Les partisans du nucléaire ont le vent en poupe

Nucléaire : « Macron bénéficie d’un alignement inédit des planètes »

CHRONIQUE

auteur

Jean-Michel Bezat

Urgence climatique, réindustrialisation, souveraineté… les débats politiques du moment sont favorables aux partisans de l’atome et au président de la République, qui veut investir massivement pour raviver la filière, explique dans sa chronique Jean-Michel Bezat, journaliste au « Monde ».

Publié hier à 01h17, mis à jour hier à 10h14    Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/08/nucleaire-macron-beneficie-d-un-alignement-inedit-des-planetes_6101312_3232.html

Chronique. On avait déjà connu cette atmosphère au début des années 2000, après le long hiver dans lequel la catastrophe de Tchernobyl avait plongé l’industrie nucléaire. De l’Europe aux Etats-Unis et de la Russie aux pays émergents en quête de puissance, l’heure était à sa « renaissance ». Les ingénieurs de l’atome relevaient la tête. De nouveau à l’offensive, la France s’était réarmée en créant Areva, un géant présent dans tous les métiers, des mines d’uranium et des réacteurs jusqu’au retraitement des déchets irradiés.

L’accident de la centrale japonaise de Fukushima, en 2011, brisa le regain de confiance des nucléophiles. Il renvoya le balancier de l’opinion dans l’autre sens et renchérit le coût de cette énergie, où chaque progrès exigé dans la sûreté des centrales se paie au prix fort. La décennie fut noire pour une filière qui avait fait la fierté de la France post-gaullienne et de ses élites technoscientifiques : quasi-faillite d’Areva sauvée par l’Etat dans le cadre d’une coûteuse recapitalisation-restructuration, exportations en berne, perte de précieuses compétences faute de commandes, fiasco industriel de l’EPR de Flamanville (Manche)… Il fallut attendre la dissipation des effets de Fukushima et l’emballement climatique pour que le nucléaire redevienne acceptable.

On ose à peine ce jeu de mots, mais le climat se réchauffe pour le nucléaire. Et pas parce que la Chine veut construire 150 réacteurs d’ici à 2050. Comme il y a vingt ans, ses partisans reprennent espoir. Il n’a pas été excommunié à la COP26 de Glasgow (Ecosse), comme dans les sommets précédents. Des écologistes l’acceptent bon gré mal gré, revenant sur une condamnation sans appel qui a structuré l’histoire et la doctrine des Verts.

Lire aussi   A six mois de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron assume de plus en plus une position pro-nucléaire

C’est le moment politique choisi par Emmanuel Macron pour sortir d’une certaine ambiguïté et affirmer que « notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire ». Il vient d’annoncer un milliard pour les petits réacteurs modulaires du programme Nuward, associant EDF et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) à Naval Group et TechnicAtome, le spécialiste des chaufferies nucléaires de sous-marins. Et le chef de l’Etat s’apprête surtout à approuver la construction de six EPR 2, censés être moins coûteux que l’EPR actuel.

Reconquête

Ce programme à près de 50 milliards d’euros marquera une relance du secteur sans équivalent depuis le plan Messmer de 1974. Les industriels gambergent sur l’annonce : une mise en scène lors d’un déplacement sur le « pôle nucléaire » de Bourgogne ? Ou à l’occasion de la World Nuclear Exhibition de Villepinte (Seine-Saint-Denis), fin novembre, pour montrer aux pays concurrents que la France est de retour ? Le feu vert élyséen fait si peu de doute qu’EDF a engagé plusieurs centaines de millions d’euros de commandes et présélectionné quatre sites déjà « nucléarisés », dont Penly (Seine-Maritime) et Gravelines (Nord). Sa filiale Framatome a lancé sans attendre le long processus de production de grandes pièces forgées de réacteurs.

Lire aussi   La course aux petits réacteurs nucléaires est lancée

M. Macron bénéficie d’un alignement inédit des planètes. Cinq des six scénarios du rapport « Futurs énergétiques 2050 » de Réseau de transport d’électricité (RTE), publié fin octobre, incluent le nucléaire ; tous se révèlent moins coûteux que les plans 100 % renouvelables ou à forte dominante de renouvelables. « Construire de nouveaux réacteurs est pertinent du point de vue économique », assure RTE. A condition qu’EDF retrouve une performance opérationnelle perdue sur le chantier de Flamanville. Le climat s’améliore aussi à Bruxelles : contre l’avis de l’Allemagne, de l’Autriche et du Danemark, la Commission pourrait inscrire le nucléaire comme énergie de transition dans sa « taxonomie verte ». Ce précieux label lui permettrait d’attirer des investisseurs réticents et de réduire le coût en capital des centrales, enjeu crucial pour leur compétitivité.

Lire aussi   Electricité : entre le nucléaire et les énergies renouvelables, six scénarios pour 2050

Le président de la République a un autre atout : l’exigence de réindustrialisation. L’éolien a sa part à y jouer, et une filière de l’offshore émerge dans le Grand Ouest. Et surtout le nucléaire, dont l’essentiel de la valeur ajoutée est créé en France. Il dispose d’une base encore solide – civile et militaire – qui en fait l’un des principaux secteurs manufacturiers avec 200 000 emplois. Symbole de la reconquête, M. Macron pourrait annoncer le retour dans le giron national d’un actif symbolique : les turbines Arabelle, vendues à General Electric avec les autres activités énergie d’Alstom, en 2015, quand il était ministre de l’économie.

Envie d’en savoir plus sur le nucléaire en France ?Test gratuit

Horloge climatique

Enfin, il jouera sur le registre de l’indépendance. Le précédent programme électronucléaire fut lancé au lendemain du premier choc pétrolier de 1973 pour réduire la dépendance à l’or noir du Moyen-Orient et limiter une facture qui avait plus que triplé entre 1972 et 1974. La flambée actuelle des cours des hydrocarbures et la part croissante de l’électricité, qui doit passer de 25 % à 55 % de l’énergie consommée en 2050, imposent des solutions au « mix » actuel. « Les seules alternatives sont des énergies renouvelables européennes et, bien sûr, du nucléaire européen », plaide M. Macron.

Lire aussi   Nucléaire : les mini-centrales SMR, un projet d’exportation pour la France

A tout cela s’ajoute l’angoissant tic-tac de l’horloge climatique. Il résonne de plus en plus fort aux oreilles des Français. La moitié (52 %) d’entre eux se disent favorables à la construction de nouveaux réacteurs, selon un sondage de l’institut Elabe publié vendredi 5 novembre par Les Echos, au moment où un vent mauvais de critiques souffle sur les éoliennes.

« Nucléaire, mon amour » ? On en est loin. Son histoire est ponctuée d’accidents graves. Si la France n’en a connu aucun depuis soixante ans, le doute et la peur sont venus des Etats-Unis (Three Mile Island, 1979), et surtout d’URSS (Tchernobyl, 1986) et du Japon (Fukushima). Ils ont contribué à renforcer la sûreté des centrales… et ruiné les efforts pour convaincre qu’un nucléaire proche du risque zéro est possible. Ses défenseurs n’ont rien tant à redouter qu’un nouveau Fukushima, qui précipiterait le retour de l’hiver nucléaire.

Lire aussi   Avec sa proposition d’accueillir une mini-centrale, la présidente des Pays de la Loire ravive les tensions locales autour du nucléaire

Jean-Michel Bezat

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire