« Départs de soignants de l’hôpital public : « Tout ce dévouement toxique devait cesser » »
Date de publication : 5 novembre 2021
Libération relève que « lassés des conditions de travail déplorables, certains soignants ont décidé de faire une pause, voire de démissionner de leurs fonctions. Ils témoignent de leur désarroi ».
Anaïs Moran remarque ainsi : « A quoi ça tient, le choix du renoncement ? Celui qui s’impose malgré la vocation tenace, les heures engagées et l’attachement indélébile à l’hôpital public ? Lydie, infirmière de 41 ans, a plusieurs mois ruminé la question ».
L’infirmière déclare : « Il n’y a pas eu d’événement de bascule, de situation dramatique qui m’a fait dire dans un fracas “stop, c’est fini, j’arrête tout”. J’ai juste vu les choses se dégrader petit à petit, et quand le sentiment de ne plus être à ma place est devenu insoutenable, je me suis tout simplement sauvée ».
La journaliste explique qu’« en août, Lydie a quitté le petit centre hospitalier de Bourgogne-Franche-Comté au sein duquel elle bossait depuis 20 ans. Une délivrance remplie d’amertume. Postée en horaires de nuit dans l’unité d’hospitalisation de courte durée, elle y avait tout donné – son temps, son corps, sa vie privée ».
L’infirmière précise : « Les conditions de travail n’étaient déjà pas optimales, mais rien n’est allé en s’arrangeant. Je me suis mise progressivement à soigner dans l’empressement, avec l’effectif habituel pour toujours plus de patients. A devoir badger à l’entrée de mon établissement, comme si j’étais le pion numéroté d’un travail à la chaîne. A avoir la boule au ventre en allant au travail, et de plus en plus mauvaise conscience, car je savais que je ne donnais plus l’attention et les soins que méritait chaque patient ».
Anaïs Moran observe que « la nuit, pour un service de trente lits, Lydie a fini par se retrouver avec une seule binôme. Chacune dans un couloir, avec quinze lits. […] Lydie est déjà à bout de forces quand débarque l’épidémie de Covid-19. Elle tient car il le faut, jusqu’à l’accalmie de cet été qui se transforme en «ticket de sortie». Sa nouvelle vie tourne à présent autour du coaching bien-être et nutritionnel. Elle dit avoir retrouvé le sens du soin ».
L’ex-infirmière observe : « Parfois, je pense à mes anciens collègues et ça m’arrache des larmes. Là-bas, l’abattement fait l’effet buvard et tout le monde fonctionne sur le mode de la réserve pour ne pas s’écrouler. Dans ce système de santé qui se meurt, c’est soit notre peau soit celle de l’hôpital public. J’ai pris la décision que je ne me sacrifierai pas ».
Anaïs Moran souligne que « Lydie est loin d’être un cas isolé. Depuis la rentrée, l’hôpital public tremble tel un château de cartes à chaque départ annoncé. Les alertes remontent de toutes parts et racontent la même histoire : atterrés, des soignants abandonnent leur poste et personne ne court pour les remplacer ».
La journaliste évoque ainsi « l’exaspération de la communauté hospitalière, lasse de ne pas être entendue sur le mal-être profond au sein de l’institution, et le chancellement en cours ».
Libération relève que « lassés des conditions de travail déplorables, certains soignants ont décidé de faire une pause, voire de démissionner de leurs fonctions. Ils témoignent de leur désarroi ».
Anaïs Moran remarque ainsi : « A quoi ça tient, le choix du renoncement ? Celui qui s’impose malgré la vocation tenace, les heures engagées et l’attachement indélébile à l’hôpital public ? Lydie, infirmière de 41 ans, a plusieurs mois ruminé la question ».
L’infirmière déclare : « Il n’y a pas eu d’événement de bascule, de situation dramatique qui m’a fait dire dans un fracas “stop, c’est fini, j’arrête tout”. J’ai juste vu les choses se dégrader petit à petit, et quand le sentiment de ne plus être à ma place est devenu insoutenable, je me suis tout simplement sauvée ».
La journaliste explique qu’« en août, Lydie a quitté le petit centre hospitalier de Bourgogne-Franche-Comté au sein duquel elle bossait depuis 20 ans. Une délivrance remplie d’amertume. Postée en horaires de nuit dans l’unité d’hospitalisation de courte durée, elle y avait tout donné – son temps, son corps, sa vie privée ».
L’infirmière précise : « Les conditions de travail n’étaient déjà pas optimales, mais rien n’est allé en s’arrangeant. Je me suis mise progressivement à soigner dans l’empressement, avec l’effectif habituel pour toujours plus de patients. A devoir badger à l’entrée de mon établissement, comme si j’étais le pion numéroté d’un travail à la chaîne. A avoir la boule au ventre en allant au travail, et de plus en plus mauvaise conscience, car je savais que je ne donnais plus l’attention et les soins que méritait chaque patient ».
Anaïs Moran observe que « la nuit, pour un service de trente lits, Lydie a fini par se retrouver avec une seule binôme. Chacune dans un couloir, avec quinze lits. […] Lydie est déjà à bout de forces quand débarque l’épidémie de Covid-19. Elle tient car il le faut, jusqu’à l’accalmie de cet été qui se transforme en «ticket de sortie». Sa nouvelle vie tourne à présent autour du coaching bien-être et nutritionnel. Elle dit avoir retrouvé le sens du soin ».
L’ex-infirmière observe : « Parfois, je pense à mes anciens collègues et ça m’arrache des larmes. Là-bas, l’abattement fait l’effet buvard et tout le monde fonctionne sur le mode de la réserve pour ne pas s’écrouler. Dans ce système de santé qui se meurt, c’est soit notre peau soit celle de l’hôpital public. J’ai pris la décision que je ne me sacrifierai pas ».
Anaïs Moran souligne que « Lydie est loin d’être un cas isolé. Depuis la rentrée, l’hôpital public tremble tel un château de cartes à chaque départ annoncé. Les alertes remontent de toutes parts et racontent la même histoire : atterrés, des soignants abandonnent leur poste et personne ne court pour les remplacer ».
La journaliste évoque ainsi « l’exaspération de la communauté hospitalière, lasse de ne pas être entendue sur le mal-être profond au sein de l’institution, et le chancellement en cours ».
Témoignages
Départs de soignants de l’hôpital public : «Tout ce dévouement toxique devait cesser»
La pandémie de Covid-19 en FrancedossierLassés des conditions de travail déplorables, de nombreux soignants ont décidé en cette rentrée de faire une pause, voire de démissionner de leurs fonctions. Ils témoignent de leur désarroi à «Libération».
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par Anaïs Moran
publié le 4 novembre 2021 à 21h01
A quoi ça tient, le choix du renoncement ? Celui qui s’impose malgré la vocation tenace, les heures engagées et l’attachement indélébile à l’hôpital public ? Lydie (1), infirmière de 41 ans, a plusieurs mois ruminé la question. «En fait, il n’y a pas eu d’événement de bascule, de situation dramatique qui m’a fait dire dans un fracas “stop, c’est fini, j’arrête tout”, démêle-t-elle aujourd’hui. J’ai juste vu les choses se dégrader petit à petit, et quand le sentiment de ne plus être à ma place est devenu insoutenable, je me suis tout simplement sauvée.» En août, Lydie a quitté le petit centre hospitalier de Bourgogne-Franche-Comté au sein duquel elle bossait depuis vingt ans.
Une délivrance remplie d’amertume. Postée en horaires de nuit dans l’unité d’hospitalisation de courte durée, elle y avait tout donné – son temps, son corps, sa vie privée. «Les conditions de travail n’étaient déjà pas optimales, mais rien n’est allé en s’arrangeant. Je me suis mise progressivement à soigner dans l’empressement, avec l’effectif habituel pour toujours plus de patients. A devoir badger à l’entrée de mon établissement, comme si j’étais le pion numéroté d’un travail à la chaîne. A avoir la boule au ventre en allant au travail, et de plus en plus mauvaise conscience, car je savais que je ne donnais plus l’attention et les soins que méritait chaque patient», énumère-t-elle.A lire aussi
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