Les mesures nécessaires pour revaloriser les professions médicales et paramédicales par un collectif

Des représentants des hôpitaux d’Ile-de-France et de l’AP-HP alertent : « A l’hôpital, un véritable choc d’attractivité est nécessaire »

TRIBUNE

Collectif

Estimant que la situation des établissements de santé publics ne peut se dégrader davantage, plus d’une centaine de professionnels détaillent, dans une tribune au « Monde », les mesures nécessaires pour revaloriser les professions médicales et paramédicales : travail de nuit mieux payé, effectifs suffisants, formation renforcée…

Publié hier à 01h27, mis à jour hier à 09h37    Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/09/des-representants-des-hopitaux-d-ile-de-france-et-de-l-ap-hp-alertent-a-l-hopital-un-veritable-choc-d-attractivite-est-necessaire_6101439_3232.html

Tribune. La pandémie de Covid-19 a montré que, lorsque l’hôpital est débordé, le pays et l’économie s’arrêtent. Malgré un léger regain de cas ces derniers jours, l’afflux massif de patients à l’hôpital semble peu probable si la bonne couverture vaccinale de la population se maintient. Mais il serait faux de penser que l’on a sauvé aussi l’hôpital. Car la crise de l’hôpital a commencé bien avant celle du Covid-19, qui n’en a été que le révélateur et n’a fait que l’amplifier.

La situation reste en effet préoccupante, car c’est désormais en temps « ordinaire » que nous n’avons plus assez de lits par manque de personnel. Tous les établissements de santé sont concernés, publics et privés, dans toutes les régions à des degrés divers, mais la situation est particulièrement critique en région parisienne.

Quels que soient les chiffres exacts et détaillés des fermetures de lits et salles de bloc, les faits sont là : longueur excessive des délais de rendez-vous, attentes prolongées sur des brancards aux urgences, interventions chirurgicales reportées, transferts de patients, y compris d’enfants, d’un hôpital à l’autre parfois loin de chez eux… Cela n’est pas acceptable.

Accumulation des maux

Nous ne reviendrons pas ici sur les choix faits pour l’hôpital ces dernières décennies. Peu importe la façon dont on les juge, ils se traduisent par une grave crise de recrutement et de fidélisation des professionnels de santé. Les raisons étaient là bien avant la pandémie de Covid-19 : salaires restant sous la moyenne de ceux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et, en Ile-de-France, totalement inadaptés au coût du logement, durées épuisantes des trajets pour se rendre sur son lieu de travail (par exemple, 30 % du personnel non médical de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris [AP-HP] effectue plus de deux heures de trajet par jour), déplacement des infirmiers d’un service à l’autre, d’un horaire à l’autre, parfois à la dernière minute, sursollicitation pour faire des heures supplémentaires, rythmes excessifs pour prodiguer les soins de façon professionnelle et humaine, conformément aux attentes légitimes des patients, sentiment de perte de sens de ce pour quoi on s’est engagé dans les métiers du soin au service de son prochain. Les maux s’accumulent, durent et lassent les plus aguerris.

Lire aussi Dans les hôpitaux, un « cercle vicieux de la désaffection » après la sortie de crise sanitaire

Nous sommes entrés dans un véritable cercle vicieux : les postes laissés vacants par ceux qui partent obligent ceux qui sont encore en place à travailler dans des conditions dégradées, mettant ainsi en cause la qualité des soins, ce qu’ils ne peuvent moralement accepter et les incite à leur tour à partir. En moyenne, une infirmière n’exerce son métier que sept ou huit ans, trois ans aux urgences. Selon une enquête récente [une large consultation menée par l’Ordre des infirmiers entre le 30 avril et le 5 mai], 40 % des infirmières et infirmiers envisageraient de quitter la profession. Dans certains territoires ou régions, les médecins ne sont pas exclus de cette spirale délétère.

Pendant des années, tandis que l’activité hospitalière ne cessait d’augmenter, l’embauche n’a pas suivi. Une prise en charge en ambulatoire, moins dispendieuse, répond souvent et incontestablement mieux aux attentes et besoins de certains patients. Certes, mais l’hospitalisation traditionnelle reste nécessaire dans de nombreuses situations (pathologies aiguës sévères, urgentes, complexes, ou concernant des personnes seules, fragiles ou en difficulté sociale). Une prise en charge ambulatoire de qualité exige aussi du personnel pour la coordination des soins et suppose que le patient qui retourne rapidement à la maison ne vive pas dans un désert médical de proximité.

Remettre le fonctionnement de l’hôpital sur pied

Nous ne pouvons laisser la situation se dégrader davantage, il y va de l’avenir de l’hôpital public, de notre capacité à bien soigner et à bien former les professionnels de santé de demain. Le ministre de la santé [Olivier Véran] a raison de dire qu’il n’y a pas de solution miracle, que les candidats n’attendent pas derrière la porte. Nous constatons que les mesures prises dans le cadre du Ségur de la santé ne peuvent pas suffire. Un véritable choc d’attractivité est nécessaire. Certaines mesures urgentes sont de nature à amorcer le véritable sursaut auquel nous appelons.

Lire aussi (en 2019) :  « L’hôpital public s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions »

Premièrement, dès maintenant, le travail la nuit, le week-end et les jours fériés pour assurer la permanence des soins doit être nettement mieux payé. C’est le principal point noir du recrutement, étape indispensable d’une revalorisation des rémunérations qui, pour réussir, doit être plus ambitieuse.

Deuxièmement, il faut garantir aux soignants la perspective d’effectifs suffisants pour travailler dans de bonnes conditions et pouvoir bien soigner, conformément aux normes de qualité. Nous proposons de définir des cibles ambitieuses de ratios de personnel en fonction du nombre de patients et de leur type de pathologie : la littérature scientifique montre que des ratios d’une infirmière ou un infirmier pour six à huit patients dans les services de pathologies aiguës constituent un critère majeur de qualité et de sécurité des soins, mais aussi d’attractivité.

« Les besoins des patients obligent les équipes soignantes et les besoins des équipes soignantes obligent les gestionnaires, et non l’inverse »

Troisièmement, il faut sans tarder renforcer la formation pratique des soignants, donner à chacun la possibilité de développer ses compétences et valoriser les acquis de son expérience. Enfin, il faut donner aux services la responsabilité d’évaluer leurs besoins et d’organiser leur travail. Il faut remettre le fonctionnement de l’hôpital sur pied : les besoins des patients obligent les équipes soignantes et les besoins des équipes soignantes obligent les gestionnaires, et non l’inverse.

Écouter aussi  Hôpital : après le Covid-19, retour à l’anormal ? 

Beaucoup de jeunes choisissent de s’engager dans des études médicales ou paramédicales, ils ont raison, car ce sont des métiers de l’humain et du progrès, des métiers magnifiques ! Ne les décourageons pas, faisons en sorte qu’ils aient une bonne formation et qu’ils puissent exercer dans de bonnes conditions.

L’hôpital public est notre bien commun et l’un des fondements de notre pacte social. Aujourd’hui, il risque de s’effondrer. Il est encore temps de le sauver.

Signataires : Michèle Granier, présidente de la Conférence des présidents de commission médicale d’établissement (CME) des centres hospitaliers d’Ile-de-France ; Rémi Salomon, président de la CME de l’AP-HP, ainsi que 102 membres de la CME de l’AP-HP et de la Conférence des présidents de CME des centres hospitaliers d’Ile-de-France.

Signataires de la tribune – « A l’hôpital, un véritable choc d’attractivité est nécessaire » by LeMonde.fr 

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Collectif

ignataires de la tribune : « A l’hôpital, un véritable choc d’a;rac<vité est nécessaire »

Liste des signataires présidents des commissions médicales d’établissement (CME) des centres hospitaliers d’Ile-de-France :

Joëlle Belaisch-Allart, centre hospitalier des Quatre Villes

Xavier Belenfant, centre hospitalier intercommunal André-Grégoire de Montreuil

Simon CaBan, groupe hospitalier intercommunal Le Raincy-MonFermeil

Yannick Costa, groupe hospitalier Est Francilien

Claire de Thezy, centre hospitalier Rives de Seine de Neuilly-sur-Seine

Anne de Truchis, centre hospitalier de Rambouillet

Édouard Devaud, centre hospitalier René-Dubos de Pontoise

Bruno Faggianelli, groupe hospitalier Nord-Essonne

Michèle Granier, centre hospitalier Sud-Francilien, présidente de la conférence des présidents de CME des centres hospitaliers d’Île-de-France

Isabelle Guillemot, centre hospitalier du Vésinet

Bassam Haddad, centre hospitalier intercommunal de Créteil

Hervé Hagège, centre hospitalier intercommunal de Créteil

Nourredine Harriche, centre hospitalier Sud Seine-et-Marne

Karim Lachgar, centre hospitalier Simone-Veil d’Eaubonne-Montmorency

Jean-Marc Laurent, centre hospitalier intercommunal de Villeneuve Saint-Georges

François Lhote, centre hospitalier de Saint-Denis

Lydia Maisonneuve, centre hospitalier intercommunal Robert-Ballanger d’Aulnay-sous-Bois, Le Blanc-Mesnil, Tremblay-en-France, Sevran et Villepinte

Mehran Monchi, centre hospitalier de Melun
Pierre Panel, hôpital André-Mignot, Le Chesnay-Rocquencourt
Renaud Pequignot, hôpitaux de Saint-Maurice
Marie-Hélène Pic, centre hospitalier de Mantes-la-Jolie
Jean-Luc Pons, centre hospitalier Victor-Dupouy d’Argenteuil
Luc Rozenbaum, centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre
Patrick Rozenberg, centre hospitalier intercommunal de Poissy –Saint-Germain François Venutolo, centre hospitalier de Gonesse

Liste des signataires membres de la commission médicale d’établissement (CME) de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris.

Véronique Abadie, pédiatrie, Necker

Réné Adam, chirurgie hépato-biliaire, Paul-Brousse Philippe Anract, chirurgie orthopédique, Cochin

Marie An]gnac, pharmacie, Saint-Antoine, vice-présidente de la CME du groupe hospitalo-universitaire APHP.Sorbonne Université

Thomas Aparicio, gastro-entérologie, Saint-Louis

Jean-Yves Ar]gou, cardiologie, René-Muret

Élie Azoulay, réanima]on médicale, Saint-Louis

Fadi Bdéoui, odontologie, Henri-Mondor

Sébas]en Beaune, urgences, Ambroise-Paré, vice-président de la CME du groupe hospitalo-universitaire APHP.Paris-Saclay

Sadek Beloucif, anesthésie-réanima]on, Avicenne

Guy Benoît, pharmacie, Armand-Trousseau

Bahram Bodaghi, chirurgie ophtalmologique, Pi]é-Salpêtrière

Jacques Boddaert, gériatrie, Pi]é-Salpêtrière

Olivier Bourdon, pharmacie, Robert-Debré

Diane Bouvry, pneumologie, Avicenne, vice-présidente de la CME de l’APHP

Donia Bouzid, urgences, Bichat

Sophie Branchereau, chirurgie infan]le, Bicêtre

Emmanuel Bui Quoc, chirurgie ophtalmologique infan]le, Robert-Debré

Jean-Claude Carel, endocrinologie pédiatrique, Robert-Debré, président de la CME du groupe hospitalo- universitaire AP-HP.Nord-Univesrité de paris

Alain Cariou, réanima]on médicale, Cochin
Yves Cas]er, chirurgie vasculaire et thoracique, Bichat
Cyril Charron, réanima]on, Ambroise-Paré
Julie Chopart, médecine générale, Bretonneau
Olivier Clément, radiologie, hôpital européen Georges-Pompidou Yves Cohen, réanima]on médico-chirurgicale, Avicenne
Anne Couvelard, anatomie et cytologie pathologiques, Bichat Audrey Darnieaud, sage-femme, Bicêtre
Sonia Cerceau, anesthésie-réanima]on, Armand-Trousseau
Loïc de Pontual, pédiatrie, Jean-Verdier
Vianney Descroix, odontologie, Pi]é-Salpêtrière
Hubert Ducou Le Pointe, radiologie, Armand-Trousseau

Jacques Duranteau, anesthésie-réanima]on, Bicêtre, président de de la CME du groupe hospitalo- universitaire AP-HP.Paris Saclay

Georges Estephan, anesthésie-réanima]on, hôpital européen Georges-Pompidou Thierry Faillot, neurochirurgie, Beaujon
Vincent Frochot, explora]ons fonc]onnelles, Tenon
Bernard Granger, psychiatrie, Cochin

Bruno Greff, anesthésie-réanima]on, Robert-Debré

Sophie Guillaume, sage-femme, Necker

Chris]an Guy-Coichard, médecine de la douleur, Saint-Antoine

Émelyne Hamelin, chirurgie thoracique, Cochin

Agnès Harteman, endocrinologie, Pi]é-Salpêtrière

Jean-François Hermieu, urologie, Bichat

Sandrine Houzé, bactériologie, Bichat

Marc Humbert, pneumologie, Bicêtre

Youcef Kadri, étudiant en pharmacie, Université de Paris

Jean-Louis Laplanche, biochimie, Lariboisière

Éric Le Bihan, anesthésie-réanima]on, Beaujon

Éric Le Guern, géné]que, Pi]é-Salpêtrière

Michel Lejoyeux, psychiatrie, Bichat-Beaujon

Rachel Lévy, biologie médicale, Tenon

Laurent Mandlebrot, gynécologie-obstétrique, Louis-Mourier

Xavier MarieBe, rhumatologie, Bicêtre

Emmanuel Mar]nod, chirurgie thoracique, Avicenne, président de la CME du groupe hospitalo-universitaire APHP.Paris-Seine-Saint-Denis

Rafik Masmoudi, urgences, hôpital européen Georges-Pompidou, vice-président de la CME du groupe hospitalo-universitaire

Giovanna Mélica, infec]ologie, Henri-Mondor
Vianney Mourman, soins pallia]fs, Lariboisière
Yann Parc, chirurgie générale et diges]ve, Saint-Antoine
Louis-Paul Paty, interne en pharmacie
JulieBe Pavie, immuno-infec]ologie, hôpital européen Georges-Pompidou Antoine Pelhuche, gériatrie, Paul-Brousse
Antoine Pelissolo, psychiatrie, Henri-Mondor
Patrick Pelloux, urgences, Necker
Marie-Noëlle Péraldi, néphrologie, Saint-Louis

Nathalie Pons-Kerjean, pharmacie, Beaujon, vice-présidente de la CME du groupe hospitalo-universitaire APHP.Nord – Université de Paris

Claire Poyart, bactériologie, Cochin, présidente de la CME du groupe hospitalo-universitaire APHP.Centre – Université de Paris

Louis Puybasset, anesthésie-réanima]on, Pi]é-Salpêtrière

Jean-Damien Ricard, réanima]on médico-chirurgicale, Louis-Mourier

Nathalie Ricome, pharmacie, Paul-Brousse

François Salachas, neurologie, Pi]é-Salpêtrière

Rémi Salomon, néphrologie pédiatrique, Necker, président de la CME de l’APHP

Clara Salino, étudiante en médecine, Sorbonne-Université

Virginie Siguret-Depasse, hématologie biologique, Lariboisière

BrigiBe Soudrie, médecine physique et réadapta]on, hôpital marin d’Hendaye

Laurent Teillet, gériatrie, Sainte-Périne – Ambroise-Paré

Samir Tine, médecine générale, René-Muret, vice-président de la CME du groupe hospitalo-universitaire APHP.Paris – Seine-Saint-Denis

Christophe Trivalle, gériatrie, Pauml-Brousse
Valéry Trosini-Desert, pneumologie, Pi]é-Salpêtrière Michel Vaubourdolle, biochimie, Saint-Antoine
Noël Zahr, explora]ons fonc]onnelles, Pi]é-Salpêtrière

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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