J’accuse notre gouvernement et ses prédécesseurs d’être responsables de la destruction de notre système de santé au point que, en 2021, des patients meurent en France faute d’une prise en charge élémentaire. Je les accuse d’avoir organisé sciemment le chaos sanitaire

Déserts médicaux. Le cri d’alarme d’un médecin de campagne

Jeudi 28 Octobre 2021

https://www.humanite.fr/deserts-medicaux-le-cri-dalarme-dun-medecin-de-campagne-725661

Une nuit de début octobre, Frédérick Stambach a constaté le décès d’un homme qui n’avait pu être pris en charge à cause des insuffisances du système de santé local. L’intervention de trop pour ce généraliste en Haute-Vienne qui a adressé à l’Humanité une lettre coup de poing où il appelle à renverser les politiques austéritaires :  « Nos gouvernements ont sciemment organisé le chaos sanitaire » écrit-il.

Médecin généraliste à Ambazac, Frédérick Stambach est ce que l’on peut appeler un praticien aguerri. À 39 ans, dont huit à exercer dans cette commune rurale voisine de Limoges, à la jointure de la Haute-Vienne et de la Creuse, le docteur a l’agenda de consultations rempli plus que de raison et le téléphone en surchauffe permanente. À ses rares heures perdues, le thérapeute, qui endure chaque jour les conséquences d’un désert médical, se mue en citoyen engagé au chevet de notre système de santé au sein du collectif Ateliers pour la refondation du service public hospitalier (1). Aguerri, il pensait l’être. Jusqu’à ce soir d’octobre et la constatation inhumaine de ce décès. « J’avoue avoir mis plusieurs jours à m’en remettre », glisse-t-il dans le courrier adressé à l’Humanité le 13 octobre. « J’ai eu l’impression d’entrevoir notre futur à la campagne car déjà nous n’y arrivons plus et la situation ne va faire que s’aggraver… L’angoisse est générale chez les patients et les soignants face à cette situation », souligne-t-il. Avant de reprendre : « L’élection de l’année prochaine m’a donné envie de lancer ce bien modeste cri d’alerte. Ce gouvernement nous entraîne dans l’abîme sanitaire. » Émouvant, son témoignage l’est assurément tant ses constatations rigoureuses prennent aux tripes. Nous publions donc son « j’accuse », que lui voit aussi comme « une sorte d’hommage pour ce patient mort seul, alors qu’il aurait dû être à l’hôpital ».

(1) Le collectif a publié Soigner – Manifeste pour une reconquête de l’hôpital public et du soin. C & F Éditions.

Icon QuoteJ’accuse notre gouvernement et ses prédécesseurs d’être responsables de la destruction de notre système de santé au point que, en 2021, des patients meurent en France faute d’une prise en charge élémentaire. Je les accuse d’avoir organisé sciemment le chaos sanitaire à venir et, pire, de l’avoir aggravé en pleine pandémie. Le résultat pour nos concitoyens sera de l’angoisse et des milliers de morts inévitables dans les années à venir.

Du rapiéçage pour faire tenir le tissu médical local

Alors que dix millions de personnes souffrent d’un accès moindre aux soins, le gouvernement continue de diminuer la quantité de lits dans les hôpitaux et n’envisage pas d’augmentation du nombre des médecins avant 2025

Les habitants des déserts médicaux ne sont pas près de voir leur quotidien s’améliorer. Tel est le constat dressé par deux récents rapports parlementaires, qui prennent eux-mêmes place en haut d’une sorte de tour de Pise d’études de la même teneur rendues depuis une décennie. « On en est à proposer à des professionnels de santé de rester jusqu’à 72 ans, en cumulant emploi et retraite. C’est bien qu’il y a un échec total dans l’accès aux soins !» s’est exclamé le député Modem Philippe Vigier. Le même jour, ses collègues sénateurs Philippe Mouiller (LR) et Patricia Schillinger (LaREM)* dénonçaient une « fracture territoriale »:

« Dix millions d’habitants vivent dans un territoire où l’accès aux soins est de qualité inférieure à celle de la moyenne des territoires français», résumait en janvier l’Association des maires ruraux de France**. Les déserts médicaux, définis comme les zones géographiques où l’offre médicale est insuffisante pour répondre aux besoins de la population, concernent une commune sur trois (voir page 5). Les densités de médecins généralistes libéraux varient du simple au triple selon les départements, même du simple à l’octuple pour leurs confrères spécia- listes. La densité des pharmacies fournit un autre the momètre. Malgré la réglementation en vigueur organisant le maillage territorial, 2,5 % de la population, soit 1,6 million de personnes, résident à plus de dix minutes de l’officine la plus proche.

L’accès aux services d’urgences ne soulage pas ces maux. Au contraire : en 2016, 4 millions de personnes résidaient à plus de trente minutes d’un hôpital ou d’un service mobile (Smur) ; 46 % des habitants des espaces ruraux éloignés des pôles urbains étaient concernés au premier chef. Une situation qui ne s’est pas arrangée depuis. Même au plus fort de la crise sanitaire, 5 700 lits d’hospitalisation complète ont été fermés en 2020 dans les établissements de santé (chiffres de la Drees). Et encore : les lits comptabilisés comme disponibles ne le sont pas tous. Dans son avis du 5 octobre, dévoilé par Libération, mercredi, le conseil scientifique*** faisait état de 20 % de places actuellement fermées, faute de personnel.

Le gouvernement propose de… serrer les dents

« Au scandale sanitaire s’ajoute un scandale financier, car, selon différentes estimations, les inégalités territoriales d’accès aux soins coûteraient entre 1 et 5 milliards d’euros par an au système de santé », note le rapport sénatorial. Qui globalise le propos : les déserts médicaux sont les mêmes territoires « qui cumulent les difficultés en matière de mobilité, d’accès au numérique et aux services publics ».

Côté solutions, le gouvernement propose de serrer les dents dans l’immédiat, en espérant l’arrivée des renforts. Les revalorisations salariales liées au Ségur, la soi-disant fin du numerus clausus et les 17 000 étudiants en médecine actuellement en deuxième année devraient, d’ici à 2025-2028, avoir pour effet de commencer à inverser la courbe démographique des soignants, actuellement en chute libre. Mêmes espoirs ministériels placés dans les 6 000 places supplémentaires au sein des écoles d’infirmiers et d’aides-soignants. À court terme, l’exécutif mise sur le développement de la télémédecine et des « com-munautés de santé » (maisons de santé, regroupements de soignants…), sur quelques primes à l’installation de médecins en zones tendues, ainsi que sur l’élargissement d’activités prescriptives aux paramédicaux (lire page 8), pour que le tissu d’offre de soins ne craque pas un peu plus.

STÉPHANE GUÉRARD

LES HÔPITAUX EN GRANDE SOUFFRANCE

« Nous venons de donner un coup de sonde dans seize CHU et, effectivement, si on extrapole les données, on constate une hausse de près d’un tiers des postes vacants chez les paramédicaux par rapport à l’automne 2019. » Olivier Véran, dans Libération mercredi****

Références:

*https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/23/les-deserts-medicaux-a-la-une-de-la-depeche/

**https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/20/avec-les-deserts-medicaux-lecart-desperance-de-vie-entre-territoires-ruraux-et-urbains-se-creuse/

***https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/28/lenquete-flash-du-pr-jean-francois-delfraissy-avec-20-de-lits-fermes-declenche-une-tempete/

****https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/2021/10/28/22994/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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