« Une incapacité persistante à comprendre les frontières et les transformations du monde populaire. » (Le Directeur de Terra Nova Thierry Pech)

Thierry Pech : « Il ne suffit pas de déclarer sa fidélité aux classes populaires pour les rencontrer »

TRIBUNE

Thierry Pech

Directeur de Terra Nova

Selon le directeur du think tank Terra Nova, il existe une « incapacité persistante », de la part des partis et notamment de gauche, à comprendre les transformations et les divisions d’un monde populaire beaucoup plus divers qu’autrefois.

Publié hier à 01h19, mis à jour hier à 15h04    Temps de Lecture 9 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/08/thierry-pech-il-ne-suffit-pas-de-declarer-sa-fidelite-aux-classes-populaires-pour-les-rencontrer_6101314_3232.html

Tribune. Voilà plus de dix ans que la gauche est accusée d’avoir « abandonné les classes populaires ». Ce faisant, elle aurait délibérément brisé son socle électoral historique et organisé sa propre déroute. Ceux qui adhèrent à ce récit prétendent en avoir trouvé la preuve dans la publication, en mai 2011, d’un rapport de Terra Nova sur la stratégie électorale de la gauche *qui lui conseillait de rechercher les suffrages des jeunes, des femmes, des diplômés, des minorités et des quartiers populaires plutôt que ceux des ouvriers et des employés.

J’ai, dès mon arrivée à Terra Nova, pris mes distances avec ce rapport, mais la polémique qu’il a suscitée** masque, aujourd’hui encore, un fait qui empêche la gauche de renouveler son assise : une incapacité persistante à comprendre les frontières et les transformations du monde populaire. C’est cette difficulté qui était le plus problématique dans l’analyse de Terra Nova, comme chez la plupart de ses contradicteurs, et qui transparaît, aujourd’hui encore, dans l’ensemble des discours politiques.

Le monde ouvrier, éloigné de l’industrie

Commençons par les ouvriers, composante longtemps hégémonique des classes populaires dans l’imaginaire collectif. La tendance des dernières décennies est clairement au déclin : les ouvriers représentent aujourd’hui 20 % de l’emploi total, soit 10 points de moins qu’au début des années 1980 et 20 points de moins qu’à la fin des années 1950. Le monde ouvrier s’éloigne en outre de l’industrie : si les ouvriers qualifiés (fraiseurs, chaudronniers…) n’ont pas trop mal résisté, les ouvriers non qualifiés sont passés, en quarante ans, de près de 30 % de l’emploi ouvrier à 15 % environ. Les deux tiers des ouvriers d’aujourd’hui ne travaillent plus dans le secteur industriel.

De fait, l’identification des ouvriers aux prolétaires des grands ateliers industriels d’antan relève de la persistance rétinienne d’une gauche nostalgique. Si elle veut renouer avec les ouvriers d’aujourd’hui, il ne lui suffira pas de parler au monde de l’usine ou de faire des gammes sur la réindustrialisation (projet essentiel, mais pour d’autres raisons). Qu’ils soient chauffeurs, cuisiniers ou maçons, la majorité des emplois d’ouvriers se trouve en effet aujourd’hui dans des entreprises de plus petite taille où la socialisation des expériences de travail est moins aisée, les interactions avec les autres catégories plus diversifiées et les syndicats souvent absents. Le sentiment d’appartenance au monde ouvrier s’est d’ailleurs affaibli : au début des années 2010, un quart seulement des ouvriers se considérait encore comme appartenant à la « classe ouvrière ». Celle-ci n’a pas seulement perdu en nombre et en cohérence : elle s’est aussi dépouillée d’une conscience d’elle-même et des grands récits qui lui donnaient forme.

Une concurrence inédite entre les travailleurs

Pendant ce temps, les emplois peu ou pas qualifiés se sont massivement déplacés vers les services aux personnes, le commerce, la restauration, l’hôtellerie… Tandis que le monde ouvrier se contractait, celui des employés continuait de croître (27 % des emplois en 2019 contre 25 % en 1982). Cet univers largement féminisé les trois quarts des employés sont des femmes n’a pourtant guère attiré l’intérêt des états-majors de campagne, à gauche comme à droite : les vendeuses, femmes de ménage, hôtesses d’accueil, standardistes, aides-soignantes et « nounous » sont restées des fantômes du discours politique.

Il s’est pourtant joué, dans ces emplois de services, un retournement décisif. La qualité de la prestation y est en effet souvent inséparable des qualités personnelles de celui ou de celle qui la produit, comme le notaient les économistes Dominique Goux et Eric Maurin dès la fin des années 1990. Cette individualisation des relations d’emploi, qui a installé une concurrence inédite entre les travailleurs, a peu à peu détruit le socle des « rapports de production » qui fondait l’ancienne lecture du social.

« Si la gauche veut reconquérir les classes populaires, elle doit éviter les foyers déformants du cartographisme social »

Sur ses décombres a émergé, depuis dix ans, une nouvelle grille de lecture : l’opposition entre métropoles et « France périphérique »Conçue par le géographe Christophe Guilluy, elle s’appuie sur deux phénomènes incontestables : la métropolisation des emplois et des richesses et la périurbanisation de la population. Depuis vingt ans, les grandes aires urbaines ont en effet concentré la plus grande part de la croissance et des créations nettes d’emplois dans le secteur marchand. Dans le même temps, le périurbain voyait sa population exploser. Ces deux facteurs expliquent la multiplication des « navetteurs », l’allongement continu des distances entre domicile et travail et l’accroissement de la dépendance à la voiture.

Métropoles contre « périphéries »

Sur ces bases, Christophe Guilluy a proposé un cadastre sociopolitique en trois volets : du côté des métropoles, les populations les mieux dotées en capital économique et culturel et les opinions les plus disposées au multiculturalisme et à l’immigration ; du côté des deuxièmes couronnes et des espaces ruraux – les « périphéries » –, un vaste ensemble de populations parcourues d’un sentiment croissant de décrochage où l’on retrouverait les trois quarts des classes populaires ; enfin, dans les premières couronnes des centres métropolitains, les « cités » censées polariser la sollicitude de la bourgeoisie urbaine.

Convaincus par cette typologie, certains anticipaient, à l’élection présidentielle de 2017, une revanche des périphéries. La répartition géographique des suffrages du premier tour a plutôt démenti cette théorie : le champion supposé de la bourgeoisie de centre-ville, Emmanuel Macron, a certes trouvé la plus grande partie de ses voix dans le cœur des grandes aires urbaines, mais ce fut aussi le cas de la représentante désignée des périphéries populaires, Marine Le Pen : près de la moitié de ses voix venait de ces mêmes territoires !

Si la lecture géographique fonctionne mal, c’est parce que les territoires sont beaucoup moins homogènes qu’on ne le croit. Ainsi, les années 2010 ont vu les inégalités s’accroître à l’intérieur des aires métropolitaines la majorité des pauvres, immigrés ou non, vivent toujours dans les grandes villes et les territoires de moindre densité sont, eux aussi, très divers : si certains sont frappés par le déclin industriel, la plupart d’entre eux voient coexister des zones dynamiques et des zones déprimées.

Fin 2018, certains se sont empressés de voir dans le mouvement des « gilets jaunes » la révolte des périphéries qu’ils avaient vainement attendue un an plus tôt. Las, le diagnostic ne s’est pas révélé plus convaincant : la carte de la « France des ronds-points » ne disait rien de précis sur les lieux de résidence des manifestants. Mieux, elle était très proche de celle des grands centres urbains, comme l’a souligné le géographe Sylvain Genevois. La distribution des points de blocage en Ile-de-France montrait même que le mouvement était relativement absent des départements les plus populaires

.Lire aussi    « Gilets jaunes » : la révolte des ronds-points

Si la gauche veut reconquérir les classes populaires, elle doit donc cesser de les regarder à travers les catégories qui structuraient le monde d’hier, mais aussi éviter les foyers déformants du cartographisme social. Cet effort d’accommodation lui permettra de les découvrir sous un jour nouveau et de mieux situer leurs divisions. D’autant que le sentiment d’injustice qui traverse la société ne peut plus être rapporté uniquement à une condition d’emploi ou une situation sur le territoire : les épreuves liées aux parcours de vie, comme les discriminations et la précarité, dessinent aujourd’hui une expérience nouvelle des inégalités.

Pour adopter une nouvelle approche, la gauche doit commencer par comprendre ce qui s’est passé ces dernières décennies. Les classes populaires formaient autrefois pour une large part un monde fermé sur lui-même où l’on quittait rarement son quartier, où l’on cultivait l’entre-soi et où l’on regardait avec défiance ceux qui éprouvaient le désir d’en sortir. Depuis une cinquantaine d’années, elles ont rompu avec cet isolement collectif en s’ouvrant aux autres mondes sociaux.

Cette ouverture a nourri d’importants bouleversements. Alors que les classes populaires des années 1950 quittaient l’enseignement à 15 ou 16 ans, leurs enfants ont accédé au lycée et certains de leurs petits-enfants à l’enseignement supérieur. Alors qu’une partie des femmes des classes populaires dépendait étroitement des revenus de leur mari, un grand nombre d’entre elles sont entrées sur le marché du travail, notamment dans les métiers de services. Alors que l’emploi industriel peu qualifié tenait le salariat populaire dans des environnements sociaux homogènes et limités, le développement des services leur a ouvert des champs d’interaction beaucoup plus vastes.

« Sa diversité du monde populaire est telle qu’elle menace les catégories même à travers lesquelles on tente de s’adresser à lui »

Ces transformations se sont accompagnées d’une augmentation des inégalités au sein des classes populaires elles-mêmes : inégalités d’exposition à la précarité et au sous-emploi, au risque de pauvreté, inégalités dans l’expérience des pénibilités du travail, inégalités d’accès à la propriété immobilière… De fait, le monde populaire est aujourd’hui beaucoup plus composite qu’autrefois. Sa diversité est telle qu’elle menace les catégories même à travers lesquelles on tente de s’adresser à lui.

Le clivage qui opposait jadis, de manière parfois un peu simpliste, les dominants aux dominés ne suffit plus à rendre compte de cette complexité. Comme l’a montré le sociologue Olivier Schwartz, un clivage sur plusieurs fronts tend désormais à s’imposer : il oppose, d’un côté, les milieux populaires relativement intégrés aux catégories dominantes et, de l’autre, aux pauvres et à ceux que l’on qualifie à présent d’« assistés ». L’altérité sociale prend ainsi le visage de la domination économique et culturelle mais aussi celui de l’exclusion, de ceux qui dépendent des minima sociaux et dont on souhaite d’autant plus s’éloigner qu’on craint de devoir les rejoindre un jour à la faveur d’un accident de la vie.

Lire aussi (archive de 2016):  Qui sont les ouvriers d’aujourd’hui ?

La nostalgie ne fait pas une politique : il ne suffit pas de déclarer sa fidélité aux classes populaires pour les rencontrer. Qui aspire à les représenter doit désormais affronter leurs divisions et leurs clivages. La vérité est que la plupart des forces politiques y ont renoncé. Certains, à gauche, noient le poisson dans un discours généraliste attrape-tout sur la République et l’égalité. D’autres, en particulier à droite, préfèrent segmenter les classes populaires et y faire leur marché. C’est ce que fait Xavier Bertrand : quand il oppose le monde rural et les zones peu denses aux grandes aires urbaines, il met de côté la majorité des pauvres, regroupés dans les villes, notamment dans les quartiers de la politique de la ville. C’est aussi ce que fait Marine Le Pen : en menant l’offensive sur les prix à la pompe, elle se tourne vers les classes populaires intégrées dans l’emploi qui doivent remplir le réservoir de leur voiture pour aller travailler. C’est encore ce que fait Eric Zemmour : quand il brandit son roman culturel nationaliste et misogyne, il met délibérément de côté les immigrés et leurs enfants ainsi qu’une bonne part des femmes employées.

Tous parlent du peuple la main sur le cœur, mais chacun choisit celui qui l’arrange. Chacun cherche son peuple.

Thierry Pech est directeur du think tank Terra Nova. Une version longue de ce texte est disponible sur le site Tnova.fr, dans l’espace de débats « La grande conversation 2022 ».

Thierry Pech (Directeur de Terra Nova)

*En vue de 2012, le PS s’interroge sur l’électorat à conquérir

Deux études préconisent l’élargissement de la base électorale de la gauche sociale-démocrate pour gagner l’Elysée, mais divergent sur l’électorat à cibler. Faut-il privilégier les classes moyennes ou les couches populaires ? 

Par Thomas Wieder Publié le 10 mai 2011 à 14h59 – Mis à jour le 30 juin 2012 à 16h00  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2011/05/10/en-vue-de-2012-le-ps-s-interroge-sur-l-electorat-a-conquerir_1519605_823448.html

Gagner : l’objectif est clair. Mais comment ? La réponse l’est moins. A un an de l’élection présidentielle, les socialistes divergent quant à la stratégie à suivre pour l’emporter en 2012.

Loin d’opposer l’aile gauche à l’aile droite du PS, le débat fait rage au sein même de la famille sociale-démocrate. Deux publications qui paraissent à quelques jours d’intervalle en attestent. La première a pour titre Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?. Il s’agit d’un rapport de la Fondation Terra Nova, un club de réflexion présidé par Olivier Ferrand, adjoint au maire de Thuir (Pyrénées-Orientales). La seconde, intitulée L’Equation gagnante, est un livre cosigné par Laurent Baumel, maire de Ballan-Miré (Indre-et-Loire), et François Kalfon, conseiller régional d’Ile-de-France, tous deux membres du secrétariat national du PS, l’un chargé des relations internationales, l’autre des études d’opinion.

Les trois hommes sont partisans de la candidature de Dominique Strauss-Kahn, tous trois sont d’accord pour dire que la gauche sociale-démocrate doit élargir sa base électorale si elle veut conquérir l’Elysée en 2012. Mais MM. Ferrand, Baumel et Kalfon ne font pas le même diagnostic s’agissant des « cibles » à courtiser.

Pour la Fondation Terra Nova, la gauche ne l’emportera en 2012 que si elle parvient, d’abord, à faire le plein des voix auprès des catégories qui, ces dernières années, ont montré qu’elles lui étaient majoritairement acquises : les diplômés, les jeunes, les minorités des quartiers populaires, les non-catholiques et les habitants des grandes villes.

Très différents du point de vue de leur condition socio-économique, les membres de cette coalition – similaire à celle qui a porté Barack Obama à la Maison Blanche en 2008, comme le rappelle Olivier Ferrand – partagent en revanche des valeurs culturelles communes dont les maîtres mots sont la confiance dans l’avenir, la tolérance, l’ouverture et la solidarité.

Pour l’emporter, toutefois, le candidat de gauche à la prochaine présidentielle devra s’appuyer sur d’autres fractions de l’électorat. C’est là que les stratégies divergent. Pour Terra Nova, l’élargissement peut se faire auprès de deux fractions de l’électorat : les classes populaires et les classes moyennes.

Le problème, cependant, est que s’adresser aux deux à la fois est difficile : alors que les classes moyennes partagent les valeurs culturelles de la gauche mais peuvent, pour partie, être en phase avec la droite sur les questions économiques, les classes populaires adhèrent au discours de la gauche sur le plan socio-économique, mais se rapprochent de plus en plus de la droite, voire de l’extrême droite, d’un point de vue culturel.

Stratégiquement, un choix est donc nécessaire. « Pour nous, confie Olivier Ferrand, l’élargissement est plus facile à faire en direction des classes moyennes, car c’est un électorat qui apparaît aujourd’hui plus mobile que ne le sont les classes populaires, qui ont davantage basculé vers la droite. » Mais la partie n’est pas gagnée. « Pour toucher les classes moyennes, la gauche a du travail à faire, notamment sur la fiscalité », reconnaît ainsi le président de Terra Nova, qui pointe l’attachement de ces catégories aux valeurs d’épargne.

En face, les auteurs de L’Equation gagnante font une analyse différente. Pour eux, c’est au contraire l’électorat populaire qui doit être l’objet prioritaire de toutes les attentions. Plus précisément, c’est à ceux qui éprouvent le plus cruellement un sentiment de déclassement et de précarisation que la gauche doit s’adresser.

Pour Laurent Baumel et François Kalfon, cette « France qui se lève tôt », constituée non pas d’exclus du système mais de travailleurs fragilisés qui ont été séduits en 2007 par Nicolas Sarkozy et sont tentés aujourd’hui par le Front national, peut revenir dans le giron de la gauche. Mais cela ne peut se faire qu’à la condition que celle-ci mette l’accent sur la « valeur travail », tienne un discours ferme sur la laïcité et, dans sa conception de la citoyenneté, promeuve autant la notion de « devoirs » que celle de « droits ».

A cette première cible, les auteurs de L’Equation gagnante en ajoutent une seconde : les personnes âgées, qui avaient voté en masse pour Nicolas Sarkozy en 2007 (67 % des plus de 65 ans au second tour, selon le Centre de recherches politiques de Sciences Po-Cevipof). « Sauf à accepter de concourir durablement dans une course à handicap, la gauche doit à l’évidence mener elle aussi la bataille des seniors et essayer d’effriter sérieusement ce socle, comme elle était parvenue à le faire à l’époque de François Mitterrand », écrivent Laurent Baumel et François Kalfon.

Comme tous les calculs stratégiques, les deux scénarios envisagés comportent toutefois des risques. La question est donc de savoir lequel est le moins périlleux. Pour Olivier Ferrand, cibler prioritairement les classes populaires serait dangereux car cela conduirait la gauche à renier ses valeurs en faisant du « social-populisme ». « Le Parti travailliste néerlandais (PvdA) a tenté une telle rupture sous la direction de Wouter Bos. Se définissant comme un parti de classes, le parti des classes populaires, il a accompagné son électorat dans le conservatisme culturel pour se positionner « anti-immigration », « anti-Europe » et « anti-impôts », basculant ainsi de la social-démocratie au social-populisme. L’échec électoral a été cuisant : le PvdA a terminé à 13 % aux dernières élections locales », souligne le président de Terra Nova. Quant à l’idée de courtiser les seniors, ce serait peine perdue : « Il s’agit là du coeur de l’électorat de droite et, quoi que la gauche fasse, il lui sera très difficile de conquérir des voix de ce côté-là », explique Olivier Ferrand.

Pour les auteurs de L’Equation gagnante, à l’inverse, parier sur le vote des jeunes et des minorités des quartiers populaires est risqué, et ce pour deux raisons. La première est qu’il s’agit de segments de l’électorat connus pour leur abstentionnisme. La seconde est que les jeunes ne représentent qu’environ 10 % des électeurs, quand les plus de 65 ans, qui eux se déplacent massivement pour voter, en représentent environ 30 %. « Les jeunes et les habitants des quartiers constituent des basses eaux en termes de participation. Partant de là, je ne vois pas comment la gauche peut gagner si elle ne s’adresse pas de façon claire et offensive aux travailleurs et aux retraités », relève François Kalfon.

A un an de la prochaine élection présidentielle, la question pour le PS n’est pas seulement de désigner son candidat. Elle est aussi de se trouver un électorat. D’identifier, en somme, ce qu’est aujourd’hui le « peuple de gauche ».

Thomas Wieder

***PS : Terra Nova nie vouloir « abandonner » les classes populaires

Des socialistes reprochent à la fondation de vouloir concentrer la campagne de la gauche pour la présidentielle de 2012 sur d’autres électorats que la classe ouvrière. 

Le MondePublié le 13 mai 2011 à 19h18 – Mis à jour le 13 mai 2011 à 19h34  

Temps de Lecture 2 min. 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2011/05/13/ps-terra-nova-nie-vouloir-abandonner-les-classes-populaires_1521822_823448.html

Olivier Ferrand, candidat dans la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône.
Olivier Ferrand, candidat dans la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône. AFP/XAVIER LEOTY

Olivier Ferrand, patron du cercle de réflexion Terra Nova, imaginait-il la polémique que soulèverait son rapport suggérant à la gauche de concentrer sa campagne sur les classes moyennes plutôt que sur les couches populaires ? On peut en douter. Pourtant, il a fait l’effet d’une bombe. Mais au-delà de ce texte, intitulé « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 », c’est la personnalité de ce soutien à Dominique Strauss-Kahn qui est contestée par certains au PS.

A la suite de la médiatisation du rapport de la fondation, notamment au travers d’un article du Monde du 11 mai (dans notre édition abonnés)l’UMP, mais aussi une partie de la gauche, accusent désormais une frange du PS « d’abandonner les classes populaires ».

« SABORDAGE IDÉOLOGIQUE »

Dans son texte, Terra Nova explique : « La classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs. » Il n’est pas faux, selon les dernières enquêtes d’opinion, que le premier parti « ouvrier » en France est désormais le Front national. De même, Nicolas Sarkozy a fait de bons scores dans les classes populaires en 2007.

Le club de réflexion estime que le Parti socialiste doit s’adresser à d’autres cibles en priorité : les femmes, les jeunes diplômés, les minorités et les habitants des grands ensembles urbains. Autant de catégories qu’il rassemble sous le mot « outsiders », par opposition aux « insiders ».

Cette analyse – moins caricaturale que ne le suggèrent ses adversaires – a déclenché un tollé. Ainsi, Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF, a-t-il fustigé un « sabordage idéologique » : cette approche constituerait, selon lui, « une formidable offrande faite à l’extrême droite, qui n’attend que cela en se positionnant masquée sur le terrain social ».

« CYNISME ÉLECTORAL », FUSTIGE L’UMP

L’UMP a immédiatement sauté sur cette polémique. Son patron, Jean-François Copé, a accusé les socialistes de faire preuve d’un « cynisme électoral qui consiste à sacrifier une partie des Français au nom d’intérêts électoraux et marketing ». Il a jugé, dans un communiqué, que « le candidat du PS ne sera pas celui des classes populaires ni des classes moyennes, mais celui des études de marché ». 

Laurent Fabius, ancien premier ministre socialiste, a tenté de relativiser ce début de polémique en expliquant qu’il était en désaccord avec ce texte. « Si vous abandonnez les électeurs, vous pouvez faire des choses très intéressantes mais pas de politique », a-t-il relevé, ajoutant qu’il souhaitait un programme « qui concerne à la fois les couches populaires et les couches moyennes ».

C’est également le cas de François Kalfon, délégué général aux études d’opinion au PS et proche de Dominique Strauss-Kahn. Co-auteur de L’Equation gagnante, un livre sur la stratégie de la gauche, il juge que « s’adresser aux jeunes, c’est un marqueur politique majeur. Mais les salariés en décrochage représentent un électorat bien plus important, tout comme les seniors ». 

« INSTRUMENTALISÉ À DES FINS POLITICIENNES »

Vendredi 13 mai, Olivier Ferrand a publié une réponse à la polémique sur le site de la fondation, jugeant que son rapport a été « instrumentalisé à des fins politiciennes ». Il développe : « Terra Nova ne propose en aucun cas d’abandonner les milieux populaires », mais « la grille de lecture pertinente n’est plus les classes sociales mais la division outsiders-insiders ».

Pour lui, la première catégorie, celle que le PS doit viser en priorité, est constituée par « les habitants des quartiers populaires, les minorités, les jeunes déclassés, les mères célibataires en situation précaire… ». Il conclut en indiquant que « l’identité politique des vrais défenseurs des milieux populaires, […] c’est, cela a été et cela sera toujours la gauche – à condition, toutefois, qu’elle ne renie pas ses valeurs ». 

Le Monde

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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