Le Tarn, nouvel eldorado des Toulousains épisode 1/2
Publié le mardi 26 octobre 2021 à 16h00min par Johanna Decorse
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Gaillac, Saint-Sulpice, Rabastens… Ces communes du Tarn, plébiscitées depuis plusieurs années par des citadins en quête d’une ville meilleure, voient encore leur population augmenter, sans doute sous l’effet de la crise sanitaire. Maires et nouveaux habitants témoignent sur les raisons et les conséquences de ces changements de vie.

« Quand je parle de mon parcours de ces derniers mois, beaucoup de gens me disent : “Ah oui, tu as osé.” Je les incite à franchir le pas à leur tour. » Florence Millet a vécu plusieurs années à Paris puis à Toulouse. En juillet 2020, à la sortie du premier confinement, cette attachée de presse de 37 ans est revenue sur ses terres d’origine en s’installant à Ambres, à quatre kilomètres de Lavaur.
« J’avais le projet de quitter la ville depuis au moins deux ans. Toulouse a énormément grossi ces dernières années. La circulation est de plus en plus dense et les infrastructures de transport insuffisantes. J’avais envie d’une maison avec un jardin, d’un environnement plus calme pour mener une vie de famille. J’ai retardé au maximum mon départ en raison de mon activité professionnelle, je craignais d’être moins réactive. Mais, au final, je travaille aussi bien à la campagne. J’ai les outils pour fonctionner à distance. La crise sanitaire a accéléré le recours au télétravail et mes clients eux-mêmes pratiquent beaucoup les visioconférences », explique Florence Millet.
Depuis leur changement de vie, son compagnon, éducateur spécialisé, fait plusieurs allers-retours par semaine en horaires décalés entre Ambres et Toulouse. Quarante-cinq minutes en voiture, autant que certains Toulousains chaque matin pour rejoindre leur lieu de travail. Leur fils de quatre mois, né à la maternité de Lavaur, a déjà sa place en crèche, deux collèges à proximité, sans oublier le lycée. « On a le confort et toutes les commodités sans les inconvénients. Lavaur n’est pas une ville dortoir, beaucoup de choses se passent et la vie associative est très riche. »
Véritable plaidoyer en faveur des petites villes, le témoignage de Florence Millet est celui de nombreux citadins que la pandémie et les confinements répétés ont poussés à quitter les grandes métropoles pour trouver une ville meilleure. Le phénomène reste encore difficile à évaluer mais une chose est sûre, le retour en grâce des territoires ruraux se poursuit. Dans le Tarn notamment, la population a augmenté de 0,3% par an entre 2013 et 2018 selon les chiffres de l’Insee et de 0,5% les cinq années précédentes, uniquement du fait de nouveaux habitants. Concentrée à l’ouest du département, la croissance démographique est clairement liée à la proximité avec Toulouse.Les communes situées le long de l’A68 reliant la Ville rose à Albi sont les plus dynamiques à l’image de Gaillac (+1,4% par an) et de Saint-Sulpice-la-Pointe (+1,7%).
« Tsunami » à Saint-Sulpice
On peut même parler de « tsunami » démographique selon son maire Raphaël Bernardin. En 1982, la ville de Saint-Sulpice comptait 3877 habitants. Ils sont plus de 9350 aujourd’hui. 48% d’entre eux travaillent à Toulouse, très accessible grâce à une liaison TER digne d’un RER, avec un train toutes les quinze minutes en période de pointe. « En 2018, Saint-Sulpice était une ville qui subissait sa démographie, telle une cité-dortoir avec une population qui part le matin et rentre le soir et un centre-ville atone, où de nombreux commerces étaient fermés. Notre premier combat a été de réveiller la belle endormie », explique l’édile élu fin 2017 avec le soutien de LREM.
Le recrutement par la communauté de communes Tarn-Agout d’un « manager de centre-ville » chargé de « vendre la commune » et d’attirer de nouvelles enseignes s’est traduit en 2020 par l’installation d’une quinzaine de commerces. Le phénomène Saint-Sulpice continue, accentué même par la crise sanitaire. « On le constate sur le plan de l’urbanisme. Il n’y a plus un terrain à vendre aujourd’hui dans la commune. Les agents immobiliers ont plus de demandes que d’offres », souligne Raphaël Bernardin.
En décembre 2019, la nouvelle municipalité avait décidé de retirer du plan local d’urbanisme 170 hectares de terres à construire. « La croissance démographique est fulgurante depuis quinze ans. Nous avons fait le choix politique de fermer le PLU pour ne pas perdre la qualité de vie recherchée par la population et ne pas sacrifier des terres agricoles au profit du béton. Nous ne voulons pas que Saint-Sulpice devienne le Muret, le Plaisance-du-Touch ou le Tournefeuille des années 2030. »
… La suite le mercredi 3 novembre
Johanna Decorse
Sur la photo : Florence Millet et son compagnon ont quitté Toulouse en juillet 2020 pour s’installer à Lavaur. Crédit : Hélène Ressayres -ToulÉco.