Santé mentale : l’impact de la crise sanitaire
Interview du Dr Liova Yon (Hôpital Ste Anne, Paris)
https://player.vimeo.com/video/552913548?autoplay=1
Chapitres
- D’après votre expérience, quel est l’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale ? – 00:07
- Quel type de pathologies constatez-vous depuis mars 2020 ? – 02:14
- Y a-t-il un impact sur les tentatives de suicides ? – 03:21
- Quels sont les profils les plus en difficulté et les plus à risque ?- 04:57
- Comment prévenir les symptômes ? – 06:47
- Comment éviter leur chronicisation ? – 08:10
- Ces pathologies psychiatriques nées de la crise sanitaire doivent-elles faire l’objet d’une prise en charge particulière ? – 10:05
- Comment fonctionne le dispositif téléphonique Psy Île de France ? – 11:17
- Constatez-vous une recrudescence des consultations des jeunes ? – 13:22
- Comment va évoluer, selon vous, cette « épidémie » dans l’épidémie ? – 14:08
- L’accès aux soins en psychiatrie va-t-il constituer un enjeu de santé publique ? – 15:04
Lassitude, stress, peur, manque de sommeil … la situation sanitaire a dégradé la santé mentale des Français. Selon l’enquête CoviPrev de Santé publique France (mars 2021), 31 % des personnes interrogées présentent des états anxieux et dépressifs et 9 % ont eu des pensées suicidaires depuis un an (vs. 5 % selon le Baromètre Santé 2017).
Au GHU de Paris, sur le site de Sainte Anne, le Dr Liova Yon, psychiatre, coordonne Psy-Île de France, un dispositif téléphonique lancé depuis le premier confinement et aujourd’hui ouvert à tous. Une quinzaine d’infirmiers recevant les appels constituent la « première ligne d’écoute ».
Dans cette interview, le Dr Liova Yon partage son expérience et les conseils de prise en charge de cette nouvelle catégorie de « patients » qui prennent contact pour un soutien psychologique ou psychiatrique pour la première fois.
Santé mentale : « Les publics précaires sont très impactés par la pandémie »
Par Marilyn Perioli – 1 novembre 2021438
https://www.vivamagazine.fr/sante-mentale-les-precaires-sont-tres-impactes-par-la-pandemie/
Le Dr Leaune est psychiatre au centre hospitalier du Vinatier à Bron (69). Il est responsable du Centre de prévention du suicide et des dispositifs VigilanS et 3114 (numéro national prévention suicide), au sein de cet hôpital. Il nous livre son analyse sur la situation de la psychiatrie, suite aux Assises de la Santé mentale, qui ont eu lieu fin septembre, à Paris.
Que pensez-vous des annonces du Président Macron en clôture des Assises ?
La profession attendait beaucoup de ces Assises, que l’on espérait depuis longtemps. Deux ans de crise sanitaire ont aggravé et mis au jour une situation déjà complexe en termes de psychiatrie. Un secteur où l’on fait beaucoup de rapports, mais peu d’actions concrète. Les annonces d’Emmanuel Macron ont été plutôt bien accueillies, car un Président qui parle de santé mentale, c’est nouveau. Le remboursement de consultations de psychologues par la Sécurité sociale, pour toute la population à partir de l’âge de 3 ans, sur prescription ainsi que des moyens supplémentaires, pour un meilleur accès aux soins, est positif mais la mise en place concrète de cette mesure devra se faire en concertation étroite avec les acteurs concernés.
Je suis très sensible, pour ma part, à la mise en place du numéro national de prévention du suicide.
Confidentiel et gratuit, le 3114, numéro national de prévention du suicide, permettra, je l’espère, de répondre aux besoins immédiats des personnes en recherche d’aide : écoute, évaluation, intervention, urgence, orientation ou accompagnement.

Quel impact, de la crise sanitaire, observez-vous sur vos patients ?
Nous avons remarqué une hausse des demandes d’aide et de soutien de personnes qui ont souffert du confinement et qui s’inquiètent des conséquences économiques. Car cette pandémie entrainera sans doute une grave crise économique et des inégalités sociales qui impacteront la santé mentale des plus précaires. On sait qu’il y a un lien très fort entre conduites suicidaires et inégalités sociales et crise économique. On avait observé dans notre région, une augmentation des taux de suicide entre les années 2008 et 2010, au moment de la crise économique.
La pandémie de Covid-19 avec les conséquences économiques qu’elle entrainera aura un impact très important sur les plus fragiles. Et, cela nous inquiète.
Dr Leaune.
Quels sont vos actions pour aider ces personnes ?
Nous mettons en place des programmes de prévention spécifiques pour les publics les plus précaires et notamment pour les personnes qui vont rentrer dans la précarité dans les semaines qui viennent. Le secteur de la psychiatrie est resté actif pendant la pandémie et de nouvelles façons de travailler voient le jour. Nous allons beaucoup plus vers ces publics précaires, par l’intermédiaire des équipes mobiles, par exemple, pour leur proposer une prise en charge spécifique. Une médecine personnalisée en quelque sorte. Car, les publics précaires font face à différents problèmes : un état de santé dégradé du fait de la précarité ou du renoncement aux soins, l’absence de diagnostic de leur santé psychique, le non-recours aux droits sociaux… Nous faisons en sorte de mieux articuler les dispositifs sanitaires, médico-sociaux. Car, ils existent ! Nous visons une prise en charge globale des personnes, sur leurs lieux de vie ou de soins. Il est évident que la situation actuelle nous amène aussi à avancer sur ce point et à rendre l’accès plus facile, par exemple sur l’hôpital.
3114, numéro national de prévention du suicide
Plutôt optimiste, alors ?
On reste en alerte avec les outils que nous avons mis en place. Et, le secteur de la psychiatrie est mobilisé. En revanche, j’observe une réelle fatigue des professionnels de santé à qui on a demandé beaucoup pendant la crise sanitaire et qui eux-aussi, vivent mal, cette incertitude, due à la pandémie. L’optimisme reste de mise mais notre vigilance doit être constante pour maintenir un soin de qualité.
Syndrome de stress post-traumatique : comment le prévenir chez soignés et soignants ?
Par Corinne Tutin le 11-02-2021

Des études sont mises en place pour analyser l’impact sur le stress post-traumatique de la réduction des symptômes d’inconfort chez les patients de réanimation et analyser les effets de l’EMDR chez les soignants. UN point a été fait lors du congrès digital de l’Encéphale (20-22 janvier 2021)
Environ 20 % des patients ayant séjourné en réanimation, développent un stress post-traumatique après plusieurs mois, a rappelé le Dr Pierre Kalfon, réanimateur à Chartres. Les facteurs de risque sont représentés par des antécédents de troubles psychologiques, notamment de dépression. Mais, on ignore l’impact des traitements, notamment des corticoïdes, très utilisés chez les patients infectés par le Covid-19.
Il serait utile que davantage de patients puissent avoir accès à un psychologue pendant l’hospitalisation, ou comme cela est fait au CHU d’Angers, bénéficient d’un bilan y compris psychologique après la sortie. « Cependant, un des moyens de prévention pourrait être de réduire les phénomènes d’inconfort que peuvent présenter ces malades en réanimation », a indiqué le Dr Kalfon. Ils sont nombreux : faim, soif, douleur, sensation de froid, de chaud, manque d’air, gêne liée au bruit, à la lumière, privation de sommeil, anxiété, manque de visites des proches, sensation d’isolement… Au centre hospitalier de Chartres, les réanimateurs ont développé un programme consistant à limiter ces symptômes, lesquels sont évalués grâce à un questionnaire (IPREA) à 16 items. Le suivi pendant 1 an de malades exposés à ce programme a montré que seulement 6 % d’entre eux développent par la suite un syndrome de stress post-traumatique. Une étude randomisée va être mise en place dans 18 services de réanimation pour confirmer ces résultats.
Et, les soignants ?
« Des facteurs professionnels, souvent rencontrés en cette période de pandémie, favorisent chez eux la survenue du stress post-traumatique (charge de travail élevée, manque de prévisibilité, désorganisation, isolement) », a expliqué le Pr Wissam El-Hage, responsable du centre régional de psychotraumatologie au CHRU de Tours. Des facteurs individuels interviennent également (personnalité anxieuse, sexe féminin, jeune âge ou faible expérience, antécédents de troubles psychologiques). « Depuis longtemps, a été décrit un syndrome de fatigue compassionnelle, plus courant chez des soignants empathiques, exigeants, considérant comme un échec le fait de demander de l’aide », a complété le Pr El-Hage. Les signes d’alerte de stress sont représentés par des troubles du sommeil, une irritabilité, des difficultés de concentration, un détachement émotionnel…
Le climat anxiogène associé à la Covid-19, les nombreux décès constatés, la peur de se contaminer ou de contaminer, ont augmenté les risques d’observer ce syndrome, une anxiété ou une dépression. Une enquête menée par le Pr El-Hage, en avril et mai 2020, sur 1 000 soignants a révélé que le risque de stress post-traumatique augmentait avec le niveau d’exposition avec les patients infectés par l Covid, ou le fait d’avoir un proche à risque ou suspecté d’être positif. Selon d’autres données, le risque de stress post-traumatique est également plus élevé chez les soignants de 1e ligne que de 2e ligne face au Covid-19, avec un impact accru en cas de collègue infecté.
Le Pr El-Hage a mis en route une étude nationale, Hard, qui propose en ligne aux soignants un outil d’autodépistage des symptômes d’anxiété, de dépression, de burn-out ou de stress post-traumatique. Après chaque évaluation, un retour est fait sous forme de conseils personnalisés et il est proposé aux professionnels avec les symptômes les plus sévères d’être randomisés pour avoir ou non (groupe contrôle) 12 séances d’ Eyemovement desensitization and reprocessing (EMDR) en libéral*.Sources : Source : Congrès digital de l’Encéphale (20-22 janvier 2021). D’après les communications de : P. Kalfon (Chartres), W. El-Hage (Tours).*https://cic-tours.fr/hardcovid19/
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