Pénurie de généralistes : le maire de Barneville-Carteret dit stop à la surenchère
Lundi 8 novembre 2021 à 16:32 – Par Pierre Coquelin, France Bleu Cotentin, France Bleu Normandie (Calvados – Orne)Barneville-Carteret
Fin octobre, le maire de Barneville-Carteret a été contacté par un médecin de région parisienne. Ce généraliste se disait prêt à s’installer mais posait ses conditions comme un logement gratuit et un terrain constructible. « Intolérable » selon le maire, qui a décidé de dénoncer ces pratiques.

« On ne peut pas répondre à un chantage pareil ». Le maire de Barneville-Carteret, David Legouet, ne décolère pas. Fin octobre, il a reçu un message d’un généraliste de région parisienne qui proposait de s’installer dans sa commune pour dix ans « à cinq conditions » :
- une prime d’installation
- un logement gratuit pendant deux ans
- une voiture de fonction
- un terrain constructible
- et un salaire de 6.770 € net après impôts
Avant, ils le disaient oralement mais maintenant ils ne se cachent plus et l’écrivent. On ne peut pas répondre à ce genre de propositions incroyables. On est complètement démunis. Dans certains endroits de France, on a des pharmaciens qui font venir des médecins en payant leur cabinet médical, et ça va même jusqu’au caddie de courses par mois ! C’est intolérable. J’espère qu’on va continuer ce travail de dénonciation car ce n’est plus possible – David Legouet, maire de Barneville-Carteret
Certains territoires se retrouvent confrontés à la pénurie de généralistes. C’est le cas de la Côte des Isles. « On devrait avoir cinq médecins, mais nous n’en avons que trois depuis de nombreuses années, explique David Legouet. Mais d’ici trois ans, deux des généralistes, un homme de 74 ans et une femme de 68 ans, vont partir en retraite. Et on risque de ne se retrouver qu’avec un seul médecin ». Un comble pour la station balnéaire qui voit passer sa population de 2.300 habitants à l’année, à 12.000 durant l’été. « Quand on regarde le secteur de la Côte des Isles, Portbail-sur-mer dispose de trois médecins, mais deux sont à mi-temps. Ce qui fait que d’ici quelques années, on va avoir trois médecins au lieu de huit sur tout ce territoire », ajoute David Legouet. D’autant que 60% de la population du territoire a plus de 60 ans, et la question de l’offre de santé est une préoccupation très importante.
Briser l’omerta
On peut le regretter, mais c’est la loi du marché. Les généralistes sont devenus les rois du pétrole. D’habitude, ce sont les municipalités qui proposent beaucoup d’avantages. On risque de voir ce genre de pratiques se multiplier – Antoine Leveneur, président de l’Union régionale des médecins libéraux (URML) de Normandie
Pour faire face à cette pénurie, les collectivités se démènent. Un pôle de santé ambulatoire (PSLA) est en cours de construction. Ainsi, la commune de Barneville-Carteret a publié des annonces dans des brochures médicales et auprès des facultés de Paris, de Caen et de Rouen. « Le syndicat des jeunes médecins généralistes nous a contacté pour nous proposer de mettre une demi-page dans son mensuel et une annonce sur internet pour 6.000 euros », précise le maire, qui demande au gouvernement et aux parlementaires de « légiférer pour avoir des médecins. Si ça doit passer par l’obligation, allons-y ! »
On se souvient également qu’à l’été 2018, l’ancien maire de la Barneville-Carteret, Pierre Gehanne, avait proposé un appartement, une place dans le port et même un repas dans le restaurant étoilé de la commune pour faire venir des médecins.
Je ne vais pas mettre de l’argent public pour faire venir un médecin à ce prix là. C’est quand même des gens qui ont les moyens de se payer eux-mêmes leur voiture et leur maison. Il ne faut pas oublier que c’est l’Etat qui a payé leurs études – David Legouet
Dans la Manche, 40.000 patients sont sans médecin traitant selon les chiffres de la Caisse primaire d’assurance maladie.
Dr Jean Scheffer:
Pour quoi ma proposition de Clinicat-Assistanat pour tous , de 3 ans, obligatoire pour tous les futurs généralistes et futurs spécialistes ne trouve pas preneur, au niveau des politiques, syndicats, association d’usagers ? En 3 à 5 ans, il n’y aurait plus de déserts médicaux ruraux, dans les quartiers, de déserts hospitaliers, de postes vacants en CMP, en PMI, dans les créches, en médecine scolaire, en santé publique, dans les maisons de santé et centres de santé….
A Vision globale, solution globale:
2 commentaires sur « Dans la Manche, 40.000 patients sont sans médecin traitant, des généralistes demandent des conditions mirobolantes pour venir »