Le système, inventé voilà trente ans, prend l’eau. Il doit être repensé et il faut recruter 125.000 personnes (Frederic Valletoux Président de la FHF)

Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France : « Il faut recruter 125.000 personnes »

 23h45 , le 6 novembre 2021

Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France.
Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France. (Corentin Fohlen/Divergence pour le JDD)

https://www.lejdd.fr/Societe/Sante/frederic-valletoux-president-de-la-federation-hospitaliere-de-france-il-faut-recruter-125000-personnes-4075621

À la veille du salon annuel de son organisation qui s’ouvre lundi à Paris, Frédéric Valletoux réclame un New Deal pour les établissements publics.

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L’étude de la FHF sur le nombre de lits fermés dans les hôpitaux révèle une dégradation des conditions d’accueil à l’hôpital. Quels enseignements en tirez-vous?
Nous avons voulu objectiver la situation. On le pressentait : les tensions sur les effectifs demeurent une réalité et rejaillissent sur la capacité de déploiement des services hospitaliers. Au total, 6% des lits sont fermés. Le phénomène affecte surtout l’Ile-de-France, le Grand Est, la Bourgogne-Franche Comté et les Pays de la Loire. Rien de surprenant : les hôpitaux ont abordé la crise sanitaire en étant déjà très fragilisés. 30% des postes médicaux y étaient vacants! Forcément, ils n’allaient pas en sortir guéris. Ces deux années de sursollicitation ont épuisé les équipes, bousculé les calendriers de congés, l’organisation… Malgré tout, les hôpitaux ont tenu. Mais à un prix conséquent pour les personnels et les Français.

Les hôpitaux pourraient-ils faire face à une reprise vigoureuse de l’épidémie?
Ce n’est pas parce que l’on a un des meilleurs taux de couverture vaccinale au monde qu’il faut regarder la suite avec une forme d’indolence et de tranquillité. Une prochaine vague atteindrait des hôpitaux encore plus mal en point qu’il y a deux ans. Encore une fois, ils tiendront. Mais le prix à payer serait terrible. Il y a une variable d’ajustement : ce sont les déprogrammations. En 2020, 2,3 millions d’actes ont été reportés, 300.000 au premier trimestre 2021. Des cancers détectés plus tard et qui, du coup, réclament des traitements plus lourds, des opérations repoussées… On n’imagine pas la somme des pertes de chances que cela représente, sans compter les douleurs individuelles.

C’est tout le système de santé qui est en crise. On parle peu de la médecine générale, mais on va encore perdre 4 000 praticiens dans les quatre prochaines années

Pourquoi les infirmières désertent-elles le secteur hospitalier?
La pression due à la lutte contre le Covid a fait lâcher certains plus facilement que par le passé. À chacune de mes visites sur le terrain, on me renvoie la même crainte : que l’hôpital d’après soit le même que celui d’avant. Les régulations budgétaires, une pression pour faire des économies, les difficultés à recruter… Voir revenir toutes ces logiques mortifères provoque de profondes angoisses au sein des équipes qui s’interrogent sur le sens de leur mission. C’est tout le système de santé qui est en crise. On parle peu de la médecine générale, mais on va encore perdre 4.000 praticiens dans les quatre prochaines années. C’est énorme! Tout cela rejaillit sur les hôpitaux qui ont pris en charge 83% des personnes gravement atteintes du Covid. Il n’est pas étonnant que ce bouclier sanitaire craque aujourd’hui.

Le gouvernement a quand même tenté de panser les plaies grâce aux 10 milliards d’euros de hausses de traitements du Ségur de la santé…
On ne peut plus se contenter de demi-mesures ou de demi-rebouchages. Le Ségur de la santé a permis de changer de braquet en prévoyant une hausse de 10% du budget des hôpitaux, ce n’est pas rien. Mais tout n’est pas qu’une question d’argent. Quel est le rôle de l’hôpital? Va-t-on continuer à voir la fréquentation de ses urgences augmenter de 10 % par an, à être le premier recours avant la médecine de ville et la principale cible des économies en matière de santé on nous a demandé d’en réaliser 10 milliards ces dernières années! Le système, inventé voilà trente ans, prend l’eau. Il doit être repensé.

Les Français ont montré leur attachement à l’hôpital et leur inquiétude face à l’accès aux soins

Ne redoutez-vous pas que ce sujet soit absent de la campagne présidentielle?
Nous sommes à un moment de vérité. Les Français ont montré leur attachement à l’hôpital et leur inquiétude face à l’accès aux soins. Aucun candidat ne pourra faire l’impasse sur sa vision en la matière. Le système de santé mérite un grand récit. Le 17 mars, soit deux ans après le début du premier confinement, nous recevrons d’ailleurs tous les prétendants à l’Élysée. Il faut un New Deal pour la santé. Sinon, le système va continuer à se déliter, les personnels à quitter leur métier.

Quelles mesures réclamez-vous en priorité?
Il y en a trois. D’abord, un plan massif d’embauches et de formation à l’hôpital : 25.000 infirmières et aides-soignantes de plus, 100.000 personnes supplémentaires dans les Ehpad pendant tout le prochain quinquennat. Les marges de manœuvre financières sont à trouver sur les 30% d’actes inutiles que génère notre système. Ensuite, il faut nous donner de la visibilité en adoptant une loi de programmation pour la santé et l’autonomie. C’est un paquebot lourd qui ne peut pas changer de cap en quelques mois. Enfin, il est indispensable d’organiser avec les professionnels de santé un pacte d’accès aux soins pour tous et à toute heure. Jusqu’en 2004, les médecins généralistes avaient une obligation de garde. Aujourd’hui, seuls 39% y participent. Pour mieux répartir la charge de travail, on pourrait revenir sur cette suppression, améliorer la rémunération des permanences. Dès l’été 2022, des états généraux doivent être lancés avec une obligation : au 1er janvier 2023, la permanence des soins assumé par tous deviendra une réalité…

« Seuls 39% des généralistes font des gardes » : Frédéric Valletoux veut rétablir la permanence des soins obligatoire   

Par Louise Claereboudt le 09-11-2021 

https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-d-exercice/69796-seuls-39-des-generalistes-font-des-gardes-frederic-valletoux#xtor=EPR-3-1%5BNews_En_Bref%5D-20211110-%5B_1%5D

A cinq mois de l’élection présidentielle, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) plaide pour l’organisation d’un « pacte d’accès aux soins pour tous et à toute heure ». Il veut notamment rendre obligatoire la PDSa pour tous les médecins.

C’est une proposition qui risque de faire parler d’elle. A quelques mois du scrutin présidentiel, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) a fait connaître son souhait de voir la santé pleinement intégrée dans les programmes des candidats. Ainsi, il les a conviés à un débat pour discuter de l’avenir du système de santé le 17 mars 2022, deux ans jour pour jour après le premier confinement, décrété au début de l’épidémie de Covid-19.

Dans le Journal du Dimanche, le 7 novembre, Frédéric Valletoux a déjà esquissé les propositions qu’il allait soumettre aux prétendants à l’Elysée. Ces propositions sont à retrouver sur la plateforme Ambition santé 2022 que vient de lancer la FHF. Outre sa demande de New Deal pour les établissements de santé (embauche de personnels supplémentaires, renforcement de la formation, etc.), il a appelé à organiser « un pacte d’accès aux soins pour tous et à toute heure » avec les professionnels de santé.

Alors qu’ils avaient une obligation de garde jusqu’en 2002, « aujourd’hui, seuls 39% [des médecins généralistes] y participent », a-t-il déploré. En effet, d’après le dernier rapport de l’Ordre sur cette mission, 38,1% des médecins ont participé à la PDSa en 2019. Afin de « mieux répartir la charge de travail », Frédéric Valletoux préconise de « revenir sur cette suppression » et appelle à revaloriser les permanences. « Dès l’été 2022, des états généraux doivent être lancés avec une obligation : au 1er janvier 2023, la permanence des soins assumée par tous deviendra une réalité. »« Je ne fais pas ce métier pour le fric » : jeune médecin, il s’installe dans la Creuse et refuse les aides à l’installation

La FHF précise sur sa plateforme qu’elle souhaite que les professionnels s’inscrivent sur une ligne de PDS, en ville ou à l’hôpital, d’ici le 1er janvier 2023. « Plus concrètement, cela signifie qu’un spécialiste doit figurer sur la PDS de sa spécialité même si son établissement n’organise pas lui-même la PDS. De la même façon, un médecin généraliste peut choisir de s’inscrire sur la PDSA ou sur la PDS d’un établissement de santé proposant une activité compatible avec ses compétences en permanence des soins », peut-on lire dans le programme de la fédération.

Autre mesure choc qu’elle propose : mettre fin à la possibilité de s’installer en secteur 2 dans les zones dites surdenses dès la fin 2022. Elle appelle également à généraliser le Service d’accès aux soins (SAS) et de rendre obligatoire l’inscription dans une CPTS de chaque professionnel libéral dans un projet de CPTS d’ici à fin 2023.

[avec le Journal du Dimanche]

«Peut-on encore se vanter d’avoir le meilleur système de santé au monde ?»

Par Alexandre RouxPublié le 02/11/2021 à 18:19

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/peut-on-encore-se-vanter-d-avoir-le-meilleur-systeme-de-sante-au-monde-20211102

Un lit sur cinq serait actuellement fermé dans les hôpitaux. Francois Bouchon / Le Figaro

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’hôpital public fait face à de nombreuses fermetures de lit, faute d’infirmiers en nombre suffisant. Cette crise doit amener les pourvois publics à prendre des mesures structurelles pour refaire de la France un des pionniers de la santé publique, revendique Alexandre Roux.

Alexandre Roux est Neurochirurgien et Docteur en Neurosciences à Paris. Il enseigne à la Faculté de Médecine et a une activité de recherche à l’INSERM. Il est Membre du Syndicat Jeune Médecin – Île de France.


«La France a le meilleur système de santé au monde». Cette phrase, dont nous sommes coutumiers, est-elle toujours d’actualité ? Nos Hôpitaux vieillissent mal. Le matériel, indispensable aux soins, se dégrade voire manque dans certains services. Rien de nouveau nous direz-vous. Mais l’Hôpital Public a atteint un niveau de souffrance inégalé dans l’histoire. À cette dégradation progressive des conditions de travail vient s’ajouter un fait nouveau (et brutal), la fuite des soignants.

Infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, orthophonistes, brancardiers ont fui l’Hôpital Public en l’espace de quelques mois. Leurs raisons ? Des conditions de travail déplorables et un climat de tension au quotidien. Ceci, expliqué par une politique de restriction budgétaire (8.7 milliards d’euros d’économie depuis 2010), une activité en augmentation permanente (+14% d’activité depuis 2010) et la crise du COVID-19 qui a achevé les soignants. Du jamais vu ! Certains, quittent les grandes villes pour une meilleure qualité de vie en milieu rural, d’autres, exaspérés par la paupérisation de l’Hôpital Public, changent de mode d’exercice, voire de profession.

Les soignants attendaient une réforme structurelle de l’Hôpital Public : rénovation des locaux, achat de matériel, réorganisation du travail, recrutement de personnel soignant…Alexandre Roux

Un rapport du Conseil Scientifique COVID-19 remis le 5 Octobre 2021 rapporte une fermeture de 20% des lits d’Hôpitaux, faute de personnels soignants. Un chiffre sans précédent. Notre Ministre de la Santé s’est voulu rassurant en prenant l’exemple du Centre Hospitalier de Blois où seulement 5 lits sur 230 sont fermés. Il devrait visiter d’autres Hôpitaux et il pourrait alors y constater une situation bien différente (18 lits sur 45 fermés dans mon service d’affectation, soit 40%). «Priorité à la qualité des soins et à la continuité des soins» nous dit-il. Cela ne sera bientôt plus possible.

La gestion de la crise sanitaire due à la COVID-19 et des multiples vagues conduisant à une saturation des Hôpitaux a été rendue possible par le courage et le sacrifice des soignants qui ont subi une surcharge de travail inédite. Ces derniers acceptant les heures supplémentaires – tardivement rémunérées – au risque de mettre leur propre santé, ainsi que celle de leur proche, en danger. Tout cela à quel prix ?

Les Français, dans un effort de solidarité nationale, ont applaudi, fait des dons, prêtés leur domicile ou encore soutenus le personnel hospitalier en livrant des repas dans les services. Et le gouvernement ?

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Bien sûr, lui aussi a eu à gérer cette crise et il est trop facile de céder aux sirènes de la critique. Toutefois, aucune mesure «majeure» n’a été prise pour l’Hôpital Public. Et le Ségur alors ? Les soignants n’ont-ils pas eu ce qu’ils voulaient ?

Un effort indispensable, bien sûr, mais insuffisant, car nous l’avons dit la problématique n’est pas que pécuniaire, loin de là. Bref, un coup d’épée dans l’eau. Les soignants attendaient une réforme structurelle de l’Hôpital Public : rénovation des locaux, achat de matériel, réorganisation du travail, recrutement de personnel soignant…

Selon la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) il y avait en France en 2016, dans les Établissements Publics de Santé, 98.579 emplois médicaux contre 96.191 emplois administratifs. Une telle disparité entre le recrutement massif de personnel administratif ces dernières années et la carence en personnel soignant est étonnante.

L’Hôpital Public fonctionne encore à plein régime malgré tout, porté à bout de bras par ces soignants méritants. Mais jusqu’à quand ? Les déprogrammations et les retards de prise en charge, faute de place dans les services adaptés, se multiplient depuis plusieurs mois. La relation soignant-patient se dégrade en conséquence. Certains médecins passent plus de temps à gérer administrativement ces reports d’intervention ou à rassurer les patients, inquiets d’un tel délai, qu’à pratiquer des soins d’excellence.

Comment donner envie aux futurs médecins, infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, orthophonistes, brancardiers de travailler à l’Hôpital Public dans de telles conditions ?Alexandre Roux

Nous nous insurgeons contre les «experts» en Système de Santé qui nous parlent de l’Hôpital de demain, numérique, connecté, soumis à l’intelligence artificielle… Ont-ils déjà mis un pied à l’Hôpital ? Ont-ils déjà soigné un patient ? Connaissent-ils vraiment l’état de notre système de santé ? L’avenir de l’Hôpital Public doit être anticipé et réfléchi, bien sûr, mais l’urgence est au sauvetage de celui-ci. Il n’y aura pas d’Hôpital du futur sans Hôpital du présent.

N’oublions et ne négligeons pas non plus l’une des grandes fonctions de l’Hôpital Public, la formation des soignants. Comment donner envie aux futurs médecins, infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, orthophonistes, brancardiers de travailler à l’Hôpital Public dans de telles conditions ? Le Président de l’Intersyndicale Nationale des Internes (ISNI) rapporte, preuve scientifique à l’appui, que 39% des Médecins en formation (Internes) présentent des troubles dépressifs et 20% des idées suicidaires… De plus, bien que le métier d’infirmier continue d’attirer les vocations (quand on regarde les résultats des plateformes de choix des Lycéens), on retrouve 17% d’abandon en cours de formation. Inédit.

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Enfin, concernant la dernière – et pas des moindres – fonction de l’Hôpital Public, la recherche scientifique, on constate depuis 30 ans une fuite progressive des cerveaux Français vers de plus généreuses contrées. Faute de financement et de salaire attractif. Dans son dernier livre, Which Country Has The Best Health Care ? («Quel pays a le meilleur système de santé ?»), Ezekiel J. Emanuel, Oncologue Américain constate que le système de santé Français, bien qu’abordable pour la population grâce aux remboursements des soins, est en réalité très peu innovant.

La triple mission et responsabilité de l’Hôpital Public (soins, enseignement, recherche) doivent être repensées et soutenues sans réserve par les pouvoirs politiques. Des réformes claires et à effet immédiat doivent être envisagées, sans quoi la santé des Français sera mise en péril. Nous attendons avec impatience les propositions qui seront faites.

Notre futur Président aura la lourde responsabilité de ranimer l’Hôpital Public via des mesures courageuses et ambitieuses car «si la santé a un coût, elle n’a pas de prix».

Voir aussi:

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/11/05/lits-fermes-pour-la-fhf-un-phenomene-reel-mais-de-moins-grande-ampleur-que-ne-le-laisse-entendre-le-conseil-scientifique/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/11/08/propositions-de-la-fhf-pour-lelection-presidentielle/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/28/lenquete-flash-du-pr-jean-francois-delfraissy-avec-20-de-lits-fermes-declenche-une-tempete/

https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/11/10/24012/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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