L’argent de nos mutuelles pour racheter un réassureur, pas étonnant que leur frais de gestion soit de 15 à 30%

Après avoir renoncé en 2020, Covéa repart à l’assaut du réassureur bermudien PartnerRe

L’assureur mutualiste français Covéa (MAAF, MMA et GMF) a signé à nouveau un protocole d’accord pour racheter le réassureur bermudien au prix de neuf milliards de dollars. Il s’était dédit en mai 2020, en plein cœur de la pandémie, en raison des incertitudes pesant alors sur les perspectives économiques mondiales. 

Par Dominique Gallois et Véronique ChocronPublié hier à 20h21, mis à jour à 08h59  

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AUREL

Ces changements de pied ne sont pas si fréquents dans le monde des affaires. Le leader français de l’assurance dommages Covéa, qui possède les mutuelles MAAF, MMA et GMF, se décide à nouveau à racheter, pour 9 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros), le réassureur bermudien PartnerRe à Exor, la holding financière de la famille italienne Agnelli (actionnaire de Stellantis). Le mutualiste a annoncé, jeudi 28 octobre, dans un communiqué la signature d’un « memorandum of understanding », l’acquisition étant prévue au cours du premier semestre 2022.

Le groupe français avait déjà jeté une première fois son dévolu sur le douzième réassureur mondial et signé un accord équivalent avec Exor, le 3 mars 2020. Entre-temps, la pandémie de Covid-19 et ses conséquences sur l’économie mondiale étaient venues perturber l’opération. Après avoir tenté de renégocier le prix d’acquisition à la baisse, Covéa avait renoncé deux mois plus tard, s’acquittant au passage d’une indemnisation « inférieure à 100 millions d’euros »pour les frais engagés par PartnerRe. Les liens entre les deux groupes, un temps brouillés, s’étaient retissés au travers d’investissements en commun.

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Ambitions internationales

Le patron de l’assureur mutualiste, Thierry Derez, a toujours voulu développer son groupe à l’international, le jugeant trop hexagonal. « Voilà plusieurs années que nous nous intéressons à la réassurance, car nous n’avons plus de ­potentiel de développement en France, explique régulièrement le PDG de Covéa. En dommages, nous sommes le premier assureur ; en assurance-vie, la faiblesse des taux ne nous incite pas à aller de l’avant, et, dans la santé, nous ne voulons pas être un simple complément de la Sécurité sociale. »

L’une des possibilités « aurait été de planter des drapeaux par acquisition un peu partout dans le monde, mais c’est risqué, et très peu d’assureurs ont réussi. L’autre piste est de se développer dans la réassurance. C’est ce que nous avons choisi »,précisait Thierry Derez dans un entretien au Monde voici deux ans. De plus, il estime que la frontière entre réassurance et assurance a tendance à s’atténuer. D’où l’idée de s’inspirer du modèle de l’assureur allemand Talanx, qui possède le troisième réassureur mondial Hannover Re.

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Avant de convoiter le groupe bermudien, M. Derez a tenté, en vain, de mettre la main en août 2018 sur le français Scor, dont il était le premier actionnaire, avec 8,2 % du capital. Cette tentative fut un fiasco. Les deux champions de la finance française se sont livrés pendant près de trois ans à une guerre sans merci, qui s’est soldée, en juin dernier, par un règlement au détriment de l’assureur mutualiste – un accord transactionnel permettant à Thierry Derez et à Covéa d’éviter le procès pénal

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L’été dernier, Covéa s’est ensuite intéressé à la filiale de son concurrent AXA spécialisée dans les grands risques, XL Re. « Il y a eu des discussions informelles », précise une source interne chez Covéa. Mais l’opération n’a pas abouti pour des raisons de prix.

Ratio de solvabilité très supérieur à la moyenne

C’est, finalement, à la mi-septembre que l’assureur mutualiste a repris les pourparlers avec Exor, pour réaliser, enfin, une opération majeure dans la réassurance. « Nous voulons créer un champion français de l’assurance et de la réassurance, explique Jean-Pierre Jouyet, administrateur de Covéa. L’opération avait été perturbée par le Covid-19, mais l’économie repart, et la transaction va donc pouvoir être réalisée. »

Et le mutualiste a largement les moyens de faire une acquisition d’envergure, ayant affiché en 2020 un ratio de solvabilité de 394 %, nettement supérieur à la moyenne de 242 % enregistré par la profession pour cet indicateur-clé, qui mesure la solidité des compagnies d’assurances. Il dispose également de 16,4 milliards d’euros de fonds propres pour un chiffre d’affaires de 16,6 milliards.

Dix-huit mois se sont donc écoulés entre ces deux tentatives de rachat de PartnerRe. Le prix de l’opération reste identique, à 9 milliards de dollars, mais comme le souligne Covéa, la conversion en euros lui est aujourd’hui favorable, la somme correspondant à 7,7 milliards d’euros aujourd’hui, contre 8,2 milliards en mars 2020. Elle sera payée en numéraire à la clôture de l’opération « et repose sur une valeur des capitaux propres consolidés de PartnerRe de 7 milliards de dollars », note l’assureur français.

Entre-temps, la perspective d’un impôt minimum mondial de 15 % sur les multinationales pour lutter contre les paradis fiscaux a rendu l’achat d’une compagnie basée aux Bermudes moins attractif. « D’un autre côté, les hausses de prix intervenues ces derniers mois dans la réassurance rendent l’opération plus favorable », souligne-t-on chez Covéa. Reste que le prix de la transaction est équivalent à celui que le mutualiste avait envisagé pour acheter Scor, pourtant trois fois plus gros que PartnerRe. Ainsi, en empochant neuf milliards de dollars, Exor réalisera une plus-value confortable de plus de 2 milliards, six ans après avoir acheté cette activité pour se diversifier hors de l’automobile.

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La réassurance, un métier de plus en plus risqué

Ce projet d’acquisition soulève toutefois de nombreuses questions, la réassurance – c’est-à-dire l’assurance des assureurs – étant devenu un métier de plus en plus risqué, avec l’accroissement des catastrophes naturelles, l’accélération du changement climatique et l’« inflation sociale » des litiges autour de sinistres de la vie courante, notamment aux Etats-Unis.

Par ailleurs, aucune synergie n’est évidente entre le français et le bermudien, donc peu d’économies sont possibles, tant leurs métiers sont différents. Sans parler de la localisation de leurs activités, quasi intégralement française pour Covéa et majoritairement américaine pour PartnerRe.

Pour que la transaction avec Exor se concrétise, il faudra que Covéa obtienne l’aval des autorités de régulation des onze pays, dont les Etats-Unis, dans lesquels le groupe opère, à commencer par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) en France. Or, voici plusieurs mois, le régulateur des assurances s’était inquiété de la gouvernance de ­Covéa, jugée non conforme aux réglementations de la directive Solvabilité II et avait exigé un changement. Là, il aura à se prononcer sur un investissement à haut risque, réalisé majoritairement hors de France et financé par les cotisations des milliers de sociétaires de la MAAF, de MMA et de GMF.

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Dominique Gallois et  Véronique Chocron

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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