Macron se résigne aux éoliennes

Energies : le choix résigné d’Emmanuel Macron pour les éoliennes

Le chef de l’Etat se fait le promoteur du nucléaire sans renoncer à l’éolien malgré ses préventions, notamment esthétiques. 

Par Claire GatinoisPublié aujourd’hui à 10h30, mis à jour à 13h57  

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Eoliennes à Ollieres (Var), le 1er avril 2021.
Eoliennes à Ollieres (Var), le 1er avril 2021. NICOLAS TUCAT / AFP

Temps calme, ciel dégagé. Ce jeudi 2 mai 2019, Emmanuel et Brigitte Macron observent la campagne française à un peu plus de 1 000 pieds de hauteur. Le Super-Puma, l’hélicoptère présidentiel, est en route vers Amboise, où le couple est attendu pour commémorer le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci. On survole les plaines de la Beauce, on s’approche du Val de Loire… Quand, soudain, l’œil du couple présidentiel heurte un parc éolien. « C’est vrai que c’est moche », lâche le président.

A ses côtés, Stéphane Bern jubile. L’animateur de télévision nommé à la tête de la mission de sauvegarde du patrimoine en péril n’ignore pas que, comme lui, M. et Mme Macron goûtent peu l’esthétique de ces pales métalliques prisées des écologistes. Il se dit même que, lors des voyages officiels, la route est étudiée pour éviter au président de la République de croiser ces moulins à vent 2.0. Mais, ce jour-là, pas d’échappatoire. « Je l’ai fait exprès pour qu’il voie », assure Stéphane Bern, à qui M. Macron aurait alors dit : « Tu as raison, il y en a trop. »

Angoisses des électeurs

Deux ans plus tard, les éoliennes sont toujours là. Plus que jamais. Les voici même présentées, aux côtés du nucléaire, comme des éléments-clés de la transition énergétique permettant de parvenir à la neutralité carbone en 2050 dans le rapport du gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE) dévoilé lundi 25 octobre. Elles font aussi partie des investissements d’avenir censés bâtir la France de 2030 qu’a dessinée le chef de l’Etat, le 12 octobre. « Nous aurons un objectif d’investissement de plus de 500 millions d’euros dans les technologies de rupture, dans les énergies renouvelables, en particulier les éoliennes, terrestres, en mer et le photovoltaïque », a détaillé Emmanuel Macron. « C’est toujours ce “en même temps” », s’agace Stéphane Bern.

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Le « Monsieur Patrimoine » de l’Elysée, très remonté contre les éoliennes tout en se revendiquant « 100 % écolo », espérait pourtant finir par avoir gain de cause. A la mi-janvier 2020, lors d’une table ronde consacrée à l’écologie à Pau, le chef de l’Etat l’avait reconnu. « Soyons lucides : la capacité à développer massivement l’éolien terrestre est réduite. (…) Le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays », expliquait-il. Et d’ajouter : « On ne peut pas imposer l’éolien d’en haut. » Le 27 juillet, Emmanuel Macron assénait encore un coup à la filière. Lors d’un déplacement en Polynésie, il recommandait d’adapter, voire de renoncer, aux parcs éoliens « là où ils dénaturent, défigurent le paysage, parce que parfois ça arrive ».

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Mais, à six mois de la présidentielle, le chef de l’Etat n’ignore pas que l’écologie est l’une des premières préoccupations – et sources d’angoisses – des électeurs juste après le pouvoir d’achat. Et si personne n’est enchanté à l’idée de planter un mat d’éolienne près de chez lui, un sondage Harris Interactive publié le 7 octobre souligne que 73 % des Français ont une bonne image de l’éolien. Mieux, pour une personne sondée sur deux, les éoliennes sont considérées comme « plutôt belles »ou « très belles ».

Entre les solutions jugées « irréalistes » des uns et les propositions « démagogiques » des autres, le gouvernement se veut ainsi le porte-voix d’une vision « raisonnable » et « non dogmatique »

Polémique, le sujet est devenu un marqueur politique. Pour les écologistes, qui défendent la sortie rapide du nucléaire, la France doit être en mesure de produire la majeure partie de son électricité avec des énergies renouvelables, donc de l’éolien. Vendredi 22 octobre, grimpé au sommet du parc éolien de Saint-Père-en-Retz (Loire-Atlantique), Yannick Jadot, le candidat à la présidentielle pour Europe Ecologie-Les Verts (EELV), a, une fois de plus, voulu dire « à quel point nous soutenons l’éolien ». 

A droite, vent contraire. Tout en se faisant l’ambassadeur du nucléaire, le candidat à l’investiture du parti Les Républicains (LR) Xavier Bertrand propose un « moratoire » sur les éoliennes. A l’extrême droite, la candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, veut les démonter, tandis que le polémiste Eric Zemmour, pas encore candidat à la présidentielle, martèle que « les éoliennes sont une catastrophe ».

Promoteur du nucléaire

Dans ce contexte, « il fallait montrer qu’il y a un adulte dans la salle », explique-t-on au cabinet de la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili. « Marine Le Pen, Xavier Bertrand et Jean-Luc Mélenchon sont des candidats du black-out ! Dans dix ans, si on arrête le renouvelable ou qu’on ferme des réacteurs nucléaires de manière totalement démagogique, il y aura des coupures d’électricité. Moi, dans cette présidentielle, je veux faire barrage aux simplismes mortifères »,soutient la ministre dans un entretien à L’Express, samedi 23 octobre.

Entre les solutions jugées « irréalistes » des uns et les propositions « démagogiques » des autres, le gouvernement se veut ainsi le porte-voix d’une vision « raisonnable » et « non dogmatique » de la transition écologique. Fidèle à cette posture « et de droite et de gauche », le président se fait à la fois le promoteur du nucléaire, énergie décarbonée et garante de notre souveraineté énergétique mais dont la dangerosité est pointée par les écologistes, sans renoncer aux éoliennes, honnies de la droite.

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La publication du rapport du Réseau de transport d’électricité (RTE) détaillant les différents scénarios permettant de parvenir à la neutralité carbone en 2050 pourrait permettre d’étayer cette approche macroniste. « Atteindre la neutralité carbone est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables », expliquent notamment les experts, qui décrivent ces énergies comme devenues compétitives.

Si l’étude mentionne une baisse de la consommation d’énergie attendue, qui doit être la priorité des années à venir, elle met aussi en évidence l’inévitable hausse de la consommation d’électricité liée au remplacement progressif des énergies fossiles par de l’électrique. Avec un tel scénario, « se passer de nouveaux réacteurs nucléaires » impliquerait « un développement des énergies renouvelables plus rapide que celui des pays européens les plus dynamiques ».

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Dit autrement, l’option du « 100 % renouvelables » est jugée peu crédible dans les trente prochaines années, tant pour atteindre la neutralité carbone que pour répondre aux besoins de la population. « Il n’y a pas d’autre chemin possible que celui que prend le gouvernement », conclut Philippe Hardouin, président du parti En commun, allié à la majorité présidentielle. Un chemin ponctué d’éoliennes auquel Emmanuel Macron s’est finalement résigné.

Claire Gatinois

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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