À l’hôpital d’Albi, la fermeture du centre de vaccination vécue comme une injustice
Environ 150 personnes viennent au centre de vaccination de l’hôpital en ce moment. DDM – MPV
Coronavirus – Covid 19, Albi, TarnPublié le 26/10/2021 à 16:41
l’essentiel
Vendredi 29 octobre, après 10 mois d’activité intense, le centre de vaccination de l’hôpital d’Albi va être contraint de fermer. Cette décision de l’ARS est incomprise et vécue comme une injustice face au maintien du centre situé au parc des expositions.
Bras dessus, bras dessous, Monique et Roger Marc, 90 et 91 ans, sont venus au centre de vaccination de l’hôpital d’Albi pour recevoir leur troisième dose. « Heureusement qu’on les a appelés avant de venir », explique Roger Marc à l’accueil. Sinon, le couple de Cagnac-les-Mines n’aurait pas pu se rendre ici pour leur troisième injection : sur décision de l’ARS, le centre de vaccination va fermer ses portes vendredi prochain.
Cette annonce est restée en travers de la gorge du personnel. « En septembre encore, on nous avait annoncé qu’il n’y aurait pas de fermeture d’ici la fin de l’année », avance Vincent Desmazes, le responsable du site. « Certes l’activité a été en baisse, mais elle réaugmente ces dernières semaines avec l’injection des 3e doses ». Actuellement, environ 150 personnes fréquentent le centre chaque jour. « On est un service public dédié à ça et on va fermer alors que le parc des expositions lui, va rester ouvert », lâche, ahuri, Vincent Desmazes.
« Ici il y a un suivi médical »
Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort qu’en France, et notamment à Toulouse, les vaccinodromes ferment les uns après les autres, au profit de petites structures. « On est le premier centre à avoir ouvert dans le Tarn avec celui de l’hôpital Castres, ajoute le responsable du centre. On a recruté et formé du personnel. Et là, certains vont se retrouver sans travail. C’est malheureux pour eux. » Cette semaine, trois personnes s’occupent de l’accueil, de l’enregistrement et de l’administratif tandis que 2 à 3 infirmiers réalisent les injections.
Mais la frustration du personnel est surtout liée à la prise en charge des patients. Pour le couple de Cagnac, comme pour bon nombre de personnes, les avantages à venir à l’hôpital sont nombreux. « Ici, il y a un suivi médical », indique d’emblée Jean-Yves Blanc, à l’accueil du site. Les patients sont redirigés immédiatement par leurs médecins vers le centre. « Certains sont rassurés parce qu’ils savent qu’en cas de problème, les Urgences sont à côté », ajoute Vincent Desmazes.
« Ils nous font confiance »
En termes d’accessibilité, pas besoin d’être véhiculé pour se rendre à l’hôpital. « Et puis c’est une petite structure, indique le responsable. On prend le temps d’accueillir et d’accompagner chacun ». Après avoir guidé un couple de personnes âgées jusqu’à la salle d’attente, Jean-Yves Blanc revient enregistrer les nouveaux arrivants. « Les gens sont mécontents quand on leur dit qu’on ferme. Ils ne veulent pas aller au Séquestre, c’est trop grand pour eux. Certains demandent à avoir la même infirmière quand ils reviennent. » « Ils nous font confiance », explicite Vincent Desmazes.
Autrefois responsable du centre d’appels pour prendre les rendez-vous de première vaccination, Vincent Desmazes a eu une « vraie vision » des attentes des gens : la proximité de l’hôpital et la taille « humaine » de son centre de vaccination ont permis de rassurer, notamment les personnes âgées. La fermeture du site vendredi est donc vécue comme un échec après tant d’efforts déployés pour affronter la crise sanitaire. « Il y a une frustration générale. On a l’impression d’abandonner les gens », conclut Jean-Yves Blanc.
Covid : la fermeture des centres de vaccination se profile
Le 1 er octobre, les professionnels de santé libéraux pourront à leur tour s’approvisionner en doses de Pfizer, un vaccin qui représentent 87 % des injections. Le gouvernement veut conserver des centres de vaccination cet automne, en réduisant la voilure, avec une extinction au plus tard en mars.

Par Solveig GodeluckPublié le 16 sept. 2021 à 13:59Mis à jour le 16 sept. 2021 à 16:00
Quand les vaccins contre le Covid sont arrivés, les centres de vaccination se sont multipliés : plus de 1.500 ont ouvert simultanément. Et ils sont encore un bon millier. Mais le gouvernement cherche à présent comment les fermer, pour remettre la vaccination dans le circuit ordinaire des soins de ville et les libérer des personnels soignants.
Ce ne sera pas une mince affaire, car il faut éviter de déstabiliser la campagne vaccinale. Près de 18 millions de Français sont appelés à se faire injecter leur « troisième dose » , dont 12 millions avant la fin de l’année. Quant à la campagne initiale, plus de 8 millions de personnes éligibles n’ont pas reçu leur première dose – plusieurs millions ne le feront probablement jamais.
DOSSIER – Covid : la campagne de vaccination en France
En tout cas, le mouvement a déjà été enclenché avec la généralisation du vaccin Pfizer chez les professionnels libéraux en ville, qui représente 87 % des injections. Lundi, les pharmaciens, médecins, sages-femmes, infirmiers libéraux pourront passer commande. Ils seront livrés à partir du 1er octobre.
« La France sera le premier pays au monde à proposer les deux vaccins à ARN messager en ville », vante-t-on au ministère de la Santé, en soulignant les « défis logistiques » liés au respect de la chaîne du froid.
Des centres de vaccination tout l’automne
Mais jusqu’à quel point faudra-t-il basculer la vaccination hors des centres ? Tout dépendra de la capacité des soignants de ville à prendre le relais. Vendredi dernier, le ministère de la Santé leur a présenté deux scénarios.
Soit ils réalisent 750.000 injections par semaine et le dernier centre de vaccination pourra fermer ses portes avant le 1er novembre ; les besoins chutant progressivement. Soit ils plafonnent à 300.000 par semaine, auquel cas le dernier centre fermera en mars. Ces hypothèses pourraient être revues si la « troisième dose » était étendue à l’ensemble des doubles vaccinés.
Vaccination obligatoire : 3.000 personnels de santé suspendus
Au ministère de la Santé, on affichait une certaine prudence, mardi : « Le besoin d’armer des centres de vaccination va durer au moins tout l’automne », a expliqué un porte-parole, car « même si la ville peut vacciner beaucoup, elle ne sera pas en mesure d’assurer l’intégralité des injections. »
Une rentabilité en baisse
Néanmoins, « certains centres vont fermer, réduire leur taille, déménager », selon le ministère. Les gymnases ou les salles municipales qui ont été affectés à l’urgence sanitaire doivent retrouver leur destination initiale. Et les soignants, que des vacations bien rémunérées attirent dans les centres, vont retourner dans les cliniques, les officines ou les Ehpad.
Et puis pour la Sécurité sociale, la vaccination en centre va devenir moins intéressante au plan économique que la vaccination en ville. A la mi-juillet, quand on injectait 4,8 millions de doses par semaine , les centres tournaient à plein régime. Mais le ralentissement a été soudain, et l’investissement dans le personnel est moins rentable.
L’Assurance-maladie a estimé qu’une injection revenait à moins de 7 euros en centre, contre une rémunération de 7,90 euros pour chaque pharmacien. « Mais elle ne compte pas les locaux. Ce n’est pas la Sécurité sociale qui a payé le Stade de France ! », nuance Philippe Besset, le président du syndicat de pharmaciens FSPF.
L’horizon de la mi-décembre
Selon lui, il serait théoriquement possible de fermer tous les centres dès octobre. Il suffirait pour cela que les 15.000 officines vaccinatrices réalisent 10 injections par jour, cinq jours par semaine – et c’est sans compter la contribution des médecins, des sages-femmes ou des infirmiers libéraux.
Cependant, la FSPF a demandé au gouvernement de conserver des centres ouverts jusqu’à la mi-décembre, car la campagne de vaccination anti-grippale va aussi débuter le 26 octobre. « On aura tout le mois d’octobre pour se roder avec Pfizer, mais novembre risque d’être lourd avec la grippe plus le Covid. C’est bien de garder un doublon avec les centres de vaccination », explique Philippe Besset.
Macron prêt à lever le passe sanitaire « là où le virus ne circule quasiment plus »
« Dès que les conditions sanitaires le permettront, et, à mon avis, quand je vois les chiffres, ça ne va pas venir si tard », on pourra « permettre sur les territoires où le virus circule moins vite de lever certaines contraintes et de revivre normalement » a déclaré Emmanuel Macron, ce jeudi, lors des rencontres de l’Union des entreprises de proximité (U2P). Le chef de l’Etat s’est dit prêt à « lever le passe, dans les endroits où on le met, là où le virus ne circule quasiment plus ».
« Est-ce qu’on pourra se passer du passe sanitaire dans 3 semaines ? Non ! Des territoires en ont encore besoin », a-t-il cependant nuancé. La loi a instauré cet instrument de gestion de crise sanitaire pour une durée limitée au 15 novembre.
Le passe sanitaire « est proportionné », et il a permis à la fois d’éviter des fermetures et d’accroître la vaccination, s’est également félicité Emmanuel Macron.
Commentaires Dr Jean SCHEFFER:
Le Centre Hospitalier d’Albi n’avait pas besoin d’un nouveau coup. Nombre d’Albigeois n’arrivent pas à avoir une nouveau médecin généraliste quand le leur part à la retraite. Des articles récents ont bien démontré la difficulté pour les nouveaux arrivants sur Albi d’avoir un médecin traitant. Par ailleurs les personnes âgées, ou handicapées, ont plus de facilités pour venir sur l’hôpital qu’au parc des expositions.
Mais si cette fermeture est actée qu’au moins cela serve à réouvrir le fonctionnement. du laboratoire d’analyses de l’hôpital qui renvoie actuellement les patients vers le secteur lucratif albigeois (cliniques et laboratoires en ville)