« Covid-19 : pourquoi la pilule de Merck ne pourra pas remplacer les vaccins »
Date de publication : 28 octobre 2021
« Covid-19 : pourquoi la pilule de Merck ne pourra pas remplacer les vaccins »
Date de publication : 28 octobre 202
https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=0f973cd5fd87eeedd945c15b6a764251&id_newsletter=15577&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=15577&from=newsletter
Nicolas Berrod note dans Le Parisien que « la France a commandé de quoi soigner 50.000 patients avec [du] molnupiravir, la pilule contre les formes graves qui doit encore être validée par l’Agence européenne des médicaments. Mais si ce complément à la vaccination est très attendu, il «n’est pas un remède miracle» ».
Olivier Véran, ministre de la Santé, a précisé que les doses seront livrées « à compter des derniers jours de novembre ou des premiers jours de décembre ».
Le journaliste rappelle que « lundi, l’Agence européenne des médicaments (EMA) avait annoncé le lancement d’une procédure d’examen accéléré de ce traitement. Quelques jours auparavant, son homologue américaine avait fait de même ».
Nicolas Berrod souligne toutefois que « si une éventuelle administration du molnupiravir dans les prochaines semaines ou les prochains mois représenterait assurément une avancée majeure dans la lutte contre le Covid-19, gare à ne pas y voir un substitut au vaccin. Les deux seront complémentaires. La pilule de Merck «n’est pas un remède miracle» et elle «ne remplace pas la vaccination», a insisté Peter Hotez, professeur à l’université de médecine de Houston (Texas) ».
Le journaliste explique ainsi que « ce médicament ne pourrait prévenir que le risque de forme grave. Le molnupiravir est un antiviral. Il est prévu pour être administré par voie orale à des patients déjà infectés, testés positifs et symptomatiques, afin de diminuer le risque de forme grave. En ciblant des protéines virales, il pourrait affaiblir la capacité du virus à se répliquer dans le corps et ainsi réduire «l’hospitalisation ou le décès chez les patients atteints du Covid-19», résume l’EMA ».
« En diminuant la réplication du virus, le molnupiravir pourrait néanmoins réduire le risque de transmission chez les malades symptomatiques », poursuit-il.
Nicolas Berrod indique en outre que « tout le monde ne pourra peut-être pas être concerné. Il existe un possible risque de «mutagénicité», c’est-à-dire que ce médicament pourrait provoquer des mutations au sein du matériel génétique des cellules ».
Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Bordeaux, remarque que « le risque de mutagénicité n’est pas anodin et, s’il est confirmé, il ne faudra pas le donner à des femmes enceintes et s’assurer d’une contraception efficace, pour ne pas prendre le risque de malformations ».
Nicolas Berrod ajoute qu’« on manque encore de recul s’agissant des possibles effets indésirables avec ce traitement. Non seulement l’essai clinique ne porte que sur moins de 800 personnes, mais il a été stoppé à mi-chemin (avec l’accord de l’Agence américaine des médicaments) au vu des résultats encourageants obtenus ».
Le journaliste relève enfin que le médicament « coûte cher » : « 600 euros le traitement, si l’on se base sur la commande passée par les États-Unis (1,2 milliard de dollars pour pouvoir soigner 1,7 million de malades) ».
Le Pr Molimard observe : « Vu qu’il faut le donner à 400 personnes pour éviter 25 hospitalisations, ça va vite monter en chiffres. Surtout face à un vaccin qui vaut quelques dizaines d’euros. […] Ce traitement serait d’abord intéressant pour ceux pour qui le vaccin s’avère inefficace. Il ne faut pas que les gens non vaccinés se disent : on a un traitement, youpi ! Je ne me fais pas vacciner et j’aurai un médicament si je me fais infecter ».
Keren Lentschner note aussi dans Le Figaro que « le premier comprimé contre le Covid pourrait être disponible dans les pharmacies françaises avant la fin de l’année. Il s’agit du molnupiravir, un antiviral mis au point par le laboratoire américain MSD (Merck aux États-Unis) et la biotech Ridgeback Biotherapeutics ».
La journaliste relève qu’« en cas de feu vert des autorités de santé, il serait distribué dans les officines sur ordonnance d’un médecin. Selon les premiers résultats des essais de phase III publiés au début du mois, ce médicament réduit de 50% les risques d’hospitalisation et de décès et a démontré son efficacité contre 4 variants, dont le Delta ».
Elle explique notamment qu’« initialement conçu contre la grippe, le molnupiravir doit être pris dans les 5 jours suivant les premiers symptômes du Covid-19 par les patients diagnostiqués d’une forme légère à modérée de la maladie. Le traitement dure 5 jours, à raison d’un comprimé deux fois par jour. Ce médicament […] agit au cours de la réplication du virus en s’intégrant dans les copies de l’ARN viral. En générant des erreurs au sein de ces copies, il rend le virus non-viable et bloque sa réplication. Ce qui permet à la fois d’éviter la progression de la maladie vers une forme plus sévère mais aussi d’empêcher la transmission du virus à d’autres personnes. Six centres français ont participé aux essais cliniques ».
De son côté, Libération publie un entretien avec Germán Velásquez, conseiller spécial au « South Centre » (institut de recherches sur les pays en développement basé à Genève), qui « demeure prudent sur l’efficacité du médicament de Merck en attendant l’approbation des autorités sanitaires. Il pointe la gestion de l’épidémie de Covid par les pays riches, qu’il estime «financière et politique avant d’être sanitaire ou humanitaire» ».
Le journal remarque que « la licence volontaire octroyée par Merck au Medicines Patent Pool (MPP), qui permet de lever les brevets sur le molnupiravir pour plus de 105 pays, va contribuer à «servir les intérêts de l’humanité» assure l’université américaine Emory, qui a coproduit le médicament. Vraiment ? ».
Le chercheur répond : « Le médicament se révélera peut-être efficace, sûr, à condition qu’il soit approuvé par les autorités sanitaires, mais ce ne peut pas être un remède miracle et ne peut se substituer à la vaccination ou la dissuader. Offrir un possible traitement à 105 pays est évidemment une bonne nouvelle, mais elle laisse ouverte la question de savoir ce qui se passera dans les pays en développement restants. L’OMS compte 194 pays membres… ».
« On peut se demander aussi si le fait d’annoncer publiquement qu’un médicament qui n’est pas encore approuvé par les autorités sanitaires va être donné gratuitement à des pays pauvres n’est pas une forme de pression pour l’approbation », poursuit-il.