« Les exemples de tromperie des consommateurs se ramassent à la pelle. » Le label HVE « une illusion écologique »

Dans le dédale des labels alimentaires, trop peu de garanties sur leurs bénéfices

Trois associations, WWF, Greenpeace et l’UFC-Que choisir, publient conjointement deux études sur les « promesses » des démarches de qualité alimentaires

Par Mathilde Gérard et Laurence GirardPublié le 28 septembre 2021 à 12h00  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/28/dans-le-dedale-des-labels-alimentaires-trop-peu-de-garanties-sur-leurs-benefices_6096297_3244.html

Le logo européen AOP (Appellation d’origine protégée) lors du salon AOP devant l’Hôtel de ville de Paris, 18 octobre 2019.
Le logo européen AOP (Appellation d’origine protégée) lors du salon AOP devant l’Hôtel de ville de Paris, 18 octobre 2019. BERTRAND GUAY / AFP

Label rouge, Appellation d’origine protégée (AOP), C’est qui le patron ?!, Agriculture biologique (AB)… Devant un rayon de supermarché, le consommateur peut facilement se retrouver submergé par la profusion d’informations présentes sur les étiquettes. La plupart de ces labels, dont certains sont publics, comme l’AB, et d’autres privés, à l’instar de la marque Bleu-Blanc-Cœur, se targuent de proposer des produits de meilleure qualité et élaborés dans des conditions plus respectueuses de l’environnement et mieux-disantes socialement. Mais quelles garanties offrent-ils réellement ? C’est pour évaluer l’écart entre les intentions affichées et leur impact que trois associations, le World Wide Fund (WWF) avec Greenpeace d’un côté et l’UFC-Que choisir de l’autre, présentent, mardi 28 septembre, deux analyses complémentaires sur les « promesses » des labels.

La première étude, conduite par WWF et Greenpeace, avec le Basic (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne), porte sur l’impact environnemental et socio-économique d’un panel de onze grands labels, regroupés en trois catégories : ceux qui s’appuient sur le socle de l’agriculture biologique (AB, Demeter, Nature & progrès) ; ceux qui partagent l’approche de la « certification environnementale » (Zéro résidu de pesticide ou Haute valeur environnementale – HVE –, moins contraignants que l’agriculture biologique) ; et les labels définis par filière, comme l’AOP ou le Label rouge.

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Toutes ces démarches sont soumises à une grille d’analyse commune comportant sept critères environnementaux (dérèglement climatique, pollution de l’air, dégradation des sols…) et sept critères socio-économiques (conditions de travail, atteinte d’un niveau de vie décent, impacts sur la santé humaine…). Les auteurs de l’étude ont à la fois épluché les cahiers des charges, mais aussi mené une analyse qualitative, en s’appuyant sur des études publiées et complétées par des entretiens, pour aboutir à une double notation de 1 à 5.

Des résultats hétérogènes

Selon cette grille d’analyse, ce sont les démarches s’appuyant sur l’agriculture biologique qui présentent le plus fort potentiel environnemental et socio-économique, concluent WWF et Greenpeace. « Ce n’est pas une surprise, mais on voit qu’une démarche qui fixe des critères robustes et contrôlés, comme l’interdiction des engrais de synthèse, offre un niveau de garantie supérieur », note Joseph D’Halluin, chargé de campagne « agriculture » à Greenpeace. Les labels liés à des filières, eux, affichent des résultats hétérogènes : le rapport distingue par exemple l’AOP comté, qui présente de bons résultats en matière de modèle agricole ainsi que de construction des prix et de transparence, quand l’AOP cantal obtient des notes bien inférieures.

A l’inverse, les démarches s’appuyant sur le principe de certification environnementale « ont les effets positifs les plus faibles et les moins avérés ». L’étude vient ainsi renforcer les critiques adressées à la certification HVE, dont le gouvernement a fait un des piliers de l’attribution des aides de la prochaine politique agricole commune (PAC), et dont le niveau d’exigences est jugé insuffisant par un grand nombre d’acteurs. Une note de l’Office français de la biodiversité (OFB) remise fin 2020 au gouvernement a notamment établi que ce label ne présente, dans la grande majorité des cas, aucun bénéfice environnemental

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« On voit émerger de plus en plus de politiques publiques de soutien à certains labels, que ce soit via la loi EGalim [loi Agriculture et alimentation de 2018, qui prévoit que 50 % des produits servis dans la restauration collective publique soient issus de labels, dont 20 % issus de l’agriculture biologique] ou dans les négociations pour la PAC, et l’objectif de notre analyse est de s’assurer que ces politiques participent effectivement à la transition agroalimentaire », poursuit Joseph D’Halluin.

Les associations demandent au gouvernement de suspendre son soutien à la Haute Valeur environnementale

Pour la seconde étude publiée le même jour, l’association de consommateurs UFC-Que choisir a passé au crible les cahiers des charges de huit AOP fromagères, partant du postulat que la promesse de ces produits est qu’ils soient élaborés selon un savoir-faire reconnu dans une même zone géographique. Trois critères discriminants ont été retenus par l’association : l’interdiction du lait pasteurisé ou thermisé, l’interdiction de l’ensilage, c’est-à-dire le recours à une alimentation fermentée pour les animaux, mais aussi la proportion de races locales pour les vaches. De l’échantillon choisi, il ressort que seules cinq appellations, l’abondance, le camembert de Normandie, le laguiole, le picodon et le salers, garantissent des conditions de production traditionnelles et une réelle typicité. Pour les trois autres – saint-nectaire, cantal et munster –, « les produits d’entrée de gamme sont trop peu différents des productions fromagères industrielles et ne devraient pas logiquement pouvoir bénéficier de l’appellation », estime l’UFC-Que choisir.

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Une étude similaire a été conduite pour les viandes Label rouge, en fixant cette fois quatre critères pour juger de la validité des cahiers des charges : l’exigence de races d’animaux spécifiques, une alimentation de bonne qualité nutritionnelle, un parcours extérieur pour les animaux et, enfin, un âge d’abattage supérieur au standard. Les poulets Label rouge arrivent en tête de cet examen, suivis de près par le bœuf Label rouge, puis le veau. En revanche, « pour le porc Label rouge, la différenciation est très faible. Ainsi, pour les productions qui s’en tiennent aux conditions de production minimales, le label ne se justifie pas », affirme l’UFC-Que choisir. Pour l’association de consommateurs, ces défaillances sont liées aux procédures d’enregistrement et de contrôle de ces produits sous signe de qualité. En effet, la création et les révisions des cahiers des charges dépendent, selon elle, de la seule initiative des professionnels, l’Institut national de l’origine et de la qualité, l’établissement public censé garantir leur conformité, ne pouvant les contraindre à faire évoluer le cahier des charges.

Dans un appel commun, les trois associations demandent ainsi au gouvernement d’orienter le soutien public vers les démarches qui ont fait leurs preuves, et plus spécifiquement de suspendre son soutien à la HVE tant que le cahier des charges n’a pas été révisé. Le ministère de l’agriculture s’est engagé à réformer les critères d’attribution de cette certification, mais il attend pour cela une étude détaillée de l’OFB, qui devrait être rendue au printemps 2022.

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Mathilde Gérard et  Laurence Girard

*Fraude massive sur les labels de qualité pour les denrées alimentaires

Dans un bilan de contrôle publié le 28 février, les services de la répression des fraudes ont relevé de nombreux exemples de tromperie des consommateurs et ce, à tous les niveaux. 

Par Laurence GirardPublié le 02 mars 2020 à 16h17 – Mis à jour le 06 mars 2020 à 09h37  

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/02/fraude-massive-sur-les-labels-de-qualite-pour-les-denrees-alimentaires_6031557_3234.html

Temps de Lecture 1 min. 

Un « agneau de l’Aveyron » qui n’avait jamais brouté de l’herbe de ce département, un « cabécou de Rocamadour » qui ne correspond à aucun label certifié, un « miel de montagne », dont l’origine géographique est inconnue… Les exemples de tromperie des consommateurs se ramassent à la pelle. C’est en tout cas le constat dressé par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), dans un bilan de contrôle publié vendredi 28 février.

Les services de Bercy ont examiné l’utilisation des labels de qualité européens applicables aux denrées alimentaires, hors vins et spiritueux – en particulier les labels d’indications géographiques comme les AOP (appellation d’origine protégée), IGP (indication géographique protégée) ou STG (spécialité traditionnelle garantie) très prisés des consommateurs. La DGCCRF a constaté un taux d’anomalies de 31 % en 2016 et de 27 % en 2017.

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Ces manquements sont constatés à tous les niveaux. Ainsi, un producteur commercialisait ses fromages sous l’AOP Cantal, alors que son habilitation lui avait été retirée par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) et en dépit de nombreux avertissements des services de la répression des fraudes.

Etiquetage fantaisiste

Parfois, il s’agit d’usurpations ou de pratiques commerciales trompeuses. A l’exemple de la mention Coppa di Parma indiquée abusivement sur une charcuterie ne possédant pas cette IGP. Ou des viennoiseries mettant en avant une AOP comme Beurre Charentes-Poitou, alors que le beurre n’est qu’un ingrédient du produit.

Dans d’autres cas, le cahier des charges n’était pas respecté. Les inspecteurs ont constaté que des fromages « Rigotte de Condrieu » étaient élaborés avec du lait thermisé et non du lait cru comme l’exige l’appellation. Des magasins ont été épinglés, car ils ne pouvaient justifier l’origine bio de produits. Enfin, l’étiquetage est parfois fantaisiste, comme la mention « Tomme noire des Pyrénées ».

La DGCCRF s’est également penchée sur la référence à la montagne. Elle constate, que depuis que l’Europe a défini une mention « produit de montagne », les entreprises ont tendance à recourir à des indications géographiques comme Pyrénées, Ariège, Cantal, Auvergne… parfois de façon abusive. A l’issue de ces contrôles, Bercy a émis 240 avertissements et 92 injonctions, et ouvert 22 dossiers contentieux.

Laurence Girard

**La certification agricole « HVE » sous le feu d’une nouvelle critique

Dans une note confidentielle remise fin 2020 aux ministères de l’agriculture et de la transition écologique, l’Office français de la biodiversité assure que le label agricole HVE ne présente, dans la grande majorité des cas, aucun bénéfice environnemental. 

Par Stéphane Foucart et Mathilde Gérard Publié le 25 mai 2021 à 20h56 – Mis à jour le 26 mai 2021 à 12h33  

Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/05/25/la-certification-agricole-hve-sous-le-feu-d-une-nouvelle-critique_6081444_3244.html

La viticulture regroupe plus de 80 % des exploitations sous label Haute valeur environnementale.
La viticulture regroupe plus de 80 % des exploitations sous label Haute valeur environnementale. JOEL SAGET / AFP

Le ministre de l’agriculture Julien Denormandie l’a annoncé, vendredi 21 mai : le label Haute valeur environnementale (HVE) permettra de bénéficier des aides des « écorégimes » de la nouvelle politique agricole commune (PAC), au même titre que l’agriculture biologique. Une note de l’Office français de la biodiversité (OFB), remise fin 2020 aux ministères de l’agriculture et de la transition écologique, mais restée confidentielle, montre pourtant que ce label ne présente, dans la grande majorité des cas, aucun bénéfice environnemental.

Ce bref rapport de l’agence publique à ses deux ministères de tutelle, que Le Monde a pu consulter, conforte, chiffres officiels à l’appui, les critiques formulées de longue date par les associations de défense de l’environnement qui considèrent le label HVE comme « un cheval de Troie du greenwashing », soutenu par les milieux de l’agriculture intensive.

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La note est singulièrement embarrassante. Exemple : l’un des critères d’obtention du label HVE impose que les achats d’intrants (pesticides, etc.) ne dépassent pas 30 % du chiffre d’affaires de l’exploitation. Or selon le rapport de l’OFB, un tel seuil n’est « pas du tout discriminant pour les exploitations viticoles, qui consacrent en moyenne seulement 14 % de leur chiffre d’affaires aux intrants, soit la moitié du niveau requis par le cahier des charges HVE ». Cette faille est d’autant plus profonde que la viticulture, précise le rapport, représente plus de 80 % des exploitations HVE. Même constat en maraîchage : le poids des intrants représente en moyenne 26 % du chiffre d’affaires des exploitations françaises. Moins que les 30 % requis par le label HVE.

Autre critère pour obtenir le précieux label : la part d’« infrastructures agroécologiques » (haies, bosquets, etc.) dans la surface agricole utile. Pour une exploitation de 100 hectares, lit-on dans le rapport, « un linéaire de 5 km de haies est nécessaire pour respecter le critère du verdissement [de la PAC] depuis 2015 »,mais seul 1 kilomètre de haies est requis pour le label HVE. « Sur ce critère, et en considérant uniquement les haies, l’exigence HVE est donc cinq fois inférieure au verdissement de la PAC tel qu’il existe depuis 2015 », conclut l’expertise confidentielle de l’OFB.

79 % des fermes en grande culture concernées

En conclusion, ajoute l’établissement public, « les seuils retenus ne permettent pas de sélectionner des exploitations particulièrement vertueuses », en particulier pour les exploitations viticoles qui représentent la grande majorité du label HVE. Ces critères d’éligibilité sont l’un des motifs d’inquiétude de certaines filières et organisations – dont la Confédération paysanne ou la Fédération nationale de l’agriculture biologique –, qui ont quitté avec fracas la réunion de présentation des arbitrages pour la prochaine PAC de M. Denormandie, le 21 mai.

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Pour le ministre, l’accès aux écorégimes par le label HVE, au même titre que le bio ou que certaines pratiques comme le non-labour, est justifié par le fait que cet outil doit être « inclusif et simple d’accès ». « Ce n’est pas de l’argent en plus donné aux agriculteurs », a-t-il fait valoir, mais une somme prélevée sur les subventions actuellement perçues. Le ministère a ainsi calculé que 79 % des fermes en grande culture auraient accès à ces aides.

« Chercher à avoir un écorégime le plus facilement accessible ne peut pas être synonyme d’ambition environnementale, déplore Aurélie Catallo, coordinatrice de la plate-forme Pour une autre PAC. Le but pour nous n’est pas d’avoir un écorégime excluant. Mais là, ça veut dire qu’on a calibré le niveau d’ambition en fonction de ce qui se fait déjà, et non en fonction de ce qui serait souhaitable pour l’environnement. »

Dans l’entourage de Barbara Pompili, la ministre de la transition écologique, on assure que les constats tirés par l’OFB sont « collectivement partagés »« On va réévaluer ces critères, et l’appel d’offres pour conduire cette évaluation a déjà été lancé, et celle-ci va être lancée courant 2021, dit-on au cabinet de la ministre de la transition écologique. On va aller vers une réévaluation du cahier des charges de la HVE. » Il en faudra sans doute plus pour convaincre. « La littérature est abondante pour dire que l’agriculture biologique est vertueuse pour l’environnement, dit Mme Catallo. Mais il n’existe à ce jour aucune étude scientifique pour dire que la certification HVE permet d’engager une transition agroécologique. »

Stéphane Foucart et  Mathilde Gérard

***Le gouvernement accusé de faire du label haute valeur environnementale un « cheval de Troie du “greenwashing” »

Au cœur des politiques de transition écologique du ministère de l’agriculture, le label français HVE avait été conçu comme une étape vers le bio. Mais des organisations dénoncent un cahier des charges pas assez exigeant. 

Par Enola Richet

Publié le 16 décembre 2020 à 12h32 – Mis à jour le 18 décembre 2020 à 10h03  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/12/16/le-gouvernement-accuse-de-faire-du-label-haute-valeur-environnementale-un-cheval-de-troie-du-greenwashing_6063589_3244.html

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Un cépage pinot noir, en Alsace.
Un cépage pinot noir, en Alsace. DANIÈLE SCHNEIDER / PHOTONONSTOP

Pour le ministère de l’agriculture, c’est un motif de satisfaction : le nombre d’exploitations agricoles certifiées « haute valeur environnementale » (HVE) a bondi de 52 % au premier semestre 2020. Elles sont désormais 8 218, soit 1,35 % des exploitations françaises, et bénéficieront, dès 2021, d’un crédit d’impôt de 76 millions d’euros. Créé lors du Grenelle de l’environnement de 2008 − et effectif depuis 2011 −, le label fait pourtant l’objet de nombreuses critiques. Il est notamment qualifié d« illusion écologique » par le syndicat Confédération paysanne ainsi que plusieurs organisations de défense de l’environnement et de l’agriculture bio, qui dénoncent un « cheval de Troie du “greenwashing” ».

Dotée de règles plus souples en matière d’utilisation des intrants notamment, la certification HVE avait été conçue, à son lancement, comme une étape intermédiaire entre agriculture conventionnelle et biologique. « Son but était d’encourager les agriculteurs à faire une partie du chemin », précise Arnaud Schwartz, président de la fédération France Nature Environnement (FNE), à l’origine de la création de l’appellation. La filière viticole, en particulier, s’est saisie de ce dispositif et représente aujourd’hui les trois quarts des exploitations HVE, suivie par l’arboriculture, le maraîchage ou l’horticulture. L’objectif du plan « biodiversité », programme lancé en 2018 par Nicolas Hulot pour combattre l’artificialisation des sols et les méfaits de l’agriculture intensive, est d’atteindre 15 000 exploitations certifiées d’ici à 2022.

« Des incohérences en termes de biodiversité »

Mais pour ses détracteurs, le label est aujourd’hui détourné de son intention initiale, devenant une « fin en soi », une « certification des produits », alors qu’il avait été conçu comme une « marche vers le bio ». Pour la Confédération paysanne, « trop d’indicateurs montrent que le gouvernement veut faire du HVE l’outil majeur de la transition agricole, ce qu’il n’est absolument pas ».

Le problème résiderait dans le cahier des charges, trop peu exigeant pour en faire un outil central de la transition écologique. L’obtention de la certification HVE repose sur deux options. L’option A permet, selon la Confédération paysanne, « d’utiliser des pesticides, des OGM, ne rien changer à ses pratiques », en fonctionnant selon un système de moyenne de points attribués par thématiques : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion des fertilisants et de l’irrigation, le tout adapté aux conditions climatiques et environnementales de la région

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L’option B permet aux exploitations qui limitent le poids des intrants dans leur chiffre d’affaires à 30 %, d’obtenir la certification. Elle présente, selon la Confédération paysanne et ses partenaires, des « incohérences en termes de biodiversité, d’usage des pesticides, de pollution des sols », et devrait être supprimée. « Les productions qui ont des marges très élevées, comme certaines exploitations viticoles, peuvent facilement continuer à utiliser une grande quantité de pesticides », relève Arnaud Schwartz. En septembre, un laboratoire français avait décelé dans des bouteilles de vin françaises issues d’exploitations HVE des traces probables de substances classées cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques. « Il y a un vrai risque de “greenwashing”, dénonce le président de France Nature Environnement. Soit la HVE s’améliore, soit elle doit disparaître. »

Cette certification « assume totalement l’utilisation de produits de synthèse, défend Laurent Brault, porte-parole de l’association nationale pour le développement de la HVE. Ca n’est pas la nature du produit qui est importante (naturelle , synthétique ou chimique), mais sa dangerosité environnementale. » Pour le ministère de l’agriculture, la labellisation vise effectivement « à réduire, sans l’exclure totalement, le recours aux phytosanitaires ». 

« Il est temps que l’outil évolue » 

Les exploitants sont partagés. Le domaine des Génaudières fait partie des pionniers de la HVE, ceux qui ont obtenu la certification peu après sa création, en 2011. Pierre-Yves Huguet est vigneron dans ce domaine d’une trentaine d’hectares, situé en Loire-Atlantique. Alors qu’il était déjà sensible à l’agroécologie, la formation qu’il a reçue en même temps que la certification a renforcé sa volonté d’aller vers une agriculture plus durable. « C’est un bel outil qui sert de tremplin. Aujourd’hui, nous sommes engagés pour passer le domaine en bio », témoigne-t-il. Néanmoins pour l’agriculteur, si la faible exigence de l’option B pouvait être intéressante pour attirer les premiers exploitants vers le label, « il est temps aujourd’hui que l’outil évolue, qu’il devienne plus exigeant ».

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Le domaine viticole de l’Herbe-Sainte (Aude), lui, vient tout juste d’acquérir la certification HVE, le 10 décembre. La certification a permis à Mireille Greuzard, sa propriétaire, de prouver à sa clientèle l’engagement du domaine en faveur de l’environnement (présence de 160 ruches, techniques d’arrosage goutte-à-goutte et système d’éloignement des insectes par diffusion de phéromones). Mais elle aussi a engendré des coûts supplémentaires pour la vigneronne : « Pour désherber en respectant les normes de l’appellation, il faut gratter la terre aux pieds des vignes par voie mécanique. Cela veut dire acheter du matériel, payer du personnel. » Pour elle, les critiques du label sont à relativiser. « Passer en bio, ça coûte encore plus cher. La HVE est un entre-deux important. » 

« Ne pas casser la dynamique »

Présentée comme une « démarche complémentaire au bio », la haute valeur environnementale devient un outil-clé dans les politiques de transition du ministère de l’agriculture. Un crédit d’impôt de 2 500 euros par exploitation (76 millions d’euros au total) a été validé le 18 novembre 2020, par les députés, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2021, afin d’encourager les agriculteurs à s’engager sur la voie de la certification. « Ce label ne devrait pas être financé par des crédits d’impôt, alors même qu’il n’est pas un véritable outil de la transition agroécologique », soutient le porte-parole de la Confédération paysanne, Nicolas Girod. L’association pour la HVE, elle, milite pour que les crédits d’impôts HVE puissent être cumulés avec le crédit d’impôts bio. Elle souligne la complémentarité des deux labels, la HVE s’intéressant notamment à la biodiversité sur les parcelles, là où sa cousine européenne se concentre sur les pratiques au champ.

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A l’occasion du lancement du beaujolais nouveau, le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, a également évoqué la possibilité d’intégrer la HVE dans les écorégimes de la politique agricole commune (PAC) européenne, ces primes versées aux exploitants pour leurs efforts écologiques. « Ce qui n’est pas en accord avec notre objectif d’une PAC plus verte », rappelle Arnaud Schwarz. Pour autant, « l’idée n’est pas de jeter le bébé avec l’eau du bain, mais de sauver la HVE, tempère le président de FNE. Nous savons qu’il est un outil pour de nombreux exploitants ».

La fédération propose de durcir les critères de certification concernant les pesticides, et d’y introduire la notion de bien-être animal, afin de faire du label HVE « un tremplin pour les pratiques agricoles encore plus régénératives ». Pour le ministère de l’agriculture comme pour l’association pour la HVE, l’enjeu principal est de ne pas « casser la dynamique de conversion et créer du décrochage » en durcissant trop le cahier des charges, mais d’« emporter le plus grand nombre d’agriculteurs vers des pratiques bénéfiques pour l’environnement ».

Enola Richet

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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