Publié le 06/11/2021
Que reste-t-il du meilleur système de santé du monde ?
Paris, le samedi 6 novembre 2021
– « La France a le meilleur système de santé au monde » pavoisaient régulièrement jusqu’à encore récemment nos ministres de la santé. Pour beaucoup, c’est pourtant déjà une vieille antienne, devenue grotesque à force d’avoir été répétée et détrompée régulièrement par les faits. Pourtant, certains classements continuent encore à l’affirmer. Ainsi, récemment le magazine Ceoworld s’est intéressé aux systèmes de santé de 89 pays, en analysant une centaine de critères, dont les plus importants étaient la qualité des soins, les compétences des professionnels et le coût des soins. Résultat : la France se situe à la septième place et au troisième rang européen après le Danemark et l’Autriche, tandis que la Corée du Sud et Taïwan occupent les deux premières places. Ces classements et comparaisons sont cependant toujours susceptibles d’être si non contestés au moins nuancés. D’ailleurs, dans un livre récemment paru, intitulé Which Country Has the Best Health Care ?, l’oncologue américain Ezekiel J. Emmanuel se montre moins prévenant vis-à-vis du modèle français. Il souligne en effet que si la liberté de choix des médecins ou encore le faible coût de l’ensemble des soins représentent effectivement des atouts majeurs de notre système, il souffre d’un cruel manque d’innovation.
Rien de nouveau
La grande majorité des professionnels de santé hospitaliers ne pourront probablement qu’abonder dans son sens. Mais ce défaut d’innovation n’est pas à rechercher dans l’absence de numérisation ou dans un accès trop lent à certaines nouvelles technologies, il se manifeste de façon bien plus prosaïque par des locaux parfois totalement délabrés (l’absence d’eau chaude a par exemple été signalée récemment par une sénatrice dans le service de neurologie du Kremlin-Bicêtre !), par des équipements de base dysfonctionnant et qui ne sont pas remplacés et surtout par une sclérose organisationnelle. « La médicalisation de la gouvernance hospitalière manque singulièrement d’ambition par rapport à d’autres systèmes de santé européens, bien en avance sur le nôtre », remarquaient ainsi en septembre dans une tribune publiée dans Le Monde plusieurs praticiens hospitaliers (Jean-François Colombani [Martinique], Mehdi Medjoubi [Valenciennes], Arianne Sultan [Montpellier] et Benjamin Wyplopsz [AP-HP]).
Bien avant la Covid
Le malaise est très ancien. « Dès les années 2000, un certain nombre de PH ont quitté l’hôpital public qui a ainsi perdu une partie de sa cheville ouvrière. Ces départs ont été suivis par la démission de PU-PH de CHU en direction du privé, événement inimaginable quelques années auparavant. Ainsi, le dépérissement de l’hôpital public n’est pas récent et s’est déroulé progressivement sur les vingt dernières années » rappellent ainsi les auteurs de ce texte. Depuis la même époque, on ne compte plus le nombre d’alertes lancées par les syndicats et de tribunes signées parfois par des chefs de service pour signaler le délabrement de l’hôpital public. « Les sous-effectifs persistants dans les services, le manque de lits, dits « d’aval », pour les patient·es devant être hospitalisé·es à la sortie des urgences, la sous-rémunération des paramédicaux, ont pour conséquences des démissions ou des arrêts maladies des personnels soignants, toutes professions confondues, et une surcharge de travail concomitante. Pour les patient·es, l’accueil est maintenant souvent dégradé et, parfois, des dysfonctionnements importants ont lieu remettant en cause la qualité de la prise en charge. L’accueil des malades dans l’isolement familial ou social est devenu défaillant » écrivait ainsi en 2019 un collectif d’associations dans Libération.
A Blois, tout va bien !
L’épidémie paraît cependant avoir encore accéléré cette dégradation chronique. Il ne se passe désormais plus une semaine sans que l’ampleur des fermetures de lits ne soit rappelée. Cette semaine, dans le Monde, plusieurs chefs d’unités neuro-vasculaires parisiennes décrivaient ainsi une catastrophe : « Nous assistons aujourd’hui à une situation sans précédent. En Ile-de-France, 12 % des lits d’UNV sont fermés, mais c’est particulièrement à Paris que la situation est explosive avec près de 30 % des lits fermés (71 lits fermés sur les 258) et 50 % des postes infirmiers non pourvus ». Dans le Figaro, l’infirmier et juriste Vincent Lautard membre actif du mouvement le Printemps Républicain décrit de manière plus générale : « De nombreux lits d’hospitalisation, voire des services entiers sont fermés à cause du manque de professionnels de santé. Les Français mettent sur certains territoires, plusieurs mois pour trouver un médecin généraliste ou un spécialiste disponible. Les problématiques que nous connaissons depuis 20 ans, refont surface, majorées par une épidémie qui a fini de décourager des soignants à bout de souffle ».
Face à cette situation, le gouvernement rivalise de mauvaise foi. Le Dr Alexandre Roux, neurochirurgien et membre du Syndicat Jeune Médecin ironise toujours dans le Figaro : «Notre Ministre de la Santé s’est voulu rassurant en prenant l’exemple du Centre Hospitalier de Blois où seulement 5 lits sur 230 sont fermés. Il devrait visiter d’autres Hôpitaux et il pourrait alors y constater une situation bien différente (18 lits sur 45 fermés dans mon service d’affectation, soit 40 %). «Priorité à la qualité des soins et à la continuité des soins» nous dit-il. Cela ne sera bientôt plus possible ».
Des rustines insuffisantes…
Pourtant, répondant à ces multiples alertes, les plans d’investissement se sont eux aussi multipliés et ont également précédé la crise. On se souvient par exemple du programme «Investir pour l’hôpital » présenté par le Président de la République le 20 novembre 2019. Insuffisant, ont jugé la plupart des acteurs, non pas réellement sur le plan budgétaire mais en raison de son absence de réelle ambition en ce qui concerne la refondation de l’hôpital : « Le plan «Investir pour l’hôpital», présenté par le gouvernement le 20 novembre, est bien loin de répondre aux besoins humains et matériels qui se présentent à nous aujourd’hui ainsi qu’au défi plus que pressant de refondation de l’hôpital public. La reprise d’un tiers de la dette va bien permettre de dégager des fonds mais le plan ne propose pas un véritable changement du modèle », écrivait ainsi le collectif d’associations dans Libération.
… à l’image du Ségur
« Et le Ségur alors ? Les soignants n’ont-ils pas eu ce qu’ils voulaient ? Un effort indispensable, bien sûr, mais insuffisant, car nous l’avons dit la problématique n’est pas que pécuniaire, loin de là. Bref, un coup d’épée dans l’eau. Les soignants attendaient une réforme structurelle de l’Hôpital Public : rénovation des locaux, achat de matériel, réorganisation du travail, recrutement de personnel soignant… » renchérit Alexandre Roux. « Pourtant, l’hôpital public va bénéficier d’un effort financier colossal inédit depuis des décennies : augmentation salariale du personnel non médical, rattrapage en investissements… Mais le Ségur de la santé améliore insuffisamment la rémunération des médecins et ne change que marginalement l’organisation et la gouvernance de l’hôpital (même si les quelques évolutions sont positives) » regrettaient déjà en septembre les praticiens hospitaliers signataires de la tribune du Monde.
Pas d’Hôpital du futur sans Hôpital du présent
Aussi, les perspectives sont sombres. « Dès lors, dès demain, faute de rénovation, le déficit se renouvellera. L’hôpital se verra une nouvelle fois forcé de déployer des mesures d’économies » prédisait en 2019 le collectif d’associations. Deux ans plus tard, les praticiens hospitaliers ne se montrent guère plus positif : « Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le temps que les déficits réalimentent les dettes, une nouvelle crise hospitalière du même type resurgira. L’argent ne réparera pas les dysfonctionnements organisationnels. Comment allons-nous gérer la désertification médicale qui s’aggrave vers un point de non-retour dans la France « périphérique » ? L’état actuel de notre système de santé ne peut se justifier alors que la France y consacre plus de 11,5 % de son PIB » écrivent-ils dans Le Monde. Dès lors, les présentations dithyrambiques sur l’hôpital du futur ne peuvent qu’exaspérer. Alexandre Roux s’emporte : « Nous nous insurgeons contre les «experts» en Système de Santé qui nous parlent de l’Hôpital de demain, numérique, connecté, soumis à l’intelligence artificielle… Ont-ils déjà mis un pied à l’Hôpital ? Ont-ils déjà soigné un patient ? Connaissent-ils vraiment l’état de notre système de santé ? L’avenir de l’Hôpital Public doit être anticipé et réfléchi, bien sûr, mais l’urgence est au sauvetage de celui-ci. Il n’y aura pas d’Hôpital du futur sans Hôpital du présent ».
Amertume
Le diagnostic est très sombre et le ressenti face aux traitements palliatifs engagés est amer. Les questions restent les mêmes, indéfiniment : « Comment donner envie aux futurs médecins, infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, orthophonistes, brancardiers de travailler à l’Hôpital Public dans de telles conditions ? Le Président de l’Intersyndicale Nationale des Internes (ISNI) rapporte, preuve scientifique à l’appui, que 39 % des Médecins en formation (Internes) présentent des troubles dépressifs et 20 % des idées suicidaires… De plus, bien que le métier d’infirmier continue d’attirer les vocations (quand on regarde les résultats des plateformes de choix des Lycéens), on retrouve 17 % d’abandon en cours de formation » interroge Alexandre Roux.
Des embauches massives indispensables pour soigner les patients… et les soignants
Les priorités semblent d’abord l’amélioration significative des conditions de travail dont une enquête de la DREES publiée cette semaine (voir un article pro et société d’hier) a signalé qu’elles étaient considérablement moins bonnes pour les salariés du secteur de la santé que pour les autres*. Pour ce faire, outre un nouvel effort concernant les rémunérations, des embauches massives s’imposent. Vincent Lautard et le Printemps Républicain préconisent ainsi : « Nous proposons d’établir des ratios obligatoires de soignants, de personnel social et éducatif par service et par nombre de patients/résidents et un moratoire sur la fermeture des lits. (…) Nous proposons de mettre en place un ratio de 1 professionnel pour 1 résident dans les structures médico-sociales (aujourd’hui c’est 0,6 environ) et le développement de structures médico-sociales pour personnes âgées et/ou pour personnes handicapées à taille humaine (pas plus de 40 résidents) », écrit-il.
Sclérose administrative
Une autre attente majeure est la lutte active contre l’embolisation administrative. Alexandre Roux relève : « Selon la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) il y avait en France en 2016, dans les Établissements Publics de Santé, 98 579 emplois médicaux contre 96 191 emplois administratifs. Une telle disparité entre le recrutement massif de personnels administratifs ces dernières années et la carence en personnel soignant est étonnante ». Il ajoute plus loin évoquant les déprogrammations entrainées par l’épidémie et par la pénurie de lits : « Certains médecins passent plus de temps à gérer administrativement ces reports d’intervention ou à rassurer les patients, inquiets d’un tel délai, qu’à pratiquer des soins d’excellence ». De leur côté, les praticiens hospitaliers signataires de la tribune publiée dans le Monde remarquent presque fatalistes : « Un guide « pour mieux manager » est même diffusé par le ministère… Les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) continuent à déployer leur surcouche administrative et à déshabiller les petits centres ».
Des propositions controversées
Mais les priorités dessinées par ces observateurs, outre qu’elles s’émancipent de considérations budgétaires pourtant incontournables, ne sont pas toutes aussi consensuelles. Ainsi, Vincent Lautard défend deux idées très controversées dans la communauté médicale : « Demander aux médecins de pratiquer 2 ans dans une zone sous-dotée en médecins pendant leur carrière dans la région où ils sont installés. Cette pratique pourra se faire en continu ou discontinu et s’accompagnera d’une augmentation de la rémunération des médecins. (…) Augmenter rapidement les compétences de l’ensemble des paramédicaux. Cette solution a été mise en place dans de nombreux pays étrangers depuis des années et cela a permis un meilleur accompagnement des malades et, une meilleure coordination entre les professionnels de santé. Cela évitera aussi que les paramédicaux travaillent dans l’illégalité pour pallier l’absence de médecins » propose-t-il alors que l’accès direct aux paramédicaux et les transferts de compétences aujourd’hui envisagés par le gouvernement dans le cadre du projet de loi de financement de sécurité sociale ont soulevé une levée de boucliers de la part des syndicats et des Ordres. Néanmoins, au-delà de la sphère syndicale, certains praticiens affirment faire confiance aux paramédicaux pour que ce type d’évolutions ne se fasse pas au détriment de la qualité des diagnostics et des prises en charge (voir par exemple la contribution du cardiologue Florian Zorres sur ce sujet sur Twitter).
Un enjeu majeur de la campagne présidentielle
Quelles soient très consensuelles ou plus controversées, ces propositions confirment l’importance du désir de voir ces sujets prendre une place majeure dans la future campagne présidentielle. Jean-François Colombani et ses confrères concluent ainsi : « La campagne présidentielle à venir doit se saisir du thème de la réforme hospitalière et plus largement de la santé afin que le prochain quinquennat soit l’occasion d’un indispensable changement de paradigme ». Par ailleurs, quand les propositions de Vincent Lautard s’inscrivent clairement dans le cadre de la campagne présidentielle, Alexandre Roux insiste : « Notre futur Président aura la lourde responsabilité de ranimer l’Hôpital Public via des mesures courageuses et ambitieuses car si la santé a un coût, elle n’a pas de prix ».
Pour se préparer à ces débats qui on l’espère auront bien lieu, on pourra relire :
- Le classement du magazine Ceoworld
- Le livre d’ Ezekiel J. Emmanuel
- Les tribunes de :
- Jean-François Colombani et ses confrères*
- D’un collectif d’associations de santé publiée en 2019 dans Libération**
- Des chefs d’unités vasculaires parisiennes***
- De Vincent Lautard****
- D’Alexandre Roux*****
- Le fil Twitter du docteur Florian Zores
Aurélie Haroche
« L’hôpital public va sortir essoré de la crise du Covid-19 »
TRIBUNE
Collectif
Les engagements du plan Ma santé 2022 et les efforts financiers promis par le gouvernement n’auront d’effets que dans un futur lointain et ne suffiront ni à enrayer le dépérissement de l’hôpital public ni à résoudre la crise des vocations, s’inquiète un collectif de médecins dans une tribune au « Monde ».
Publié le 06 septembre 2021 à 06h00 – Mis à jour le 06 septembre 2021 à 08h29 Temps de Lecture 3 min.
Tribune. Malgré des centaines de milliers de vies humaines sauvées, malgré deux réformes (Plan santé 2022 et Ségur de la santé) et des dizaines de milliards d’euros mobilisés, ne nous méprenons pas, l’hôpital public va sortir essoré de cette crise sanitaire.
L’hôpital public français tel que nous le connaissons aujourd’hui, a été façonné à la suite des ordonnances Debré de 1958. Cela nous a permis d’avoir parmi les meilleurs hôpitaux au monde jusqu’au début des années 1990 sous l’égide des médecins « mandarins » (pourtant décriés). La recherche était de notoriété internationale et les meilleurs internes des hôpitaux espéraient une carrière hospitalière, en tant que praticien hospitalier (PH) ou professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH).
Dès les années 2000, un certain nombre de PH ont quitté l’hôpital public qui a ainsi perdu une partie de sa cheville ouvrière. Ces départs ont été suivis par la démission de PU-PH de CHU en direction du privé, événement inimaginable quelques années auparavant. Ainsi, le dépérissement de l’hôpital public n’est pas récent et s’est déroulé progressivement sur les vingt dernières années.
Lire aussi s« L’hôpital public s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions »
Tous les soignants sont malheureusement concernés par cette situation hospitalière déplorable. En témoignait leur mouvement de protestation virulent quand ils ont jeté leurs blouses devant les directeurs administratifs lors des vœux de janvier 2020. Mais ces protestations étaient inaudibles. Le terme de « pleurniche hospitalière » a même été associé à leurs revendications le 12 mars 2020 par un journaliste ! Une semaine à peine avant le premier confinement…
Crise des vocations
Avec les vagues épidémiques, épuisantes physiquement et psychologiquement, les soignants espéraient un changement radical du système de santé. Mais le plan Ma santé 2022 (Communauté professionnelle territoriale de santé, reprise de dettes…) n’aura d’effet qu’à un horizon lointain tandis que le Ségur de la santé est considéré comme un échec par les syndicats et les collectifs de médecins.
Pourtant, l’hôpital public va bénéficier d’un effort financier colossal inédit depuis des décennies : augmentation salariale du personnel non médical, rattrapage en investissements… Mais le Ségur de la santé améliore insuffisamment la rémunération des médecins et ne change que marginalement l’organisation et la gouvernance de l’hôpital (même si les quelques évolutions sont positives). Un guide « pour mieux manager » est même diffusé par le ministère… Les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) continuent à déployer leur surcouche administrative et à déshabiller les petits centres.
Alors que la crise sanitaire n’est pas encore terminée, l’hôpital public connaît désormais une crise des vocations. D’après une enquête du conseil de l’ordre infirmier réalisée en 2021, 40 % des infirmières affirment vouloir changer de métier, exprimant un manque de reconnaissance et des perspectives de carrière limitées. Pire, les écoles d’infirmiers ont même du mal à remplir leur quota d’élèves. Le 11 mai 2021, les personnels de réanimation (les plus touchés par la crise du Covid) ont d’ailleurs fait grève alors que la troisième vague n’était pas terminée, ce qui témoigne du ras-le-bol du personnel.
La gouvernance manque d’ambition
Force est de constater que compter sur la vocation des soignants ne fonctionne plus. La vocation ne peut perdurer sans salaire adapté, ni considération. Ni avec des indemnités trop faibles pour une activité professionnelle exercée dans des conditions difficiles (hors des heures ouvrées, manque de moyens, locaux parfois déplorables, avec des chefs de service médicaux sans pouvoir réel face à une gestion administrative, patients de plus en plus âgés avec des comorbidités…).
Quant aux médecins, se sentant négligés, certains s’orientent vers le secteur privé, attirés par une rémunération plus juste et une organisation plus souple. La médicalisation de la gouvernance hospitalière manque singulièrement d’ambition par rapport à d’autres systèmes de santé européens, bien en avance sur le nôtre.
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Notre recherche biomédicale, elle, a été dépassée sur le Covid-19 par celle du Royaume-Uni, qui, lui, a su développer un vaccin et un traitement à base d’anticorps. Là encore, les mesures prises par le gouvernement (Paris Campus Santé, Innovation 2030, …) sont très intéressantes mais ne produiront pas de résultats avant plusieurs années.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le temps que les déficits réalimentent les dettes, une nouvelle crise hospitalière du même type resurgira. L’argent ne réparera pas les dysfonctionnements organisationnels. Comment allons-nous gérer la désertification médicale qui s’aggrave vers un point de non-retour dans la France « périphérique » ? L’état actuel de notre système de santé ne peut se justifier alors que la France y consacre plus de 11,5 % de son PIB.
La campagne présidentielle à venir doit se saisir du thème de la réforme hospitalière et plus largement de la santé afin que le prochain quinquennat soit l’occasion d’un indispensable changement de paradigme.
Jean-François Colombani, praticien hospitalier au CHU de Martinique ; Mehdi Mejdoubi, professeur de médecine au CH de Valenciennes ; Ariane Sultan,professeure de médecine au CHU de Montpellier ; Benjamin Wyplosz, praticien hospitalier à l’AP-HP.
Collectif
TRIBUNE
**Une crise frappe l’hôpital public et elle nous concerne toutes et tous
Le plan «Investir pour l’hôpital» du gouvernement est insuffisant. Un collectif d’associations de malades, de professionnels et d’usagers demande un changement de modèle, d’urgence.
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par Le mouvement associatifpublié le 13 décembre 2019 à 15h21
Tribune. L’hôpital est le seul lieu d’accueil et de soins ouvert à tous 24 h/24, 365 jours par an. Il reçoit 95 % de malades suivi·es pour des pathologies chroniques, des maladies orphelines, un handicap, des maladies psychiatriques et des polytraumatisé·es… Il est aussi, pour beaucoup d’entre nous vivant dans des déserts médicaux ou porteurs d’un handicap, le seul lieu de prise en charge possible. La crise des urgences a mis en lumière la dégradation de la situation hospitalière qui s’opère depuis des décennies. Ce n’est que la partie émergée des problèmes qui touchent tout le secteur hospitalier et le menacent à très court terme. Les sous-effectifs persistants dans les services, le manque de lits, dits «d’aval», pour les patient·es devant être hospitalisé·es à la sortie des urgences, la sous-rémunération des paramédicaux, ont pour conséquences des démissions ou des arrêts maladies des personnels soignants, toutes professions confondues, et une surcharge de travail concomitante. Pour les patient·es, l’accueil est maintenant souvent dégradé et, parfois, des dysfonctionnements importants ont lieu remettant en cause la qualité de la prise en charge. L’accueil des malades dans l’isolement familial ou social est devenu défaillant.
Le plan «Investir pour l’hôpital», présenté par le gouvernement le 20 novembre, est bien loin de répondre aux besoins humains et matériels qui se présentent à nous aujourd’hui ainsi qu’au défi plus que pressant de refondation de l’hôpital public. La reprise d’un tiers de la dette va bien permettre de dégager des fonds mais le plan ne propose pas un véritable changement du modèle. Dès lors, dès demain, faute de rénovation, le déficit se renouvellera. L’hôpital se verra une nouvelle fois forcé de déployer des mesures d’économies. Depuis dix ans, plus de 8 milliards ont été économisés mais cette économie s’est faite au détriment des problématiques d’effectif du personnel, et de la qualité et de la sécurité des soins. Sans changer les modalités de financement fondées sur la tarification à l’activité, les établissements continueront à privilégier principalement les activités d’hospitalisation dites «rémunératrices».
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Les usager·ères rejoignent les soignant·es : il faut donner à l’hôpital public les moyens d’assurer correctement ses missions. Ces dernières doivent être définies, mises en œuvre et évaluées avec celles et ceux qui en sont directement les bénéficiaires : les usager·ères et leurs représentant·es. Il faut permettre l’émergence de réels partenariats de soins avec les patient·es et leurs proches afin que l’expérience des patient·es profite à l’amélioration de la qualité des soins. A l’avenir, les personnels, les usager·ères et les élu·es devront faire partie de la gouvernance hospitalière et nous, les associations, sommes prêtes à faire face à cette responsabilité. Nous sommes attaché·es au modèle de l’hôpital public, à son exemplarité républicaine d’accueil pourtant déjà détériorée partout en France.
Les associations de malades, de personnes en situation de handicap, d’usager·ères de l’hôpital public, et les membres du Collectif Inter-Urgences et du Collectif Inter-Hôpitaux demandons un plan rapide et vigoureux. La réévaluation du budget de l’hôpital doit permettre de parvenir à la moyenne européenne avec des mesures concernant :
– les filières de soins, l’augmentation du nombre de lits correspondant aux besoins de chaque service, avec une attention particulière pour l’aval des urgences, pour les accueillir et prendre dignement soin d’eux-elles ;
– l’embauche en nombre suffisant de personnels soignants formés, avec des quotas minimaux de sécurité pour chaque unité de soins ;
– la revalorisation des salaires, en particulier des personnels non médicaux et des jeunes médecins, pour maintenir et fidéliser les personnels soignants.
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Aux côtés des Collectifs Inter-Urgences et Inter-Hôpitaux, nous, 42 associations de patients, 145 représentant·es des usager·ères de 25 hôpitaux, seront présent·es ensemble mardi pour la journée de mobilisation nationale des hôpitaux.
Associations signataires :
AFH ; A chacun son Everest ; AFD 35 ; APF France Handicap ; Inter-LGBT ; Aides ; Médecins du monde ; Association Laurette-Fugain ; Les ActupienNEs ; Les Petits Bonheurs ; Petits Frères des pauvres (Collectif des RUs) ; Unafam ; Aptes ; Aide aux jeunes diabétiques ; Alis ; APPF ; Unapecle ; AFFMF ; AFPCA ; Afso ; Argos 2001 ; Association des Poic ; CLCV ; Comede ; Sidaction ; Crac ; Fédération des acteurs de la solidarité ; Afmah ; France vascularites ; Génération 13 ; Keratocone ; Kourir ; La Vie par un fil ; Les Poids Plumes France ; Maman Blues ; Polyposes familiales France ; Tanguy Moya Moya ; UFCS-Familles rurales ; Association E3M ; CRMR Raise Lyon ; CRMR Paris ; Unité immunologie hématologie et rhumatologie pédiatrique.
***Santé : « Chaque minute compte à la phase aiguë d’un AVC »
TRIBUNE
Collectif
Un tiers des lits des unités neurovasculaires (UNV) de Paris est fermé faute de personnel et 50 % des postes d’infirmiers ne sont pas pourvus, s’alarment, dans une tribune au « Monde », les chefs de service d’UNV d’Ile-de-France.
Publié le 02 novembre 2021 à 16h36 – Mis à jour le 03 novembre 2021 à 12h40 Temps de Lecture 6 min.
Tribune. Nous, médecins hospitaliers, chefs de service et responsables d’unités neurovasculaires (UNV), usagers, membres d’association de patients, tenons par cette tribune à alerter sur la situation actuelle de nos services qui sont dans une très grande difficulté pour prendre en charge les patients souffrant d’accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Les AVC représentent un enjeu majeur de santé publique : 150 000 nouveaux cas en France chaque année, première cause de handicap acquis chez l’adulte, deuxième cause de démence et troisième cause de mortalité. Plus de trente études internationales randomisées ont démontré que la prise en charge de patients victimes d’AVC dans des unités spécialisées (UNV, ou « stroke unit » en anglais) avec du personnel formé à cette prise en charge, réduit de 25 % la mortalité et le handicap.
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Cette efficacité repose d’une part sur une prise en charge multidisciplinaire réalisée par une équipe composée d’infirmiers, d’aides-soignants, de kinésithérapeutes, d’ergothérapeutes, d’orthophonistes et de médecins formés à cette pathologie, et d’autre part sur les procédures de recanalisation artérielle, la thrombolyse et la thrombectomie. Ces révolutions thérapeutiques ne peuvent être mises en œuvre que dans des UNV car elles nécessitent une expertise et une surveillance par des professionnels spécialisés en neurologie vasculaire.
« Une pandémie d’AVC »
En France, dès 2007, une circulaire de la DHOS [direction de l’hospitalisation et de l’offre de soins] indiquait que « l’organisation des ressources humaines et matérielles nécessaires au fonctionnement efficient de l’UNV doit être en adéquation avec le nombre de patients qu’elle prend en charge, notamment en urgence, et leurs besoins de soins » et que « la caractéristique de l’UNV est de réunir des médecins et des personnels paramédicaux de plusieurs spécialités, expérimentés, formés à la prise en charge spécifique des AVC et travaillant en coordination. Cette équipe pluridisciplinaire doit être en nombre suffisant pour prendre en charge 24 heures sur 24 tous les jours de l’année des patients atteints d’AVC ».
En 2009, le rapport Bachelot soulignait l’effort de développement des UNV mais constatait que la majorité des patients n’y étaient pas hospitalisés : « 20 % seulement des patients présentant un AVC y sont pris en charge. » Le rapport affirmait que « tout patient présentant un AVC doit pouvoir intégrer une filière territoriale complète et coordonnée », comprenant une hospitalisation en UNV. Ce rapport précédait un plan ministériel (2010-2014) qui a permis le développement des UNV sur le territoire français et a réaffirmé le bénéfice de ces structures pour tous les patients souffrant d’AVC.
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Le ministère de la santé insiste chaque année sur l’enjeu de santé publique que représentent les AVC, « parce que cette pathologie touche une personne toutes les cinq secondes dans le monde, l’OMS parle de pandémie et projette une augmentation de l’incidence des AVC de 16 millions en 2005 à 23 millions en 2030 ».
Depuis plusieurs années et en particulier depuis la loi Hôpital, patients, santé, territoire (HPST) en 2009, les personnels hospitaliers alertent leurs directions, leurs tutelles et l’ensemble de la population au travers d’articles de presse, de reportages relatant les manques de moyens et leurs conséquences dans les hôpitaux en général. Ils ne sont toujours pas écoutés et aujourd’hui la situation est critique : l’accès aux soins est de plus en plus difficile, la qualité et la sécurité des soins et les conditions de travail des professionnels de santé se dégradent avec une véritable « crise d’attractivité » qui conduit à fermer des lits, voire des unités ou même des services entiers.
Sous-effectif profond
Pendant des années, le manque de personnels a touché principalement les services de gériatrie, de psychiatrie, de soins de suite. Il touche aujourd’hui tous les secteurs du soin et nos UNV sont frappées de plein fouet. Nous assistons aujourd’hui à une situation sans précédent. En Ile-de-France, 12 % des lits d’UNV sont fermés, mais c’est particulièrement à Paris que la situation est explosive avec près de 30 % des lits fermés (71 lits fermés sur les 258) et 50 % des postes infirmiers non pourvus.
Le rationnement conduit à faire des choix de priorisation des patients qui posent d’importantes questions éthiques, et à une perte de chance pour de nombreux patients
Le sous-effectif profond de personnels infirmier, aide-soignant et médical existe depuis plusieurs années mais il s’est aggravé de façon majeure depuis cet été. Cela conduit à fermer un nombre croissant de lits d’hospitalisation, notamment de soins intensifs, ou à travailler dans des situations dégradées du fait de sous-effectif ou de remplacements par des intérimaires non spécialisées (dégradant la qualité et la sécurité des soins et les conditions de travail des professionnels).
Le nombre de lits était déjà insuffisant en temps « normal » pour accueillir tous les patients souffrant d’AVC. La situation est désormais critique. Les conséquences sont graves pour les patients en urgence : les délais de prise en charge s’allongent pour trouver une place, ce qui augmente le risque de handicap et de mortalité, car chaque minute compte à la phase aiguë.
Par ailleurs, le rationnement conduit à faire des choix (implicites ou explicites) de priorisation des patients qui posent d’importantes questions éthiques, et à une perte de chance pour de nombreux patients.
Signalements
C’est la raison pour laquelle, il est de notre devoir d’informer que l’insuffisance de l’offre de soins et la dégradation de la qualité de soins du fait du sous-effectif chronique de personnels soignants dans nos UNV mettent en danger les patients.
Nous tenons à rappeler que cette situation a déjà fait l’objet de signalements auprès de nos tutelles, notamment par la brigade des sapeurs-pompiers en 2018.
La situation des UNV en Ile-de-France n’est pas isolée, elle existe dans d’autres régions, où les pertes de chance pour les patients sont tout aussi inacceptables. Des mesures s’imposent en urgence pour garantir l’accès aux soins des patients et débattre d’un plan de restauration de l’attractivité de l’hôpital public pour les soignants.
Dr Sophie Crozier, service des urgences cérébro-vasculaires du groupe hospitalier Pité-Salpêtrière et Dr Philippa Lavallée, unité neuro vasculaire, service de neurologie de l’hôpital Bichat-Claude-Bernard (Paris).
Avec le soutien de tous les chefs de service d’UNV d’Ile de France : Pr Sonia Alamowitch, chef de service des UNV des hôpitaux Pitié-Salpêtrière et Saint-Antoine (AP-HP) ; Pr Pierre Amarenco, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital Bichat (AP-HP) ; Pr Alain Ameri, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital de Meaux ; Pr Hugues Chabriat, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital Lariboisière (AP-HP) ; Dr Ovidiu Corabianu, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital Robert-Ballanger, Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ; Dr Thomas de Broucker, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital Delafontaine, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; Pr Sandrine Deltour, chef de service de l’UNV de l’hôpital Raymond-Poincaré (AP-HP), Garches (Hauts-de-Seine) ; Pr Christian Denier, chef de service de l’UNV de l’hôpital Kremlin-Bicêtre, AP-HP (Val-de-Marne) ; Pr Olivier Heinzlef, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital de Poissy (Yvelines) ; Pr Hassan Hosseini, chef de service de l’UNV de l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP), Créteil (Val-de-Marne) ; Dr Olivier Ille, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital François-Quesnay, Mantes-la-Jolie (Yvelines) ; Dr Bertrand Lapergue, chef de service de l’UNV de l’hôpital Foch, Suresnes (Hauts-de-Seine) ; Dr François Lun, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital d’Orsay ; Dr Eric Manchon, chef de l’UNV de l’hôpital de Gonesse (Val-d’Oise) ; Pr Jean-Louis Mas, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital Sainte-Anne, Paris ; Dr Philippe Niclot, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital René-Dubos, Pontoise (Val-d’oise) ; Dr Michaël Obadia, chef de service de l’UNV de l’hôpital Fondation-Rothschild, Paris ; Pr Fernando Pico, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital André-Mignot, Versailles, (Yvelines) ; Dr David Smadja, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital Sud-Francilien, Corbeil-Essonnes (Essonne) ; Pr Mathieu Zuber, chef de service de l’UNV et de neurologie de l’hôpital Saint-Joseph, Paris.
Avec les soutiens aussi des neurologues vasculaires d’Ile-de-France : Dr Flore Baronnet, Dr Marie Bruandet, Dr Lucie Cabrejo, Dr Marie-Laure Chadenat, Dr Céline Guidoux, Dr Christina Hobeanu, Dr Catherine Lamy, Dr Anne Léger, Dr Elena Meseguer, Dr Peggy Reiner, Pr Charlotte Rosso, Dr Lilia Seddik ; et de Marie Citrini, représentante des usagers du conseil de surveillance de l’AP-HP.
****«Abandonner le personnel soignant, c’est abandonner les premières lignes de notre République»
Par Vincent Lautard
Publié le 04/11/2021 à 10:47, mis à jour le 04/11/2021 à 15:58

«Les problématiques que nous connaissons depuis 20 ans, refont surface». » loading= »lazy »/>
FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour sortir de la crise qui s’abat sur l’hôpital public, l’infirmier et juriste en droit de la santé Vincent Lautard soumet quatre axes de réflexion. Il plaide notamment pour une revalorisation des salaires et une augmentation rapide des compétences de l’ensemble des paramédicaux.
Vincent Lautard est infirmier et juriste en droit de la santé, consultant dans le secteur sanitaire et social et membre du conseil d’administration du Printemps tépublicain.
À travers l’énorme mobilisation des équipes soignantes et administratives, la déliquescence de notre système de santé a pu être en partie camouflée pendant la crise de COVID-19. Mais alors que l’épidémie n’est pas encore terminée, le réveil est aujourd’hui brutal. De nombreux lits d’hospitalisation, voire des services entiers sont fermés à cause du manque de professionnels de santé. Les Français mettent sur certains territoires, plusieurs mois pour trouver un médecin généraliste ou un spécialiste disponible. Les problématiques que nous connaissons depuis 20 ans, refont surface, majorées par une épidémie qui a fini de décourager des soignants à bout de souffle.
Il ne faut pas oublier que l’hôpital va mal et que les urgences sont saturées car en amont la médecine de ville est en crise.
Vincent Lautard
Car la réalité est là, cela fait 20 ans que les politiques publiques dans les secteurs de santé ont soit cherché à faire des économies alors que la demande de soins est croissante en raison d’une population vieillissante, soit fait la sourde oreille face à des associations, des experts, des patients et des professionnels de santé qui tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Et il aura fallu attendre la crise de la COVID19 pour qu’un gouvernement décide de réagir concrètement (Ségur de la santé, Projet de Loi de financement de la sécurité sociale pour 2022). Pourtant, tout cela reste malheureusement insuffisant face à l’ampleur des dysfonctionnements qui pourrissent notre système de santé.
Au Printemps Républicain, à travers le livre d’Amine El Khatmi Printemps Républicain publié aux éditions de l’Observatoire, nous proposons une approche en 4 axes, pour relever les défis qui nous attendent :
L’amélioration de l’accès aux soins et de la qualité des soins – Olivier Véran a annoncé la fin des déserts médicaux d’ici cinq ans. Cette annonce est malheureusement utopique. La fin du numerus clausus aura sans doute des effets mais seulement dans 7 à 10 ans. Et cela ne veut absolument pas dire que les nouveaux médecins s’installeront dans des zones sous dotées en praticien. Il ne faut pas oublier que l’hôpital va mal et que les urgences sont saturées car en amont la médecine de ville est en crise. Nous proposons donc pour combattre les déserts médicaux :
De délocaliser une partie des universités de médecine dans des communes ayant un centre hospitalier et ne dépassant pas les 100 000 habitants (dans des territoires où on manque de médecins), car nous savons que l’étudiant crée son tissu social pendant sa formation, et aura donc plus tendance à s’installer là où il a étudié.
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De demander aux médecins de pratiquer 2 ans dans une zone sous-dotée en médecins pendant leur carrière dans la région où ils sont installés. Cette pratique pourra se faire en continu ou discontinu et s’accompagnera d’une augmentation de la rémunération des médecins.
D’augmenter rapidement les compétences de l’ensemble des paramédicaux. Cette solution a été mise en place dans de nombreux pays étrangers depuis des années et cela a permis un meilleur accompagnement des malades et, une meilleure coordination entre les professionnels de santé. Cela évitera aussi que les paramédicaux travaillent dans l’illégalité pour pallier l’absence de médecins.
Améliorer la qualité des soins, c’est aussi améliorer l’accueil et la prise en charge des patients dans nos établissements de santé, et améliorer les conditions de travail des soignants. C’est pour cela que nous proposons d’établir des ratios obligatoires de soignants, de personnel social et éducatif par service et par nombre de patients/résidents et un moratoire sur la fermeture des lits.
La protection des personnes vulnérables (personnes âgées et/ou handicapées, mineurs…) – Les personnes âgées et/ou handicapées, les personnes présentant des troubles psychiatriques ainsi que des mineurs en difficultés (prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance par exemple) sont souvent les grands oubliés des politiques publiques dans le secteur de la santé et du social. Alors qu’une grande loi sur la dépendance avait été promise par le gouvernement actuel, cette dernière a été abandonnée récemment, ce qui a déçu beaucoup d’acteurs sur le terrain.
Il est primordial d’interroger les Français à travers un référendum sur la possibilité de légaliser l’aide active à mourir pour des patients majeurs en fin de vie atteints d’une maladie grave et incurable.
Vincent Lautard
Un grand plan d’accompagnement de ces populations doit être mis en place au plus vite couplé à un grand plan de lutte contre la maltraitance. Nous devons agir à la fois dans le secteur du domicile ainsi que sur les établissements médico-sociaux et sociaux.
Nous proposons de mettre en place un ratio de 1 professionnel pour 1 résident dans les structures médico-sociales (aujourd’hui c’est 0,6 environ) et le développement de structures médico-sociales pour personnes âgées et/ou pour personnes handicapées à taille humaine (pas plus de 40 résidents). Il faut aussi une médicalisation plus importante des structures médico-sociales (sur le modèle des Soins de Suite et de Réadaptation) pour les établissements prenant en charge des résidents ayant des pathologies lourdes. Il faut un plan d’investissement dans le domaine de la santé mentale et de l’aide sociale à l’enfance, et la mise en place d’un réel partenariat entre le secteur sanitaire, le secteur médico-social et le secteur social.
Pour terminer, il nous paraît essentiel d’augmenter de 20% l’allocation adulte handicapée et l’allocation personnalisée d’autonomie.
Le respect des volontés des malades et l’accompagnement des personnes en fin de vie- Les conditions d’accompagnement des personnes en fin de vie sont loin d’être satisfaisantes en France par manque de moyens concernant les soins palliatifs, ce qui entraîne un défaut de prise en charge de la souffrance des malades, ainsi qu’un non-respect des volontés de ces derniers. Les textes de loi concernant la fin de vie sont encore trop flous et complexes et méconnus, à la fois par les soignants mais aussi par le grand public. Trop souvent les droits des patients sont méconnus et bafoués.
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Il est donc fondamental :
De lancer une campagne d’information nationale sur la fin de vie, les droits des patients, la possibilité de nommer une personne de confiance, ou de rédiger des directives anticipées. Cela permettrait alors à un plus grand nombre, de pouvoir se positionner clairement quant à leur fin de vie, limitant ainsi ultérieurement, les situations délétères tels que les conflits familiaux. Il faut également lancer un grand plan de formation pour les soignants.
D’investir davantage dans les soins palliatifs. Aujourd’hui, que ce soit dans les établissements de santé, dans des EHPAD, ou à domicile, des patients n’ont pas accès à une prise en charge adéquate, une gestion efficace de la douleur. Par manque de moyens humains et matériels des patients souffrent encore.
De réaliser un grand débat public qui pourrait faire aboutir à une nouvelle loi (la loi actuelle ayant révélé ses limites) en posant des questions concrètes. Que doit-on faire face à un patient en fin de vie qui souffre et qui souhaite mourir ?
Abandonner les infirmiers, les aides-soignants, les médecins, les internes, les éducateurs, les assistantes de services sociaux, les kinésithérapeutes, les sages-femmes etc. c’est abandonner les premières lignes de notre République, qui luttent au quotidien pour préserver la santé de tous nos concitoyens !
Vincent Lautard
On doit bien évidemment traiter sa douleur, lui prodiguer des soins de bien-être et de conforts, l’écouter avec empathie, mais si cela ne suffit pas ? Doit-on détourner le regard face à la souffrance physique et psychologique d’autrui, face à une personne qui nous réitère sa volonté de mourir ?
Il est donc primordial, en plus des développements croissants des soins palliatifs, d’interroger les Français à travers un référendum, sur la possibilité de légaliser l’aide active à mourir pour des patients majeurs en fin de vie atteints d’une maladie grave et incurable, qui ont réitéré à plusieurs reprises leur volonté, comme cela existe dans plusieurs autres pays notamment en Belgique.
Le droit français donne la possibilité au patient de refuser un traitement qui est vital pour sa santé et comme l’a indiqué la Cour Européenne des Droits de l’Homme en 2002 : «En matière médicale, le refus d’accepter un traitement particulier pourrait, de façon inéluctable, conduire à une issue fatale, mais l’imposition d’un traitement médical sans le consentement du patient s’il est adulte et sain d’esprit s’analyserait en une atteinte à l’intégrité physique de l’intéressé. Comme l’a admis la jurisprudence interne, une personne peut revendiquer le droit d’exercer son choix de mourir en refusant de consentir à un traitement qui pourrait avoir pour effet de prolonger sa vie».
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Alors si un patient peut faire le choix de mourir en refusant de se faire soigner, pourquoi ne pas lui permettre d’avoir accès à une aide active à mourir ?
Cette pratique existe déjà en France : l’INED (Institut National d’Études Démographiques) à partir d’une étude de 2012, évaluait le nombre d’aides actives à mourir par an, à environ 1200 et à moins de 2000 le nombre de personnes souffrant de maladies graves qui se suicident. Une loi permettrait d’éviter les dérives et un meilleur encadrement de cette pratique qui est loin d’être anodine.
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La valorisation et la reconnaissance des professionnels du secteur sanitaire, médico-social et social – Depuis des années ; les professionnels du secteur sanitaire, médico-social et social enchaînent les mouvements sociaux pour alerter sur leurs conditions de travail qui se dégradent, ainsi que pour demander une reconnaissance salariale à la hauteur de leur engagement pour la société.
Sous-effectif, burn-out, violences, manque de moyen matériel…cet état de fait alarmant est connu depuis des années, mais aucune réponse politique d’ampleur ne vient répondre aux malaises qui affectent les professionnels et les usagers.
Abandonner les infirmiers, les aides-soignants, les médecins, les internes, les éducateurs, les assistantes de services sociaux, les kinésithérapeutes, les sages-femmes etc. c’est abandonner les premières lignes de notre République, qui luttent au quotidien pour préserver la santé de tous nos concitoyens ! Nous proposons donc d’avoir une réelle politique d’attractivité des métiers de la santé et du social avec des rémunérations de base attractives, une meilleure évolution des carrières et des salaires et, de revoir en profondeur la rémunération des professionnels de santé libéraux par métier et par spécialité. Nous proposons de mettre en place également une meilleure reconnaissance de la pénibilité. Le management à l’hôpital, les horaires de travail ainsi que l’organisation des services de soins devront être repensés pour permettre une meilleure continuité des soins au profit du patient, et de meilleures conditions de travail pour le soignant.
*****«Peut-on encore se vanter d’avoir le meilleur système de santé au monde ?»
Par Alexandre Roux
Publié le 02/11/2021 à 18:19
Un lit sur cinq serait actuellement fermé dans les hôpitaux. » loading= »lazy »/>
FIGAROVOX/TRIBUNE – L’hôpital public fait face à de nombreuses fermetures de lit, faute d’infirmiers en nombre suffisant. Cette crise doit amener les pourvois publics à prendre des mesures structurelles pour refaire de la France un des pionniers de la santé publique, revendique Alexandre Roux.
Alexandre Roux est Neurochirurgien et Docteur en Neurosciences à Paris. Il enseigne à la Faculté de Médecine et a une activité de recherche à l’INSERM. Il est Membre du Syndicat Jeune Médecin – Île de France.
«La France a le meilleur système de santé au monde». Cette phrase, dont nous sommes coutumiers, est-elle toujours d’actualité ? Nos Hôpitaux vieillissent mal. Le matériel, indispensable aux soins, se dégrade voire manque dans certains services. Rien de nouveau nous direz-vous. Mais l’Hôpital Public a atteint un niveau de souffrance inégalé dans l’histoire. À cette dégradation progressive des conditions de travail vient s’ajouter un fait nouveau (et brutal), la fuite des soignants.
Infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, orthophonistes, brancardiers ont fui l’Hôpital Public en l’espace de quelques mois. Leurs raisons ? Des conditions de travail déplorables et un climat de tension au quotidien. Ceci, expliqué par une politique de restriction budgétaire (8.7 milliards d’euros d’économie depuis 2010), une activité en augmentation permanente (+14% d’activité depuis 2010) et la crise du COVID-19 qui a achevé les soignants. Du jamais vu ! Certains, quittent les grandes villes pour une meilleure qualité de vie en milieu rural, d’autres, exaspérés par la paupérisation de l’Hôpital Public, changent de mode d’exercice, voire de profession.
Les soignants attendaient une réforme structurelle de l’Hôpital Public : rénovation des locaux, achat de matériel, réorganisation du travail, recrutement de personnel soignant…
Alexandre Roux
Un rapport du Conseil Scientifique COVID-19 remis le 5 Octobre 2021 rapporte une fermeture de 20% des lits d’Hôpitaux, faute de personnels soignants. Un chiffre sans précédent. Notre Ministre de la Santé s’est voulu rassurant en prenant l’exemple du Centre Hospitalier de Blois où seulement 5 lits sur 230 sont fermés. Il devrait visiter d’autres Hôpitaux et il pourrait alors y constater une situation bien différente (18 lits sur 45 fermés dans mon service d’affectation, soit 40%). «Priorité à la qualité des soins et à la continuité des soins» nous dit-il. Cela ne sera bientôt plus possible.
La gestion de la crise sanitaire due à la COVID-19 et des multiples vagues conduisant à une saturation des Hôpitaux a été rendue possible par le courage et le sacrifice des soignants qui ont subi une surcharge de travail inédite. Ces derniers acceptant les heures supplémentaires – tardivement rémunérées – au risque de mettre leur propre santé, ainsi que celle de leur proche, en danger. Tout cela à quel prix ?
Les Français, dans un effort de solidarité nationale, ont applaudi, fait des dons, prêtés leur domicile ou encore soutenus le personnel hospitalier en livrant des repas dans les services. Et le gouvernement ?
Bien sûr, lui aussi a eu à gérer cette crise et il est trop facile de céder aux sirènes de la critique. Toutefois, aucune mesure «majeure» n’a été prise pour l’Hôpital Public. Et le Ségur alors ? Les soignants n’ont-ils pas eu ce qu’ils voulaient ?
Un effort indispensable, bien sûr, mais insuffisant, car nous l’avons dit la problématique n’est pas que pécuniaire, loin de là. Bref, un coup d’épée dans l’eau. Les soignants attendaient une réforme structurelle de l’Hôpital Public : rénovation des locaux, achat de matériel, réorganisation du travail, recrutement de personnel soignant…
Selon la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) il y avait en France en 2016, dans les Établissements Publics de Santé, 98.579 emplois médicaux contre 96.191 emplois administratifs. Une telle disparité entre le recrutement massif de personnel administratif ces dernières années et la carence en personnel soignant est étonnante.
L’Hôpital Public fonctionne encore à plein régime malgré tout, porté à bout de bras par ces soignants méritants. Mais jusqu’à quand ? Les déprogrammations et les retards de prise en charge, faute de place dans les services adaptés, se multiplient depuis plusieurs mois. La relation soignant-patient se dégrade en conséquence. Certains médecins passent plus de temps à gérer administrativement ces reports d’intervention ou à rassurer les patients, inquiets d’un tel délai, qu’à pratiquer des soins d’excellence.
Comment donner envie aux futurs médecins, infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, orthophonistes, brancardiers de travailler à l’Hôpital Public dans de telles conditions ?
Alexandre Roux
Nous nous insurgeons contre les «experts» en Système de Santé qui nous parlent de l’Hôpital de demain, numérique, connecté, soumis à l’intelligence artificielle… Ont-ils déjà mis un pied à l’Hôpital ? Ont-ils déjà soigné un patient ? Connaissent-ils vraiment l’état de notre système de santé ? L’avenir de l’Hôpital Public doit être anticipé et réfléchi, bien sûr, mais l’urgence est au sauvetage de celui-ci. Il n’y aura pas d’Hôpital du futur sans Hôpital du présent.
N’oublions et ne négligeons pas non plus l’une des grandes fonctions de l’Hôpital Public, la formation des soignants. Comment donner envie aux futurs médecins, infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes, orthophonistes, brancardiers de travailler à l’Hôpital Public dans de telles conditions ? Le Président de l’Intersyndicale Nationale des Internes (ISNI) rapporte, preuve scientifique à l’appui, que 39% des Médecins en formation (Internes) présentent des troubles dépressifs et 20% des idées suicidaires… De plus, bien que le métier d’infirmier continue d’attirer les vocations (quand on regarde les résultats des plateformes de choix des Lycéens), on retrouve 17% d’abandon en cours de formation. Inédit.
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Enfin, concernant la dernière – et pas des moindres – fonction de l’Hôpital Public, la recherche scientifique, on constate depuis 30 ans une fuite progressive des cerveaux Français vers de plus généreuses contrées. Faute de financement et de salaire attractif. Dans son dernier livre, Which Country Has The Best Health Care ? («Quel pays a le meilleur système de santé ?»), Ezekiel J. Emanuel, Oncologue Américain constate que le système de santé Français, bien qu’abordable pour la population grâce aux remboursements des soins, est en réalité très peu innovant.
La triple mission et responsabilité de l’Hôpital Public (soins, enseignement, recherche) doivent être repensées et soutenues sans réserve par les pouvoirs politiques. Des réformes claires et à effet immédiat doivent être envisagées, sans quoi la santé des Français sera mise en péril. Nous attendons avec impatience les propositions qui seront faites.
Notre futur Président aura la lourde responsabilité de ranimer l’Hôpital Public via des mesures courageuses et ambitieuses car «si la santé a un coût, elle n’a pas de prix».
Voir aussi:
https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/31/francois-salachas-membre-du-cih-le-neurologue-de-la-pitie-salpetriere-qui-a-su-sopposer-a-macron-en-public-sur-france-culture/
Olivier Véran tente d’expliquer la fermeture de plus de 5 700 lits à l’hôpital: https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/28/22994/
https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/11/05/23703/