par la première vague, et le Portugal peu après », relève l’épidémiologiste pastorien. Ce traumatisme a pu favoriser l’adhésion à la vaccination et, pour l’Italie, aux restrictions imposées par l’épidémie.

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C’est ce que suggère l’examen d’un score qui mesure la rigueur des restrictions anti-Covid-19 mises en place par chaque pays. Calculé par l’université d’Oxford (Royaume-Uni), il est compris entre 0 (pays laxistes) et 100 (pays ultra-stricts) et tient compte de neuf facteurs : fermeture des écoles, restrictions sur les lieux de travail, les transports publics, les événements publics, interdiction de voyager… La Chine affiche un des scores les plus élevés au monde (76,4), l’Italie la talonne (71,3). La France se montre assez stricte (66,7). Avec des scores bien plus bas, l’Allemagne (44), l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni (41 environ pour chacun de ces trois pays) sont plus laxistes.

« L’Italie est le pays d’Europe qui conserve le plus de mesures de contrôle. Si l’on ajoute la meilleure couverture vaccinale, les infections passées plus nombreuses et les conditions climatiques plus favorables, on comprend bien pourquoi ce pays est un de ceux qui résistent le mieux en Europe », relève M. Fontanet.

  • Un relâchement des mesures de contrôle

En Europe du Nord, seule la Suède s’en sort bien. En Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, en Irlande…, le redémarrage de l’épidémie a été très brutal. Cette situation « préoccupante », selon l’ECDC, touche aussi l’Autriche, la Finlande, l’Islande, le Luxembourg, la Norvège. La Belgique, les Pays-Bas et la France ont des couvertures vaccinales très proches : respectivement, 75 %, 76 % et 76 % de leurs habitants y avaient reçu une première dose de vaccin au 14 novembre. Mais les deux premiers, malgré une couverture vaccinale élevée, ont vu une nouvelle vague déferler quand ils ont percé la digue des mesures barrières, à la fin de l’été.

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Une erreur stratégique. « Les pays qui ont tout misé sur la vaccination et abandonné les autres mesures de contrôle  le port du masque dans les lieux clos notamment  ont vu l’épidémie repartir très vite », observe Vittoria Colizza, épidémiologiste à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Il est encore trop tôt pour apprécier l’impact de ce rebond sur les systèmes de santé, mais « toutes les études montrent qu’on a tout intérêt à prendre le plus vite possible des mesures pour limiter la circulation du virus », souligne la scientifique, en rappelant que la vaccination des personnes non vaccinées reste le meilleur moyen de limiter l’ampleur de la vague hivernale.

Dans les pays du Nord, l’arrivée plus précoce de la saison froide explique en partie la situation dégradée. Mais pourquoi la Flandre est-elle la région de Belgique la plus touchée, alors que c’est aussi la plus vaccinée – avec plus de 90 % des adultes ayant reçu deux doses de vaccins ? Ce paradoxe tient-il à des comportements différents ?

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Prenons l’exemple des Pays-Bas. « Notre situation actuelle est multifactorielle. Tout d’abord, la circulation du variant Delta a changé la donne : le vaccin est moins efficace sur sa transmission, analyse Marion Koopmans, virologue à Rotterdam. Les personnes vaccinées, bien que moins sensibles aux infections, peuvent être touchées et transmettre le virus. La protection contre les formes graves reste très élevée, mais pas à 100 %. Par ailleurs, si bon nombre des non-vaccinés ont été infectés, ce qui leur a conféré une immunité, il reste un vaste groupe non protégé. »

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La virologue souligne aussi « un sentiment général de lassitude ». Comme dans bien des pays, les Néerlandais adhèrent moins aux mesures de contrôle recommandées : tests en cas de symptômes, télétravail, distanciation physique… Et puis, « le redémarrage d’une vague, malgré un taux de vaccination élevé, amène les gens à s’interroger sur l’intérêt des deux premières doses de vaccin », se désole Marion Koopmans. Comme ailleurs, « nous assistons, sur les réseaux sociaux, à des campagnes virulentes d’opposition à toute nouvelle restriction ainsi qu’à la vaccination. Certains de nos partis politiques s’en font d’ailleurs l’écho. »

  • Les limites de la vaccination

Les experts s’accordent sur ce point : la vaccination seule ne suffit pas. C’est ce que montre encore l’exemple du Danemark, qui, le 10 septembre, avait été le premier pays d’Europe à lever toutes les restrictions liées à l’épidémie de Covid-19.Face à la reprise épidémique, ce pays a fait marche arrière : le 12 novembre, il a réinstauré un passe sanitaire, malgré sa bonne couverture vaccinale (78 % de la population a reçu deux doses). « Les vaccins sont une solution remarquable, quasi miraculeuse. La corrélation entre le nombre de cas et la couverture vaccinale est très forte. Pour autant, marteler “la solution, c’est la vaccination” a pu laisser croire qu’on pourrait s’alléger de la contrainte des mesures barrières, estime William Dab, épidémiologiste et ancien directeur général de la santé. En réalité, on ne peut pas baisser la garde. Il faut continuer d’être très rigoureux sur les mesures barrières, certes pénibles mais pas si lourdes. Et puis, on n’insiste pas assez sur l’importance de la ventilation, notamment en milieu scolaire. »

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Le Royaume-Uni, maintenant : il confirme décidément sa place singulière, scrutée par les scientifiques du monde entier. L’Angleterre a été une des premières régions d’Europe occidentale à lever, dès le 19 juillet, la quasi-totalité de ses restrictions anti-Covid-19, suivie les 7 et 9 août par le Pays de Galles et l’Ecosse et le 31 octobre par l’Irlande du Nord. Résultat : au Royaume-Uni, les taux d’infection sont bien plus élevés que ceux des pays d’Europe continentale. Alors que l’Espagne recensait 66 infections quotidiennes par million d’habitants, la France 149 et l’Allemagne 449, le Royaume-Uni, lui en comptait 548. Soit près de 37 000 nouvelles infections par jour.

Une question intrigue les experts : pourquoi, au Royaume-Uni, le taux de nouvelles infections se maintient-il depuis la mi-juillet à un plateau élevé, sans grimper en flèche comme le prévoyaient les modèles ? « On a du mal à l’expliquer », admet Arnaud Fontanet. Une des clés pourrait venir de la prudence des habitants : selon une enquête menée par l’Ecole de médecine tropicale et d’hygiène de Londres, les adultes britanniques semblent avoir d’eux-mêmes limité leurs contacts sociaux à trois à quatre autres personnes par jour en moyenne, contre plus de dix avant la pandémie.

Si l’histoire se répète, elle diverge de 2020 sur un point majeur : l’avancée de la vaccination. Mais tous les pays n’ont pas reçu les mêmes vaccins. « Au Royaume-Uni, la population a été essentiellement vaccinée avec AstraZeneca, dont l’effet initial est plus faible et s’efface avec le temps, d’autant que la campagne a commencé fort et tôt », analyse Didier Trono, virologue membre de la task force Covid-19 de la Confédération suisse. Comme en Israël, d’ailleurs. Cette force, de fait, semble être devenue un talon d’Achille. « D’où la nécessité d’une troisième dose qui s’impose plus vite dans l’île britannique que dans le reste de l’Europe », souligne Didier Trono.

  • De nouvelles restrictions à l’ordre du jour

D’autres facteurs jouent bien sûr sur la diffusion de l’épidémie, comme la densité de population dans les villes, et les clusters qui peuvent survenir. « Par ailleurs, le smog de la pollution hivernale peut amplifier l’effet saisonnier », relève le virologue suisse.

Pour casser la dynamique de l’épidémie, l’Europe se résout peu à peu, bon gré mal gré, à serrer de nouveau la vis. Vendredi 12 novembre, la Norvège, qui avait levé toutes ses restrictions fin septembre, a autorisé ses communes à avoir recours au passe sanitaire. Samedi 13 novembre, les Pays-Bas ont réinstauré une série de nouvelles restrictions, comme une fermeture anticipée des restaurants et des bars, ainsi que le port du masque dans la plupart des lieux clos. « De plus, il est question d’étendre l’utilisation du “passe vert” : l’accès aux lieux publics serait réservé aux personnes vaccinées et à celles déjà infectées. Mais cette mesure reste très débattue », indique Marion Koopmans.

Que nous réservent donc les mois à venir ? « Nous n’avons jamais eu d’hiver avec un variant aussi contagieux », observe Vittoria Colizza. « J’espère qu’on va faire mentir les prédictions alarmistes, notamment grâce à l’emploi de médicaments qui peuvent être utilisés en réanimation pour sauver des vies », conclut Antoine Flahault.

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Chloé Hecketsweiler,  Florence Rosier et  Delphine Roucaute

Covid-19 : le passe sanitaire se généralise à travers l’Europe

Devant la recrudescence du virus, de plus en plus de pays conditionnent l’accès de lieux publics à une preuve de vaccination, selon des modalités qui restent très variables. 

Par Stéphanie Le Bars(avec nos correspondants en Europe)Mirel Bran(Bucarest, correspondant)Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante)Jérôme Gautheret(Rome, correspondant)Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)Sandrine Morel(Madrid, correspondante)Marina Rafenberg(Athènes, correspondance)Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen) et Benoît Vitkine(Moscou, correspondant)Publié hier à 11h35, mis à jour hier à 16h28  

Temps de Lecture 6 min. 

Alors que la France a décidé de conditionner l’obtention du passe sanitaire à la troisième dose de vaccin pour les plus de 65 ans et entend prolonger le dispositif jusqu’au mois de juillet, de plus en plus de pays européens se résolvent à adopter ou à rétablir cette mesure pour limiter la propagation du virus.

  • Danemark

En avril, le pays avait été le premier pays européen à imposer un passe sanitaire pour se rendre dans les bars, les restaurants, les musées, chez le coiffeur ou dans les instituts de beauté. A mesure que les contaminations baissaient et que la vaccination progressait, le passe a été progressivement abandonné durant l’été, puis supprimé le 10 septembre. Deux mois plus tard, le 12 novembre, il a fait son retour, alors que 75,3 % de la population a désormais reçu deux doses de vaccin. Le passe est redevenu obligatoire pour entrer dans les lieux accueillant du public et pour assister aux événements rassemblant plus de 200 personnes en intérieur et plus de 2 000 en extérieur. Exceptions pour le moment : les salles de sport, les centres commerciaux et le coiffeur. Le retour du passe sanitaire a suscité la colère des organisations patronales qui réclament des compensations financières.

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  • Belgique

Là aussi, on a fini par se convaincre de l’utilité du passe sanitaire, appelé « Covid safe ticket » (CST). Fin octobre, le gouvernement fédéral, usant de son droit d’imposer une loi d’urgence sanitaire aux différentes régions, l’a rendu obligatoire aux plus de 16 ans pour accéder aux cafés, hôtels, restaurants, lieux culturels, hôpitaux, salles de sport, congrès… Afin d’éviter les fraudes, la carte d’identité peut être exigée lors du contrôle. Le « CST » se présente sous la forme d’un QR code, certifiant d’une double vaccination ou d’un rétablissement de la maladie de moins de six mois. Les plus de 12 ans doivent aussi le montrer dans les événements de masse, lors d’une visite d’un hôpital ou dans un Ehpad. Les écoles pourraient exclure de leurs voyages les élèves non vaccinés. Longtemps hostile à cette mesure, le gouvernement flamand, qui invoquait le taux de vaccination très élevé de sa population (93 % des adultes), a dû se résoudre à appliquer le passe face à la hausse des contaminations. Certains commerçants, réticents, l’ont adopté par crainte d’amendes allant jusqu’à 2 500 euros et 350 euros pour les clients.

  • Pays-Bas

Le gouvernement a longuement hésité mais, le 2 novembre, confronté à une flambée des contaminations, il a étendu le passe pour l’accès des plus de 13 ans aux magasins, musées, terrasses et toilettes publiques. Il était déjà en vigueur pour les restaurants et les bars en intérieur, et pour les festivals. Une loi est en préparation pour permettre aux employeurs de l’exiger de leurs salariés.

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  • Italie

Le « green pass » est devenu obligatoire le 6 août pour un certain nombre d’activités, selon des modalités légèrement différentes de la France – les cafés et restaurants, n’ont pas à l’exiger de leurs clients s’ils restent en terrasse. Valide dès la première dose de vaccin, il a été progressivement étendu à l’ensemble des activités économiques et aux plus de 12 ans. Il est exigible sur les lieux de travail depuis le 15 octobre. Cette extension a provoqué des manifestations sporadiques dans plusieurs villes du nord de l’Italie.

  • Portugal

86 % de la population est vaccinée, le passeport sanitaire est toujours nécessaire pour accéder aux bars, aux grands événements et aux centres hospitaliers, alors qu’il ne l’est plus depuis le 1er octobre pour entrer dans les restaurants ou les hôtels, en dépit d’une reprise de l’épidémie.

  • Espagne

Aucun passe sanitaire n’a été mis en place au niveau national ; 90 % de la population cible est vaccinée. Mais face à un taux d’incidence en augmentation (près de 50 cas pour 100 000 habitants), le Pays basque a demandé à la justice, mardi 16 novembre, l’autorisation d’instaurer un passe pour accéder aux discothèques et aux restaurants. Lundi, la région de Valence a annoncé son intention de le demander aux personnes accompagnant des malades dans les hôpitaux et les centres de santé. Trois autres régions espagnoles l’imposent déjà aux discothèques : la Catalogne, Murcie et la Galice.

  • Grèce

Le passe sanitaire a été mis en place dès le 1er août pour les lieux fermés comme les cinémas, les musées, les salles intérieures des restaurants et des bars, mais pas les églises. Face à l’augmentation du nombre de personnes hospitalisées et à la stagnation du nombre de vaccinés (63 % de la population générale), le gouvernement demande depuis le 6 novembre aux personnes non vaccinées de présenter des tests PCR ou antigéniques négatifs pour se rendre dans les administrations, les magasins, les banques ou les terrasses des cafés et des restaurants. Il faut présenter le certificat de vaccination et la carte d’identité. En cas d’infraction, la sanction est de 5 000 euros pour le patron et de 500 euros pour le client.

Notre enquête :Un passe sanitaire a été mis en place dans 27 pays d’Europe

  • Russie

Le passe sanitaire a pour la première fois fait son apparition à Moscou cet été sous une forme proche de ce qui existait en France, conditionnant notamment l’accès aux bars et restaurants. Mais le système a été abandonné au bout de trois semaines. Le dispositif a fait son retour à l’automne, alors que la quatrième vague provoque dans le pays une explosion de la mortalité. Mais la mesure est appliquée de manière très diverse : rares sont les régions où le passe est exigé à l’entrée des restaurants. La contrainte se limite aux hôtels, aux salles de spectacle et de sport ou, comme à Moscou, aux théâtres et musées. Les deux tiers des régions ont même abandonné le système dès la fin octobre. Le pouvoir en fait un usage prudent, soucieux de ne pas froisser une population qui rechigne face à toutes les formes de restrictions et reste majoritairement rétive à la vaccination (seuls 35 % des Russes ont reçu deux doses de vaccin).

  • Roumanie

Le gouvernement a imposé, le 23 octobre, le passe sanitaire dans les lieux publics, mais pas dans les magasins alimentaires et les pharmacies. Cette mesure fait partie des restrictions imposées par le couvre-feu qui a été prolongé jusqu’à la mi-décembre. Le port du masque dans les lieux publics est obligatoire, et les événements publics et privés sont interdits. Seulement un tiers des 19 millions de Roumains sont vaccinés et le pays enregistre 500 morts par jour.

  • Finlande

Le passe sanitaire a été mis en place depuis la mi-octobre, mais il n’est pas obligatoire dans les restaurants, les bars, les musées ou les salles de sport.

  • Royaume-Uni

Le gouvernement britannique a renoncé à mettre en place un passe sanitaire en Angleterre, les députés de la majorité conservatrice s’y opposant farouchement. Plus prudente, l’Ecosse l’a, en revanche, introduit, pour accéder aux boîtes de nuit et aux larges rassemblements, comme les matchs ou les concerts.

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  • Suède

La Suède va instaurer à partir du 1er décembre et pour la première fois un passe vaccinal pour les événements de plus de 100 personnes, a annoncé le gouvernement, mercredi 17 novembre. Le pays nordique, qui avait décidé à compter du 1er novembre de ne plus tester les personnes totalement vaccinées contre le Covid-19, a également décidé de revenir sur cette décision critiquée.

* L’article a été mis à jour mercredi 17 novembre à 16 heures après que la Suède a annoncé instaurer un passe vaccinal.

Stéphanie Le Bars(avec nos correspondants en Europe),  Mirel Bran(Bucarest, correspondant),  Cécile Ducourtieux(Londres, correspondante),  Jérôme Gautheret(Rome, correspondant),  Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale),  Sandrine Morel(Madrid, correspondante),  Marina Rafenberg(Athènes, correspondance),  Jean-Pierre Stroobants(Bruxelles, bureau européen) et  Benoît Vitkine(Moscou, correspondant)Contribuer

Covid-19 : l’Allemagne peine à élaborer sa réponse à la forte reprise épidémique

Alors que la barre des 50 000 contaminations en vingt-quatre heures a été franchie mercredi, le pays pâtit des négociations en cours pour la formation du nouveau gouvernement. 

Par Thomas Wieder(Berlin, correspondant)Publié hier à 10h43, mis à jour hier à 15h00  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/17/covid-19-l-allemagne-peine-a-elaborer-sa-reponse-a-la-forte-reprise-epidemique_6102396_3244.html

L’unité de soins intensifs Covid-19 de l’hôpital de Freising, près de Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 16 novembre 2021.
L’unité de soins intensifs Covid-19 de l’hôpital de Freising, près de Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 16 novembre 2021. CHRISTOF STACHE / AFP

Jusqu’à présent, Michael Kretschmer n’était pas du genre à jouer les Cassandre. Au contraire. En octobre 2020, quand la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 commença à déferler sur l’Allemagne, le ministre-président de Saxe avait affirmé qu’il ne fallait pas « inquiéter la population » ni céder à « l’hystérie ». Un an plus tard, son ton a radicalement changé : « La vague à venir va éclipser toutes les vagues précédentes et faire plus de victimes qu’il n’y en a jamais eu », a-t-il déclaré, lundi 15 novembre, au quotidien Bild.

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Avec un taux d’incidence qui avoisine les 800 cas pour 100 000 habitants, la Saxe est aujourd’hui le Land le plus touché d’Allemagne. Mais, dans le reste du pays, la situation se dégrade à une vitesse impressionnante. Mercredi 17 novembre, la barre des 50 000 contaminations en vingt-quatre heures a été franchie pour la première fois depuis le début de l’épidémie, a annoncé l’Institut de santé publique Robert-Koch.

14% de lits restant en soins intensifs

Dans les hôpitaux, le nombre de malades du Covid-19 en soins critiques monte en flèche : lundi, ils étaient 3 200, presque 1 000 de plus qu’une semaine plus tôt. A l’échelle nationale, il ne reste plus que 14 % de lits disponibles dans les services de soins intensifs. Dans le sud du pays, en particulier en Bavière, le taux d’occupation est déjà de 100 % dans certains hôpitaux.

Malgré ces chiffres qui s’emballent, une semaine aura été nécessaire pour organiser une « réunion de crise » entre le gouvernement fédéral et les dirigeants des 16 Länder. Annoncée le 11, celle-ci aura lieu jeudi 18 novembre, le même jour que l’examen, par le Bundestag, d’une nouvelle mouture de la loi « de protection contre les maladies infectieuses ». Parmi les décisions attendues : le retour au télétravail, le dépistage systématique des personnels et des visiteurs dans les maisons de retraite, l’application de la règle dite « des 3G » (« vacciné, guéri ou testé ») dans les transports publics et la généralisation de l’interdiction de certains lieux (restaurants, cinémas, théâtres, etc.) aux personnes non vaccinées, déjà en vigueur dans une poignée de régions depuis quelques jours.

Des scientifiques très critiques

Avant même leur mise en œuvre, ces mesures sont jugées insuffisantes par la plupart des experts. Dans une lettre ouverte publiée samedi, une trentaine d’éminents scientifiques de différentes disciplines (virologues, épidémiologistes, médecins urgentistes) ont qualifié d’« incompréhensible » le fait que « les responsables politiques [aient] mis le pays dans une telle situation », leur reprochant de les avoir ignorés quand ils ont commencé à tirer la sonnette d’alarme, vers la fin de l’été, et d’avoir agi de façon « hésitante, par demi-mesures, et de façon non conséquente ».

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Lors des vagues précédentes, le gouvernement fédéral, dirigé par une Angela Merkel partisane de restrictions strictes, s’était souvent heurté à la résistance des Länder. Depuis l’été, ce n’est plus le cas. Le contexte politique en est la principale explication, marqué par les élections législatives du 26 septembre et les négociations en cours pour la formation d’une nouvelle coalition. « Pendant la campagne, aucun candidat ne voulait prendre le risque de dire des choses désagréables ou d’annoncer des décisions difficiles », explique l’économiste Moritz Schularick, professeur à l’université de Bonn et auteur d’un essai publié cet été sous le titre Der entzauberte Staat. Was Deutschland aus der Pandemie lernen muss (« l’Etat désenchanté. Ce que l’Allemagne doit apprendre de la pandémie », C.H. Beck, non traduit). « Depuis les élections, on est dans une sorte de vide politique avec un gouvernement sortant qui ne fait qu’expédier les affaires courantes et une coalition en puissance dont les responsables ne veulent pas mettre en danger la formation en se disputant sur les mesures à mettre en œuvre pour lutter contre la pandémie », ajoute-t-il.

Très silencieux, le probable futur chancelier, Olaf Scholz (SPD), a botté en touche sur la question de l’obligation vaccinale

L’exemple de la vaccination, de ce point de vue, est édifiant. Alors que seulement 67 % de la population allemande est entièrement vaccinée, les responsables de la future coalition (sociaux-démocrates, écologistes et libéraux) multiplient les déclarations contradictoires. Lundi après-midi, la présidente du groupe écologiste du Bundestag, Katrin Göring-Eckardt, s’est ainsi excusée devant la presse d’avoir annoncé, trois heures plus tôt, que la vaccination allait être obligatoire pour certaines professions.

Autre rétropédalage retentissant : celui de Christian Lindner, chef de file des libéraux et possible futur ministre des finances, qui, samedi, a « regretté » ses propos tenus la veille à la télévision, où il avait laissé entendre que des « études scientifiques » avaient démontré l’inefficacité des mesures de distanciation physique et des restrictions de sortie. Des déclarations qui avaient provoqué la consternation de la part des experts mais aussi parmi ses alliés politiques.

Très silencieux, le probable futur chancelier, Olaf Scholz (SPD), a botté en touche quand la question de l’obligation vaccinale lui a été posée, lundi soir, lors d’une rencontre organisée par le quotidien Süddeutsche Zeitung, se contentant de dire qu’il trouvait « légitime que le débat soit désormais ouvert ».

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De son côté, le ministre de la santé toujours en exercice, le conservateur Jens Spahn (CDU), n’est pas davantage favorable à la vaccination obligatoire, estimant que celle-ci « diviserait le pays ». Mais, après avoir plaidé, début octobre, pour la levée de l’état d’urgence sanitaire, s’attirant ainsi les foudres de certains de ses camarades de parti qui l’accusaient de prendre la situation trop à la légère, lui aussi tente désormais de rectifier le tir en réclamant que la troisième dose de vaccin soit désormais ouverte à tous, et sans attendre que six mois se soient écoulés depuis la deuxième dose. Une décision qu’il risque lui-même de ne pas avoir le temps d’imposer si, comme prévu, il quitte son ministère dans la semaine du 6 décembre, au moment de l’investiture du nouveau gouvernement.

Thomas Wieder(Berlin, correspondant)

Covid-19 : en Suisse, la cinquième vague déferle sur la population la moins vaccinée d’Europe de l’Ouest

Les autorités doivent se réunir, mercredi, pour évaluer un durcissement des mesures alors que le taux de vaccination stagne à 65 %. Le climat devient de plus en plus délétère entre pro et antivaccins. 

Par Serge Enderlin(Genève, correspondance)Publié hier à 11h42, mis à jour à 07h30  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/17/covid-19-en-suisse-la-cinquieme-vague-deferle-sur-la-population-la-moins-vaccinee-d-europe-de-l-ouest_6102416_3244.html

Le gouvernement suisse finira-t-il à son tour par prendre la décision ultime, le confinement, comme en Autriche, des seuls non-vaccinés ? Alors que le taux de contamination remonte en flèche dans la Confédération depuis cinq semaines, avec une très forte accélération ces derniers jours, le Conseil fédéral devait se réunir mercredi 17 novembre à Berne pour évaluer un durcissement des mesures qui n’ont plus évolué depuis le 14 octobre dernier, quand les tests rapides (antigéniques) sont devenus payants afin d’encourager la population à la vaccination.

Pourtant rien n’y fait, cette dernière stagne à 65 % (schéma vaccinal complet) depuis des semaines. Alors même que la cinquième vague n’est plus seulement aux portes du pays, comme l’imaginait encore lundi le directeur du CHU de Genève, Bertrand Levrat, au micro de la radio publique RTS : « Le grizzly est actuellement dans la forêt en Allemagne. Le nombre de patients est susceptible de doubler tous les cinq jours. »

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De fait, avec 471 cas pour 100 000 habitants sur les quatorze derniers jours, le virus poursuit sa progression spectaculaire après un été où la crise avait presque été oubliée. La Suisse suit ainsi, avec un décalage d’une dizaine de jours, la trajectoire de son voisin autrichien ; le taux de contamination dans la Confédération est, par exemple, cinq fois supérieur à celui de la France et d’autres pays du sud européen davantage vaccinés.

« Semaine nationale de la vaccination »

Avec un contraste marqué entre les grandes villes (Zurich, Genève, Bâle et Lausanne) où la hausse est modérée, tandis que dans cinq petits cantons ultraconservateurs de Suisse centrale et orientale, le nombre d’infections explose avec jusqu’à 1 300 cas pour 100 000 personnes. Comme en Appenzell où plus d’une personne sur cent est atteinte du Covid-19 en même temps.

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Les nouvelles infections des dernières semaines ont des effets sur les hospitalisations, avec une moyenne de 33 par jour à travers le pays. Dans les unités de soins intensifs, le taux d’occupation est de 74 %, les cas Covid représentant 15 % du total. « La moitié des personnes en soins intensifs ont moins de 60 ans, note Virginie Masserey, directrice à l’Office fédéral de la santé publique. Une nouvelle surcharge n’est pas exclue. »

Pour booster les injections dans la population la moins vaccinée d’Europe de l’Ouest, le gouvernement a eu l’idée d’une grande « semaine nationale de la vaccination » fort coûteuse, avec le soutien public de quatorze anciens ministres restés populaires, et une offensive de communication tous supports. En vain. Dimanche 14 novembre, au terme de sept jours de campagne, seules 34 000 injections avaient été effectuées. Plus cocasse, un concert de soutien à l’effort vaccinal avec des stars nationales de la pop et du rap, a tourné au fiasco à Lausanne, après que la majorité des billets ont été raflés par des militants antivax qui ont soigneusement évité de se présenter à l’événement.

Colères populaires sous-estimées

Cette hausse des infections intervient alors que le pays se prépare, fait unique au monde, à voter sur la gestion de pandémie par les autorités fédérales. La loi Covid-19 qui permet au gouvernement fédéral de gérer la crise sanitaire, en forçant parfois la main des cantons, est en effet attaquée par référendum. Dimanche 28 novembre, les Suisses devront dire s’ils acceptent ou non le cadre législatif qui a, par exemple, permis au Conseil fédéral d’instaurer un passe sanitaire à la fin de l’été. Une enquête de la Société suisse de radiodiffusion, mercredi 17 novembre, indique que les opposants ne rassembleraient pour l’instant que 40 % des voix, mais les colères populaires sont souvent sous-estimées par les instituts de sondage.

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La coalition des opposants est plutôt hétéroclite, qui rassemble aussi bien des militants de la gauche radicale que les traditionnels « neinsager » (« ceux qui disent non à tout ») de la Suisse germanophone, classés à droite. Le mouvement est chapeauté par le parti populiste UDC, pourtant membre de la coalition gouvernementale. Il tente de récupérer à son profit le scepticisme sanitaire, un thème qui pourrait lui servir lors des élections législatives dans une année. Grâce au généreux financement du parti, le pays s’est couvert d’affiches dénonçant l’autoritarisme supposé de Berne, la fin des libertés individuelles sous prétexte de lutte contre le Covid-19, et une « dangereuse division de la société ».

En attendant l’issue de ce scrutin, le climat devient de plus en plus délétère entre « pro » et « anti » dans un pays peu habitué aux débats houleux. La question 2G (pour geimpft oder genesen, « vacciné ou guéri ») pour pouvoir encore évoluer dans l’espace public ne se pose pas encore en Suisse comme en Autriche, mais elle est désormais sur toutes les lèvres : quel sera le prochain pays à oser franchir le pas ?

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Serge Enderlin(Genève, correspondance)

Covid-19 : le bilan officiel est de 5 millions de morts dans le monde, mais il pourrait être en réalité trois fois plus élevé

Des calculs fondés sur l’excès de mortalité évaluent les décès réels à 17 millions, l’équivalent de la population des Pays-Bas.

Par Delphine RoucautePublié hier à 01h46, mis à jour hier à 14h34  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/11/17/covid-19-une-mortalite-mondiale-largement-sous-estimee_6102334_3244.html

Les corps de victimes du Covid-19, dans la morgue de l’hôpital universitaire d’urgence de Bucarest, le 8 novembre.
Les corps de victimes du Covid-19, dans la morgue de l’hôpital universitaire d’urgence de Bucarest, le 8 novembre. VADIM GHIRDA / AP

L’Europe contribue désormais à plus de la moitié des nouveaux décès liés au Covid-19 dans le monde. En particulier la Russie, l’Ukraine et la Roumanie. Rien d’étonnant, puisque le continent est au cœur de la reprise épidémique qui s’installe depuis quelques semaines au gré des premiers frimas de l’hiver. Le chiffre n’en reste pas moins inquiétant, alors que l’Europe représentait jusque-là un peu plus du quart des quelque 5 millions de morts provoqués par l’épidémie depuis mars 2020. Un cap symbolique franchi le 1er novembre, selon les données officielles fournies par les différents pays et compilées notamment par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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Mais faut-il réellement se fier à ce chiffre de 5 millions ? Pour imposant qu’il soit, il serait gravement sous-estimé, selon différentes études issues aussi bien des instances internationales que de chercheurs ou de groupes de presse. Parmi les dernières en date, le gros travail mis à jour par The Economist, mardi 16 novembre, réévalue le tribut humain à la pandémie à 17 millions de morts, soit plus de trois fois le chiffre officiel. « Ce nombre, revu à la hausse, me semble bien plus crédible », estime Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique et directeur du département santé globale de l’Institut Pasteur, à Paris. Une telle différence interroge fortement les systèmes de remontée des données démographiques dans de nombreux pays du monde.

« Même avant le Covid, très peu de pays étaient capables de fournir des informations correctes sur leur démographie, et notamment leur mortalité », souligne le démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine, directeur de recherches émérite à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Historiquement, plusieurs zones sont connues pour ne pas communiquer ces chiffres de manière fiable, comme l’Afrique, l’Asie ou encore l’Europe centrale. C’est pourquoi les Nations unies ont mis en place un suivi démographique international en produisant des tables types de mortalité. « Tellement de données sont ainsi fournies clé en main que la plupart des pays n’ont pas fait d’efforts d’organisation, de financement et de structuration pour mettre en place un suivi national d’évolution de leur population, relève M. Robine. Résultat, on estime que seulement 60 à 70 pays sur près de 200 fournissent régulièrement les données de mortalité de leur population. »

Stratégie zéro Covid

This handout photo from local media group Chinland Herald Daily News taken on June 21, 2021 and released on June 22, shows health workers in protective suit carrying a coffin bearing a body of a Covid-19 coronavirus patient during a burial at a cemetery in Falam township in western Myanmar’s Chin state. (Photo by HANDOUT / CHINLAND HERALD DAILY NEWS / AFP) / —–EDITORS NOTE — RESTRICTED TO EDITORIAL USE – MANDATORY CREDIT « AFP PHOTO / CHINLAND HERALD DAILY NEWS  » – NO MARKETING – NO ADVERTISING CAMPAIGNS – DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS

Pour contourner cette difficulté, il faut se baser sur l’excès de mortalité enregistré depuis la crise, c’est-à-dire l’écart entre le nombre de personnes décédées, quelle que soit la cause de leur mort, et le nombre de morts attendues, calculé sur la base des années précédentes. « La surmortalité est une soustraction entre la mortalité du passé et celle d’aujourd’hui, à partir de laquelle on peut modéliser la mortalité attendue », résume M. Robine.

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La rédaction de The Economist a travaillé principalement à partir de la base de données mise à disposition par deux chercheurs, Ariel Karlinsky et Dmitry Kobak. Dans une publication du 30 juin, ces derniers décrivent leurs premiers étonnements. « Nous avons constaté que dans plusieurs pays les plus touchés [Pérou, Equateur, Bolivie, Mexique], la surmortalité était au-dessus de 50 % de la mortalité annuelle attendue », soulignent les auteurs. A contrario, dans des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, la mortalité depuis le début de la pandémie est inférieure au niveau habituel, « probablement en raison des mesures de distanciation sociale diminuant la mortalité infectieuse non liée au Covid-19 », ajoutent-ils. La stratégie zéro Covid mise en place par ces pays a permis de limiter au maximum les morts, toutes causes confondues.

Les données de quelques pays ont de quoi rendre perplexes. En Russie, l’excès de mortalité calculé par The Economist suggère un impact épidémique beaucoup plus important que celui communiqué par les autorités, passant de 250 000 morts officiels à plus de 900 000 depuis le début de l’épidémie.

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De son côté, la mortalité en Inde se compterait plutôt en millions qu’en centaines de milliers. Reste le brouillard chinois : officiellement, 4 600 personnes y seraient mortes du Covid-19, pour une population de 1,4 milliard d’âmes… « Les chiffres sont publiés tous les jours sans faille sans que l’on ait décelé d’irrégularités, il y a un vrai mystère dans les données chinoises », s’étonne Jean-Marie Robine.

Réduction de la mortalité dans les Ehpad

La France, elle, fait partie des pays considérés comme très fiables. Le décompte des morts du Covid-19 est toutefois l’affaire de plusieurs institutions. D’un côté, Santé publique France (SPF) remonte les décès quotidiens par le biais de SI-VIC, le système d’information pour le suivi des victimes d’attentats et de situations sanitaires exceptionnelles mis en place en 2015, qui se base essentiellement sur la mortalité hospitalière. De l’autre, l’Insee organise un suivi exhaustif en se basant sur les actes d’état civil. Le centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc), quant à lui, produit des données fiables mais décalées de plusieurs mois à partir des certificats de décès remplis par les médecins.

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Ces différentes méthodes impliquent malheureusement quelques écarts d’estimation. Selon SPF, au 16 novembre, quelque 118 271 personnes sont mortes du Covid-19 en France depuis le début de la crise. Mais il y a plus de quatre mois, au 30 juin, le CépiDc avait d’ores et déjà reçu 130 885 certificats de décès avec la mention du Covid-19 en cause contributive (cause principale ou secondaire). Depuis mars, l’écart entre les estimations de mortalité faites par SPF, basées sur les données hospitalières, et celles faites par le CépiDC s’est considérablement réduit car la mortalité dans les Ehpad a été ramenée à sa portion congrue grâce à l’impact très positif de la vaccination massive de cette population vulnérable. Le risque de mortalité pèse désormais essentiellement sur les quelque 500 000 personnes de plus de 80 ans vivant à domicile qui n’ont encore reçu aucune dose de vaccin. Une population difficile à toucher car extrêmement isolée.

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Delphine Roucaute

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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